L'abbaye du Mont-Saint-Michel est un établissement monastique encore en activité. Autrefois bénédictine, elle est depuis 2001 affiliée à l'ordre des Fraternités monastiques de Jérusalem. Elle est située sur l'îlot du mont Saint-Michel, qui se trouve lui-même sur le territoire de la commune française nommée Le Mont-Saint-Michel dans le département de la Manche en région Normandie.
L'abbaye est classée au titre des monuments historiques en 1862. Le site est doublement inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO : une première fois en 1979 comme bien intitulé « Mont Saint-Michel et sa baie » et une seconde fois en 1998 en tant que composante du bien en série « Chemins de Compostelle en France ».
L'édifice religieux attire à lui seul 1,5 des quelque de touristes qui viennent chaque année au mont, ce qui fait de l'abbaye l'un des premiers sites culturels visités en France.
Géographie L'îlot du mont Saint-Michel se trouve sur le territoire de la commune française nommée Le Mont-Saint-Michel, dans le département de la Manche en région Normandie.
Toponymie Attestations anciennes : in monte qui dicitur Tumba vers 850 (Revelatio, ) ; revelatio Monte Sancti Michaelis 966 (AG NLM) ; loco Sancti Michaele in monte qui dicitur Tumba en 1017-1026.
Le mot tumba « tombe » a fait place à la désignation du monastère fondé en 708 par saint Aubert, évêque d’Avranches. L'appellatif tombe, rare en toponymie, est à interpréter dans le sens de « sépulture, cimetière », mais il s'agit sans doute d'un site funéraire antérieur à l'installation de la communauté monastique, puisque les textes ne font pas état d'une sépulture notable.
Pierre Bouet, qui n'est pas toponymiste, préfère y voir le sens de « tertre », « élévation »., sans doute pense-t-il au mot tumulus quand il invoque une hypothétique racine indo-européenne *tum « tertre », « élévation ». Selon lui, cet étymon renverrait à la réalité géographique de l'endroit. En revanche, le latin chrétien tumba n'a pas ce sens, sauf celui de « tumulus funéraire » dans une de ses acceptionstombe sur le site du CNRTL (lire en ligne). Il existe cependant le vieil irlandais dumae > irlandais dumha, quasi-synonyme de tuaim, tuama, mais son sens est toujours celui de « tumulus, tertre funéraire ».
Le nom de l’îlot voisin Tombelaine ne procède pas du dieu gaulois Belenos, mais d'un primitif *tumb-ell-ana dérivé du précédent, avec double suffixation, formation homonyme de Tombelaine, hameau du Calvados ou de Tomblaine, commune de Meurthe-et-Moselle.
Histoire primitive du Mont
Le Mont-Tombe durant l'Antiquité Le Mont a été, dès l’origine, un lieu où les hommes ont aimé entendre ou projeter les histoires qui les construisaient et les rassuraient. Ainsi, l'hypothèse selon laquelle il est durant l'Antiquité un lieu de cultes druidiques pour les Abrincates qui habitaient la région autour du mont et l'Avranchin, ne repose que sur des inductions.. Selon le chanoine de la cathédrale de Dol et historien Gilles Déric (1726-1800), le rocher était un sanctuaire païen dédié au dieu gaulois du soleil sous le nom de Mons vel Tumba Beleni : mont ou tombe de Belenos, hypothèse aujourd’hui abandonnée, puisqu'aucun niveau d'occupation antique n'a été mis au jour et que Tumba Beneni est certainement une cacographie pour Tumbellana, Tombelaine. Le « Mont Tombe » (), nom originel du Mont-Saint-Michel, a pu être appelé ainsi parce qu'il émergeait des sables « à la manière d'un tombeau ».
Le Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer au début de l’ère chrétienne
vignette|gauche|Le songe de saint Aubert, par Barré, 1860. Le récit légendaire et miraculeux de la fondation chrétienne de l'abbaye est issu d'un texte en latin de la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte TumbaCe texte sur la Révélation concernant l'église de Saint-Michel sur le mont Tombe, plus souvent abrégé en , est conservé dans une trentaine de manuscrits copiés. rédigé par un chanoine du Mont-Saint-Michel ou de la cathédrale d’Avranches au . Ce texte de circonstance s'inscrit dans le contexte de lutte de pouvoir entre la Bretagne et le duché de Normandie avec le royaume franc ainsi que des réformes canoniques entreprises par les empereurs carolingiens... De plus, les chroniqueurs montois du écrivent pour la gloire de Dieu, du prince et de la communauté où ils vivent, en vue de constituer des « légendes » mais il ne faut pas voir dans toutes les informations contenues dans leurs récits que de pures inventions et des fables mensongères, d'où la nécessité d'effectuer une lecture critique de ces textes..
À l'avènement du christianisme dans la région, aux alentours du , le Mont Tombe fait partie du diocèse d’Avranches, dont les limites correspondent à l'ancien territoire des Abrincates. Au milieu du , le christianisme s’implante véritablement dans la baie. Les ermites saint Pair et saint ScubilionSaint Scubilion sur Wikimanche (lire en ligne) . en fondent une chapelle dédiée au premier martyr chrétien, saint Étienne, élevée à mi-hauteur du rocher et une seconde en l’honneur du premier martyr d'Autun, saint Symphorien, élevée au pied du rocher..
Dès le , le culte de saint Michel est largement répandu en Orient. Le saint fait son apparition en Occident à la fin du avec l'élévation d'un premier sanctuaire michaélique à Monte Sant'Angelo dans le massif du Gargano dans les Pouilles en Italie en 492. En 813, Charlemagne étend à l'ensemble de ses états la fête de la Saint-Michel. Dès lors, de nombreuses chapelles et édifices (tours, fondations) lui sont dédiés. Ils sont généralement édifiés dans des lieux isolés et élevés, pour rappeler que saint Michel est le « chef » des anges.. C'est dans ce contexte qu'est rapportée dans la , l’édification prétendue, par l’évêque saint Aubert d’Avranches, d’un oratoire dédié à l’archange saint Michel en 708. Selon la légende, Aubert aurait reçu, au cours de son sommeil, trois fois l’ordre de Saint-Michel de faire ériger sur le Mont-Tombe un oratoire. Le sanctuaire doit être, selon les prescriptions de l’ange, une réplique du sanctuaire Saint-Michel-Archange du mont Gargan en Italie (). Aubert aurait fait arracher une pierre cultuelle païenne présente sur le Mont Tombe et aurait construit à la place un sanctuaire circulaire formé de morceaux de roc grossièrement empilés. En 708 environ, Aubert aurait envoyé deux chanoines chercher au sanctuaire italien du Mont-Gargan des reliques du lieu : un morceau de marbre sur lequel l'archange aurait laissé l'empreinte de son pied et un morceau de son manteau pourpre (appelé « voile du Paradis »)Ces reliques michaéliques, complétées par celles de saints bibliques, du crâne d'Aubert et d'un morceau de la Vraie Croix vont constituer l'un des attraits essentiels du pèlerinage jusqu'à leur dispersion (hormis le crâne) en 1791, le métal précieux des reliquaires étant envoyé à la fonte sous la Révolution française, selon Catherine Bougy, D'un Mont à l'autre : le voyage de deux émissaires de saint Aubert du Mont-Saint-Michel au Monte Gargano, Revue de l'Avranchin et du pays de Granville, 2003, vol.80, fasc.395, .. C'est au cours de cette mission que le raz de marée de mars 709 aurait englouti la forêt de Scissy et entouré le mont pour en faire une île. Puis selon la tradition montoise remontant au , l’évêque aurait fait la dédicace de l’église le et y aurait installé un chapitre de douze chanoines. Les origines du Mont restent cependant obscures : si la légende populaire a conservé un récit pittoresque de la fondation originelle, cette fondation pourrait être antérieure à 708 et appartenir au développement monastique connu en Normandie entre le . Elle pourrait être également liée à la proximité hypothétique d'Aubert avec les Pépinides, noblesse franque d'Austrasie. Eventuellement membre de l'aristocratie austrasienne nouvellement installée à Avranches après sa victoire à la bataille de Tertry en 687, Aubert aurait favorisé le culte michaélique qui est un des traits originaux de ce lignage et un élément d'affirmation de sa victoire sur les Neustriens..
En 1960, Yves-Marie Froidevaux, architecte en chef des monuments historiques, retrouve à l'est de la chapelle Notre-Dame-sous-TerreCette chapelle Notre-Dame-Sous-Terre, typique de l'art préroman, repose sous la nef de l'abbatiale. Il ne faut pas confondre avec l'actuelle chapelle Saint-Aubert, située au nord-ouest de l'abbaye, qui n'est édifiée qu'au . un mur qui aurait pu constituer les vestiges de l'oratoire prétendument construit en 708 par saint Aubert et qui aurait abrité son tombeau ainsi que les reliques insignes ramenées du Mont-Gargan ou inventées (pierre avec l'empreinte, cape, bouclier, épée, disparues à la Révolutiondom Jacques Dubois, « Le trésor des reliques de l'abbaye du Mont-Saint-Michel », dans Millénaire monastique du Mont-Saint- Michel, t. I, Histoire et vie monastique à l'abbaye, Laporte J. (dir.), 1967, .). Dans les années 2000, les analyses archéologiques des briques grâce à trois techniques différentesDatation au carbone 14 des charbons du mortier, archéomagnétisme et thermoluminescence. réfutent cette hypothèse et montrent qu'il s'agit d'un mur de soutènement du ..
Les premières constructions se révèlent insuffisantes et à l’époque carolingienne, d’importants bâtiments sont élevés, autour desquels se répartissent les cellules individuelles des religieux. Ultérieurement, l'île montoise a perdu son appellation de « Mont Tombe » pour prendre celui de « Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer ». Pendant tout le Moyen Âge, il est couramment surnommé par les clercs Mons Sancti Michaeli in periculo maris avant que ne se fixe progressivement le nom de « Mont-Saint-Michel »Robert de Laroche, , ..
Histoire de l'abbaye
Collégiale Saint-Michel aux Les chanoines du Mont-Saint-Michel se montrent, durant le premier siècle de leur installation, fidèles à la mission qui les a attachés au culte de l’archange saint Michel : leur montagne devient à la fois un lieu de prière, d'étude et de pèlerinage, mais l'ère de stabilité connue par la Neustrie durant le règne de Charlemagne laisse place, à la mort de l'empereur, à une période de grands désordres. Tandis que le reste de la Gaule subit les invasions barbares, la religion et la science trouvent refuge et asile dans le diocèse d'Avranches, et surtout au Mont-Saint-Michel. Profitant de la désunion des petits-fils de Charlemagne, les raids et incursions des Vikings, précédemment contenus, reprennent une nouvelle vigueur.
Les événements de cette époque ne suspendent pas les pèlerinages montois dont ce roc vénéré est devenu le centre. Mais les Vikings atteignent le Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer en 847 et mettent à sac l'église collégiale.Lors d'autres incursions vikings, il semble que les chanoines du Mont n’aient pas quitté leur sanctuaire. En 867, le roi de Francie Occidentale Charles le Chauve, dans l'incapacité de défendre ses marches occidentales, signe avec le roi de Bretagne Salomon le traité de Compiègne dans lequel il cède le Cotentin, l'Avranchin ne fait pas partie du traité mais il est vraisemblable qu'il revienne de fait aux Bretons ou qu'ils s'en étaient déjà emparés. Cependant, le Mont reste dans le diocèse d'Avranches, suffragant de l'archidiocèse de Rouen. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte, conclu en 911 entre Charles le Simple et le jarl viking Rollon, donne naissance à la « marche de Normandie »..