L'église Notre-Dame d'Armancourt est une église catholique située à Armancourt, dans le département de l'Oise. Elle a été construite en plusieurs étapes entre le second quart du et le début , dans le style gothique flamboyant. Contrairement à l'usage général, la nef a été construite avant le chœur, dont les fenêtres en plein cintre annoncent la Renaissance. Le portail occidental est également de style Renaissance, ce qui donne à penser qu'il a été ajouté après coup. C'est peut-être également le cas des voûtes du collatéral, où l'on voit gravée la date de 1614. L'église se remarque par sa situation pittoresque, son homogénéité relative, son appareil solide en pierre de taille, et par son plan dissymétrique. Il ne comporte qu'un unique collatéral, au sud, mais le transept déborde autant au sud qu'au nord, car son bras méridional est d'autant plus profond que le collatéral est large. Cependant, l'église est de faible intérêt architectural, et ses seuls éléments de décoration sont le portail, les réseaux de certaines fenêtres, et certaines clés de voûte. L'absence de fenêtres au chevet des croisillons et dans la première travée du chœur pourrait résulter de contraintes économiques. Dès le , l'église est en mauvais état. Elle est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du ., sans pour autant bénéficier d'une restauration à moyen terme. L'édifice est sauvé in extremis de l'effondrement grâce au don d'un mécène, qui permet enfin une restauration complète à partir de 1980. Aujourd'hui, l'église séduit par son parfait état de conservation et son intéressant mobilier. Il comporte notamment le retable baroque de l'abbaye de Royallieu. Armancourt est affilié à la paroisse des Seize bienheureuses Carmélites de Compiègne - paroisse de Compiègne.
Localisation
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, près de la rive droite de l'Oise, sur la commune d'Armancourt près de Compiègne, sur une butte d'une altitude de , rue des Vignes blanches. La rue gagne en hauteur moyennant plusieurs serpentines. La façade occidentale de l'église donne sur la rue, et le reste de l'église est encore entouré du cimetière. L'édifice est donc tout à fait dégagé d'autres bâtiments, et l'on peut en faire le tour. Près de l'église se trouvaient jadis une source au caractère miraculeux, ainsi qu'un moulin à vent.. Autour de 1900, Eugène Müller a vu l'église . L'auteur n'indique plus la source.. Le dossier de protection de 1949 dit que .
Historique thumb|left|Maquette de l'église.
La paroisse d'Armancourt est un démembrement de la paroisse Saint-Pierre de Jaux. Elle est mentionnée pour la première fois en 1215 seulement.. Le collateur de la cure est l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne. Sous l'Ancien Régime, la paroisse dépend du doyenné de Coudun, de l'archidiaconé de Breteuil et du diocèse de Beauvais.. L'église est dédiée à Notre-Dame de la Nativité ..
L'on ignore tout sur la première église d'Armancourt, dont aucun élément en élévation ne subsiste. Louis Graves dit que l'on croit que l'église actuelle aurait été bâtie en 1410. Il ne commente pas ce renseignement obtenu sur place, mais signale que l'église .. Dans la région, la période gothique se termine vers le milieu du ; quelques rares réalisations pourraient toutefois être plus tardives, telles que la nef et les bas-côtés de Précy-sur-Oise. Pour cette raison, Philippe Bonnet-Laborderie et François Callais insistent sur la nature plus tardive de l'église et affirment qu'elle semble plus récente, des et s. La façade occidentale est effectivement de style Renaissance, et la date de 1614 est gravée sur la face latérale nord de la clé de voûte de la seconde travée du collatéral, bien que le profil aigu des ogives évoque une construction pas postérieure au premier tiers du . thumb|Collatéral, clé de voûte de la : date 1614.
En 1883 déjà, Émile Coët signale l'intérêt archéologique de l'église, et constate son mauvais état de conservation. L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du . Du fait de mouvements du sol, la structure de l'édifice est sérieusement affectée à cette époque, et les voûtes et supports se sont désarticulées près du portail et près du chevet. Pendant les années 1970, l'église menace de s'effondrer. Son accès doit être interdit en 1975. En 1980, la commune peut enfin lancer sa restauration complète grâce à l'important don d'un généreux mécène. Un nouveau vitrail polychrome représentant la Nativité de Marie est installé dans la baie centrale du chevet. Les autres fenêtres de l'abside contiennent pour le moment du simple verre blanc. Grâce à une campagne de souscription soutenue par la Fondation du Patrimoine, la commune veut commander quatre nouvelles verrières, qui ont d'ores et déjà été conçues par Bertrand Créac’h, et qui seront réalisées par un atelier parisien dans la technique du fusing.
Déjà rattaché à la paroisse du Meux au , Armancourt n'est plus une paroisse indépendante depuis longtemps. Sur le plan religieux, l'église Notre-Dame d'Armancourt est affiliée à la paroisse des Seize bienheureuses Carmélites de Compiègne - paroisse de Compiègne-sud. Les messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement.
Description thumb|Plan de l'église. thumb|Nef et collatéral, vue vers l'est. thumb|Nef et collatéral, vue vers l'ouest. thumb|Nef, tourelle d'escalier et élévation nord.
Aperçu général
Orientée irrégulièrement vers le nord-est du côté du chevet, avec une déviation de l'axe de l'édifice d'environ 40° de l'axe est-ouest habituel, l'église Notre-Dame répond à un plan cruciforme dissymétrique. Elle se compose d'une nef de deux travées, accompagnée d'un unique collatéral au sud ; d'un transept débordant tant au nord qu'au sud ; et d'un chœur de deux travées, qui comporte une travée droite sans fenêtres et une abside à cinq pans. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. Une tourelle d'escalier ronde occupe l'angle nord-ouest de la nef, à l'intérieur. Le clocher en charpente s'élève au-dessus de la croisée du transept. Il n'y a pas de sacristie. L'on accède à l'église par le portail occidental, ou depuis le cimetière, par un portail latéral dans la première travée du collatéral.
Intérieur Nef et collatéral
La nef est assez large, mais sa hauteur est médiocre, et dépasse d'environ un quart sa largeur. Au sud, la nef est largement ouverte sur le collatéral par deux grandes arcades en tiers-point. Ces arcades sont presque aussi élevées que la nef elle-même, et sont seulement surmontées d'une petite portion de murs nus, comme à Pont-Sainte-Maxence. L'absence de fenêtres hautes du côté sud ne se fait donc pas ressentir comme un inconvénient, et ne rend pas la nef sombre. Le profil des arcades est d'un gros boudin entre deux larges gorges et des moulures prismatiques, comme à Survilliers, Vauréal et Vineuil-Saint-Firmin, ou sans les moulures prismatiques, dans les chœurs de Boran-sur-Oise et Jagny-sous-Bois. Ce profil est adapté à la forme des piliers ondulés, dans lesquels les arcades se fondent entre les deux travées, ainsi que vers le transept. Les piliers comportent huit renflements ou ondulations, ce qui a amené Louis Graves à employer improprement le terme de piliers cannelés. Ce sont des réminiscences des faisceaux de colonnettes du Moyen Âge, et quatre ondulations correspondent aux supports des ogives, tandis que les autres correspondent aux arcs-doubleaux et aux grandes arcades. Cette forme du pilier ondulé est notamment employée dans le chœur de Saint-Étienne de Beauvais, qui a été construit entre 1506 et 1545.. L'on voit des piliers semblables au nord de la nef de Clermont, et à Chevrières, Jaux, Raray, Roberval, Venette et Verneuil-en-Halatte. Du fait de l'épaisseur de l'intrados des arcades, les ondulations correspondant aux ogives ne peuvent pas directement monter jusqu'à la retombée des voûtes. Au lieu de suivre le tracé des arcades, ils montent néanmoins tout droit, et semblent transpercer les gorges des arcades, ce qui donne un effet intéressant. Ce procédé a aussi été employé à Pont-Sainte-Maxence et Verberie.
Les bases des deux piliers ne sont pas identiques. Celle du pilier entre les deux arcades se compose d'une base indépendante pour chaque ondulation, avec, du haut vers le bas, une gorge entre deux tores aplatis, puis le passage vers un plan hexagonal, et une base octogonale commune aux huit ondulations. La base du pilier sud-ouest de la croisée du transept comporte une sorte de plinthe commune aux huit renflements, puis le pilier reprend pour une courte section sa forme habituelle, avant de s'amortir sur un socle aux angles émoussés. La disparition des angles saillants indique une date de construction plus récente. Des plinthes semblables sont par exemple utilisées dans les nefs de Vauréal, avant 1530, et Précy-sur-Oise, après 1570 (en réunion avec des piliers cylindriques).. L'évolution entre les deux piliers montre que la construction a progressé d'ouest en est, et qu'il ne s'agit pas d'un pastiche de la première moitié du de l'architecture flamboyante, comme l'est par exemple le transept de Saint-Germain-des-Prés ; p. 14-15.. — On trouve encore d'autres piliers ondulés au nord du doubleau vers le carré du transept, et au sud de l'arcade vers le croisillon sud ; ces piliers sont engagés dans les murs mais sinon analogues. Au droit des murs et dans les angles près de la façade, les supports sont plus simples, et se présentent sous la forme de piliers cylindriques engagés. Dans tous les cas, les nervures des voûtes sont pénétrantes, et il n'y a pas le moindre chapiteaux. Le profil du doubleau vers la croisée et de l'arcade vers le croisillon sud est calqué sur les grandes arcades. Les ogives et les doubleaux intermédiaires de la nef et du collatéral affectent un profil prismatique aigu, ce qui cadre mal avec la date de 1614. Il est possible que les voûtes du collatéral ont été lancées trois générations après celles de la nef, tout en imitant les dispositions rencontrées dans la nef. Les motifs des clés de voûte du collatéral sont une rosace davantage gravée que sculptée, et une croix de Malte avec une petite rosace au centre. Dans la nef, les clés de voûte restent frustes. Quant aux fenêtres, elles sont en arc brisée, et appartiennent à deux types, à savoir deux lancettes aux têtes tréflées surmontées d'un meneau simple dans la première travée, et une lancette simple dans la seconde travée, ainsi qu'en haut du mur occidental. Au nord, la lancette est nettement désaxée par rapport à l'arc formeret, et plus étroite qu'au sud. La sculpture des bases des meneaux est restée inachevée.
Transept thumb|Croisée, vue vers l'ouest. thumb|Croisillon nord, clé de voûte.