Le faux-bourdon est un procédé d'improvisation consistant en l'adjonction de deux (ou parfois trois) voix, à l'origine parallèles à une mélodie préexistante, souvent de plain-chant. De nos jours, certains musicologues considèrent qu'il reste une forme de plain-chant, en dépit de sa nature différente du plain-chant monodique ou à l'unisson. C'est en effet une forme ancienne d'harmonisation du plain-chant : cette pratique a ainsi donné naissance à un genre musical spécifique.
Caractéristique musicologique
Il est possible que le faux-bourdon soit né sous influence de l'organum parallèle et surtout du gymel — à cause de l'utilisation presque exclusive des consonances imparfaites (la tierce et la sixte, par rapport à la basse). Le cantus firmus — c'est-à-dire le fragment syllabique de plain-chant — est souvent placé à la basse ou à la voix intermédiaire de l'édifice.
Ses notations étaient très variées, ancienne ou moderne. Néanmoins, surtout en Italie et en Espagne, la façon de la notation mixte était respectée. La voix du plain-chant, mélodie initiale et placée soit à la basse soit au ténor, demeurait toujours en notation carrée alors que d'autres parties étaient imprimées en notation moderne ou mesurée. En France, un seul compositeur, Jean Maillard, conservait ce style. Dans cette manière, le faux-bourdon restait plain-chant.
Même si à l'époque, la notion d'accord n'existait pas encore, on peut analyser le faux-bourdon comme un accord de sixte se déplaçant sur les différents degrés de l'échelle musicale.
Le terme s'emploie parfois pour indiquer l'harmonisation. ou le style de la composition selon cette façon, sans base du cantus firmus. Ainsi, il se trouve dans des œuvres de Guillaume Dufay au ainsi qu'au de Henry Du Mont, de Marc-Antoine Charpentier., de Michel-Richard de Lalande. Même au , le faux-bourdon inspira quelques compositeurs contemporains tels Felix Mendelssohn, Franz Liszt, Richard Wagner. Surtout, en tant que fidèle catholique, Liszt cherchait à composer ses œuvres canoniques justifiées par les pratiques traditionnelles, en soutenant la restauration du chant grégorien.
Définition Un spécialiste du faux-bourdon, Philippe Canguilhem à l'université Toulouse II, présente son critère afin de distinguer les quatre catégories musicales, à la base des règlements de la chapelle de , établis à la fin du , puis adoptés et développés par Félix Danjou au : dans le plain-chant, il n'y a qu'une seule partie et toutes les valeurs sont égales. dans le faux-bourdon, il y a ordinairement uniformité de valeurs comme dans le plain-chant, mais il y a quatre parties différentes. dans le contrepoint, au contraire, il n'y a que deux parties, la basse et le dessus, mais les valeurs sont inégales, à peu près comme dans la musique, quoiqu'elles se répondent parfaitement d'une partie à l'autre, note contre note, nombre contre nombre. dans la musique, il y a tant de parties que l'on veut (ordinairement quatre) lesquelles sont toutes fort inégales entre elles, et ne répondent, dans leur mesures ou valeurs, qu'à l'uniformité du battement.
Terminologie
Selon le Dictionnaire historique de la langue française, le mot bourdon apparut vers 1210 en désignant un insecte, puis vers 1280 un instrument de musique. Le terme faux-bourdon s'employa dans le domaine musical vers 1450Selon le musicologue Philippe Canguilhem, le terme apparut en Italie entre 1430 et 1480. Voir ci-dessous, Histoire., en tant qu'« une forme du plain-chant » et, aujourd'hui, Dictionnaire historique de la langue française, bourdon, Le Robert, Paris 1998..
La confusion ou hésitation restait toutefois continuellement. Ainsi, le théoricien Antoine Parran ne distingua pas, en 1639, le faux-bourdon du contrepoint. Pour certains, le faux-bourdon et le contrepoint simple étaient synonymes. En effet, parfois les notateurs utilisaient les petits points au lieu de notes carrées, pour les trois parties. Dans ce cas, les notes ne s'employaient que pour le cantus firmus.
On l'appelait également, fleurtis, machicotage, chant sur le livre (voir les documents de la cathédrale de Rodez au-dessous, 1655 et 1743), chant à double note, déchant. La forme latine n'existe pas, à l'exception de ce dernier, discantus. Il est probable que le terme quatre bourdons employé par les maîtres de chapelle de Rodez était encore faux-bourdonIl est évident qu'ils évitaient la répétition de mots dans leurs contrats, à condition que le terme bourdon signifie un instrument. Cependant, il n'y demeurait aucun instrumentiste jusqu'en 1722 (voir pdf ).
Au regard de l'étymologie, en 1867, Louis-Marie Chastain donna certes une explication dans son livre : Mais il faut trouver des manuscrits les plus anciens accompagnés de la notation sûre, car l'origine de celui-ci reste encore obscure.
Le TLFi définit le faux-bourdon comme un .
Histoire Cantus firmus vignette|gauche|upright=1.1|Dans ce manuscrit Graduel de Bellelay au , le chant grégorien demeurait mélodique et rythmique. vignette|upright=0.8|Graduel Aboense, vers 1400. Cette notation à gros carrés fut banalisée au , à la suite de l'augmentation du format des livres de chantJacques hourlier, La notation musicale des chants liturgiques latins, , Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 1996. Le faux-bourdon est un chant parfaitement homophonique, à la base du cantus firmus. Pourtant, ce dernier n'existait qu'à partir de la Renaissance. Auparavant, le chant grégorien était essentiellement constitué de deux formes successives : une forme syllabique avec ses paroles suivie d'une forme mélismatique. À savoir, .. Mais, ce chant fut transformé en chant simple, après le Moyen Âge.
D'une part, la notation carrée sur les quatre lignes fut définitivement adoptée au . Puis, les notes à gros carrés, celles du cantus firmus, remplacèrent les anciennes au . Aussi la caractéristique propre du chant grégorien fut-elle désormais perdue. D'autre part, le chant grégorien devint quasiment chant syllabique telle l'Édition médicéenne, après être considérablement critiqué par le mouvement de la Renaissance puis la réforme protestante. Par exemple, le premier livre de chant anglican The book of Common praier noted (Le livre de la prière commune, noté) sorti en 1550 se consistait en effet essentiellement des chants syllabiques, bien que la plupart de mélodies aient été choisies dans le répertoire du chant grégorien.. C'est la raison pour laquelle le faux-bourdon ressemble finalement au livre de chant des Luthériens.
Ainsi est-il probable que le faux-bourdon naquit à la suite de la Renaissance, quoique l'histoire de la polyphonie remonte d'abord au , la Musica enchiriadis, puis au , à savoir l'époque de l'École de Notre-Dame de Paris. Car l'optique et la caractéristique du faux-bourdon étaient différentes de celles-ci, et le faux-bourdon ne fut jamais condamné par le Vatican, grâce à sa composition homophoniqueVoici Docta Sanctrum Patrum du pape Jean XXII (1324, ou 1325 si cela était avant Pâques) http://www.musicologie.org/publirem/docta_sanctorum.html Il s'agissait du contrepoint.Mais il est vrai que le Saint-Siège préfère le chant monodique. En 1749, le pape Benoît XIV recommanda officiellement l'exécution du chant grégorien, à l'unisson..
Naissance Certes, le terme apparut pour la première fois dans une série de sources musicales italiennes, copiées entre 1430 et 1480. Cependant il faut être attentif, car il existe une considérable indétermination pour cette façon musicale, si le document n'est pas accompagné de notation, notamment avant 1600.
Une particularité se trouve dans les œuvres de Guillaume Dufay († 1474). Au contraire de la tendance de l'époque, la musique telles les pièces de Gilles Binchois, ce compositeur choisissait parfois le faux-bourdon, par exemple Kyrie à 3 voix. Il s'agissait néanmoins des faux-bourdons mélismatiques avec le chant de base au soprano, et donc ils étaient différents de ceux que le Saint-Siège autoriserait en 1600, à la base du plain-chant.
L'une des premières publications remarquables du livre de chant du faux-bourdon fut effectuée à Caen en 1582, chez Bénédic Macé. Il s'agit de l'Instruction pour apprendre à chanter à quatre parties, selon le Plain chant, les Pseaumes, & Cantiques : ensemble les Antiphones, & Pneumes, qui se chantent ordinairement aux Eglises, suyvant les huict tons usitez en icelles.. Cette publication était si importante, car ses notations assurent certainement l'existence du faux-bourdon dans ce siècle, malgré l'absence du terme faux-bourdon. Et il n'existe que trois autres imprimés musicaux français et exacts, aux ..
Contrairement, au , l'ambiguïté restait encore. Si une procession lors de la fête de Sainte Cécile fut exécutée à Reims en 1612 avec un psaume , faute de notation, il est difficile à rétablir ce qui concernait. De même, en 1645, une autre procession tenue à Saint-Chamond manque de notation, en dépit de son document en détail, .
Appréciation du roi Henri III Sous le règne du roi de France († 1589), tout comme les monastères, la Chapelle royale respectait les offices de la liturgie des Heures auxquels le souverain assistait à partir de 5 heures du matin. Mais surtout, les musiques sacrées contemporaines lui plaisaient : .. Il s'agit de l'un des premiers personnages importants qui vénéraient cette nouvelle façon. Cette réforme liturgique à la base du rite romain et en faux bourdon était importante, car tant Henri IV que Louis XIII suivirent la pratique d'Henri III établie en 1587 à la Chapelle royale, sans modification majeurePeter Bennett, Music and Power at the Court of Louis XIII, p. 111, 2021 .
Autorisation du Saint-Siège vignette|upright=0.8|Avec son cérémonial, le pape Clément VIII autorisa formellement le faux-bourdon pour la célébration des fêtes, en 1600. L'usage du faux-bourdon dans la liturgie fut officiellement confirmé en 1600, par le premier cérémonial de l'Église, Cæremoniale episcoporum jussu Clementis VIII, Pont. Max. novissime reformatun, omnibus Ecclesiis, præcipea autem Metropolitanis, cathedralibus & collegiatis perutile ac necessarium, sorti par le pape Clément VIII, à la suite du concile de Trente. Dans ce grand document, le chant liturgique par excellence était le chant grégorien, mais à cette époque-là, dit le plain-chant. Le faux-bourdon, quant à lui, était admis en certaines catégories de fêtes, notamment lors de l'exécution des psaumes des vêpres, pour les hymnes ainsi que quelques antiennes, en raison de sa simple harmonie à quatre voix, en écriture homophoneL'appréciation de cette verticalité est facilement expliquée. Depuis l'interdiction du pape Jean XXII en 1324 ou 1325, le Saint-Siège opposait très fréquemment à la musique polyphonique, car les fidèles ne pouvaient pas entendre correctement les textes..
Donc, si les religieux ou musiciens mentionnaient ces musiques liturgiques en faux-bourdon après 1600, on peut considérer qu'il s'agit du faux-bourdon propre.
Cette autorisation pour les fêtes était connue en France, depuis l'usage de ce cérémonial dès 1615, puis notamment la publication à Paris en 1633. Nonobstant, il s'agissait d'un livre dispendieux et inabordable aux paroisses. En conséquence, Bartolomeo Gavanti publia en 1630 à Venise le Thesaurus sacrorum rituum, seu Commentaria in rubricas Missalis et Breviarii romani, une version plus accessible, afin d'améliorer la connaissance du cérémonial. Dorénavant, le faux-bourdon pour la gravité des fêtes était fréquemment adopté auprès des paroisses. Le Thesaurus de Gavanti manquait cependant de notation musicale. C'est la raison pour laquelle chaque église devait éditer son propre règlement, selon les vœux de Clément VIII.
Manière de la gravité vignette|upright=0.8|Auprès de la cathédrale de Rodez, l'hymne O salutaris hostia était toujours chantée en faux-bourdon aux .