thumb|Terre cuite représentant Eros et un jeune homme tenant une lyre, Metropolitan Museum of Art ;450 av. J.-C. La lyre () est l'un des instruments à cordes pincées dont les cordes sont parallèles à la table d'harmonie et dont la caisse de résonance ne se prolonge pas par un manche ; une structure similaire à celle de la harpe accueille la fixation des cordes. C'est sa position (parallèle à la caisse de résonance) qui la différencie de la harpe.

La lyre était populaire dans les civilisations antiques. Les représentations qui nous sont parvenues ont les formes les plus variées. La caractéristique principale est la caisse de résonance qui est étroite, ce qui rend l'instrument facile à transporter. Le nombre de cordes, limité de 5 à 8, réduisait l'instrument à un rôle d'accompagnement du chant. Aussi, ses nombreuses représentations médiévales sont beaucoup plus des allégories que le témoignage d'une réelle utilisation, du moins après le . Son utilisation s'est poursuivie en Europe du Nord, au moins jusqu'au et en Afrique jusqu'à nos jours.

Selon la mythologie grecque, le jeune dieu Hermès, fils de Zeus et messager des dieux créa la lyre à partir d'une grande carapace de tortue qu'il perça pour y fixer des roseaux d'où partaient sept cordes en boyaux de vaches ; l'ensemble était recouvert d'une peau de bœuf et se jouait avec un plectre : à Hermès I, 41-53.. Hermès céda ensuite sa lyre à ApollonHymne à Hermès I, 490-502..

La lyre est l'attribut d'Hermès, son inventeur, d'Apollon musagète, d'Orphée, d'Érato, muse de la poésie lyrique et par extension du poète lyriqueJean-Auguste-Dominique Ingres représente ainsi Pindare avec une lyre dans L'Apothéose d'Homère (Montauban, 1780 - Paris, 1867).

La lyre est aussi en général en France un symbole de la chanson et la poésie. Illustrant ce phénomène, Marc Fournier écrit en 1845, parlant des goguettes, qui sont des sociétés chantantes : « elles ont des insignes, des drapeaux et des devises ; elles ont des lyres avec des marottes en sautoirsParis chantant, Romances, chansons et chansonnettes contemporaines, par Marc Fournier, etc., Lavigne éditeur, Paris, 1845.»... Une goguette parisienne s'appelle Les Enfants de la Lyre.

Lyre antique des Grecs Présentation thumb|cratère représentant Marsyas jouant du aulos, Athéna et Apollon sont à sa droite. British Museum ;410 av. J.-C.

Dans l'Antiquité grecque, la famille des cordes (en grec ἔντατα, καθαπτά ou κρουόμενα) jouit déjà de la plus grande considération et c'est encore le cas aujourd'hui dans le monde occidental avec le violon, le piano et la guitare. Les mythes d'Apollon et Marsyas ou d'Athéna symbolisent cette différence. La lyre λύρα est vue par les Grecs comme un instrument national et éthique. La lyre peut être confondue avec la cithare κιθάρα, la « phorminx » φόρμιγξ ou le « barbitos » βάρϐιτος (autres instruments à cordes proches de la lyre). Un joueur de lyre s'appelle « lyrode » λυραοιδός ou λυρῳδός.

Aujourd'hui la lyre n'est pas représentée dans les orchestres modernes, pourtant son nom apparaît souvent (on parle de drame lyrique, par exemple, pour l'opéra). vignette|Reconstitution de lyre La lyre n'a pas de manche, comme la guitare, dans le prolongement de sa caisse de résonance, mais deux bras flanqués de part et d'autre. La lyre fait partie de la famille de la harpe : les cordes sont verticales, elles se pincent à vide et ne produisent qu'un son unique. À la différence de la harpe, la lyre a des cordes d'égales longueurs qui forment un léger rayonnement. C'est la tension et la grosseur de la corde qui permet les différentes intonations. Contrairement à la harpe, les cordes sont aussi parallèles aux deux montants.

On peut entendre la lyre sur le site de la villa-musée Kérylos et sur celui de Terpandros.

L'invention légendaire de la lyre Le mythe de la naissance d'Hermès L'invention de la lyre fait partie du mythe de la naissance du dieu Hermès. On le trouve dans les Hymnes homériques (à Hermès). Son frère Apollon discutait avec Hyménaos, alors qu'il était chargé de garder le troupeau d'Admète. Le petit Hermès, à peine né, en profita, afin de jouer un tour à son frère, pour voler une partie des vaches. Pour camoufler son vol, le jeune voleur attacha des branches aux queues de ces animaux qui effacèrent leurs traces. C'est ainsi qu'il les emmena à travers la Grèce. Finalement, il sacrifia deux génisses pour les dieux. Il rentra ensuite dans sa grotte natale, où il trouva une tortue : thumb|Amphore représentant une assemblée des dieux, Apollon jouant de la cithare (au centre) et Hermès à gauche, Staatliche Antikensammlungen ;500 av. J.-C.

: à Hermès. Hermès utilisa la carapace de la tortue comme caisse de résonance à sa lyre. Ensuite il continue avec divers matériaux naturels : Hermès n'inventa pas que la lyre, il inventa aussi les chansons joyeuses accompagnées de la lyre et le plectre pour en jouer : thumb|lithographie du Trésor des Athéniens surmontée d'une écriture musicale. Musée de Delphes ;-130 av. J.-C. Hymne à Apollon de Delphes Delphic Hymns Apollon se rend chez Maïa et demande où sont ses génisses, en menaçant Hermès de l'envoyer dans le Tartare. Mais le voleur est aussi un menteur. Sur l'Olympe, Zeus demande à Hermès de montrer l'endroit où se cache le troupeau. Alors Hermès sort sa lyre devant Apollon : vignette|Portrait d’un joueur de lyre (le joueur en marche), Musée du Louvre.

Apollon devient tout à coup plus amical au son de la lyre d'Hermès et il dit à Hermès : Hermès s'en aperçoit et, malin comme il est, il profite de l'état de grâce d'Apollon et lui dit : Apollon saisit la lyre, qui devient son attribut :

Variantes mythologiques La Muse Polymnie passe également pour avoir inventé la lyre. Et la poétesse Sappho aurait inventé le plectre.

Facture Description d'une lyre à 7 cordes thumb|Calice représentant Apollon avec une lyre à 7 cordes, Musée de Delphes ;460 av. J.-C. La lyre est simple de facture. Les parties essentielles de la lyre sont élaborées avec des matériaux naturels. La caisse de résonance (êcheion), faite d’une carapace de tortue (chelus). Une membrane vibrante en peau de bœuf βοῦς (bous) était tendue sur le côté concave avec de petits piquets. Ce procédé économique est tout à fait dans l'esprit des peuples primitifs. Les meilleurs écailles venaient du mont Pathénion (Argolide). Plus tard, on employa des caisses en bois en forme de carapace. Deux bras, en bois (pêchus) ou en cornes de chèvre sauvage (keras), étaient reliés par un joug en bois ζυγόν (zugon). Les cordes étaient en boyau (chordê) / (chordai) ou (mitoi) « fils », ou en tendon de mouton νεῦρον (neuron) / νευραί (neurai) ou en lin (v. Linos). Elles étaient fixées au chevalet en bois, roseau ou corne () (magas) situé sur la partie inférieure de la caisse pour éviter que les cordes touchent la table d'harmonie. Elles étaient tendues jusqu’au (zugon) où elles étaient attachées, à l'origine, par une lanière de cuir ou de coton, cousue sur la corde et enroulée autour du joug. Plus tard, on y substitua des chevilles de bois, en ivoire ou métal appelées (kollabos) ou (kollopos). On tournait la cheville qui entraînait la corde et modifiait la tension et la note, comme pour le violon. Il ne reste rien qui nous renseigne sur la structure du cordier. Cependant une cithare égyptienne montre une plaque creusée de rainures où les cordes s'engagent comme dans un canal. Ensuite on faisait un nœud.

Noms des cordes d'une lyre à sept cordes

« nètè » νήτη (nouvelle note) note la plus aiguë des tétracordes supérieurs à la μέση. « paranètè » παρανήτη (à côté de la nouvelle note) note placée au-dessous de la νήτη. « paramèsè » παραμέση (l'annulaire). « mèsè » μέση (situé au milieu) note centrale. C'est d'ailleurs de là que vient la confusion de nos théoriciens du Moyen Âge qui redécouvraient la musique des Anciens. En se trompant de tonique, ils construisirent un tableau faussé des modes : mixolydien devint hypophrygien ; lydien devint hypolydien ; phrygien devint dorien ; dorien devint phrygien ; hypolydien devint lydien ; hypophrygien devint mixolydien ; seul hypodorien reste lui-même ! « hypermèse » ancien nom de la note située au-dessous de la μέση. « parupatè » παρυπάτη (au-dessus de ὕπατη) degré placé au-dessus de l'ὑπάτη. « hypaté » ὕπατη (la plus haute) note la plus grave des tétracordes inférieurs à la μέση, c'est-à-dire la plus grave (et non la plus haute) ! Les Grecs conçoivent leur gamme de l'aigu vers le grave. Pour eux le grave est « au-dessus », ils sont inversés par rapport à notre notion de portée où l'aigu est en haut et le grave en bas !

Le jeu de la lyre antique La tenue de l'instrument Le musicien chantait tout en s'accompagnant (κροῦσις) de la main gauche. La main droite tenait le plectre et entrait en action quand la voix se taisait, comme pour un intermède instrumental (ψιλὴ κιθάρισις) dont les Anciens faisaient remonter l'origine à Thamyris ou encore Aristonic d'Argos. Mais on pouvait trouver des interprètes qui n'utilisaient que leurs deux mains, comme Epigonos d'Ambracie. La position du joueur de lyre thumb|joueur de lyre allongé. Musée départemental J. Carcopino (Aléria).

La lyre était tenue ou calée entre le bras et la main gauche, les cordes étaient pincées avec les doigts de la main droite. Dans le jeu à deux mains, l’exécutant se partageait les cordes : les cordes graves avec la main gauche, les cordes aiguës avec la main droite. Sachant que les cordes de la lyre se présentent à l'inverse du piano (grave à droite et aigu à gauche). L'exécutant est assis, debout ou en marche. Lorsqu'il joue assis, il pose l'instrument sur ses genoux et bat la mesure avec le pied. Lorsqu'il joue debout, il appuie l'instrument sur sa poitrine. On peut aussi en jouer allongé lors du banquet.

Accordage de la lyre Les lyres étaient accordées de façon qu’on puisse bénéficier de plusieurs échelles modales. Les Grecs commençaient par accorder la note médiane : la μέση. Et ils accordaient leur instrument par rapport à cette note. Lorsqu'une modulation n'était pas réalisable, on utilisait trois cithares accordées dans des modes différents. Sur les cithares de 12 et 15 cordes, on pouvait exécuter des mélodies dans des modes variés. Il faut rappeler que les Grecs n'attachaient pas d'importance à la tonalité, comme nous le faisons avec nos gammes, et distinguaient seulement les modes, plus nombreux que ceux de la musique classique européenne. Pour nous, DO majeur se distingue de MI majeur parce que la fréquence de la première note de la gamme détermine une tonalité. Pour les Anciens, ce seraient deux modes identiques, car présentant les mêmes intervalles.

La technique de la lyre La corde la plus grave est à droite (inverse du piano !). Il y a deux façons d'attaquer une note : soit la pincer ψαλλειν (avec les doigts), soit frapper χρουειν (avec l'aide d'un plectre).

Répertoire de la lyre La lyre était l’instrument à cordes le plus populaire dans l’Antiquité grecque. Son répertoire est très varié : chansons d'amour, chansons à boire, monodies tragiques (Sophocle dans son Thamyris chanta lui-même en s'accompagnant de la cithare), hymne, péan, « nomos » νόμος, prosodie, « èpinikia » ἐπινίκια (chant de victoire), « uporkhèma » (pantomime), solo instrumental (), chœur accompagné de la cithare (attribué à Lysandre), duo flûte-cithare (invention attribuée à Epigonos d'Ambracie),… La lyre figurait aussi en bonne place dans les banquets. En raison de sa simplicité, la lyre resta un instrument très populaire.

L'évolution du nombre de cordes Le nombre de cordes a été un objet de préoccupation non seulement pour les musicologues modernes, mais aussi pour les Grecs eux-mêmes. Lesquels, pour chaque corde, ont cru devoir avancer un nom d'inventeur au reste variable d'un auteur à l'autre. La majorité des instruments ont entre 6 et 8 cordes. La lyre traditionnelle à 4 ou 7 cordes thumb|Lyre à 4 cordes sur la bannière d'une harmonie (Musée du pays d'Ussel.)