Le « Printemps arabe » est un ensemble de contestations populaires, d'ampleur et d'intensité très variables, qui se sont produites dans de nombreux pays du monde arabe à partir de .
L'expression de « Printemps arabe » fait référence au « Printemps des peuples » de 1848 auquel il a été comparé, tout comme le Printemps de Prague en 1968. Ces mouvements révolutionnaires nationauxGustave Massiah, « Les insurrections révolutionnaires : Cinq premières leçons », Centre tricontinental, publié le 25 mai 2011 sont aussi qualifiés de révolutions arabes, de révoltes arabes, ou encore de « réveil arabe »C'est le titre du Manière de voir de juin-juillet 2011 : Comprendre le réveil arabe., certains vont jusqu’à parler d’une révolution Facebook, d’une révolution Twitter voire d’une tant l’usage des réseaux sociaux et des géants du Net aurait été important. Avec le recul, le pluriel « Printemps arabes » a également été privilégié pour mieux rendre compte de la diversité des mouvements regroupés sous cette appellation...
C'est le qui est généralement retenu comme le départ du printemps arabe, avec le déclenchement à Sidi Bouzid de la révolution en Tunisie, qui conduit Zine el-Abidine Ben Ali à quitter le pouvoir. D’autres peuples reprennent à leur tour le slogan « Dégage ! » (ou en arabe) devenu le symbole de ces révolutionsC’est aussi le titre d’une Nuit-Sujet de Radio Nova, la Nuit Dégage ! ; la radio a mis à disposition l’émission en podcast.Sélim Ben Abdesselem, « Tunisie, deux mois après la révolution », IRIS, publié en , .. Outre le départ des dictateurs et l’instauration d’une démocratie, les manifestants exigent un partage des richesses qui leur assure de meilleures conditions de vie, des emplois, et la dignité (« » en arabe).
Ces révolutions recourent initialement aux méthodes de contestation non violente ; les révolutionnaires utilisent les technologies modernes de communication (différents outils d’Internet et téléphone mobile) de façon intensive, la télévision par satellite jouant également un rôle important dans le déroulement des évènements..
Alors que la révolution égyptienne provoque la démission de Hosni Moubarak et une transition démocratique, les autres n'ont pas les mêmes conséquences : en Libye, elle tourne à la guerre civile entre les forces fidèles au régime de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi et les insurgés, soutenus par une intervention étrangère sous mandat de l'ONU ; à Bahreïn, la solidarité contre-révolutionnaire des monarchies du golfe Persique fait échec au mouvement de contestation mais elle reprend à partir de ; au Yémen, le dictateur Saleh qui réprime la révolte louvoie entre exigences de l’opposition et le soutien international à une transition pacifique et finit par démissionner le , et en Syrie, la répression exercée par le régime de Bachar el-Assad cause des milliers de morts. La violence des répressions ne met pas fin aux révoltes.
Pendant toute l'année 2011, la totalité des États arabes sauf le Qatar connaissent des mouvements de contestations plus ou moins importants et qui s’encouragent les uns les autres. Les bouleversements dans le monde arabe ont été d'autant plus suivis que cette région présente un intérêt économique majeur, notamment du fait de l’industrie pétrolière, très présente dans ces régions. Des États non arabes ont enregistré aussi des manifestations ou procédé à des actions préventives, notamment l'Iran, mais l'ampleur de ces mouvements a généralement été moindre et l'influence des événements du monde arabe n'a pas toujours été clairement établie.
Les principales causes de ces mouvements à forte dimension sociale sont le manque de libertés individuelles et publiques, la kleptocratie, le chômage, la misère, le coût de la vie élevé ainsi qu'un besoin de démocratie qui ne soit pas une simple façade A. Korotayev et J. Zinkina, . Entelequia. Revista Interdisciplinar 13 (2011): 139–65.. Cette vague révolutionnaire est comparée à divers moments historiques, comme le Printemps des peuples de 1848.., la chute du rideau de fer en 1989.., ou encore le Risorgimento italienGiancarlo de Cataldo, entretien avec Jacques de Saint-Victor, « Le grand roman de l’unité italienne », Revue des Deux-Mondes, , , ..
Les pays arabes sont ensuite plongés dans une transition qui n'est nulle part facile : l'après-printemps arabe se révèle être une période particulièrement troublée. Dans plusieurs pays (Tunisie, Maroc, Égypte), les élections qui suivent les révolutions ou les mouvements de contestation sont remportées par les partis islamistes. Conjugué au renforcement des groupes djihadistes, cela conduit des commentateurs à juger qu'au a succédé un . En Égypte, le président islamiste est renversé par un coup d'État militaire en 2013. En Syrie, le régime ne cède pas et la révolte dégénère en une guerre civile sanglante, l'impasse politique et militaire favorisant en 2014-2015 la montée en puissance de l'État islamique. La Libye et le Yémen ne parviennent pas à trouver la stabilité et s'enfoncent elles aussi, à partir de 2014, dans de nouvelles guerres civiles. Le chaos en Syrie et en Libye favorise en outre par ricochet la crise migratoire en Europe.
Contexte et points communs des pays concernés vignette|redresse=0.8|Zine El Abidine Ben Ali en 2008. Démographie : des révolutions de la jeunesse Les pays arabes sont entrés en transition démographique dès les années 1950. Le taux de fécondité moyen de la région (Afrique du Nord et Moyen-Orient, Iran compris) est de par femme en 2000-2005. Lorsque les révolutions arabes se produisent, la transition démographique est avancée au Moyen-Orient, et achevée au Maghreb. Ce facteur joue un rôle déterminant dans le déclenchement des révolutions, dans le sens où les enfants prennent plus d'importance dans la famille, sont mieux éduqués et élevés de façon égalitaire, et donc plus à même de remettre en cause l’autorité patriarcale et un système inégalitaire. La transition démographique a aussi pour résultat des effectifs importants pour la classe d’âge 15- : ils sont plus de en 2009 dans la région, soit le tiers de la population totale, et une augmentation de 50 % depuis vingt ans.
Même si les jeunes sont soutenus voire accompagnés dans les manifestations par des membres de toutes les tranches d’âges, ils restent le moteur principal des révolutions arabesGiancarlo de Cataldo, , : « il y a un point commun entre le célèbre Risorgimento italien et […] c’est l’omniprésence de la jeunesse »Bichara Khader, « La jeunesse, moteur des soulèvements démocratiques arabes », MEDEA, publié le , .. Jeffrey Sachs fait du sous-emploi des jeunes à la fois une des racines des révolutions arabes, et un des enjeux majeurs des politiques arabes à venir Jeffrey Sachs, « », , publié le , ..
Régimes politiques vignette|gauche|Extension géographique de la langue arabe contemporaine :
Les régimes des pays arabes sont autoritaires, oligarchiques : pour se maintenir, ils multiplient les services de police. Ces États policiers s’associent aux milieux affairistesHamit Bozarslam, « La vague des révoltes arabes : de la révolution aux restaurations ? », Esprit, , no 374, .. Les sociétés arabes aspirent à des régimes démocratiques ; le chercheur français Olivier Roy avait ainsi pressenti le risque d’un écart entre le soutien des diplomaties occidentales aux dictatures et le chemin pris par ces sociétés, qui rendait inéluctable la démocratisation des pays arabes, dans une note du CAP de 2005. Les libertés limitées, la corruption particulièrement développée dans la plupart de ces pays (tout comme les détournements de fonds publics) et des chefs d'État très souvent âgés en place depuis plusieurs dizaines d'années (souvent enclins au népotisme et notamment à la transmission héréditaire du pouvoir y compris dans les régimes de type républicain) sont autant de facteurs susceptibles d'exaspérer les populations aboutissant ainsi à des troubles.
On note aussi dans les années 2010 une baisse du rôle des États-Unis dans la région, à cause de la guerre en Irak, qui les prive de moyens et d'influence. Ainsi, c'est la Turquie qui propose et fait aboutir sa médiation entre Israël et la Syrie en 2008. La crise à Erbil en est réglée sans eux. Enfin, c'est l'Arabie saoudite et la Syrie qui jouent le rôle d'intermédiaires au Liban en 2010 et 2011.
Pour Ayaan Hirsi Ali, l’habitude de soumission donnée par l’islam est telle que la révolution sans leaders ne peut réussir. Pour que la démocratisation réussisse, elle pense que les révolutionnaires doivent s’organiser selon le modèle des partis politiques : programme, changements constitutionnels. Elle est donc d’accord avec Jean-Clément Martin pour ne pas rattacher prioritairement les révolutions arabes à une matrice révolutionnaire préexistante.
Plusieurs observateurs notent avec satisfaction que les tentatives d’importer de force la démocratie dans le monde arabe ont toutes échoué : invasion de l’Irak en 2003, révolution du Cèdre en 2005, soutenue par les pays occidentaux, et guerre du Liban de 2006, n’ont fait qu’appauvrir ces pays et y renforcer le communautarisme. Les réformes libérales, censées être le versant économique de la démocratisation et poussées par le FMI et l’Union européenne, ont de la même façon appauvri les populations arabes et renforcé les dictatures. Les privatisations, la spéculation foncière, l’ouverture à la finance internationale, loin de créer des emplois, ont enrichi les oligarchies kleptocrates et appauvri les populations.
Aspects socio-économiques La région consacre des sommes importantes à l’éducation : 5 % de sa richesse depuis trente ans, et réussit à scolariser 75 % d’une classe d’âge dans le secondaire, et 25,8 % dans le supérieur (et même 28,6 % en Tunisie et 32,6 % en Égypte). La région est touchée par des taux de chômage importants, et du fait de la démographie galopante, ce sont les jeunes adultes qui sont les plus touchés : 90 % des chômeurs ont entre 15 et , et le taux de chômage de cette classe d’âge, probablement sous-évalué, varie entre 20 et 25 % dans la région.
Ce chômage important limite les revenus d’une part de plus en plus importante de la population, déjà pauvre et qui n’a guère profité de la libéralisation des années 1990 et 2000 (les statistiques économiques étant d’ailleurs truquées). Avec la hausse des prix alimentaires, au plus haut à la fin de l'année 2010 et au début 2011, une partie importante de la population est à la limite de ne plus pouvoir se nourrir : le cours des céréales atteint son plus haut niveau historique, soit plus qu'en 2002 ; le cours du sucre est également à son plus haut niveau historique, soit quatre fois plus cher qu'en 2002 ; les autres produits alimentaires connaissent des hausses moins spectaculaires, mais sont aussi à leur plus haut niveau historique.
Il a aussi pour effet de rendre difficile l’accès à un logement et la constitution d’une dot : le taux des hommes mariés dans les hommes de 25 à est de seulement 50 %, le plus faible au monde. Les frustrations accumulées par ce genre de situation sont considérables. Cet aspect est cependant moins important dans les pays pétroliers, où soit les aliments sont déjà subventionnés avant 2011, soit les revenus du pétrole sont rapidement mobilisés pour faire baisser leurs prix (comme en Algérie), ou soit encore le conseil de coopération du Golfe intervient pour financer des mesures sociales (comme en Oman). Les solidarités de proximité sont très importantes également pour la survie des plus pauvresH. Bozarslam, , , alors que les solidarités tribales ont pratiquement disparuH. Bozarslam, , .
Selon Jean-François Daguzan, les difficultés économiques des pays arabes causées par la crise économique de 2008 sont un des facteurs clés des révolutions. Les économies des pays arabes auraient en effet été durement touchées par de multiples facteurs : baisse des ressources de ces pays par la chute du prix des matières premières de 30 à 40 % et des exportations de 30,6 % ;