L'Estaque (en provençal [lesˈtakɔ] : L'Estaca en graphie classique, L'Estaco en norme mistralienne) est un quartier du de Marseille, au nord-ouest de la ville. Ses habitants sont les Estaquéens.
Ancien hameau isolé de pêcheurs et de fabricants de tuiles, L'Estaque devient à la fin du un village d'ouvriers d'usine et une station balnéaire. Entre 1870 et 1914, ses paysages sont une source d'inspiration pour des peintres célèbres, tels que Paul Cézanne., Georges Braque, ou Auguste Renoir. À partir des années 1940, l'économie industrielle s'effondre et L'Estaque est touché par la crise économique et les problèmes d'urbanisme, comme l'illustrent des films de René Allio et plus récemment de Robert Guédiguian, avant d'importantes actions sociales et urbaines à partir des années 1990.
L'Estaque est aujourd'hui une zone résidentielle d'environ , réputée pour son ambiance de village.
Géographie Situation et délimitations
Le quartier de L'Estaque est situé à l'extrême nord-ouest de Marseille, dans la partie des « Quartiers nord » de la ville, sur le littoral maritime, à environ du Vieux-Port. Le quartier est limitrophe de la commune des Pennes-Mirabeau au nord, du quartier des Riaux ou de la commune du Rove au nord-ouest, et du quartier Saint-Henri à l'est.
L'Estaque est souvent divisé en « petit quartiers », à l'origine de petits hameaux ou écarts.. Estaque-Église ou Estaque-Plage, le quartier historique des pêcheurs en bord de mer et la butte sur laquelle a été édifiée l'église. La Fontaine aux Tuiles, constitué d'habitats ouvriers sur les anciens terrains de tuileries (Sacoman) La Falaise, avec d'anciennes bastides et maisons bourgeoises construites sur un terrain pentu. Estaque-Gare, quartier s'étant développé au autour de la gare de L'Estaque, comprenant également les habitats de l'ancien hameau du Château (Bovis). Le hameau de la Nerthe, située dans les collines, ancien site d'habitat médiéval, réoccupé à partir du (usine de chaux et ciment) et surtout du avec des cabanons d'ouvriers ; Les Piches, dans les hauteurs de la colline. Le Marinier, éloigné de plusieurs kilomètres du centre de l'Estaque, situé dans des vallons au milieu du massif de la Nerthe, relié seulement par le chemin du Marinier. Il apparaît au (four à chaux disparus) et au (petits bâtiments agricoles), puis entre 1920 et 1950 des lotissements ouvriers sont construits et une école (1930-1950) Les Riaux, situé plus au nord de l'Estaque-Plage, créé à la fin du par un lotissement ouvrier autour de quelques usines, un des 111 quartiers administratifs de Marseille (1946) Corbière, le long du littoral nord de l'Estaque, occupé aujourd'hui par des plages et des friches industrielles.
Géologie et hydrographie
Le terrain est constitué d'une plaine littorale (extrémité du bassin de Séon) et du piémont de collines calcaires (. maximum), qui forment le début de la chaîne de l'Estaque (ou chaîne de la Nerthe) le long du littoral de la Côte Bleue (vers l'ouest).
La roche des collines est constituée de calcaire kimméridgien (fin du jurassique), formée par une sédimentation datant d'environ 150 millions d'années. Le sous-sol et les affleurements rocheux de la plaine littorale, plus récents, sont constitués de calcaire d'âge stampien (oligocène) recouvert d'une couche de brèche (conglomérat) de calcaire oligocène. Les failles et séquences de sédimentation révèlent que le site était en bordure d'un bassin lacustre (lac), il y a environ 30 millions d'années (Oligocène), soumis à des phénomènes tectoniques (basculement). Les fossiles de cette époque sont des characées (algues vertes) et des gastéropodes d’eau douce ()Voir carte géologique de l'Estaque ; Bilan concernant les affleurements de L'Estaque et de Corbières.
Le quartier est traversé par quelques ruisseaux intermittents canalisés qui prennent leur source dans les collines, à l'exemple du ruisseau Marinier. L'état qualitatif et quantitatif des eaux souterraines est mal connuDossier « Fiche de caractérisation des masses d'eau souterraine », 2006, p.1-6. La roche calcaire très fissurée et des phénomènes karstiques favorisent une rapide et profonde infiltration des eaux pluviales. De même, les eaux souterraines ne sont plus exploitées à notre époque. Si une étude de la Société des Eaux relevait 14 puits dans le quartier de l'Estaque en 1944, la plupart des sources et puits sont aujourd'hui taris, contaminés ou oubliés, à l'exemple de la source du quartier de la Fontaine-des-Tuiles.
Faune et flore
La végétation naturelle des collines de L'Estaque est constituée essentiellement de garrigues, puis de prairies de brachypode rameux. La flore de ce secteur a été inventoriée depuis plusieurs siècles par des naturalistes : par Leonhard Rauwolf dès 1573, puis par le Suédois Pehr Forsskål vers 1761 dont un ouvrage posthume répertorie la (flore estaquéenne).. La végétation est clairsemée dans certaines zones arides en raison de la pente ou de l'absence de sol, plus dense et uniforme dans d'autres zones. Les anciens massifs de pins (pin d'Alep) ont été dégradés au par l'extension industrielle (carrières), les feux de forêt et le surpâturage des chèvres. Les espèces de cette végétation semi-désertique sont des arbustes (chêne kermès, romarin, argelàs, genévrier...) et des plantes herbacées méditerranéennes (hélianthème à feuilles de lavande, thym, crocus, myrte). Les collines entre L'Estaque et le massif de l'Étoile font partie des rares sites en France où l'on trouve la germandrée à allure de Pin (Teucrium pseudochamaepitys)Voir la synthèse INPN sur l'écosystème de la ZNIEFF de la chaine de la Nerthe et plus spécifiquement la ZNIEFF du Marinier-Moulin du Diable .
En raison de la végétation clairsemée et de la pollution agricole (pesticides), la diversité des espèces animales est réduite. Parmi les espèces remarquables, seule la présence du pipit rousseline, passereau couleur sable, est signalée sur les hauteurs de L'Estaque. Mais d'autres espèces d'intérêt patrimonial ont été répertoriées dans les collines voisines du massif de la Nerthe, essentiellement des animaux vivant en milieu ouvert ou rocheux : aigle de Bonelli, traquet oreillard, faucon pèlerin, martinet pâle, lézard ocellé, etc.
Climat
Le quartier partage le climat méditerranéen de la ville de Marseille. Il existe néanmoins des disparités de température et de précipitations entre les quartiers situés sur le littoral et d'autres quartiers éloignés de plusieurs kilomètres de la mer et situés sur les contreforts de massifs.
Par les reliefs de la chaîne de collines, l'Estaque est notamment abrité du mistral, vent fréquent et souvent violent en Provence et, partiellement, du vent d'est. Le quartier profite également des effets climatiques de bord de mer (effet modérateur sur les températures, humidité, vent thermique). Selon la municipalité, le jardin de Corbière situé sur un flanc de colline orientée au sud-ouest bénéficierait ainsi « d'un microclimat et d’une température clémente, même en plein hiver » propice à une flore méditerranéenne (pin parasol, arbre de Judée, eucalyptus) et même une flore subtropicale (agaves, bougainvillées, palmiers).
Transports
Réseau routier Le bas de l'Estaque est traversé par la route départementale 568 (ancienne route du Littoral) qui aboutit vers le nord au quartier des Riaux et à la commune du Rove et vers le sud à l'autoroute A55 et au centre-ville de Marseille.
Transports en commun L'Estaque est desservi par la Régie des transports métropolitains grâce aux lignes de bus 35 (La Joliette ↔ Estaque Riaux ou Plage de Corbière), 36 (Métro Bougainville ↔ La Nerthe), 95 (Estaque Port ↔ Rochers de l'Estaque) et 96 (Estaque Gare ↔ Hôpital Nord).
Sur le réseau Transmétropole, la ligne C7 des bus de la Côte Bleue assure une desserte entre L'Estaque, Le Rove et Niolon..
Réseau ferré La gare de l'Estaque est commune aux lignes de Marseille à Avignon via Rognac et Marseille à Miramas via la Côte Bleue. Elle est desservie par les TER Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Réseau maritime Le port de L'Estaque est situé à l'extrémité nord des bassins du port de Marseille (formes de radoub et avant-port nord). C'est un port de plaisance d'environ 1500 places, géré par plusieurs clubs nautiques (SNEM, CAM, SNE et l'ancien syndicat de pêcheurs professionnels « Les Pescadous de L'Estaque ») ainsi que par le Grand port maritime (pour environ 150 places). Le port est équipé d'un slipway et de grues (3-6 T). Il accepte des bateaux avec un faible tirant d'eau (2-.). Seul le petit « quai des pêcheurs » est accessible au public. L'approche maritime se fait par la passe nord « du Phare de L'Estaque » (feu scintillant rouge) ; la passe sud dite « des Chalutiers » est réservée à l'accès au port de pêche de Saumaty.
Un peu plus au nord-ouest, le long de la route de la Plage, se situe une cale de mise à l'eau en libre accès (quai de la Lave), suivie du port de plaisance de Corbière. Celui-ci compte une centaine de places à flot, des places à terre (port à sec), des ateliers de réparation et une pompe à carburant. L'approche se fait par une passe entre les digues (feu à éclats 4s. rouge).
L'Estaque est également desservi de mars à octobre par la navette maritime qui fait la liaison vers le Vieux-Port.
Urbanisme
Morphologie urbaine — Alfred Saurel, 1878
L'extension urbaine débutée vers 1820 s'est faite longtemps sans concertation, selon des initiatives privées et les contraintes d'un terrain dénivelé et parfois escarpé (ruelles et impasses, escaliers). L'environnement urbain est de plusieurs types : des habitats denses alignés le long des rues constitués d'anciennes maisons bourgeoises et d'anciens immeubles (Estaque-Plage), des résidences individuelles (pavillons, bastides) entourées de jardins ou parties boisées, des lotissements ouvriers du et s (Riaux, Fontaine-des-Tuiles) situés parfois sur d'anciens terrains d'usine et des friches industrielles parfois réaménagées en zone résidentielle ou zone industrielle (bureaux).
Contrairement à son appellation, le littoral de la route de la Plage ou de L'Estaque-Plage n'est plus constitué d'une plage ; le bord de mer est aujourd'hui occupé par des ports de plaisance clôturés, des jetées bétonnées et l'ancien petit port de pêche de L'Estaque. Les plages du Fortin et de la Lave () ont été aménagées à la sortie de L'Estaque, construites sur la mer avec des enrochements artificiels et un môle bétonné, sous la falaise de la route de Martigues, au lieu-dit de Corbière.
Logement
Les logements à L'Estaque correspondent majoritairement à des logements privés et individuels, dans un état parfois dégradé (bâtiments datant majoritairement d'avant 1948).
En 1999, L'Estaque comptait 2753 logements, dont 23 résidences secondaires et 98 logements vacants. 39 % des habitants étaient locataires. 44 % des logements sont situés dans un immeuble collectif. 45 % des logements comptaient au moins 4 pièces
Les courées
« Habitat ouvrier non programmé » selon Marcel Roncayolo, la courée est apparue en périphérie du centre de Marseille, surtout au nord, dans les quartiers nés de l’industrialisation (L'Estaque, Les Riaux…), entre 1895 à 1930, période d’intense développement et de large appel de main d’œuvre qui a pris fin au lendemain de la crise de 1929. Dans un contexte de spéculation, d’insalubrité et de précarité sociale, les Italiens qui refusaient les cités ouvrières patronales ont fréquemment pris en charge l’édification de leurs logements. C’est pourquoi, la courée est longtemps apparue comme un habitat principalement construit par et pour les ouvriers immigrés italiens. Ils ont pris leur modèle de référence dans le répertoire de formes de leur pays d’origine. Le mot courée dérive du bas latin cortis qui désigne la cour de ferme associé à la villa romaine dans le domaine rural antique (corte).