Madeleine Pelletier, née Anne Pelletier le à Paris dans le arrondissement et morte le à Épinay-sur-Orge, est en 1906 la première femme médecin diplômée en psychiatrie en France. Elle est également connue pour ses multiples engagements politiques et philosophiques et fait partie des féministes les plus engagées au regard de la majorité des féministes françaises du .
Elle interrompt très jeune ses études et fréquente dans son adolescence les groupes socialistes et anarchistes qui forment les idées qui restent les siennes jusqu'à sa mort. À vingt ans, elle décide de reprendre ses études malgré sa pauvreté, et parvient à devenir médecin. Cette réussite sociale ne la satisfait cependant pas et elle multiplie ses engagements dans la société. En 1906, elle est initiée franc-maçonne, est choisie comme présidente d'une association féministe et devient membre de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Au sein de la franc-maçonnerie comme à la SFIO, elle cherche à faire avancer la cause des femmes. Ses prises de position lui valent de fortes inimitiés au sein même de sa famille politique ou dans les rangs de la franc-maçonnerie. Les tentatives de mise à l'écart dans ces deux groupes l'incitent à se rapprocher des mouvements anarchistes et à changer de loge maçonnique.
En 1917, elle s'enthousiasme pour la révolution d'Octobre en Russie et entreprend un voyage plein d'espérance pour admirer la réalisation de son idéal. Toutefois, la situation catastrophique du pays la fait déchanter, bien qu'elle conserve toujours la foi dans l'« idéal communiste ». Rentrée en France, elle reprend la lutte pour une société communiste avec des libertaires. Elle combat aussi la montée du fascisme sans cesser son combat féministe.
Pour faire connaître ses idées, elle écrit de nombreux articles, publie des essais, des romans et des pièces de théâtre. Cet activisme est brisé en 1937 lorsqu'un accident vasculaire cérébral la rend hémiplégique. Elle reprend ses combats malgré son handicap à l'issue de sa convalescence. En 1939, elle est inculpée pour avoir pratiqué un avortement, mais ses accusateurs se rendent compte que son état physique ne lui permettait pas de réaliser cet acte. Ils la déclarent tout de même dangereuse pour elle-même et pour autrui, et la font interner en asile psychiatrique, où sa santé physique et mentale se détériore. Elle meurt d'un second accident vasculaire cérébral, le .
Biographie Jeunesse vignette|upright|Madeleine Pelletier.|alt=Photo en noir et blanc d'une personne debout de face sur son balcon. Anne Pelletier naît à Paris le . Son père, Louis Pelletier, ancien cocher de fiacre, reste paralysé après un accident vasculaire cérébral en 1878.. Sa mère, Anne Passavy, marchande de légumes, née de père inconnu, peu aimante, royaliste et très croyante., est accaparée par les soins à donner à son époux malade, par la tenue de la boutique familiale de fruits et légumes, située dans un quartier pauvre, rue des Petits-Carreaux. et par ses douze grossesses. La famille est cependant peu nombreuse car seuls survivent Madeleine et un frère aîné, Louis. Après le départ de celui-ci, Anne vit à partir de ses dix ans en enfant unique, puis dès ses quinze ans seule avec sa mère à la suite du décès de son père..
Son enfance est malheureuse et il semble que ses opinions politiques et philosophiques se soient construites en opposition avec celles de sa mère.. À l'âge de douze ans, elle arrête ses études. Elle s'intéresse à la politique et dès treize ans assiste le soir à des réunions. Vers ses quinze ans, elle fréquente les cercles anarchistes.. Bien qu'elle soit déçue par ceux-ci, elle retire de leur fréquentation la compréhension de la nécessité de l’instruction. Elle décide alors de passer seule le baccalauréat. C'est lorsqu'elle devient une adulte, à une date indéterminéeEn France, la majorité ( à l'époque) est automatique. Le passage à l'âge adulte, qui relève de la psychologie, n'est pas fixé., qu'elle prend pour prénom Madeleine.. Sa mère continue à la loger, mais refuse de payer ses livres. La mort de cette dernière, peu de temps après, accentue les difficultés pour Anne. Celle-ci trouve un soutien chez Charles Letourneau. Il se prend d'affection pour Madeleine et lui assure un soutien financier et intellectuel..
En 1896, elle passe la première épreuve du baccalauréat alors qu'elle a vingt-deux ans. Elle réussit l'épreuve de justesse avec sur 160 qui est la note minimale pour accéder à la seconde partie de l'épreuve. En 1897, elle réussit brillamment à celle-ci, avec une note de sur 120, qui lui vaut la mention « Très Bien ».. Elle s'inscrit ensuite au PCN (Certificat d'études physiques, chimiques et naturelles) afin de devenir médecin. En 1901, elle devient interne suppléante à l'asile de Villejuif et, à l', elle assume la fonction d'externe à la maison d'accouchements Baudelocque.. Toutefois, son intérêt se porte sur l'anthropologie, domaine où brillent alors des médecins..
Années d'études de médecine Madeleine Pelletier se tourne vers l'anthropologie et étudie le rapport entre la taille du crâne et l'intelligence selon les théories de Paul Broca qui font alors autorité. Elle travaille ensuite avec Charles Letourneau et Léonce Manouvrier. Ces présupposés confirment l'opinion courante de la supériorité de l'intelligence de l'homme sur celle de la femme et elle peine à les combattre.. Imprégnée de cette doxa, elle cherche à relativiser les mesures crâniennes des femmes en supposant une épaisseur moindre de leurs os.. Par ailleurs, elle adhère à l'idée d'une supériorité de la « race blanche » supposément prouvée par des mesures crâniennes.. Finalement, contestant l'idée selon laquelle l'intelligence serait proportionnelle au volume du crâne qui sous-tendait celle d'une infériorité intellectuelle de la femme, elle rompt avec l'anthropologie. En , elle veut s'inscrire au concours des internats des asiles mais cela lui est refusé au titre que ce concours est réservé aux personnes jouissant de leurs droits politiques. Les femmes, n'ayant pas le droit de vote, en sont donc automatiquement exclues...
Madeleine Pelletier met alors tout en œuvre pour que cette règle soit abolie. Soutenue par le quotidien féminin La Fronde et par les membres du jury qui la connaissent, elle est finalement autorisée à passer le concours en 1903.. Cette même année, elle soutient sa thèse intitulée L'Association des idées dans la manie aiguë et dans la débilité mentale.. En 1906, elle devient la première femme médecin française diplômée en psychiatrie....
Années de luttes vignette|upright|alt=Photo de la couverture d'un journal|L'Idée libre, .
Pendant quatre ans, elle est interne des asiles psychiatriques de la Seine, d'abord au centre hospitalier Sainte-Anne, puis à l'asile de Villejuif. avec sa collègue Constance Pascal qui est admise la même année (année académique 1902/1903) à l'internat en psychiatrie. Durant cette période, elle écrit de nombreux articles publiés dans des revues scientifiques, et elle est initiée en franc-maçonnerie, en 1904, où elle restera jusqu'à sa mort malgré de nombreux heurts avec d'autres adhérents.
À partir de 1906, elle se consacre à la psychiatrie. En mars de cette année, elle échoue au concours d'adjuvat et devient médecin des Postes dans le de Paris. Comme son cabinet est peu fréquenté, elle s'inscrit sur la liste des médecins de nuit. Elle peut donc être appelée à tout moment et surtout pour s'occuper des plus pauvres, accompagnée par un agent de police. Elle déménage plusieurs fois mais toujours dans des quartiers pauvres.. Cette même année, elle devient la présidente du groupe féministe « La solidarité des femmes » fondé par Eugénie Potonié-Pierre et dirigé jusqu'alors par Caroline Kauffmann.. Elle y est très bien accueillie, mais elle peine à y insuffler un activisme revendicatif..
Elle adhère à la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) et se rapproche de la mouvance guesdiste. avant de devenir un membre influent du courant hervéiste.. En 1909, elle devient membre de la commission administrative permanente de la SFIO et lorsqu'en automne de cette année Gustave Hervé est arrêté, elle le remplace au sein de cette instance dirigeante.. En 1910, elle se propose pour être candidate aux élections législatives et municipales mais les instances dirigeantes lui assignent un canton impossible à gagner. Même si son résultat est supérieur à celui du précédent candidat socialiste, elle est sévèrement battue à ces élections..
Cependant, tout cet activisme ne la satisfait pas et déçue par les féministes et des socialistes, elle connaît à partir de 1910 une période de découragement. Elle abandonne le courant hervéiste, voyant en Gustave Hervé un faux révolutionnaire.. De plus, ses idées sur l'avortement et la disparition souhaitable de l'institution familiale heurtent les membres de la SFIO et isolent Madeleine Pelletier dans le parti. Elle s'éloigne de la SFIO et se rapproche des anarchistes qui partagent certaines de ses idées sur l'avortement, le néomalthusianisme et l'antimilitarisme bien qu'elle ne soit pas d'accord sur l'essentiel, à savoir la possibilité d'une société sans État. De 1912 à 1924, elle collabore irrégulièrement à la revue libertaire L'Idée libre. S'ouvre une période difficile durant laquelle se mêlent ses déconvenues politiques et féministes et des problèmes financiers. Elle déménage plusieurs fois et est cambriolée.. En , elle commence à publier des articles dans Le Libertaire auquel elle collabore jusqu'au début de la guerre et auquel elle revient de 1919 à 1921..
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, elle propose ses services dans une unité médicale sur le front puis en tant qu'infirmière. Cependant, elle est dans les deux cas rejetée.. Elle travaille alors pour la Croix-Rouge, en assistant les soldats de tous pays combattants. En , elle se rend sur le champ de bataille de la Marne et en revient encore plus antimilitariste et découragée par « la bêtise de l'être humain ». Ce pessimisme la détourne de l'action militante et elle préfère se consacrer alors à la médecine et la science.
Années communistes