Skikda () (en ; en berbère : , , anciennement Rusicada à l'époque antique, Tasigda à l’époque médiévale, puis Philippeville pendant la période coloniale française, est une ville et commune d’Algerie située en bordure de la mer Méditerranée, à à l'est d'Alger, dans la wilaya de Skikda. Elle est le chef-lieu éponyme de la wilaya de Skikda et de la daïra de Skikda.

Géographie

Situation vignette|gauche|Environs de Skikda Skikda est située à à l'est de la capitale Alger, à à l'est de Jijel, à au nord-est de Constantine et à à l'ouest d'AnnabaDistances orthodromiques, dites aussi à vol d'oiseau..

La commune de Skikda est située au nord de la wilaya de Skikda, sur le littoral maritime. Elle est bordée au nord par la mer Méditerranée et est attenante aux communes de Filfila (à l'est), d'El Hadaiek et Hamadi Krouma (au sud) et de Aïn Zouit (à l'ouest et au sud-ouest).

La commune couvre une superficie de .. Les coordonnées géographiques de la commune au point central de son chef-lieu valent respectivement et .

Relief et hydrographie vignette|gauche|Grande vallée de Skikda. La région de Skikda, de part et d'autre de la vallée du Saf-Saf jusqu'à Aïn Bouziane, est localisée entre la presqu'île de Collo, dont le cap Bougaroun à l'ouest, la plaine de Guerbes, le cap de Fer et le massif de l'Edough à l'est, la chaîne numidique (prolongement des Babors), dont le djebel Sidi Driss, le col du Contour et la chaîne de Zerdeza, au sud, et enfin, le golfe de Numidia au Nord. Outre les dépressions de Saf-Saf, la plus importante, et celles de Tamalous et Azzaba, la wilaya de Skikda est une région montagneuse où l'altitude moyenne est de , avec cependant des pics dépassant les (djebel El Goufi, au-dessus de Collo, et djebel Sidi Driss, au-dessus de Beni Oulbane). Elle fait partie de l'Atlas tellien qui, à partir de l'Algérois vers l'Est du pays, se scinde en deux chaînes montagneuses parallèlement à la côte méditerranéenne : le bourrelet liminaire ancien du littoral et la chaîne du tertiaire, plus au sud, représentant la chaîne numidique qui prend naissance à Mila, à l'ouest (djebel M'cid Aïcha) et traverse la région de Guelma (djebel Maouna), après avoir servi de rempart entre les wilayas de Skikda et Constantinehttp://www.univ-biskra.dz/revue-fshs/edition/n5/17.pdf.. vignette|Grotte à Skikda|gauche Par ailleurs, l'étude géologique du sous-sol de cette région fait ressortir cinq types de structures lithologiques : un soubassement primaire du pré-permien constituant le bourrelet liminaire ancien de la presqu'île de Collo; des sables ferrugineux (rouges) de l'ère secondaire (Ben M'hidi, Ain Righa…), une couverture gréso-argileuse modérément plissée du Numidien de l'ère tertiaire (El Goufi, Sidi Driss et toute la chaîne numidique), des terrains éruptifs ou volcaniques récents du tertiaire et du quaternaire (Bougarouni, Filfila, Cap de Fer, Chetaïbi…). et, enfin, des terrains très récents de plaines alluviales du Saf-Saf, Zeramna, oued El Guebli, dans la dépression de Tamalous et oued El Kébir, dans la plaine de Guerbés.

Du point de vue climatique, la région de Skikda est dominée par un climat dit de type méditerranéen caractérisé par un hiver doux et pluvieux et un été sec et chaudhttp://www.umc.edu.dz/theses/sc-terre/AMI4284.pdf.. Les précipitations moyennes annuelles enregistrées varient entre 800 et de pluies, ce qui permet le développement d'une couverture végétale abondante se traduisant sur le terrain par la densité des forêts de chênes lièges et la biodiversité importante qui caractérise les écosystèmes terrestre, marin et d'eau douce (rivières, lacs…). Cette abondance de pluie explique également le vaste réseau hydrographique constitué par les cours d'eau permanents et alimente les réserves en eau souterraine sous forme de nappes phréatiqueshttp://www.bioeco.org/docs/443.pdf..

Toponymie

Le nom de la commune dérive de Rusicada, ancien nom phénicien de la ville..

Skikda est également le nom de l'un des principaux promontoires de la ville donnant directement sur la mer. Rusicada, forme latinisée du toponyme punique de l'antique ville lieu choisi jadis par les Phéniciens pour y allumer un feu permanent destiné à guider leurs navires dans le golfe de Numidie (Sinus Numidicus), d'où l'appellation Rûs Ucadh (littéralement « le cap du feu » et, par extension sémantique, « le phare »).

Une autre hypothèse laisse penser que le nom est composé de Rus et de sicade et signifierait « le cap des sauterelles ». Cette dénomination basée sur un nom sémitique composé de Rus a probablement servi de base au nom latinisé Rusicade.

La ville s'appelle Tasigda au Moyen Âge, une dénomination berbère..

L'idée du phare est profondément ancrée dans l'inconscient collectif de la ville côtière.

Durant la colonisation française, la ville fut débaptisée en Fort de France., puis Philippeville en hommage au roi Louis-Philippe. Elle conservera ce nom jusqu'en 1962.

Transports thumb|gauche|Télécabine de Skikda. La ville dispose d'un important port commercial assurant entre autres des liaisons maritimes régulières de transport de voyageurs avec Marseille.

En plus du port commercial, la ville dispose d'un terminal pétrolier ainsi que d'un port de pêche (ce dernier est sis à Stora). Elle est également dotée d'une gare ferroviaire située près du port commercial où aboutissent les liaisons ferroviaires avec l'hinterland. La ville disposait également d'un aérodrome mais ce dernier a été fermé à la navigation aérienne pour des raisons de sécurité industrielle, puisque les pistes se trouvaient au sein de la zone pétrochimique.

En septembre 2008, la ville de Skikda s'est dotée d'un téléphérique reliant la cité Bouaabaz à la cité Bouyaala.

La ville dispose d'un réseau de transport routier (bus et taxi) dynamique qui assure la liaison avec les principales villes algériennes.

Histoire

Origine de la population La population de la ville de Skikda et de sa région littorale est d'origine très diversifiée sur son substrat berbère, même si elle reprend jusqu'à l'époque contemporaine les structures de l'organisation clanique villageoise des populations d'Afrique du Nord.

On sait très peu de chose sur le peuplement de la ville après sa destruction subite au de l'ère chrétienne, mais des sources arabes du Moyen Âge et notamment les géographes El-Bakri et El-Idrissi, attestent de l'occupation du port de Stora aux . L'historien Ibn Khaldoun l'évoque au en la désignant sous le nom de Sikda et, un siècle plus tard, Hassan Al-Wazzani, plus connu sous le nom de Léon l'Africain, la décrit comme Sukaykida en précisant qu'elle était réservée aux négociants de la république de Gênes.

La région est dominée par des tribus berbères, issues des anciennes populations numides, puniques puis des diverses strates romanisées avant l'arrivée des populations vandales au (Presqu'île de Collo jusqu'aux Toumiettes) mais aussi de tribus arabes au , dont la structure a permis l'absorption d'autres éléments venus d'Afrique noire et des îles méditerranéennes.

Selon une théorie émise par Émile Masqueray, Il aurait existé également dans la région de Skikda un foyer de peuplement celtique autour de l'antique ville de Celtianis près de Beni Oulbane.. Les souches originelles de ce qui allait composer actuellement la population de Skikda et sa région, sont répertoriées notamment dans les rapports d'enquêtes et les chroniques que réalisés par Laurent-Charles Féraud pour l'armée coloniale française et publiés dans le de la Revue africaine, en 1875.

Dans la région de Skikda (le sahel de Skikda ou de Phillipeville comptait donc à cette époque à peu près dans le massif de Phillipeville arabes pour berbèresRecherches sur l'origine et les migrations des principales tribus de l'Afrique septentrionale et particulièrement de l'Algérie https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k104729j/f451.image . (page 450), ainsi selon l'étude française officielle en question (Recherches sur les tribus de l'Afrique septentrionale plus particulièrement de l'Algérie).

Les tribus arabes ethniques en 1851 selon le capitaine et scientifique Ernest Carette à Skikda. : Beni Ouelban ; Eulma ; Ouichaouia du Filfila ; Redjeta.

Tribus indécises : selon Carette et Ibn Khaldoun, une fraction des Banu Mehena sont arabes ; Oulad djebara considérés comme arabes mais sûrement berbères (Ernest Carette).

Les tribus berbères ethniques en 1851 selon le capitaine et scientifique E. Carette à SkikdaPages 449 et 450. : Medjàdja ; Banu Mehena (plusieurs fractions kabyles mêlées avec des arabes) : Hichaoua, Tâabna, Zerdeza, El-Arouch, Elma, Beni-Salah, Medjasda, Merdjia, Haddada, Chekatktat, Ouled-Oudina, Ouled-Nouar, Hadjadjemïa, Demenia, Ouled-Mazouni, Ouled-Ah'med, Beni-Djalama, Msabah, Zerdera ; Tehabena ; Zeramna ou jeramna tribu d'origine arabe. ; Oulad Atia (selon Ibn Khaldoun ils serrai une branche des Hilal). ; Oulad el-Hadj ; Achéch ; Banu Ishak ; Banu Salah ; Oulad Aisha ; Oulad Atia (Colo) ideme ; Beni Fergan ; Beni Merwan ; Slais ; Mchat.

Cette liste ne saurait être exhaustive, notamment en raison des différentes expropriations, du démantèlement de l'organisation tribale, des recompositions sociales introduites au sein des populations autochtones, ainsi que de l'exil et l'expatriement de pans entiers de la société qui ont suivi les différentes périodes d'occupation qu'a connues Skikda, d'autant plus que le recoupement des témoignages consignés dans les différents rapports des chroniqueurs se font par voie orale. Par ailleurs, relativement à d'autres sources, en sa qualité de région du nord constantinois, Skikda appartient à l'extrémité de ce que des géographes, tels que Paul Vidal de La Blache, Jean Despois et René RaynalH. Isnard. Jean Despois et René Raynal, Géographie de l'Afrique du Nord-Ouest, Méditerranée, 1968, vol. 9, , .. appellent la Kabylie orientale.].

Préhistoire

Cette période sur laquelle on connaît très peu de choses se compose de deux âges : la préhistoire et la protohistoire. Le premier âge se traduit par l'existence d'un ensemble de vestiges qui ont été recensés dans les localités de Tamalous et de Kerkera, dans la zone ouest du bas massif, ainsi qu'à Souk Lihoud, près de Bounaghra, dans la presqu'île de Collo. Ces vestiges sont représentés par des monuments mégalithiques importants. Il s'agit, en l'occurrence, de dolmens, monuments datant de l'ère néolithique ( av. J.-C.). On y trouve également des grottes anciennes. Quant au second âge, la protohistoire, qui représente en fait l'aube ou le début de l'ère historique, elle a été décrite par l'historien français: Stéphane Gsell (1864-1932) qui lie cette période à une peuplade qui avait élu domicile dans cette région et que des sources latines auxquelles il a été fait référence appelaient les Gutuma. II s'agit en fait des Kutama, une tribu berbère dont les limites territoriales occupaient, selon le sociologue et historien: Ibn Khaldoun, l'axe Béjaïa, Annaba et Baghaï, dans les Aurès.

Antiquité vignette|droite|Statue de Philippeville 1893 Période phénicienne

Ancien comptoir phénicien fondé durant l'extension de la civilisation des Phéniciens au-delà de leurs frontières originelles. Sa création se situe à l'arrivée de ces derniers sur les côtes de l'océan Atlantique vers av. J.-C.

Entre les avant notre ère, virent le jour les comptoirs de Rusucade (Skikda), Chullu (Collo), Tsaf-Tsaf et Astora (Stora), tous quatre faisant partie de l'actuelle wilaya de Skikda. Le comptoir de Tsaf-Tsaf fut érigé à proximité de l'ancienne embouchure de l'actuel Oued Zeramna, non loin de l'actuelle gare ferroviaire et de la place du novembre, au pied de cet autre comptoir qu'est Rusucade, appellation phénicienne composée de deux mots « Rus » désignant le cap, et « Ucade » (prononcé Oucade) signifiant feu, le tout donnant ainsi une traduction littérale de « cap du feu ».