Le Front de libération du peuple ou Janatha Vimukthi Peramuna (, ) est un parti politique de gauche au Sri Lanka.

Fondé en 1965 comme organisation armée communiste révolutionnaire, il mène deux tentatives infructueuses de révolutions, en 1971 et de 1987 à 1989. En 1994, il renonce à la lutte armée pour entrer dans la politique électorale, et devient tiers parti d'un système bipartisan. Il évolue vers un positionnement plus social-démocrate.

Il revient au devant de la scène lors de la crise politique de 2022 grâce à ses positions populistes de gauche, ce qui permet à son dirigeant Anura Kumara Dissanayake d'être élu président de la république du Sri Lanka en septembre 2024, et de nommer la député Harini Amarasuriya Première ministre.

Histoire Fondation En 1964, les trois principaux partis de gauche, le Parti srilankais pour une société égalitaire (LSSP), le Parti communiste de Ceylan(CPC), et le (MEP) s’allient pour former la coalition du Front uni de gauche. Ils apportent la même année leur soutien au premier gouvernement de ⁣⁣Sirimavo Bandaranaike, Première ministre du Parti de la liberté du Sri Lanka (SLFP), et certains membres du LSSP deviennent même ministres. Le soutien et l'entrée dans un gouvernement social-démocrate est considéré par certains membres du LSSP et du CPC comme un abandon de la stratégie révolutionnaire et une trahison de la classe ouvrière. La tendance maoïste du CPC fait alors scission pour former en 1964 le . Le , à la suite de désaccords avec la direction du CPC (maoïste) qu'il considère manquant d'objectif révolutionnaire, Rohana Wijeweera quitte le parti pour fonder Le Front de libération du peuple.

Le JVP nouvellement formé, d'obédience communiste révolutionnaire et d'inspiration maoïste, guévariste et trotskyste, se donne pour objectif de devenir la force motrice d'une révolution qui renverserait le dominion de Ceylan pour créer une république socialiste du Sri Lanka. Il critique les échecs et renoncements des formations communiste qui l'ont précédé et revendique la constitution d'une nouvelle voie pour la gauche sri-lankaise, avec pour ligne directrice la lutte des classes par les armes.

Établissement d'une stratégie révolutionnaire Entre 1967 et 1970, le groupe se développe. Dans une période où la croissance démographique surpasse de beaucoup la croissance économique, la plupart des jeunes bénéficient d'une éducation gratuite mais se retrouvent sans emploi. Éduquée et politisée mais économiquement précaire, la jeunesse constitue le principal vivier de recrutement du parti, qui les forme idéologiquement et militairement dans des camps au sud du pays.

Lors des élections législatives de mai 1970, tandis qu'en devanture les cadres du parti soutiennent le de Sirimavo Bandaranaike, les militants distribuent de la propagande appelant à l’insurrection si elle ne répond pas aux aspiration populaires. En plein milieu de la campagne électorale, le gouvernement de Dudley Senanayake fait arrêter Rohana Wijeweera, dirigeant du parti, pour appel à l’insurrection, mais en , Bandaranaike redevenue Première ministre après les élections, ordonne sa libération.

De 1970 à 1971, le JVP intensifie sa campagne publique d'appel à la révolte en publiant son propre journal, le Janatha Vimukthi (« Libération du peuple »), et accélère parallèlement les préparatifs de sa révolte. Le mouvement, fort de , est composé de plusieurs cellules, constituées chacune de cinq membres et d'un chef, par secteur sous contrôle d'un poste de police. Les cellules d'un même secteurs sont dirigées par un chef de secteur. Les chefs de district dirigent chacun l'ensemble des secteurs de leur district, et composent le comité central. Le comité central est subordonné au bureau politique, une assemblée des douze dirigeants du parti, dont Wijeweera.

Le parti prévoit d'immobiliser le pouvoir par des frappes ciblées contre les forces de police et l'armée simultanément sur toute l'île. Détruire, désorganiser et prendre contrôle des commissariat de police, clef du contrôle gouvernemental au niveau local, devait permettre de rallier les populations locales à la révolution. En préparation le parti achète des armes avec les fonds fournis par ses membres ou issus de braquages, prépare des bombes artisanales, et s’équipe d'armes de chasse. L'organisation prévoit néanmoins d'acquérir la plupart des armes nécessaires au moment de l’insurrection, par des raids contre les postes de police et camps militaires.

Insurrection de 1971

Le 1971, à la suite d'une explosion accidentelle la police découvre dans une manufacture du parti dans le district de Kegalla. Rohana Wijeweera est arrêté le à Ampara par une équipe de police spéciale, et emprisonné à Jaffna. Le , le gouvernement déclare l'état d'urgence. Le , les principaux dirigeants du parti se réunissent et décident de lancer l’insurrection en attaquant simultanément tous les postes de police du pays le à 23 heures. La veille de l'attaque, la police arrête plusieurs cadres du JVP qui s’apprêtaient à assassiner la Première ministre. La police et les forces armées, prenant conscience de l'ampleur de l'insurrection qui se prépare, se mettent en état d'alerte et établissent un couvre feu.

Dans la nuit du 5 au , mal coordonnés, insuffisamment formés et prévenus parfois moins d'une journée à l'avance, les insurgés attaquent 92 postes de police à travers le pays, et parviennent tout de même à prendre le contrôle de 48 d'entre eux. Les jours suivant, ils coupent les lignes téléphoniques et électriques, bloquent les routes, et prennent en embuscade des convois militaires afin de désorganiser les forces armées. Profitant de leur faiblesse, les rebelles capturent de vastes zones parfois sans combattre, maîtrisent au la quasi entièreté de la province du Sud, et prennent le contrôle dans les jours suivant d'une grande partie de la province du Centre.

Les forces armées, bien qu'en alerte, sont en effet prises au dépourvu. Le gouvernement, ayant dissous la branche de la police dédiée au renseignement intérieur, manque d'information rapide sur l'évolution de la menace insurrectionnelle, et manque par conséquent d'organisation. Les forces armées de Ceylan sont également mal préparées pour un conflit de si grande ampleur. L'armée de terre manque d'armes modernes et de munitions, la marine ne dispose que d'une seule frégate, et l'armée de l'air se limite à une petite flotte d'avions de transport légers et d'hélicoptères.

À la suite de la première vague d'attaque insurrectionnelle, le gouvernement et ses forces armées se réorganisent depuis la salle de crise de Temple Trees. Les réservistes et le personnel militaire sont mobilisés et les grandes villes et infrastructures de transport stratégiques sont sécurisées. Bandaranaike lance un appel de détresse aux pays amis. Le Pakistan envoie des troupes de transport aérien et des hélicoptères, et l'Inde envoie des unités d'infanterie et un escadron d'hélicoptères, et établit un cordon naval autour de l'île. La Yougoslavie, la Chine et l'Australie envoient des canons et des fusils, le Royaume-Uni des hélicoptères et munitions, et l'URSS des chasseurs-bombardiers, hélicoptères, transports blindés et mortiers.

Les troupes pakistanaises et indiennes assurent des missions de sécurisation de bâtiments et infrastructures stratégiques, ce qui permet d'en décharger les troupes ceylanaises, et le matériel militaire étranger leur permet de s'équiper convenablement pour lancer la contre-insurrection. Après trois semaines de combats, le gouvernement reprend ainsi le contrôle de la quasi-totalité des régions.

À l'issue du conflit, le bilan officiel dénombre au total, quand JVP déplore la mort de . Les chiffres indépendants estiment que le nombre de victimes se situe plutôt entre 4 000 et 5 000. capturés sont détenus dans des camps de réhabilitation pendant des mois. Afin d'éviter un conflit prolongé, le gouvernement Bandaranaike offre des amnisties en mai et . Les dirigeants du JVP n'en bénéficient pas et sont pour la plupart condamnés à des peines de prison, et le parti est interdit. En 1975 Wijeweera est condamné pour la prison à perpétuité, peine réduite ensuite à 20 ans de détention..

Entre deux insurrections Lors des six années d'état d'urgence qui suivent le soulèvement, le JVP reste en sommeil, mais le système politique de l'île change radicalement. La initiée par Bandaranaike met fin au dominion de Ceylan pour établir la république du Sri Lanka et la dote d'un régime politique parlementaire unicaméral qui à la nouvelle pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Cette nouvelle constitution reconnait également le singhalais comme seul langage officiel et la suprématie du bouddhisme, et est aussi plus permissive à la poursuite des réformes socialistes de nationalisation, contrôle des prix, et redistribution des terres agricoles engagées par Bandaranaike.

En 1977 le Premier ministre de l'UNP J. R. Jayewardene, qui arrive au pouvoir en prônant le libéralisme économique et la tolérance politique, libère Wijeweera et lève l'interdiction qui pesait sur son parti. En 1978, il initie la rédaction et l'adoption d'une nouvelle constitution, qui subsiste jusqu'à aujourd'hui, donne au président élu par suffrage universel les pouvoirs exécutifs et donne l'indépendance au pouvoir judiciaire. Rentré dans l'arène politique, et reconnu légitime par la commission électorale, le JVP présente Wijeweera à la première élection présidentielle de 1982 et termine avec 4,19 % des voix. Jayewardene devient président de la République.

Au cours des années 1950, 1960 et 1970, les violences des pogroms et de la politique gouvernementale coloniale et de déplacement forcés que subit la minorité tamoul au Sri Lanka s'intensifient. En réaction, l'indépendantisme gagne du terrain dans la population et mouvements politiques tamouls. L'interdiction de représentation parlementaire du Front Tamoul uni pour la libération (TULF) et les pogroms de 1977 et de juillet 1983 sous l'inaction des pouvoirs publiques, décrédibilisent la stratégie légaliste et pousse la jeunesse tamoul à rejoindre en masse l'organisation armée des Tigres de libération de l'Îlam tamoul (LTTE). Les indépendantistes rentrent alors en guerre le contre l’État srilankais, et grâce au soutien de l'Inde prennent contrôle d'une grande partie des provinces Nord et Est du pays.

Accusé d'être lié aux indépendantistes et d'être impliqué dans les événements du juillet noir, le Front de libération du peuple est interdit par le gouvernement du Premier ministre Ranasinghe Premadasa, faisant chuter le nombre d'adhérent et la visibilité politique du parti. Mais au contraire, face a l'intensification de la guerre civile, le JVP qui revendiquait initialement dans une conception marxiste de représenter tous les opprimés, qu'ils soient cinghalais ou tamouls, se rapproche de plus en plus des nationalistes cinghalais dans son refus total de compromis avec le LTTE. Le pari nourrit aussi un ressenti anti-indien en appelant à la manifestation et au boycott des produits indiens contre une possible invasion indienne.

Interdit et relégué à la clandestinité, une bonne partie de ses membres décimés par l’insurrection de 1971, le JVP commence à préparer une nouvelle insurrection, pensant pouvoir profiter de la mobilisation des forces armées contre le LTTE au nord. Le (DJV), branche armée du parti, est fondé en 1986, et Saman Piyasiri Fernando en prend la tête. La nouvelle organisation braque des banques pour gagner des fonds, et vole des armes et des munitions de bases et académies militaires et de stations de polices. Des déserteurs de l'armée entrainent les de l'organisation au maniement des armes à partir de 1987.

Insurrection de 1987-1989