Le château de Rosny-sur-Seine ou château de Sully est un château français de style Louis XIII situé dans la commune de Rosny-sur-Seine dans le département des Yvelines et la région d'Île-de-France, sur la rive gauche de la Seine en aval de Mantes-la-JolieV. Bourselet et H. Clérisse, Mantes et son arrondissement, 1933.

Construit à l'extrême-fin du pour le célèbre duc de Sully, ministre d'Henri IV, il est vendu en 1718 par le dernier duc de Sully à David Olivier, comte de Sénozan (1642-1722) et finit par échoir à son arrière-petite-fille Sabine Olivier de Senozan de Viriville (1764-1794), épouse d'Archambaud de Talleyrand-Périgord, duc de Talleyrand (1762-1838). Puis la duchesse de Berry, propriétaire de 1818 à 1830, fait remanier le château par l'architecte Froelicher.

Sauvé de la destruction totale en 1840 par le comte Le Marois qui fait abattre les ailes construites par la duchesse de Berry, il est soigneusement restauré par la famille Lebaudy qui le possède jusqu'en 1955.

Devenu en 1984, en même temps que neuf autres domaines, propriété de la société japonaise Nippon Sangyoo Kabushiki Kaisha, son mobilier est vendu, laissé à l'abandon et gravement endommagé par un incendie à la suite duquel l'État décide d'engager d'office des travaux de sauvetage. Il est cédé en 1998 à Bernard Anthonioz, qui, envisageant de le transformer en « relais-château », entreprend de gros travaux d'entretien et de restauration sur fonds propres sans subvention ( d'euros). Finalement, il décide de le céder en à un restaurateur de monumentsUn restaurateur de monuments rachète le château pour 4 M€ Extrait du Courrier de Mantes du 25 mai 2016..

Le château, y compris le parc et les dépendances, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .

Histoire À l'emplacement actuel du château de Rosny-sur-Seine se trouvait au Moyen Âge un manoir fortifié.

La seigneurie, après avoir longtemps appartenu aux MauvoisinForêt régionale de Rosny. Jadis, la forêt de Rosny appartenait aux Seigneurs de Mauvoisin. Au , elle se retrouve entre les mains de Sully, ministre d'Henri IV et seigneur de Rosny., revient à la maison de Béthune en 1529 par le mariage de Jean IV de Béthune, grand-père du duc de Sully, le célèbre ministre d'Henri IV, avec Anne de Melun d'Epinoy, qui reçoit le domaine de Rosny en dot (Anne de Melun descendait du mariage, dans le dernier quart du siècle, d'Hugues de Melun d'Antoing et d'Epinoy avec Béatrix de Beaussart, dont la mère était Laure Mauvoisin de Rosny).

1598-1718 : le château des Béthune-Sully thumb|120px|Maximilien de Béthune, duc Sully (vers 1630). Maximilien de Béthune naît le au château féodal de Rosny-sur-SeineCertains historiens font naître Sully au château de Beuron, aujourd'hui détruit. Mais, selon Bernard Barbiche et Ségolène Dainville-Barbiche : « l'événement [sa naissance] eut lieu dans le vieux château féodal de Rosny, et non pas, comme l'ont avancé à tort de nombreux auteurs, dans le manoir voisin de Beuron. Beuron, en effet, n’appartenait pas, à l'époque, aux Béthune. De plus, au milieu du , il n’y avait là qu'un modeste logis : c'est seulement au qu'y fut construit un château. Enfin, Beuron est situé non pas sur le territoire de la paroisse puis de la commune de Rosny, mais sur celui de Perdreauville » (Sully, Paris, Fayard, 1994, ). L'historien local Albert Anne, ancien maire de Bonnières-sur-Seine, dans son étude Sully à Rosny sur Seine, sa naissance, ses demeures (1975), se livre à une enquête minutieuse sur le sujet et trouve la source de l'erreur, dans le Rosny-sur-Seine de l'abbé Thomas (1889, ), « premier et seul auteur à l'avoir écrit », mais qui fut copié ultérieurement sans vérification par de nombreux auteurs (notamment V. Bourselet et H. Clérisse, Mantes et son arrondissement, 1933). Albert Anne, après deux pages de citations, conclut : . On note toutefois un certain nombre d'affirmations contradictoires concernant ce château de Beuron, à deux kilomètres de distance sur les hauteurs de la forêt de Rosny. Selon Gérard Rousset-CharnyGérard Rousset-Charny, « Le château de Rosny, des Béthune, ducs de Sully aux Talleyrand-Périgord », in : Entre Cour et Jardin. Marie-Caroline, duchesse de Berry, Sceaux, musée de l'Île-de-France, 2007 – , ., il fut démantelé et brûlé en 1435 au cours de la guerre de Cent Ans.

En 1598, il devient surintendant des finances d'Henri IV. Cette même année – ou peut-être dès 1595Adriana Russo-Van de Lindt, in : Guide du patrimoine. Île-de-France, – il entreprend de faire construire un nouveau château à Rosny-sur-Seine, terre érigée en marquisat à son profit en 1601 et il est créé duc de Sully en 1606.

Ce château est connu par une gravure de Claude Chastillon publiée dans la Topographie française au début du . L'architecte est inconnu, mais Jean-Pierre Babelon a suggéré qu'il pourrait s'agit de Jacques II Androuet du CerceauJean-Pierre Babelon (dir.), Le château en France, Paris, Berger-Levrault, 1986..

Bâti en briques et pierre selon le goût de l'époque avec un plan en U comprenant un corps de logis central flanqué de deux pavillons terminés par deux ailes en retour d'équerre elles-mêmes terminées par des pavillons. La cour d'honneur était fermée par un mur bas avec portail et fossés, selon une disposition connue par exemple au château d'Anet. Ce plan carré autour d'une cour permet de distribuer les salles et appartements autour du grand escalier, aménagé ici dans le pavillon sud-ouest, une galerie dans l'aile sud et les appartements des officiers dans l'aile nord.

Pour le portail d'entrée, le ministre avait ordonné un décor de colonnes jumelées garnissant les pieds-droits du portail en arc de triomphe, sculptées en formes de fûts de canons dressés verticalement, grenades et casques en trophées, rappelant sa fonction de grand maître de l'artillerie de FranceDécor connu par un dessin « élévation pour la façade d'entrée du château de Rosny », Bibliothèque de l'Institut, Paris, ms 1001, fol. 35-36.Sully et ses châteaux, note 10, par Isabelle Aristide-Hastir, p. 31-42.

Les façades des corps d'habitationFaçade sur parc, cour d'honneur du château. étaient parées en briques avec chaînages et encadrements de pierre. Les encadrements de fenêtres se prolongeaient verticalement de fond en comble. Les hautes toitures d'ardoise comportaient des lucarnes ornées.

thumb|120px|Schéma du parterre du château de Rosny, début du XVIIe siècle. Le château se dressait au milieu de beaux jardins comprenant divers parterres et des alignements d'arbresDétail : voir les liens vers les Bases de données, en bibliographie.

Pendant l'été 1603, Henri IV honore Rosny de sa visite. Sully, entouré de toute sa maison, se porte à la rencontre du roi sur la grande avenue du parc, située dans l'axe de la façade du château, et qui rejoint la route de Mantes. Le roi admire les travaux qui touchent alors à leur terme. Le corps de logis est achevé et les appartements viennent d'être aménagés. Il complimente son ministre sur les belles rangées de jeunes ormes bordant les allées du jardin et, comme ces arbres poussent très lentement, il observe : « Ah ! mon amy, quels beaux ombrages vous aurez là-dessous dans deux cents ans ! »Abbé H. Thomas, Rosny-sur-Seine où est né Sully, .

L'aspect du domaine est connu par une peinture, formant dessus-de-porte, conservée aujourd'hui au château de Villebon à Villebon (Eure-et-Loir), l'une des résidences favorites de SullyLe domaine est encadré par la Seine à gauche et la route de Rouen à droite. On distingue à l'arrière-plan une longue avenue plantée qui conduit au château, de plan carré. Sur la droite se trouvent les bâtiments des remises et les écuries. Au premier plan et dans le plan intermédiaire, plusieurs jardins plantés d'arbres formant quinconces et des parterres de broderies entourant un bassin circulaire. « Ces éléments viennent buter au premier plan sur une enceinte oblongue présentant plusieurs tourelles et édicules, tel celui situé dans l'axe est-ouest, un pavillon ou un belvédère, permettant d'admirer la demeure, ses jardins et l'animation sur le fleuve. » (G. Rousset-Charny, , )..

thumb|Plan du château de Rosny, avec ses deux ailes disparues, et sans les cloisons intérieures.

Sans preuve, on a prétendu que Sully n'avait construit que le corps du fond et les deux pavillons d'angle qui subsistent aujourd'hui, quoique très remaniés. Il semble plutôt que Sully laissât le château inachevé, car « à la mort du roi, son bienfaiteur, il voulut donner une preuve sensible de sa douleur en laissant les ailes imparfaites et dans l'état où elles étaient au moment de ce triste événement »« Supplément à la vie du duc de Sully, depuis sa retraite », , .. Pour autant, « la qualité de l'édifice retint l'attention des contemporains, confirmée par un dessin représentant une élévation de ce château conservé dans les collections graphiques du Nationalmuseum, à Stockholm, en Suède. »G. Rousset-Charny, , : « Ce document montre la demeure dressée sur un haut socle maçonné. Le corps de logis, comprenant un rez-de-chaussée et un premier étage, s'éclaire par quatorze baies. Trois lucarnes couronnées de frontons triangulaires passent devant la corniche et se détachent à la base du haut toit d'ardoise, éclairé de chatières et agrémenté d'épis de faîtage aux extrémités. Les gros pavillons latéraux sont percés de baies rectangulaires sur trois niveaux et surmontés de lucarnes cintrées, jouxtées de hautes souches de cheminées. Les lignes verticales, dressées du soubassement à la corniche, les entourages de fenêtres et les angles harpés en pierre, ainsi que les bandeaux horizontaux se lisent nettement sur ce dessin. Les châteaux de Courances, Balleroy, Widewille et du Fayel présentent ce même parti dépouillé, d'une sobre et élégante harmonie. ». « L'absence d'avant-corps et d'ordre antique – contrairement au savant usage dans l'architecture de pierre, inspirée des traités, pendant la période antérieure – concentrait le décor au niveau des lucarnes de pierre, passantes sur la corniche, surmontée de frontons triangulaires ou cintrés, qui rythmaient alternativement les travées dans les parties hautes des façades et à la naissance des hauts combles, dispositions qui se retrouvent dans un second dessin conservé à la Bibliothèque de l'Institut de France« élévation pour une aile du château de Rosny », Bibliothèque de l'Institut de France, Paris, ms 1001, fol. 33.. »G. Rousset-Charny, , ..

Le décor intérieur devait comporter, selon le goût de l'époque, des plafonds à poutres et solives peintes, des tapisseries aux murs ou bien des revêtements d'étoffes ou de cuirs au-dessus d'un lambris bas d'appui, et sans doute de belles cheminéesG. Rousset-Charny, , .. Très peu d'éléments subsistent de ce décor d'origine.

1718-1794 : les richissimes financiers Olivier de Sénozan

La demeure reste la propriété de la maison de Béthune-Sully jusqu'en 1718G. Rousset-Charny, ., date à laquelle elle est vendue par Henri de Béthune, dernier duc de Sully, au comte François Olivier de Sénozan, intendant général du clergé de France, issu d'une puissante famille de parlementaires et financiers richissimes, les Olivier de Sénozan.

Il agrandit le domaine en réunissant à la seigneurie de Rosny le fief de la Grand-Maison et au parc du château le terrain occupé par le prieuré de Saint-Wandrille. À cette occasion, il fait redessiner les jardins et effectuer de nouveaux aménagements. La longue terrasse créée par Sully le long du fleuve est reconstituée. Une avenue parallèle est tracée, de l'autre côté des parterres, proche de la route de Rouen. vignette|Anne-Nicole de Lamoignon de Malesherbes, comtesse de Sénozan, par Jean Valade