L'église Saint-Léger de Balagny-sur-Thérain est une église catholique paroissiale située à Balagny-sur-Thérain, commune de l'Oise. Elle conserve le souvenir du martyre de sainte Maure et sainte Brigide, que ces deux Vierges écossaises ont subi à Balagny au début du : leurs deux statues-reliquaires sont exposées dans l'ancienne chapelle seigneuriale, et plusieurs vitraux du leur sont dédiés. Le saint patron de l'église est néanmoins Léger d'Autun. L'édifice est d'une grande complexité, car les parties orientales ont été remaniées pas seulement une, mais au moins deux fois. Du , subsiste la nef, qui est l'une des plus anciennes du Beauvaisis, mais des aménagements malheureux du lui ont fait perdre tout son caractère roman. De la reconstruction des parties orientales à la période romane tardive ne restent que d'infimes vestiges dans la travée supplémentaire de la nef bâtie vers 1130. Plus significatifs sont les restes de la seconde campagne de reconstruction à la période gothique primitive, vers 1200 : ce sont notamment le mur méridional de la travée de la nef et le croisillon nord avec sa voûte. Le chœur n'a sans doute pas été rebâti à cette époque, car au , il est entièrement remplacé par celui que l'on voit actuellement. La guerre de Cent Ans explique que le voûtement n'est pas réalisé dans un premier temps. À la fin du ou au début du , la voûte de la travée supplémentaire de la nef est refaite dans le style gothique flamboyant, et une base de clocher est ajouté au nord. Un peu plus tard, vers le milieu du , une chapelle seigneuriale est édifiée à l'emplacement de l'ancien croisillon sud, et les arcades autour de la croisée du transept sont refaites, mais le voûtement de la croisée et du chœur est apparemment ajourné, car il a entraîné la démolition d'une arcade réalisée au milieu du . Le clocher n'est achevé que bien plus tard, au . Dans son ensemble, l'église Saint-Léger présente donc des échantillons de presque tous les styles architecturaux, ce qui lui confère un certain intérêt archéologique, plus que son architecture, dont le manque d'homogénéité est néanmoins compensé par un bel ensemble de mobilier du . L'église a été inscrite monument historique par arrêté du .. Sa vie spirituelle se limite aujourd'hui à la période hivernale, car les messes dominicales anticipées de la paroisse de Mouy se célèbrent dans les églises ne pouvant être chauffées pendant le reste de l'année. Elle est affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy.

Localisation

L'église Saint-Léger se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée du Thérain, sur la commune de Balagny-sur-Thérain. Elle occupe une position centrale dans le village, place Gabriel-Péri, directement au sud de la mairie. Seule la façade occidentale et le début de l'élévation septentrionale donnent sur la place. L'élévation méridionale donne sur la cour des Templiers, où l'on peut par ailleurs voire une maison du / , qui avec ses contreforts et sa tourelle d'escalier représente le bâtiment le plus intéressant de Balagny, après l'église. Son chevet et la plus grande partie de l'élévation septentrionale donne sur la cour de récréation de l'école. On peut voir le croisillon nord depuis le rue Desnosse-Mathieu, à travers la cour.

Histoire Histoire de la paroisse thumb|Fontaine des Vierges et calvaire.

La date de la fondation de la paroisse est inconnue. Son patron est Léger d'Autun, canonisé en 681, ce qui donne à penser que les origines de la paroisse ne remontent pas au-delà du . L'on ignore si l'église a possédé des reliques de son protecteur. Balagny-sur-Thérain reste localement connu pour le martyre des saintes Maure et Brigide, deux vierges écossaises qui avaient fait un pèlerinage en Terre sainte, et qui ont été assassinées sauvagement avec leur frère Épin et leurs autres compagnons de voyage près d'une fontaine à Balagny, vers l'an 514. Le mythe fondateur du village est justement lié aux saintes Maure et Brigide, et elles y ont été enterrées dans un premier temps, mais leurs corps ont été levés au milieu du par la reine Bathilde, et les reliques transportées à Nogent-sur-Oise, où l'église Sainte-Maure-et-Sainte-Brigide conserve leur souvenir. L'église de Balagny n'obtint que les reliques d'Épin, qui a par ailleurs laissé son nom à un hameau de la commune, mais les seigneurs du village ont obtenu plus tard une petite portion des reliques, qu'ils ont déposé dans la chapelle du parc du château. Celle-ci a été rebâtie au et restaurée en 1808 par Madame de Vérigny, qui voulait en faire un caveau familial. Or, le domaine du château a été morcelé en 1839 et la chapelle démolie, et les reliques ont été données à l'église. L'église Saint-Léger possède donc elle aussi des reliques de sainte Maure et sainte Brigide depuis cette date. Le jour de l'Ascension, une procession a lieu, lors de laquelle les deux châsses sont portées par de jeunes filles vers le calvaire près de la fontaine des Vierges..

Balagny-sur-Thérain s'est toujours situé dans le diocèse de Beauvais, sauf entre 1802 et 1822, quand celui-ci fut annexé au diocèse d'Amiens. Sous l'Ancien Régime, la paroisse de Balagny fait partie du doyenné de Mouy, et la cure était à la collation de l'évêque de Beauvais.. Aujourd'hui, Balagny n'est plus une paroisse indépendante et est affilié à la paroisse Sainte-Claire de Mouy. Des messes dominicales anticipées sont célébrées dans l'église Saint-Léger de Balagny environ un samedi sur trois pendant la période hivernale, en alternance avec Heilles et .

Les campagnes de construction de l'église jusqu'au thumb|Vue depuis le nord-est. thumb|Croisillon sud et chœur, côté est.

Aucune étude n'a encore été publiée sur l'église, et tous les renseignements sur son évolution au fil des siècles sont à tirer de l'analyse archéologique. Dominique Vermand a élaboré un tableau de synthèse des églises du canton de Neuilly-en-Thelle et leurs différentes campagnes de construction., qui peut être considéré comme très fiable du fait de l'expérience de cet auteur. L'église est bien sûr mentionnée dans le Précis statistique... de Louis Graves, qui ne fournit toutefois que de minces renseignements sur ce monument de faible importance, et l'auteur commet l'erreur d'attribuer le chœur au au lieu de la première moitié du . Aussi, Graves qualifie-t-il la nef de moderne, ce qui indique qu'elle avait déjà perdu tout son caractère roman autour de 1830 / 1840..

En réalité, la partie la plus ancienne de l'église est la nef, dont le gros œuvre date du , comme en témoignent les murs partiellement appareillés en arête-de-poisson , visibles de l'extérieur au sud et au nord, ainsi que deux petites fenêtres romanes, actuellement bouchées. Sur la face ouest, en dessous de l'oculus du , on aperçoit la partie supérieure d'une ancienne ouverture rebouchée lors de la mise en place du porche actuel au . La nef primitive se prolonge par une travée supplémentaire, qui s'ouvre par un arc-doubleau retombant sur des tailloirs non moulurés, avec un décor géométrique simplement gravé. Ces tailloirs pourraient être contemporains de la nef primitive et correspondre à l'ancien arc triomphal, car l'on en trouve en effet dans les nefs de Cinqueux, Rhuis et de plusieurs églises de la vallée de l'Aisne, antérieures à l'an 1100. Or, les chapiteaux sont de style gothique primitif et datent de la fin du ou au début du .

Dans l'angle sud-ouest de la travée supplémentaire, subsiste un faisceau de trois colonnettes coupé à environ deux mètres du sol. Des chapiteaux et une tablette gravée de la même façon que les tailloirs signalés supportent une pietà, mais l'autel néogothique du croisillon sud utilise les mêmes éléments stylistiques, et l'authenticité est donc douteuse. En face dans l'angle nord-ouest, sous la chaire, subsiste la base d'un autre faisceau de trois colonnettes. Le piédroit gauche de l'arcade ouvrant dans l'actuelle base du clocher présente des traces de mutilations. Enfin, dans l'angle nord-est de la travée supplémentaire de la nef, une seule colonnette subsiste, et contrairement aux autres colonnettes, elle conserve son chapiteau roman. Il est sculpté de godrons et de volutes d'angle, et se situe à un niveau assez bas. Cette position et le faible diamètre du chapiteau donnent à penser qu'il correspond au rouleau supérieur d'une ancienne arcade vers une chapelle à l'emplacement de l'actuel clocher. Près du chapiteau roman, l'arrachement d'une autre colonnette demeure nettement visible.

Le nombre de trois colonnettes par angle devrait correspondre à une ogive et deux formerets, et donc à un voûtement d'ogives de la fin de la période romane, comme à Bury ou Foulangues. Or, des travaux ont dû être effectués à la première période gothique, comme l'indiquent les chapiteaux de l'arc triomphal et un contrefort intermédiaire ajouté au sud. Sa présence explique que le mur est percé de deux fenêtres, et non d'une fenêtre unique au milieu. Le mur tout en entier a peut-être été bâti lors de cette campagne de remaniements de la fin du ou au début du , car il serait surprenant qu'une chapelle n'aurait existé qu'au nord : en étudiant les plans des autres églises du des environs, comme Bury, Cambronne-lès-Clermont, Foulangues, Mogneville ou Rieux, l'on se rend compte que la symétrie était de mise. Des bas-côtés, croisillons, chapelles ou absidioles existaient toujours des deux côtés, jusqu'à ce que des remaniements à la période gothique n'apportent des modifications du plan. Deux hypothèses sont possibles. La travée supplémentaire a pu être construit pour prolonger la nef, et aurait été suivie d'une base de clocher ou croisée du transept et d'un chœur édifiée sous la même campagne, vers 1130. Au cas contraire, la travée a elle-même pu supporter le clocher, et l'existence probable de formerets parle en ce sens : en effet, les formerets restent l'exception du temps du premier voûtement d'ogives. Quoi qu'il en soit, l'effondrement de la voûte (provoquée par la chute du clocher ou non) peut expliquer les remaniements de la fin du ou au début du . Ce ne sont pas les derniers.

Le transept a dû être édifié à la même époque que fut remaniée la travée supplémentaire de la nef, comme l'indiquent le profil de la voûte du croisillon nord, les colonnettes à chapiteaux dans les angles et deux courtes et fines colonnettes à chapiteaux sans emploi dans l'angle nord-ouest de la croisée. Leur position paraît anormalement basse, mais elle est légèrement plus élevée que celle du chapiteau roman signalé ci-dessus, et du reste la même que celle des chapiteaux du croisillon. Seul le croisillon nord subsiste donc du transept de la première période gothique, qui était peut-être déjà le deuxième transept que l'église a possédé. La croisée et le croisillon sud ont été reconstruits en deux étapes, dont il sera question ci-dessous. Le chœur, qui se compose d'une travée carrée, est plus tardif que le transept, et se substitue sans doute à un chœur de l'époque romane tardive contemporaine de la travée supplémentaire de la nef. La datation du chœur repose uniquement sur le remplage de ses fenêtres en tiers-point, ainsi que sur les moulures entourant les fenêtres. deux lancettes, à têtes tréflées ou non, surmontées de trois quatre-feuilles. Les meneaux ont un profil aigu et sont dépourvus de chapiteaux et bases. Les lancettes à têtes tréflées se caractérisent par la forme fermée du lobe supérieur, comme plus tard à la période gothique flamboyante. Les trèfles des fenêtres latérales et les quatre-feuilles sont par contre encore propres au style gothique rayonnant tardif, et l'ensemble parle donc en faveur de la première moitié du .

Les remaniements postérieurs à la guerre de Cent Ans thumb|upright|Les arcades autour de la croisée du transept datent apparemment du . thumb|upright|Ancien porche.