Le clavecin est un instrument de musique à cordes pincées muni d'un ou plusieursdeux ou exceptionnellement trois claviers. Chacune des cordes est pincée par un dispositif nommé sautereau.

Ce terme générique désigne différents instruments d'une même famille, distincts par leur structure, leur forme, leurs dimensions ou leur timbre, chacun d'entre eux ayant souvent un nom spécifique. Le mot « clavecin », au sens restrictif, désigne alors le plus grand, le plus complet et le plus techniquement développé d'entre eux, généralement appelé « grand clavecin » .

Instruments spécifiques de la musique européenne, les clavecins connaissent un apogée et suscitent un très large répertoire au cours des , avant de connaître une longue éclipse pendant tout le . Ils retrouvent la faveur des musiciens et du public de façon progressive depuis le début du .

Comme pour l'orgue, la puissance des sons émis ne dépend pas de la force avec laquelle le claveciniste touche le clavier. La présence de registres affectés à chacun des claviers, ainsi que le toucher et la manière de jouer permettent de varier les timbres. Pendant toute la période baroque, le clavecin a été l'un des instruments privilégiés de l'écriture en contrepoint, et de la réalisation de la basse continue. Ses possibilités expressives se révèlent moins appropriées au style du classicisme, et surtout, par la suite, à la sensibilité du romantisme : les compositeurs lui ont préféré le piano-forte, puis le piano (un piano-forte muni d'un double échappement), nouvellement inventés. L'évolution de la facture des instruments vers une puissance sonore grandissante ne le favorise pas non plus. La redécouverte de la musique ancienne suscite son actuel renouveau.

Bien que le clavecin ne soit pas l'ancêtre du piano, l'inventeur du piano-forte et ceux qui le perfectionnèrent sont à l'origine des facteurs de clavecins qui ont adapté leur mécanisme dans la caisse dont ils maîtrisaient la construction.

Le clavecin est le principal instrument à clavier profane du , il a donc suscité l'intérêt de nombreux compositeurs. Plus tard lorsque l'évolution de la musique au cours du a permis l’invention du piano-forte, les compositeurs et les musiciens ont négligé le clavecin au profit du nouvel instrument, le clavecin est alors considéré au milieu du comme un instrument du passé. Sa remise à l'honneur au tout début du s'inscrit dans le mouvement général de redécouverte de la musique ancienne. Mais d'un point de vue musical, la musique de piano s'inscrit directement dans la lignée de celle du clavecin : Haydn, Mozart et bien d'autres ont composé pour le clavecin avant de passer insensiblement au piano-forted'après Pierre Vidal.

Description Les descriptions ci-dessous s'appliquent, avec de nombreuses variantes, aux clavecins historiques fabriqués au cours des ainsi qu'aux instruments contemporains dont la facture s'en inspire. Les clavecins dits « modernes », fabriqués au début et pendant la première partie du peuvent avoir des caractéristiques assez différentesJP Brosse, Le clavecin des Lumières p. 15. Le grand clavecin a la forme d’une harpe disposée horizontalement. Cette forme est proche de celle d'un triangle rectangle dont l'hypoténuse serait concave. Le ou les claviers sont placés sur le petit côté de l'angle droit. Les cordes sont disposées horizontalement, dans une direction perpendiculaire au(x) clavier(s)Ceci distingue le grand clavecin des autres instruments de la famille ou les cordes sont inclinées différemment par rapport au clavier. L'instrument mesure environ de 2 à de long sur un mètre de large. Son étendue couvre ordinairement de 4 octaves et demie à cinq octaves et n'a jamais été normaliséele piano moderne comporte généralement 88 touches et couvre donc plus de sept octaves. La structure est en bois. Contrairement au piano, le clavecin sur modèle ancienles clavecins fabriqués pendant la première moitié du possédaient un cadre métallique inspiré de celui du piano ne comporte pas de cadre métallique. Relativement léger, il peut être déplacé par deux personnes.

La caisse La caisse (ou coffre) constitue la structure principale du clavecin et définit sa forme extérieure et son volume. Elle est indépendante du piètement sur lequel elle reposeles anciens clavecins ne possédaient pas de piètement : on posait simplement l'instrument sur une table ou des tréteaux pour en jouer.

C'est un volume presque entièrement clos, en boisdifférentes essences sont utilisées, selon les écoles de facture : tilleul, peuplier, cyprès, pin, sapin, chêne, qui joue le rôle de caisse de résonance. Elle est construite autour d'une pièce de bois massive (généralement en chêne), disposée parallèlement au(x) clavier(s) : le sommier. À gauche (notes graves), la paroi (l’échine) est rectiligne. À droite (notes aiguës) elle est concave, c'est l'éclisse courbe qui rejoint l’échine par une queue (ou pointe) rectiligne ou convexe. Une paroi rectangulaire (la joue) la prolonge à droite des claviers. Des éléments internes en bois (barres de fond, arcs-boutants, équerres, renforts divers) rigidifient la caisse pour contrer la tension importante exercée par les cordes et éviter toute déformation ; leur agencement varie selon les différentes traditions de facture. La caisse est fermée vers le bas par le « fond ».

À la partie supérieure, sous les cordes, se trouve la table d'harmonie, qui couvre presque en totalité la surface de l'instrument.

Un couvercle rabattable, articulé à l'échine, permet de refermer celui-ci quand il est inutilisé afin de protéger de la poussière et des chocs les cordes et la table d'harmonie. Le couvercle joue aussi un rôle important quand il est ouvert, par la réflexion du son vers l'horizontale. Il peut être d'une seule pièce, ou, beaucoup plus fréquemment, en deux parties articulées. Il est maintenu en position ouverte par une béquille, simple baguette de bois non fixée à l’instrument. Par ailleurs, un panneau amovible (le portillon), peut venir enfermer par l'avant l'espace des claviers.

+ Caisse d'une copie de Pascal Taskin en cours de constructionavec l'aimable autorisation de Marco Brighenti, facteur d'instruments à Parme L'instrument est en position de transport, placé sur l'échine. Le fond n'est pas encore posé, permettant de voir l'intérieur de la caisseA : SommierB : Barre de nomC : EchineD : PointeE : Eclisse courbeF : JoueG : Contre-sommierH : Masse I : Barres de fondJ : Arcs-boutantsK : Contre-éclissesL : Table d'harmonieM : BoudinN : Grande barreO : Petites barresP : Rosace500px|alt=structure en bois brut de la caisse d'une copie de clavecin de Pascal Taskin, en cours de construction, vue de dessous L'instrument est en position normale. Le fond manqueA : Sommier B : Barre de nom C : Echine D : Pointe E : Eclisse courbe F : Joue L : Table d'harmonie P : Rosace Q : Chevalet du R : Chevalet du S : Fosse

Remarquez les chevilles fixant la joue au sommier et au contre-sommier500px|alt=structure en bois brut de la caisse d'une copie de clavecin de Pascal Taskin, en cours de construction, vue de dessus

Les cordes Les cordes consistent en un simple fil métallique de faible diamètre et, contrairement à celles du piano, elles ne sont pas filées. Elles peuvent être en fer, en laiton, en cuivre ou en bronze, et sont disposées dans le sens de la plus grande longueur, du clavier vers la pointe.

vignette|droite|Passage de la corde sur le chevalet.

Vers la pointe, chacune d'elles est fixée à une pointe d'accroche située près de l'éclisse courbe. Près du clavier, chacune s'enroule sur une cheville d'accord qui permet de régler finement la tension, donc la hauteur du son émis. Entre ces deux points fixes, chaque corde enjambe deux pièces de bois dur : sillet (fixé sur le sommier), et chevalet, (collé sur la table d'harmonie). Sur le sillet comme sur le chevalet, la corde est guidée par des pointes métalliques qui permettent de fixer précisément sa position. La longueur utile ainsi établie entre pointe de sillet et pointe de chevalet détermine la hauteur du son émis.

À chaque note, correspondent une ou plusieurs cordes, groupées en nappes imbriquées ou superposées au-dessus de la table d'harmonie : l'ensemble des cordes d'une même nappe constitue un « rang » ou « jeu » et peut posséder un sillet et/ou un chevalet particulier. Selon la disposition de l'instrument, les sillets et chevalets peuvent donc être uniques ou multiples.

Chaque sillet est rectiligne ou presque ; la longueur des cordes croît de la droite vers la gauche - c'est-à-dire de l'aigu vers le grave - déterminant la forme du chevalet et, grossièrement, celle de l'instrument. Si elles étaient toutes de même diamètre et de même matière, une étendue (usuelle) de 5 octaves impliquerait une longueur excessive de la corde la plus gravela longueur d'une corde sonore double à chaque fois que l'on descend d'une octave : sur 5 octaves, le rapport est donc de 25, soit 32. Pour l'éviter, on fait varier leur diamètre (de pour les plus aiguës, à pour les plus graves, chiffres indicatifs), ainsi, éventuellement, que leur matière (fer pour l'aigu, bronze pour l'intermédiaire, cuivre pour le grave).

Du fait de ces corrections, plus importantes vers les graves, le chevalet à une forme en S ou en équerre, voire en plusieurs sections. et non celle d'une courbe exponentielle.

On appelle « module » (anglais : scale, allemand : Mensur) la longueur utile (entre sillet et chevalet) de la corde correspondant au Do au-dessus du milieu du clavier. Le module est considéré comme court autour de 25– et comme long autour de 32– ; le module détermine généralement la matière des cordes : cuivre ou bronze pour un module court, fer pour un module longpour rendre un son donné, une corde doit être d'autant plus tendue qu'elle est longue, d'où nécessité d'un matériau plus résistant.

La table d'harmonie vignette|droite|300px|Gravure tirée de l'Encyclopédie - le dessin du barrage, secret du facteur, y est des plus fantaisistes

Les vibrations des cordes sont transmises à la table d'harmonie, laquelle joue un rôle d'amplificateur, et qui consiste en une lame de bois très fibreuxmatériaux usuels de la table d'harmonie : épicéa ou cyprès ; les fibres sont très généralement parallèles aux cordes., très mince (entre et , chiffres indicatifs), occupant presque toute la surface de l’instrumentl'épaisseur de la table d'harmonie n'est pas uniforme : elle est amincie à certains endroits pour améliorer la sonorité. Cette transmission se fait par l’intermédiaire du chevalet, pièce de bois durmatériaux usuels du chevalet et du sillet : hêtre, noyer, poirier qui est collée sur la table d'harmonie et sur laquelle sont tendues les cordes. La cavité de la caisse sert de résonateur.

vignette|gauche|Rosace en étain doré.

La table d'harmonie est renforcée (par en dessous, donc de façon invisible) par des barres de bois qui la raidissent partiellement. Le barrage joue de façon déterminante sur la qualité du son, et sa disposition exacte était un secret de fabrication jalousement gardé par les facteurs. Il diffère selon les écoles de facture et la disposition de l'instrument.

La table d’harmonie est ordinairement percée d'une ouïe dans son angle droit ; l’orifice généralement circulaire est alors muni d’une rosace ouvragée en parchemin, ou dégagée dans le bois, à motif géométrique (clavecins italiens), ou en étain doré, souvent ornée d'un ange musicien (clavecins flamands et français) : dans ce dernier cas, elle porte la marque du facteur. Cette ouïe n'est pas indispensable mais joue aussi sur le son, permet d'équilibrer l'hygrométrie et d'éviter un couplage avec le fond.

Dans les clavecins de tradition flamande ou française, la table d’harmonie - de même que le plaquage de sommier qui semble la prolonger vers le clavier -, est très généralement décorée de motifs floraux, d’insectes, d’oiseaux, etc., ce alors que les Italiens et les Anglais préfèrent le bois brut. La table n'est pas vernie.

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