Rarotonga (API : /rarotoŋa/ ) est la plus grande des îles Cook avec près de de circonférence. D'origine volcanique, l'île culmine au pic Te Manga (). Elle se situe à à l'ouest-nord-ouest de Mangaia, à à l'est-sud-est de Niue et à à l'ouest-sud-ouest de Tahiti.
L'île regroupe plus de la moitié de la population des îles Cook avec plus de . Ce chiffre semble se stabiliser alors que les autres iles continuent de voir leur population diminuer.. Son économie repose en grande partie sur le tourisme et les transferts d'argent des émigrés vivant en Nouvelle-Zélande et en Australie. L'agriculture continue d'y jouer néanmoins un rôle localement prépondérant : taros, fruits exotiques, élevage porcin.
En dehors de l'anglais largement répandu pour s'adresser aux popa'a (les « blancs »), le maori reste la principale langue véhiculaire de l'île.
Avarua, capitale et ville la plus peuplée des îles Cook, se trouve sur Rarotonga.
Le lagon, large à certains endroits de plusieurs centaines de mètres, s'ouvre sur l'océan par récifales dont trois seulement sont navigables : la passe d'Avarua face à l'ancien port ; la passe d'Avatiu devant le nouveau port ; la passe de Ngatangiia, autrefois appelée Vaikokopu.
Découpage administratif thumb|200 px|left|Circonscriptions
Administrativement Rarotonga est découpée en et . Ces districts correspondent aux territoires des cinq villages fondés par les missionnaires au .
En partant d'Avarua et dans le sens des aiguilles d'une montre, ces districts sont : Avarua au nord, où se concentrent aujourd'hui les principaux commerces et bâtiments gouvernementaux, est subdivisé en quatre circonscriptions, d'est en ouest (Nikao-Panama, Avatiu-Ruatonga, cette dernière étant associée à Palmerston, Takuvaine-Tutakimoa et Tupapa-Maraerenga) ; Matavera correspondant à la circonscription éponyme ; Ngatangiia correspondant à la circonscription éponyme ; Titikaveka correspondant à la circonscription éponyme ; Arorangi à l'ouest, correspondant aux trois circonscriptions de Murienua, Akaoa et Ruaau.
Découpage coutumier thumb|200 px|left|Tapere et districts L'organisation administrative reprend en grande partie, et à quelques différences près, le découpage coutumier de l'île, qui correspondait aux territoires de trois tribus appelées vaka. En effet, en Polynésie, une vaka ou vaiku, ou encore vaipu correspond à la descendance d'ancêtres arrivés à bord d'une même pirogue. Il est toutefois possible que leur nombre ait été suffisamment important pour mobiliser une flotte entière de pirogues : les termes susmentionnés signifiant également « pirogue ». À la tête de chaque vaka se trouvent un ou plusieurs Ariki (« grand guerrier » ou « roi »). Le territoire de chaque tribu est à son tour divisé en tapere communément appelés clans et dirigés selon les cas par un mataiapo ou un rangatira. Les mataiapo comme les ariki peuvent être à la tête de plusieurs tapere ou tout au moins propriétaires fonciers de parcelles de terres (kainga) situées sur différents tapere.
Teauotonga (Te Au O Tonga) correspond au district d'Avarua bien que ses frontières aient évolué avec le temps. À la tête de la tribu, trois chefferies se partagent le pouvoir avec par ordre d'importance coutumière Makea Nui Ariki, Makea Karika Ariki, Makea Vakatini ArikiCes trois Ariki descendent tous de Makea Te Patua Kino qui au milieu du décida de donner un titre d'Ariki à trois de ses fils (sans doute l'aîné de chacune de ses trois femmes). La tribu est partagée de nos jours en 19 tapereChiffre de la Land Court bien qu'il semble que traditionnellement leur nombre n'ait pas dépassé 15.
Ce sont majoritairement des rangatira qui se trouvent à la tête de ces tapere, bien qu'il y ait également quelques Mataiapo qui probablement faisaient autrefois partie de Takitumu, ces derniers ayant changé d'allégeance au cours du . La tribu de Takitumu correspond aux actuels districts de Matavera (autrement appelé Rangiatea), Ngatangiia et Titikaveka. Souvent décrite comme une "confédération de tribu", le pouvoir y est moins centralisé que dans les deux autres vaka. À sa tête, les deux chefs ont le titre Pa Ariki et de Kainuku Ariki. Takitumu se subdivise en 27 tapere. La tribu de Puaikura correspond au district d'Arorangi. Elle comprend 9 tapere, 3 pour chacune des circonscriptions actuelles. Son chef porte le titre de Tinomana Ariki. La frontière traditionnelle entre Teauotonga et Puaikura est un rocher basaltique s'enfonçant dans le lagon au nord-ouest de l'île appelé Blackrock, Tuoro en māori (cf.photo).
Transports
L'île est desservie par l'Aéroport international de Rarotonga.
Aire protégée Une aire protégée de a été mise en place en 2018 au sud-est de l'île..
Histoire Période pré-européenne thumb|200px|left|Cascade de Papua dans le sud de Rarotonga dans les années 1830. L'archéologie et la tradition orale sont les meilleures sources concernant cette période. Néanmoins leur interprétation peut s'avérer complexe d'autant qu'à Rarotonga les versions sont multiples et bien souvent contradictoires, variant selon l'origine tribale des narrateurs originaux et les circonstances d'énonciation. Ces récits sont encore source de débats et de polémiques, étant liés à des problèmes fonciers toujours d'actualité.
L'île aurait été peuplée dès le par une population que la tradition orale désigne sous le nom de Tongaiti ou tangata enua (« hommes de la terre »), et qui selon certaines généalogies, serait originaire des Tuamotu. Parmi les traces archéologiques les plus anciennes, la route circulaire connue sous le nom de Te Ara o Toi (« la route de Toi », du nom de son initiateur, qui remonterait à 1050 d'après la datation au carbone 14). Certains tronçons correspondent à l'actuelle route circulaire à flanc de montagne Ara Metua (« route des ancêtres »), à ne pas confondre avec Te Ara Tapu, « la route du rivage ».
Au milieu du , Rarotonga va connaître une double vague de migrations, à l'origine des trois grandes tribus actuelles : L'une viendrait des Samoa et plus particulièrement des îles Manu'a (aux Samoa américaines). À la tête de cette grande pirogue, un certain Karika serait le fondateur du vaka de Teauotonga. L'autre, conduite par Tangi'ia, serait originaire de Faaa à Tahiti. Tangi'ia aurait dû fuir son île natale à la suite d'une querelle avec son frère Tutapu. Lors de son errance dont le parcours varie selon les versions, il rencontra un certain 'Iro, ancêtre mythique que l'on retrouve dans la plupart des traditions de Polynésie orientale sous la forme Whiro (Nouvelle-Zélande), Hiro (îles de la Société) ou Hilo (Hawai'i), et dont il adopta le fils Pa. À Mauke, il rencontra Karika avec qui il fit alliance, probablement matrimoniale, en épousant la fille de Karika : Mokoroa ki Aitu, ou en lui donnant l'un de ses fils comme mari. Les deux Tangi'ia et Karika se rendirent ensuite à Rarotonga chacun de leur côtéIl doit exister une bonne vingtaine de versions du cycle Karika/Tangi'ia. Selon l'origine tribale du narrateur Karika aurait précédé Tangi'ia sur Rarotonga ou l'inverse. Nombre de ces récits ont été recueillis au cours du à une époque où chacun des ariki cherchait à se faire reconnaître comme l'unique souverain de l'île auprès des missionnaires puis des autorités néo-zélandaises.. Tutapu poursuivit son frère Tangi'ia jusque-là, mais il se fit surprendre par l'alliance avec Karika et fut tué dans la bataille. Tangi'ia s'installa à l'est de l'île où il fonda le vaka de Takitumu qui était également le nom de sa pirogue. Il y fit alliance avec un Tongaitien, Kainuku, qui obtint ainsi également le titre d’ariki. Pa, l'enfant (adoptif) de Tangi'ia, lui succéda à son décès. Puaikura, la troisième tribu à l'ouest de l'île, aurait été fondée plus tardivement par un certain Tinomana NapaTaira Rere, "Genealogy of the Tinomana Family" qui aurait été chassé de Takitumu. Certains récits font de Tinomana le descendant biologique de Tangi'ia et dont le pouvoir aurait donc été usurpé par les Pa.
Rarotonga a sans doute par la suite connu d'autres vagues de migration en provenance d'Aitutaki, Atiu, de même que des Rarotongiens s'installèrent dans ces îles avec qui les contacts étaient plus fréquents que l'historiographie le laisse souvent supposer. Parmi ces migrations, on compte les Uritaua rangatira qui vivent le long de la vallée de l'Avatiu et qui s'y seraient installés aux alentours de 1600.
Le passage des premiers navires européens left|thumb|200px|Image satellite de l'Île Le premier passage avéré d'un navire européen est celui du santalier Cumberland du capitaine Philip Goodenough (Kurunaki pour les Rarotongiens) qui en 1814 fit une escale de près de trois mois à Rarotonga. Plusieurs récits oraux évoquent également le passage d'autres navires européens, non identifiés. Selon une tradition de Takitumu, un navire pirate du nom de Kona se serait échoué dans la passe de Ngatangiia à une date indéterminée. Seul le capitaine, un certain Koni et trois membres d'équipage auraient survécu. Durant leur séjour sur l'île, ils auraient été accueillis par Kainuku Ariki, à son koutu (siège de la chefferie, où vivaient l'ariki et ses proches) de Vaerota (vallée de l'Avana). Une nuit, les quatre hommes auraient volé une piroguecf. vaka et se seraient enfuis avec elle.
De même que pour Mangaia, une autre tradition évoque le passage de la Bounty. Le journal du Capitaine Bligh ne fait quant à lui référence qu'à l'île d'Aitutaki en date du , soit avant la mutinerie ayant eu lieu au large de Tonga. Il se peut donc que Fletcher Christian et les siens aient fait une escale de quelques jours sur Rarotonga alors qu'ils rentraient sur Tahiti, ou lorsqu'ils en repartirent à la recherche d'une nouvelle île où s'installer. Cette hypothèse repose entre autres sur le témoignage du récit de MaretuMaretu, Cannibals and Converts, traduit et annoté par Marjorie Tuainekore Crocombe, Institute of Pacific Studies, USP, 1983. Maretu qui est né sans doute entre 1800 et 1805 et n'a donc pu vivre l'événement publié à la fin des années 1970 et qui évoque un certain Makare identifié comme étant Mc Coy. Toujours est-il que lors de ce séjour, un certain Maia aurait dérobé au navire une boîte contenant des oranges, ce qui selon la tradition constituerait l'introduction de ce fruit qui devait au cours du jouer un rôle économique important pour Rarotonga.