thumb|Blason de Marennes Cet article présente les faits historiques notables de la ville de Marennes, ville du Sud-Ouest de la France, située dans le département de la Charente-Maritime et surnommée la « capitale de l'huître » .
Une origine romaine probable L'histoire de la contrée de Marennes, l'antique «Terra Maritimensis», ne commence véritablement qu'avec l'occupation romaine, dont la présence a pu être solidement attestée par l'archéologie comme par la toponymie dans la région alentourFrançois Julien-Labruyère, A la recherche de la Saintonge maritime, éditions Rupella, La Rochelle, 1980, p.118. Si aucune date précise ne peut être avancée avec certitude, la colonisation romaine a du probablement avoir lieu dans le courant du premier siècle de l'ère chrétienne, à l'apogée de Mediolanum SantonumNom de l'actuelle ville de Saintes qui fut au premier siècle la première capitale de l'Aquitaine avant d'être définitivement supplantée par Bordeaux, l'antique capitale de la civitas Santonum et de la Gaule aquitaine.
Un relais sur la voie antique Lorsque les Romains envahissent la contrée, ils vont occuper un site favorable pour leur installation, en se plaçant à l'une des extrémités occidentales de ce qui formait alors une presqu'île calcaire et effilée, légèrement exhaussée en son centre, mais recouverte d'une forêt profonde. Celle-ci constituait alors une partie de l'antique Forêt de BaconaisL'antique Forêt de Baconia s'étendait jusqu'à l'actuelle Forêt de Pons in J.L. NEVEU (ouvrage collectif sous la direction de), Forêts charentaises, éditions Le Croît-vif, collections documentaires, 2001, p.459 qui s'étendait sur toute la partie occidentale du pays gallo-romain des Santonsqui devint au début du Moyen Âge la Saintonge, entre Charente et Seudre. Son défrichement total s'opérera tardivement, à partir du milieu du Moyen Âge. La péninsule était bordée par deux vastes et profonds golfes. Au sud, le golfe de la Seudre, qui recouvrait alors l'estuaire du fleuve actuel, et au nord, le golfe des Santons ou Golfe santoniquequi est devenu par la suite le Marais de Brouage, dont la partie méridionale du rivage atteignait les communes actuelles du Gua, Saint-Sornin et son célèbre lieu-dit Broue et La Gripperie.
Les Romains ne tardent pas à mettre en valeur ces terres nouvellement conquises, y installant en premier lieu une voie romaine qui relie la presqu'île à la capitale des Santons. Cette voie secondaire aboutissait au cap actuellement occupé par le gros village du Chapus, puis une liaison maritime était assurée jusqu'à l'île d'Oléron, l'antique Ularius des Romains. Marennes se trouvait donc située sur l'axe romain Mediolanum Santonum-Broue-Marennes-Oléron, une voie "qui avait quelque importance pour les produits de la mer"François Julien-Labruyère, A la recherche de la Saintonge maritime, éditions Rupella, La Rochelle, 1980, p.150. Ainsi, à l'origine, la création de la ville même de Marennes relève fort probablement de l'établissement d'un relais sur la voie antique. Par la suite, une villa gallo-romaine ou une petite colonie agricole s'est fixée autour de ce mansio lié à sa fonction de passage sur cet axe de communication qui, par la suite des temps, a toujours été très fréquenté. Cette création originelle fixa dès lors une population qui planta dans quelques parties défrichées du centre de la presqu'île des céréales et peut-être de la vigne mais, dans toute la période gallo-romaine, ce mansio de Marennes demeure un simple lieu de passage et ne se développe pas comme Saujon, port au fond de l'estuaire de la Seudre, ou comme Broue, port du sel sur le golfe santonique, qui sont devenus des vici avec construction de temples, fanum, thermes, piscines et autres édifices romains. Aucune de ces constructions n'a été relevée à Marennes même. Il faut attendre le milieu de la période médiévale pour que le bourg de Marennes se développe véritablement. En fait, les Romains s'intéressent prioritairement à l'exploitation du littoral et vont créer la villa maritima, le domaine au bord de la merJean-Marie Cassagne et Mariola Korsak, Origine des noms de villes et villages de Charente-Maritime, éditions Bordessoules, p.186 et le nom de Marennes a été appliqué par la suite à la péninsuleJacques Duguet, Noms de lieux des Charentes, éditions Bonneton, 1995, p. 202..
Les premières exploitations d'huîtrières À l'époque de l'occupation romaine, des bancs d'huitres plates se trouvent en abondance sur le littoral de la Santonie et font l'objet d'une cueillette régulière. Mais les Romains, passés pour maîtres dans l'art d'engraisser les huîtres, introduisent leur méthode d'élevage sur les rivages de l'estuaire de la Seudre et dans l'île d'UlariusMichel Grelon, Saintonge pays des huîtres vertes, éditions Rupella, La Rochelle, 1978, p.31. Quelques parcs à huîtres gallo-romains sont alors en activité et "des restes importants de coquilles ont été découverts dans différentes villas de l'avancée de Marennes"François Julien-Labruyère, A la recherche de la Saintonge maritime, éditions Rupella, La Rochelle, 1980, p.144. En fait, cette exploitation du coquillage sera bien plutôt une activité d'appoint et ne donnera pas lieu à une véritable activité économiqueFrançois Julien-Labruyère, A la recherche de la Saintonge maritime, éditions Rupella, La Rochelle, 1980, p.145. D'ailleurs, il faudra attendre le , après la longue éclipse du Moyen Âge, pour y trouver les premières exploitations huîtrières à MarennesIl n'est pas encore possible d'y appliquer à cette époque le terme d'ostréiculture qui fera sa véritable apparition à partir de la seconde moitié du , c'est-à-dire au Second Empire..
Les premières salines au temps des Gallo-Romains Par contre, les Romains développent les salines en y introduisant leur technique fort avancée pour l'époque, laquelle sera maintenue sans changement dans les siècles suivants. Les conditions naturelles favorisent grandement leurs implantations en bordure de l'estuaire de la Seudre grâce à "des laisses de mer importants et à du bri déposé par l'Océan qui permet de façonner les aires saunantes"François Julien-Labruyère, A la recherche de la Saintonge maritime, éditions Rupella, La Rochelle, 1980, p.143. La richesse que procurera l'extraction du sel marin ne prendra son essor que beaucoup plus tard, au milieu du Moyen Âge, où le sel de Marennes aura atteint une grande renommée.
Cependant, pour permettre l'expédition du sel marin, élaboré dans les salines de la «Terra Maritimensis» en bordure de l'estuaire de la Seudre, les Romains fondent un petit port, situé sur le Chenal du Lindron, près duquel des restes d'occupation romaine ont été retrouvés. Ce petit port, qui reste malgré tout fort modeste pendant toute l'époque gallo-romaine, est sans conteste à l'origine de la fondation primitive de Marennes. D'ailleurs, ces premières exploitations du sel introduites par les colons Romains vont revêtir une certaine importance puisqu'elles vont être à l'origine du véritable nom primitif de Marennes qui s'appelait au début du Moyen Âge Sales c'est-à-dire Les Salines.
Si le site portuaire antique du Lindron est abandonné au début du Moyen Âge, la future agglomération s'établissant autour de l'église actuelle de Marennes au milieu de la période médiévale prendra le nom de Saint-Pierre-de-Sales ou Saint-Pierre-des-Salines.
Le Moyen Âge : Premier "Âge d'or" de Marennes
Une paroisse entièrement gagnée par la forêt à la veille du Après l'effondrement de l'Empire romain, puis la longue éclipse barbare et la période obscure des premiers siècles du Haut Moyen Âge, Marennes entre de nouveau dans l'Histoire.
En effet, entre le , l'histoire de la ville est pratiquement inconnue. C'est que, entretemps, la région a été fortement désertée bien qu'un village, d'origine gallo-romaine, était resté debout au milieu de la presqu'île et était considéré comme "la capitale du pagus maritimus jusqu'au début du premier millénaire"Jean Marie Cassagne et Mariola Korsak, Origine des noms des villes et villages, éditions Bordessoules, 2003, p.186. Jusqu'à la fin du , Saint-Pierre-de-Sales, l'ancien nom de Marennes, vivait replié autour de son église primitive tout en étant desservi par la voie romaine qui en faisait un relais entre la côte de Saintonge et l'ancienne capitale de la province, Saintes. Le trafic devait être insignifiant sur cette route probablement en bien mauvais état, peu fréquentée et peu sûre, et qui traversait la vaste forêt de Baconais, sylve qui s'étendait entre les vallées de la Charente et de la SeudreJean-Luc Noël (ouvrage collectif sous la direction de), La Charente-Maritime - L'Aunis et la Saintonge des origines à nos jours, éditions Bordessoules, 1981, p.p.128 et 129. Cette forêt profonde et épaisse avait envahi les territoires abandonnés et avait progressé jusque sur la péninsule de Marennes. Cette partie de la Saintonge se dénommait alors la forêt de Marennes, désignation médiévale qui s'appliquait au pays des Isles de la Saintonge à la veille du Thierry Sauzeau, Brouage, Geste éditions - Collection Petite histoire, 2008, p.10.
C'est lors de la période des grands défrichements monastiques du que Marennes va connaître une nouvelle impulsion, une sorte de renaissance.
Le chartes de 1040 et 1047 Diverses chartes du mentionnent le don de la « région boisée de Saintonge » dite « Maritima » et des « paroisses qui la constitue » (Saint-Pierre, Saint-Just, Saint-Louis (Le Chapus), "Daire", etc.) à l’abbaye de la Sainte-Trinité de Vendôme par Geoffroy-Martel (comte d’Anjou) et Agnès de Bourgogne (3e épouse et veuve de Guillaume-le-grand, duc d’Aquitaine). Ces mêmes «terres» (désormais appelées « Marennis » ou « de Maremnia ») sont ensuite transférées à l’abbaye Sainte-Marie de Saintes (actuelle "Abbaye-aux-Dames") en 1047, à l’exception de la paroisse de Saint-JustChartes I-II-III-X-XI du Cartulaire saintongeais de l'abbaye de la Trinité de Vendôme, Ch. Métais, AHSA22, 1893.
Alors connue sous le nom de Saint-Pierre-de-Sales, cette petite cité médiévale peuplée d'ecclésiastiques, d'artisans et de commerçants, et d'une majorité de pêcheurs et de sauniers, a succédé au village d'origine gallo-romaine implanté sur l'antique voie romaine. Une église primitive romane et fortifiée trône au milieu de la cité et lui a transmis son nom. « Saint-Pierre » correspond au patron des pêcheurs tandis que «Sales» se réfère aux salines et indique l'activité des marais salants qui constituaient déjà la grande richesse localeet non "Salles" comme souvent orthographié par erreur ou maladresse car ce toponyme aurait le sens de siège de seigneurie, ce qui n'était pas encore le cas..
Le nom de la région (Marennes, appelée ainsi en raison de la presque insularité des lieux) finit par désigner sa principale paroisse, Saint-Pierre, notamment vers la fin du , où la localité est orthographiée Marennia dans un document de 1184in Jean Marie CASSAGNE et Mariola Korsak, Origine des noms des villes et villages de la Charente-Maritime, Éditions Bordessoules, 2003, p.186.
Les défrichements monastiques des La paroisse de Saint-Pierre-de-Sales était particulièrement isolée et excentrée, étant reliée par une seule route avec le continent. Elle fit donc l'objet d'un plan de mise en valeur par la puissante et influente abbaye aux Dames de Saintes dont "presque toutes ses possessions se trouvaient sur le tracé de l'ancienne voie romaine Saintes-Oléron" sur laquelle Marennes était établieJulien François-Labruyère, A la recherche de la Saintonge maritime, éditions Rupella, La Rochelle, 1980, p.213.