Un logiciel libre (ou un free software par anglicisme) est un logiciel distribué avec son code source, sans restriction qui limiterait sa modification ou sa rediffusion. Il laisse donc à son acquéreur le droit de l'améliorer ou de l'adapter. En bref, il est à la fois open source et régi par une licence libre. Distribué généralement sur Internethttps://pure.unamur.be/ws/portalfiles/portal/60762921/5126.pdf, il peut être gratuit ou payant.
La seule disponibilité du code source ne suffit pas pour qu'un logiciel soit libre. La Free Software Foundation (FSF, « Fondation du logiciel libre ») défend la norme selon laquelle un logiciel doit, pour être qualifié de « libre », offrir les quatre libertés suivantes à l'utilisateur : liberté d'exécuter le programme ; liberté d'accéder au code source du programme ; liberté de redistribuer le programme ; liberté de modifier le programme et de publier les modifications apportées.
La conception d'un logiciel libre est une activité collective qui regroupe plusieurs volontaires bénévoles, fédérés en une communauté décentralisée, à distance et de manière asynchrone. Organisée sur Internet, elle peut impliquer de nombreux individus, parfois très éloignés géographiquement ; mais d'après Benjamin Mako Hill (2010), la grande majorité des logiciels libres sont développés par un petit nombre de personnes, voire par une personne seule.
Ce modèle de logiciel apparaît au milieu des années 1980 dans les communautés de hackers, en réaction au fait que le logiciel devient un objet de commerce vendu indépendamment des machines physiques. Défendu en particulier par Richard Stallman et Linus Torvalds, il connaît une dans les années 2000. On compte parmi les exemples les plus populaires le système d'exploitation Linux, le navigateur web Firefox, la suite bureautique Open Office/LibreOffice et le système d'exploitation pour appareil mobile Android.
Définition
Premières ébauches
La notion de logiciel libre est décrite pour la première fois dans la première moitié des années 1980 par Richard StallmanPar exemple dans l'annonce de la création du projet GNU sur Arpanet en 1983 (Source) : qui l'a ensuite formalisée et popularisée avec le projet GNU et la (FSF).
Une première ébauche de définition du logiciel libre est ainsi proposée en 1986 par la FSF ; un logiciel est alors dit libre s'il confère à son utilisateur les libertés suivantes : Premièrement, la liberté de copier un programme et de le redistribuer à vos voisins, qu'ils puissent ainsi l'utiliser aussi bien que vous. Deuxièmement, la liberté de modifier un programme, que vous puissiez le contrôler plutôt qu'il vous contrôle ; pour cela, le code doit vous être accessibleDans le texte : « » (Source).
Définition de la
Un logiciel est considéré désormais comme libre, au sens de la (FSF), s'il confère à son utilisateur quatre libertés (numérotées de 0 à 3) :
la liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages ; la liberté d'étudier le fonctionnement du programme et de l'adapter à ses besoins ; la liberté de redistribuer des copies du programme (ce qui implique la possibilité aussi bien de donner que de vendre des copies) ; la liberté d'améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public, pour en faire profiter toute la communauté.
L'accès au code source est une condition d'exercice des libertés 1 et 3.
La FSF précise quelques points. D'abord ces libertés doivent être irrévocables. Chacun doit avoir la possibilité d'en jouir sans devoir prévenir un tiers. La redistribution du programme doit pouvoir se faire sous toute forme, notamment compilée, éventuellement à la condition de rendre disponible le code source correspondant. L'utilisateur doit pouvoir fusionner des logiciels libres dont il n'est pas lui-même l'auteur. La FSF accepte toutefois des restrictions mineures quant à la façon dont un logiciel modifié doit être présenté lorsqu'il est redistribué.
Définition du projet Debian Le projet Debian, débuté en 1993 avec le soutien de la , développe le (DFSG), les principes du logiciel libre selon Debian. Proposé en 1997 par Bruce PerensDans la liste de diffusion de Debian : , le côté pratique y est mis en évidence en , en précisant par exemple : la non-discrimination des utilisateurs et des usages ; les restrictions acceptables en matière de préservation du code source de l'auteur original ; ou encore l'acceptation explicite du changement du nom d'un logiciel dont on redistribue une évolution. On peut noter à ce propos que les noms de plusieurs logiciels libres (et de leurs éditeurs) ont des marques déposées, telles que, par exemple Linux, Mozilla ou Apache.
Cette définition établie pour Debian a été reprise, en 1998, dans le cadre de l' (OSI) pour établir l'.
.
« Logiciel libre » et « open source » thumb|Logo de la Free Software Foundation Littéralement, signifie « code source ouvert ». Toutefois, on utilise généralement open source en référence à l’ introduite par l’ (OSI) en 1998, qui souhaitait une autre terminologie pour les logiciels libres, qui se voulait en anglais moins ambiguë et plus adaptée au monde des affaires que .
Le mouvement pour le logiciel libre a défini des règles sur des principes éthiques, celui pour l'open source (qui en découle) a proposé une traduction fonctionnelle. Cela a déclenché des différends relatifs au respect de ces principes. Les défenseurs du logiciel libre considèrent que le logiciel libre est une affaire de philosophie, tandis que les partisans de l'open source rejettent toute philosophieD'après les propos de Loïc Dachary, vice-président et fondateur de la FSF Europe cité dans Benkeltoum, N. 2009. Les Régimes de l’open source : solidarité, innovation et modèles d'affaires, thèse de doctorat en sciences de gestion. Paris : Centre de gestion scientifique, Mines ParisTech. page 20..
Cette initiative a causé une controverse entre Richard Stallman et la Free Software Foundation. qui regrettaient la mise en avant des principes techniques aux dépens de l'éthique. Richard Stallman explique aussi pourquoi le logiciel libre est meilleur que l'open source et pourquoi l'« open source » passe à côté du problème que soulève le logiciel libre.
S'il persiste des désaccords entre ces mouvements, il reste qu'un travail conjoint d'harmonisation fait que, les définitions officielles du logiciel libre par la et de l'open source par l’ renvoient dans la pratique à des licences ayant pour point communs les quatre libertés d'exécuter, d'étudier, de modifier et de redistribuer – la FSF ayant défini ces libertés en quatre points, là où l'OSI a utilisé une définition sur dix points.
En synthèse, les quatre libertés de la FSF sont bien présentes. Par exemple, la FSF dira de la licence APSL (une licence Open Source selon l'OSI), en la comparant à la licence GPL (une des licences libres selon la FSF mais avec la restriction de devoir conserver les droits lors d'une redistribution, restriction appelée un copyleft) : (versions 1.x de l’ par exemple).
Histoire du logiciel libre
À l'époque des premiers ordinateurs, c'était le matériel informatique qui était censé constituer la source de revenus, le logiciel n'étant qu'un moyen d'en faciliter la vente. L'accès au code source était normal, car nul n'achetait un ordinateur sans disposer d'une équipe de programmeurs. Bien avant même la création d'Unix, les milieux professionnels et universitaires s'échangeaient volontiers logiciels et codes sources, et les constructeurs cédaient le leur pour rien jusqu'à ce que les lois antitrust ne le leur interdisent afin de permettre l'exercice d'une concurrence dans ce domaine The Daemon, the GNU and the Penguin — by Peter H. Salus — Part 1 The Daemon, the GNU and the Penguin — by Peter H. Salus — Ch. 2 & 3. En outre, jusqu'aux années 1970, il n'était pas encore tout à fait clair que le droit d'auteur s'applique aux logiciels.
Au début des années 1970, les coûts de production des logiciels augmentent drastiquement. Les entreprises qui vendent ces logiciels s'attaquent aux positions jusqu'alors dominantes des constructeurs d'ordinateurs qui livrent et facturent comme un tout leurs machines et les programmes qui les font fonctionner (les coûts de production des seconds étant rendus indistincts des premiers). Ce système qui a besoin de programmes pour fonctionner sapait le développement d'une industrie du logiciel distincte de la production de machines. Certains utilisateurs capables de programmer ou d'appliquer d'autres programmes à la machine qu'ils ont acquise auprès de leur constructeur, ne souhaitent plus payer pour le programme fourni avec la machine. le , une décision de justice déclare anti-concurrentielle la pratique consistant à facturer de manière indistincte le programme et la machine, ouvrant de nouvelles opportunités pour l'industrie du logiciel.
À partir des années 1970, les logiciels feront donc l'objet d'une facturation spécifique ; en quinze ans, l'avènement de la micro-informatique va généraliser ce modèle et donner un essor aux éditeurs de logiciels qui s'orientent vers la vente de licences d'utilisation. Un exemple souvent cité pour illustrer ce tournant est une lettre ouverte de Bill Gates aux hobbyistes, leur enjoignant de cesser de copier illicitement les logiciels.
Les constructeurs ont parallèlement restreint l'accès au code source des programmes, comme l'atteste la stratégie OCO, object-code only d'IBM à partir du début des années 1980. Il devient impossible, et dans certains cas interdit, d'étudier, de corriger ou d'améliorer les logiciels acquis. Non seulement l'utilisateur ne peut plus adapter le logiciel à ses souhaits, mais en cas de bug, il se retrouve dépendant du bon vouloir de l'éditeur du logiciel. Enfin, la copie, une opération naturelle pour un ordinateur, devient en règle générale interdite (par défaut, le droit d'auteur interdit la copie non explicitement autorisée). Les logiciels disponibles uniquement sous ces conditions restrictives deviennent alors la règle et les logiciels jusqu'alors librement échangés se retrouvent souvent intégrés dans des produits commerciaux figés et non partageables.
Richard Stallman, alors chercheur au laboratoire d'intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology, ressent profondément ce changement lorsque les collègues, avec qui il travaillait et échangeait des logiciels jusqu'ici, sont engagés à leur tour pour utiliser et produire des logiciels qu'ils ne pourront plus étudier et partager. Stallman commença à constater ces restrictions en présence de programmes sur lesquels il ne pouvait intervenir, notamment un pilote d'imprimante« J'avais déjà eu l'expérience douloureuse des accords de non-divulgation, quand quelqu'un m'avait refusé, ainsi qu'au laboratoire d'IA du MIT, l'accès au code source du programme de contrôle de notre imprimante (l'absence de certaines fonctionnalités dans ce programme rendait l'utilisation de l'imprimante très frustrante). Aussi ne pouvais-je pas me dire que les accords de non-divulgation étaient bénins. J'avais été très fâché du refus de cette personne de partager avec nous ; je ne pouvais pas, moi aussi, me comporter d'une telle manière à l'égard de mon prochain. »(source). Robert Sproull aurait refusé de lui fournir le code source en raison d'un contrat de non-divulgation que Xerox avait passé avec lui, pratique encore peu courante à l'époque.