Monobaze (Monbaz dans le Talmud) est le nom d'une dynastie qui régna sur l'Adiabène au . Elle apparaît vers l'an 15 et s'éteint peut-être en 71, mais des descendants d'un roi Izatès d'Adiabène sont donnés comme régnant à Édesse jusqu'en 167. Elle est surtout connue parce que ses souverains se sont convertis au judaïsme, se faisant construire des palais en Judée et en Galilée. À Jérusalem, ils possédaient au moins deux palais, ainsi qu'un tombeau qui semble être très célèbre dans la littérature des premiers siècles.
La dynastie des Monobaze s'engage aux côtés des révoltés juifs, allant jusqu'à participer en Judée à la révolte juive contre l'Empire romain en 66–70. Plusieurs rois d'Osroène sont mentionnés par la suite comme descendants d'un roi Izatès d'Adiabène. C'est le cas d'Abgar VII d'Édesse, de Ma'Nu VII et de son fils Ma'Nu VIII Bar Ma'Nu.
Histoire de la dynastie Le territoire de l'Adiabène sous les Monobaze
Avec Izatès ou son successeur Monobaze , l'Adiabène passe sous la domination d'une dynastie héréditaire appelée « Monobaze », tant dans le Talmud (Monbaz) et d'autres textes de la tradition juive, que par Flavius Josèphe. Le royaume d'Adiabène, avec Arbèles pour capitale, s'étend sur l'ancien territoire de l'AssyrieSimon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, ..
Sous Monobaze , la région de la rivière Khabour (Chaboras) qui dépend de l'Osroène à l'époque de Tigrane II, tout comme la région de la ville de Carrhes (encore dépendante de l'Osroène à l'époque de la bataille de Carrhes (-53)), appartiennent ou sont vassales de l'AdiabèneFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 2.. Plusieurs autres territoires qui appartiennet à l'Osroène à l'époque de Pompée sont aussi passés sous le contrôle du royaume d'Adiabène. C'est le cas de Singara, mais aussi de la région de la rivière Khabour (Chaboras) qui dépendent de l'Osroène à l'époque de Tigrane II d'Arménie. Ce mouvement de territoires de l'Osroène vers l'Adiabène est encore renforcé par le don de Nisibe par Artaban III en 36 Richard Gottheil "Jewish Encyclopedia : article Adiabene". Par ailleurs la Corduène est rattachée à l'Adiabène après l'invasion de l'Arménie par Pompée, en -63. À cette époque, les rois d'Adiabène contrôlent peut-être aussi Hatra Javier Teixidor, The Kingdom of Adiabene and Hatra, Berytus, 17, 1967-1968., car Tacite mentionne qu'un roi d'Adiabène a sa statue dans un des temples d'HatraJavier Texidor, Notes Hatréennes, 96..
Conversion au judaïsme
Après la mort de Monobaze , l'une de ses femmes, Hélène d'Adiabène et un des fils qu'il a choisi pour lui succéder, Izatès II, se convertissent au judaïsmeFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 3.. Izatès se fait même circoncireFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 4. Presque simultanément, tous ses autres frères se convertissent eux aussi, ainsi semble-t-il que leurs proches The forced conversion of the Jewish community of Persia and the beginnings of the Kurds.
Vers 36, le roi parthe Artaban III fait cadeau de Nisibe (et du territoire de Mygdonie environnant) à Izatès II, qui par son autorité lui a permis de retrouver son trône, alors que sa noblesse avait mis en place un autre roi pour le remplacer Richard Gottheil et Isaac Broydé, « Izates » (d'Adiabène), sur Jewish Encyclopedia..
Après sa conversion au judaïsme, la reine Hélène d'Adiabène s’installe à Jérusalem et fait construire un palais pour elle et ses sept fils (en particulier Izatès II et Monobaze II) dans la partie nord de la colline de l'OphelIsraeli archaeologists uncover 2,000-year-old mansion 06/12/2007Michael Shenkar, Résultats des fouilles dans la « Cité de David ». Son fils Monobaze II se fait lui aussi construire un palais non loin de celui de sa mèreHeinrich Graetz, Histoire des Juifs, Chapitre XVI — Dispersion de la nation judaïque et diffusion de sa doctrine — (40-49)Flavius Josèphe, Guerre des Juifs Livre V (VI – 1). Un troisième palais situé dans le quartier de l’Ophel appartient à la princesse Grapté, qui selon Heinrich Graetz est la petite-fille de la reine Hélène.
Hélène et ses fils se font aussi construire à Jérusalem un tombeau monumental qui est célèbre dans les premiers siècles de notre ère, avant d'être oublié puis redécouvert au Richard Gottheil & M. Seligsohn, Jewish Encyclopedia, Article « HELENA » (d'Adiabène)..
L'Adiabène redevient vassale de l'Arménie
Les sources juives et arméniennes ainsi que Plutarque racontent que vers 59, Monobaze II envoie un contingent de soldats en Arménie pour soutenir le candidat des Parthes, Tiridate, contre Tigrane VI, qui vient de faire une incursion dans le territoire de l'Adiabène.. Les troupes de Monobaze sont cependant repoussées lors de la bataille de Tigranocerte. Cette intervention de Tigrane contre Monobaze II sert de prétexte au roi des Parthes, Vologèse , pour intervenir et rétablir sur le trône son frère TiridateRené Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , 108..
Monobaze est aussi présent lorsque la paix est conclue à Rhandeia entre les Parthes et l'Empire romain en l'an 63voir aussi Les Annales de Tacite XV - 1s. Ce traité déclare que l'Arsacide Tiridate reste sur le trône arménien, mais comme client des Romains. La vassalité de l'Adiabène au royaume d'Arménie est réaffirmée.
Les Monobaze aux côtés des révoltés juifs Selon le Talmud, Hélène d'Adiabène et Monobaze donnent des fonds importants pour le TempleJoseph Jacobs Jacob Zallel Lauterbach, Article « YOMA », sur http://www.jewishencyclopedia.com.. Cette référence à Monobaze est parfois considérée comme désignant non pas le monarque mais la dynastieRabbi Nehemiah Brüll, « Jahrb. » i. 76., et donc les deux souverains et leurs enfantsCette interprétation est toutefois contestée par Rachi (rabbi Chlomo Iẓḥaḳi).. Il peut à la fois désigner la dynastie et le fils aîné d'Hélène appelé Monobaze (Monbaz en hébreu), celui qui a assuré la régence en attendant le retour de son frère Izatès II et qui lui succède ultérieurement. Lors d'une famine à Jérusalem, Hélène envoie des navires pour chercher du blé ou d'autres céréales à Alexandrie et chercher des figues sèches à Chypre, et les fait distribuer aux victimes de la famineFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 5..
Lors de la révolte juive contre Rome et la première Guerre judéo-romaine (66–70), seule l’Adiabène envoie des provisions, des troupes et des généraux pour soutenir les insurgésFlavius Josèphe Guerre des Juifs, Livre II.. Il est probable que Monobaze II participe lui-même aux opérations militaires, avec plusieurs autres membres de la famille.
Disparition Après la défaite juive de 70, l'Adiabène disparait de l'Histoire. Néanmoins, vers 110, le roi parthe Pacorus II vend le royaume client d'Osroène à Abgar VII, qui est mentionné comme fils d'Izatès, roi d'Adiabène Encyclopædia Britannica, article Pacorus II sur britannica.com. Ma'Nu VII est lui aussi mentionné comme fils d'Izatès d'Adiabène et frère d'Abgar VII Encyclopædia Britannica, articles Osroène et Pacorus II, sur http://www.britannica.com.
Le tombeau des Rois thumb|Entrée ouest du tombeau des Rois.
Le Tombeau des Rois est le nom donné à un ensemble de tombes monumentales taillées dans le roc, situé à Jérusalem (rue Saladin), à au nord des murs de la Vieille ville.
La grande taille du site a conduit à la croyance erronée que les tombes avaient été la sépulture des rois de Juda, d'où le nom de Tombeau des RoisFélicien de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte et dans les terres bibliques, 424.. Mais les tombes sont maintenant considérées comme le tombeau de la reine Hélène d'AdiabèneAncient Jerusalem's Funerary Customs and Tombs: Part Three Ancient Jerusalem's Funerary Customs and Tombs: Part Three, L. Y. Rahmani, The Biblical Archaeologist, Vol. 45, No. 1 (Winter, 1982), pp. 43-53.. Ce monument imposant présente un mausolée rupestre, comprenant un escalier monumental, une cour immense, un vestibule et des salles hypogées renfermant trente et une tombes.
Les souverains de la dynastie Monobaze d'Adiabène
Izatès (v. 15 apr. J.-C.) ; Bazeus Monobaze (20 ?–30 ?), Ma'Nu Bazeus ; Hélène d'Adiabène (peut-être Tzada Machalta, reine Tzada) (v. 30–58) ; Izatès II bar Monobaze (v. 34–58) ; (arsacide), Vologèse (le roi parthe opposé à Izatès II, jusqu'à sa défaite) (v. 51) ; Monobaze II bar Monobaze (58 – vers 70) Ma'Nu Bazeus, probablement Ma'Nu VI d'Osroène ; Izatès III ? (v. 70 ?) ; Inconnu ? (v. 71 - 90) (peut être Abgar VI Bar Ma'Nu (roi d'Osroène de 71 - v. 90)) ; (arsacide) Sanatruk (91 - 109), (roi arsacide d'Osroène, d'Adiabène et d'Arménie aussi appelé Xosroes) ; Abgar VII Bar Izatès (109 - 116), roi d'Adiabène et d'Osroène ; Meharaspes (116) ; Inter-règne romain (116 - 117) Province d'Assyrie; Parthamaspatès, co-roi (118 - 123), vassal de Rome ; (arsacide), Yalur, co-roi (118 - 122), vassal des Parthes ; Ma'Nu VII Bar Izatès (123 - 139), roi d'Adiabène et d'Osroène ; Ma'Nu VIII Bar Ma'Nu (139 - 163, puis 165 - 167), roi d'Adiabène et d'Osroène ;
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Adiabène Tombeau des Rois Première Guerre judéo-romaine Guerre de Kitos Abgar
Bibliographie Sources primaires Appien, Guerres mithridatiques. Dion Cassius, Histoire romaine. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, ii., ch. 12. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX, de II à IV. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, Livre VI, VI - 3,4. Moïse de Khorène, Livre II, chapitres 35-36. Plutarque, Vie de Pompée, 36. Plutarque, Vie de Crassus, 25, 26, 27 et 31 - 35. Le Seder Olam Zuta, le Seder 'Olam Rabbah et le Seder 'Olam de-Rabbanan Sabura'e. Strabon, Géographie, XI, 14.16. Tacite, Annales, XV - 1s. Talmud de Babylone, Yoma 37, Suk. 2. Tite-Live, Periochae, résumé du livre 106.
Sources secondaires E. Brauer, The Jews of Kurdistan, Wayne State University Press, Détroit, 1993. Salomon Grayzel, A History of the Jews, New York, Mentor, 1968. Ernst Schürer, The History of the Jewish People in the Age of Jesus Christ, 3 vol., Edinbourg, 1976-1986. Gérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Privat, Toulouse, 2007. René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 . Theodor Mommsen, Histoire romaine, livre V, IX. . Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, sur http://www.histoiredesjuifs.com. Christian Settipani, Nos ancêtres de l'antiquité: études des possibilités de liens généalogiques entre les familles de l'antiquité et celles du haut Moyen Âge européen, Editions Christian, 1991, Paris, 263 pages.
Sources tertiaires
M. Seligsohn, « Seder Olam Zuta », dans http://www.jewishencyclopedia.com. Richard Gottheil, « Adiabene », dans http://www.jewishencyclopedia.com. Richard Gottheil et Isaac Broydé, « Izates » (d'Adiabène), sur Jewish Encyclopedia, testé le 14 août 2011 H. G. Enelow, « Ananias of Adiabene », sur Jewish Encyclopedia, testé le 14 août 2011 Kaufmann Kohler, « Agabus », sur Jewish Encyclopedia, testé le 14 août 2011 Emil G. Hirsch & M. Seligsohn, « PESHIṬTA », dans http://www.jewishencyclopedia.com Richard Gottheil et M. Seligsohn, « Helena », dans Jewish Encyclopedia. Funk and Wagnalls, 1901–1906, qui citent : Rabbi Nehemiah Brüll, Jahrb. i. 70-78. Heinrich Graetz, Gesch., éd., iii. 403-406, 414. Schürer, Gesch., éd., iii. 119-122.
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