Le match de football RFA - France du , souvent surnommé la « nuit de Séville » (« » en allemand) ou « Séville 82 », est la deuxième demi-finale de la coupe du monde de football de 1982 en Espagne. Jouée au stade Ramón-Sánchez-Pizjuán de Séville, elle oppose l'équipe de la RFA à l'équipe de France, menée par Michel Platini.
Cette rencontre, pleine de dramaturgie, est considérée comme l'un des plus grands matchs de football de l'histoire. Alors que les deux équipes sont à égalité à l'issue du temps réglementaire, les Français se démarquent par 3-1 au début de la prolongation, un avantage de deux buts marqués par Marius Trésor et Alain Giresse qu'ils pensent décisif, avant de se faire rattraper au score (3-3) puis d'être éliminés par la Mannschaft à l'issue de la toute première séance de tirs au but de l’histoire de la Coupe du monde.
La partie est aussi marquée par la grave blessure du défenseur français Patrick Battiston, évacué inconscient du terrain à la suite d'une collision violente avec le gardien de but allemand Harald Schumacher. Ce choc, considéré par les spectateurs comme une faute grave et parfois désigné comme l'« attentat de Séville ». n'est pas sanctionné par l'arbitre, provocant la contestation des supporters.
Les réactions à ce match seront si vives qu'elles amèneront les chefs d'état français et allemand à y réagir, pour appeler à l'apaisement.
Les Allemands sont finalement battus en finale le , par l'Italie, tandis que les Français manquent le podium en s'inclinant lors de la « petite finale » contre la Pologne moins de quarante-huit heures après la demi-finale.
Parcours des équipes dans le tournoi Équipe de France Après une entrée en compétition ratée, sanctionnée d'une défaite sans appel contre l'Angleterre à Bilbao, la France se reprend en signant une large victoire contre le Koweït. Pour accéder au second tour, un point suffit contre la redoutable Tchécoslovaquie, les Bleus tiennent le match nul mais tremblent jusqu'à la dernière minute. La France monte ensuite en puissance en remportant facilement sa poule à trois (victoires contre l'Autriche et l'Irlande du Nord) et accède ainsi au dernier carré du mondial, pour la deuxième fois, vingt-quatre ans après la glorieuse campagne de 1958.
Équipe de RFA La performance de la RFA va également crescendo dans ce tournoi. Battue d'entrée à la surprise générale par l'Algérie, la Mannschaft se relance en surclassant le Chili, puis se qualifie sans gloire pour le deuxième tour grâce à une victoire 1-0 à l'économie contre son voisin autrichien au cours de ce qu'on a appelé le match de la honte. Au deuxième tour, l'équipe du sélectionneur Jupp Derwall se sort d'un groupe très difficile, obtenant le nul contre l'Angleterre, avant de battre et donc d'éliminer l'Espagne à domicile. Contre les Bleus, la Mannschaft part largement favorite.
Préparatifs Ce match promet l'opposition de deux styles de jeu très différents. D'un côté, la rigueur allemande s'appuie sur de grandes compétences athlétiques, des remontées de ballons très efficaces et un mental à toute épreuve. De l'autre, les Français font entrevoir un football débordant d'imagination et de spontanéité, rappelant celui des Brésiliens. Mais il ne s'agit alors que d'une équipe prometteuse, pas encore si confiante en ses chances.
Match Déroulement Première période équilibrée Dès le coup d'envoi, les Allemands mettent la pression sur des Français timorés, voire complexés. Aux montées puissantes de Paul Breitner, succèdent les séries de dribble de leur intenable ailier de poche Pierre Littbarski, tantôt à gauche, tantôt à droite. Auteur d'un coup franc qui s'écrase sur la barre transversale de Jean-Luc Ettori (), Littbarski ouvre logiquement la marque quelques instants plus tard en reprenant de loin un ballon repoussé par Ettori qui était préalablement sorti dans les pieds de Klaus Fischer, lancé de loin par Breitner. 1-0 pour l'Allemagne.
Nullement troublés par l'ouverture du score allemande, les Français réagissent et commencent à hausser leur niveau de jeu. Jouant de plus en plus bas, les Allemands multiplient les fautes. Un coup franc tiré plein axe par Giresse trouve la tête de Platini, qui remise sur Rocheteau, lequel est retenu par la taille par Bernhardt Förster dans les . L'arbitre Charles Corver (1936-2020) indique sans hésiter le point de penalty. Michel Platini embrasse le ballon, le pose sur le point de penalty et égalise d'une frappe puissante tirée à ras de terre, comme à son habitude (, 1-1).
De plus en plus pressants, les Français font le siège de la surface de réparation allemande, sans parvenir à véritablement inquiéter le portier allemand Harald Toni Schumacher, lequel, très agressif, se distingue en multipliant les fautes et les provocations sur les joueurs français et leur public.
Seconde période : l'agression de Schumacher sur Battiston De retour des vestiaires, les Français subissent une grosse déconvenue avec la sortie sur blessure de Bernard Genghini, touché à la cheville à la suite d'un contact en fin de première mi-temps avec le défenseur allemand Manfred Kaltz. Évoluant au milieu de terrain, Genghini est remplacé par Patrick Battiston, arrière latéral de nature, mais replacé pour la circonstance au milieu.
Cette rentrée de Battiston n'est pas loin d'être décisive. Dès son entrée en jeu, il se distingue par une frappe lointaine. Les Français prennent les choses en main, et marquent un but par Dominique Rocheteau (), refusé pour une faute sur Bernd Förster. Puis, à la minute, parfaitement lancé par une ouverture lumineuse de Michel Platini, Battiston se présente seul face au gardien allemand Harald Schumacher, sorti à sa rencontre, sans s'occuper du ballon. Le tir de Battiston manque de peu le cadre, mais Schumacher poursuit sa course, et vient percuter le joueur français. Les deux journalistes télévisés, Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, suivant des yeux la balle, n'ont pas vu initialement la faute mais prennent conscience de l'agression en revisionnant le ralenti. Le premier invective l'arbitre tandis que le second hurle au micro « Honte à vous M. Corver, honte à vous ! » alors que l'arbitre a comme eux regardé le ballon rouler doucement à côté du but. C'est avec sa hanche que le gardien allemand percute, à plus de du sol, la tête de l'attaquant français qui perd trois dents dans le contact. Gisant inconscient sur la pelouse, le corps soulevé de spasmes nerveux et les doigts qui se tordent, Battiston est évacué hors du terrain, accompagné par son ami Michel Platini. Le capitaine français qui a pris la main de Battiston, escorte la civière jusqu'à la ligne de touche.. Pendant ce temps, l'arbitre M. Corver se contente d'ordonner une remise en jeu en faveur de l'équipe allemande, ce que les analystes classeront a posteriori comme une des pires décisions d'arbitrage et une des plus grandes injustices de l'histoire de la Coupe du monde World's worst refereeing decisions. La nature du choc entre Battiston et Schumacher divise les opinions sur l'intention de la faute, le ralenti posant « la question, à la fois de la démonstration technique et du point de vue. ». Le juge de touche Bruno Galler - pourtant aux premières loges - affirmera avoir pensé que la faute du portier allemand n'était pas intentionnelle.
Battiston est remplacé par son partenaire de club de l'époque, Christian Lopez. Les Français, révoltés par cette agression non sanctionnée, haussent encore d'un ton leur niveau de jeu, dominant de plus en plus une équipe d'Allemagne de l'Ouest parfois fébrile, tandis que le public du stade Sánchez Pizjuán, qui hue Schumacher à chacune de ses interventions, prend fait et cause pour le football offensif des Bleus. Les Tricolores réalisent alors une magnifique deuxième mi-temps, balayant les doutes qu'on pouvait avoir à leur égard. Mais souvent maladroits dans les , les attaquants français sont en manque de réussite et ne parviennent pas à concrétiser leurs occasions pour prendre l'avantage au tableau d'affichage.
La dernière minute du temps réglementaire est marquée par la violente frappe lointaine du latéral français Manuel Amoros qui s'écrase sur la barre transversale de Schumacher. Mais dans les arrêts de jeu, les Allemands se rappellent au bon souvenir de tous par un tir croisé qui oblige Ettori à réaliser une spectaculaire parade en deux temps.
Prolongation La prolongation débute parfaitement pour la France. En position d'avant-centre, le stoppeur français Marius Trésor reprend de volée un coup franc excentré et donne l'avantage aux Bleus (). Toujours aussi offensifs, les Bleus continuent de déferler par vagues sur la défense allemande. À la , Dominique Rocheteau remonte la balle sur l'aile droite, transmet à Platini qui renverse vers Didier Six sur la gauche. L'ailier gauche français temporise un peu et sert en retrait Alain Giresse qui décoche une frappe à la limite de la surface. La balle frappe le poteau avant de rentrer dans la cage allemande. L'image de la joie de Giresse courant ivre de bonheur tel un pantin désarticulé restera à jamais figée comme un grand moment du football français. À 3-1, les Bleus semblent s'ouvrir la route vers la première finale de leur histoire, mais seulement quatre minutes après le but de Giresse, alors que les Bleus continuent toujours de camper dans les allemands, une première faute de Forster sur Giresse non sifflée, puis une deuxième sur Platini. permettent aux joueurs allemands de contre-attaquer : l'attaquant allemand Rummenigge, tout juste rentré en jeu, réduit l'écart en reprenant d'un revers du pied gauche un centre devant le but (). L'entrée en jeu de Rummenigge pose visiblement un véritable problème aux Bleus, incapables d'adapter leur organisation au renfort offensif des Allemands. Le match change soudain d'âme. Désormais, ce sont les offensives allemandes qui se multiplient tandis que les Français apparaissent débordés. Confirmation dès l'entame de la seconde période de la prolongation lorsque Fischer, démarqué dans la surface de réparation française, arrache l'égalisation d'un superbe retourné acrobatique après un centre de l'intenable Littbarski relayé par la légendaire tête de Hrubesch (). Ce retourné a été élu meilleur but de l'année 1982 en Allemagne de l'Ouest, Fischer avait déjà remporté cette distinction à deux reprises pour des retournés également.. La fin de la prolongation tourne au calvaire pour les Bleus, mais le score ne change plus. Pour la première fois de l'histoire de la Coupe du monde de football, un match va se jouer aux tirs au but. Il s'agit d'ailleurs de la première égalité à l'issue des prolongations d'un match de Coupe du Monde depuis 1938.
Dénouement aux tirs au but