La prostitution à Paris est issue d’une longue histoire mais aussi d’une modernité propre à la capitale française.
Historique Moyen Âge Louis XI organise la profession en fixant les rues où les ribaudes peuvent exercer, les considérant comme « des folles ou ivrognesses de leur corps ».
En 1446 de nouvelles règles viennent renforcer ces mesures, interdisant le port de certaines tenues jugées racoleuses comme les plumes, les fourrures et la célèbre ceinture dorée, d'où l'adage : ..
Époque moderne Les femmes accusées étaient enfermées à la Salpêtrière, fondée en 1656 par Louis XIV..
Avant la Révolution française de 1789, les estimations du nombre de prostituées varient selon les sources. Louis-Sébastien Mercier, dans son ouvrage Tableau de Paris, évalue à environ le nombre de prostituées dites « normales » et à celui des prostituées dites « entretenues ». Nicolas Edme Restif de La Bretonne avance le chiffre de prostituées dans son ouvrage Le Pornographe, ou Idées d'un honnête homme sur un projet de règlement pour les prostituées… Pour sa part, Alexandre Parent du Châtelet donne plutôt le chiffre de dans son ouvrage De la prostitution dans la ville de Paris. Plus récemment, en 1987, l'historienne Érica-Marie Benabou estime à environ le nombre de prostituées parisiennes dans son ouvrage La prostitution parisienne et la police des mœurs..
Au début de la Révolution, la dépénalisation est à l'ordre du jour : les ordonnances royales sont abandonnées et, en 1791, la prostitution disparaît du droit criminelLa même absence figure dans le code pénal de 1810.. En 1791 parait une curiosité, l’Almanach des demoiselles de Paris, de tout genre et de toutes les classes ou le Calendrier du plaisir, qui recense les prostituées avec leurs tarifs et leurs spécialitésAlmanach des demoiselles de Paris, de tout .... Mais la population s'inquiète de leur nombre croissant et la syphilis reste une menace. Le , la commune de Paris prend un arrêté réglementaire interdisant aux prostituées de se tenir dans les espaces publics pour « y exciter au libertinage et à la débauche ». Cette mesure entraîne l'arrestation et le contrôle sanitaire de plus de 400 femmes en 1794, sans freiner pour autant le développement de la prostitution, notamment au Palais-Royal qui devient le principal marché du sexe de la capitale avec ses nombreuses filles arpentant jardins et galeries du Palais, ses spectacles érotiques et ses boutiques spécialisées..
Époque contemporaine
Sous la monarchie de Juillet, le médecin hygiéniste et spécialiste des égoutsAlexandre Parent du Châtelet, auteur en 1824 d'un Essai sur les cloaques ou égouts de la ville de Paris, Alexandre Parent du Châtelet publie, en 1836, l'ouvrage De la prostitution dans la ville de Paris, considérée sous le rapport de l'hygiène publique, de la morale et de l'administration : ouvrage appuyé de documens statistiques puisés dans les archives de la Préfecture de police. Ce livre restera pendant plusieurs décennies la référence sur le sujet. Parent du Châtelet estime que la prostitution contribue à maintenir l'ordre, ce qui justifie une certaine tolérance, mais il en souligne aussi les dangers et la nécessité de la contrôler. Il préconise ainsi l'existence de maisons closes, d'un hôpital pour soigner les femmes atteintes des maladies vénériennes, d'une prison pour punir celles qui enfreignent les règles et des maisons de repentances. Les prostituées doivent se déclarer à la préfecture de police et se soumettre à un examen médical. Celles qui sont contaminées sont traitées à l'infirmerie de la prison Saint-Lazare, ouverte en 1836, et ne peuvent en sortir qu’une fois guéries. L'ensemble du dispositif vise à encadrer et dissimuler la prostitution, considérée comme un mal nécessaire. Alexandre Parent du Châtelet résume sa pensée ainsi : Putain(s) de capitale. Paris et la prostitution Paris Cinéma Région.. En 1838, on compte précisément prostituées à Paris pour habitants, selon les chiffres de la Géographie universelle de Conrad Malte-Brun..
La Belle Époque voit aussi émerger une certaine « visibilité homosexuelle » dans la capitale. Entre 1890 et la fin des années 1910, Paris compte une centaine de lieu de prostitution masculine, notamment dans les 2 et 11 arrondissementsRégis Revenin, « L'émergence d'un monde homosexuel moderne dans le Paris de la Belle Époque », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2006/4 (n°53-4), p. 74-86..
Parmi les hommes nés entre 1920 et 1925, un sur cinq aurait vécu sa première expérience sexuelle dans une maison close.
En 1940, Paris occupée compte près de pensionnaires hébergées dans 177 bordels, dont quarante réquisitionnés pour la Wehrmacht, et cinq ou six exclusivement réservés aux officiers, cadres de la SS et collaborateurs français)« Paris occupé, l'infiltration nazie », documentaire d'Isabelle Gendre, CC&C Clarke Costelle et Cie, 2020, 22 min. 10 s.. On y croise aussi environ prostituées indépendantes qui arpentent les trottoirs..
La capitale a compté de nombreuses maisons closes jusqu'à leur interdiction en 1946 par la loi Marthe Richard, qui entraîna la fermeture des bordels parisiens.. Parmi les plus célèbres, figuraient le One-Two-Two, Le Chabanais, Le Sphinx ou encore La Fleur blancheAlicia Paulet Prostitution: « après la loi Marthe Richard, le constat est effrayant» Le Figaro, 13 avril 2016.
Dans les années 1960, après la fermeture des maisons closes en 1946 et la suppression du fichier sanitaire en 1960, les cas de syphilis ont augmenté de 40 %. En 1966, on compte à Paris pour un million de clients occasionnels et , générant un chiffre d'affaires d'environ 1 milliard de franc. Neuf prostituées sur dix exercent dans une chambre d'hôtel et quatre sur cinq ont un souteneur. En 1967, à la suite de poursuites contre les propriétaires des hôtels accueillant ces travailleuses, il ne reste plus que sur les . En , la fermeture provisoire systématique des lieux est décidée en cas de poursuites judiciaires. La prostitution se diversifie dans Paris : Jacques Derogy (en 1969) 1969 - Prostitution à Paris : les étoiles filantes cassent le métier L’Express, 5 septembre 2019.
La prostitution est légale en France, y compris à Paris. Cependant, certaines activités associées sont interdites, comme les maisons closes (abolies par la loi Marthe Richard de 1946), le proxénétisme et la prostitution des mineurs. De plus, depuis la loi du , les clients des prostitués peuvent être sanctionnés.
En 2004, selon l'OCRTEH (Office central de répression de la traite des êtres humains), il existe à Paris entre et tous sexes confondus. Pour Marie-Elizabeth Handman et Janine Mossuz-Lavau ces chiffres ne prennent pas en compte des modes de prostitutions dont les acteurs n'ont jamais eu affaire avec la police comme les escorts qui trouvent des clients sur internet ou des femmes salariées qui se limitent à quelques passes dans le mois. En 2010, Brain Magazine établit une cartographie de la prostitution à Paris par origine : travestis sud-américains au Bois de Boulogne ; prostituées africaines à Barbès-Rochechouart ainsi que dans des camionnettes qualifiées de « BMC » (bordels militaires de campagne) dans le Bois de Vincennes, françaises à Strasbourg - Saint-Denis ; chinoises, mongoles ou roumaines à la Porte Saint-Martin ; et enfin, le long des boulevards des Maréchaux, des prostituées roumaines, maghrébines ou africaines..
Depuis la loi visant à pénaliser les clients de la prostitution, votée en , il a été comptabilisé jusqu'en 2017 la condamnation de plus de à ParisAu niveau national c'est qui sont verbalisés.. L'essentiel de ces contrevenants à la loi fréquentaient les camionnettes, les prostituées des boulevards des Maréchaux, aux portes de Paris où dans les bois de Boulogne et Vincennes et dans les 350 salons de massage dits érotique disséminés dans la capitale Céline Carez Paris : plus de 400 clients de prostituées épinglés depuis un an Le Parisien, 9 avril 2017. Jean-Paul Mégret, patron de la brigade de répression du proxénétisme (BRP) de la Direction de la police judiciaire de Paris, considère que cette loi a pour effet de Stéphane Sellami Prostitution : enquête sur les nouveaux visages du proxénétisme en France Le Point, 6 septembre 2018.
La cyberprostitution se développe en réaction aux lois de répression de la prostitution. En 2019, environ 60 % de la prostitution s’effectue avec InternetPute Paris : la réalité du milieu de la prostitution dans la capitale janvier 2019.
Types de prostitution Espaces publics
Jusqu'à la fin des années 1980, la prostitution dans la rue Saint-Denis s'étendait depuis les halles de Paris à la porte Saint-Denis. Une fois les hôtels de passe et des studios fermés, une majorité des prostituées ont quitté les lieux et la moyenne d'âge a augmenté. La rue a compté par le passé jusqu'à La nouvelle carte de la prostitution à Paris Le Parisien, 10 février 2002.
La majorité des prostituées du bois de Boulogne sont étrangères. Elles se regroupent dans le bois par nationalitéProstituees, clients, bénévoles : un soir au bois deboulogne Le Progrès, 28 mars 2015. La prostitution au bois de Vincennes est différente, elle s'effectue principalement dans des camionnettes. Les prostituées se connaissent toutes et partagent leur sécurité en regroupant les véhicules dans les mêmes emplacements.
La prostitution chinoise à Paris s'est développée à partir de la fin des années 1990. Les prostituées chinoises travaillent principalement sur les trottoirs de certains quartiers, où elles sont surnommées les marcheuses, dans des salons de massage ou à partir d'offres internet. En 2016, Médecins du monde estime à le nombre de prostituées chinoises à Paris.
Internet Avec la loi de 2003 sur le racolage, la prostitution sur Internet a connu une forte croissance. En 2002, 108 sites concernaient Paris. En 2003, ce chiffre est passé à 482, et en 2004, il a presque doublé pour atteindre 816 sites.
Prévention
L'association Les Amis du bus des femmes, créée en 1990 à l'initiative de femmes prostituées, travaille avec et pour les personnes prostituées en Île-de-France. Né pour informer les prostituées sur le sida, le Bus des femmes est rapidement devenu une passerelle entre le trottoir et les services médicaux, sociaux et administratifs...
Quartiers et rues en lien avec la prostitution Plusieurs dénominations de rues ont fait historiquement références aux activités de prostitution qu’elles abritaient : La rue Brisemiche et la rue Baille-Hoë, ce qui veut dire « Donne-Joie » : en 1388 les membres de la paroisse Saint Merri font une pétition pour exiger l'expulsion des ribaudes mais les commerçants s'y opposent car elles font marcher le commerce. la rue du Poil-au-Con - actuelle rue du Pélican dans le de ParisPierre De Baudouin Quelle histoire se cache derrière le nom de votre rue ? France Info, 29 décembre 2017. la rue Tire-Vit puis rue Tire-Boudin, le « vit » étant le sexe masculin (actuelle rue Marie-Stuart, dans le arrondissement, près de la première porte Saint-Denis) ; la rue Gratte-Cul (actuelle rue Dussoubs, dans le arrondissement, elle aussi près de la première porte Saint-Denis) ; la rue Trace-Putain - actuelle rue BeaubourgParis sous Philippe - le - Bel: d'après des documents originaux..., dans le arrondissement, menant de la porte Hydron à l'abbaye saint Martin-des-Champs) ; la rue Pute-y-Musse, la « pute y musarde », muser qui veut dire flâner en ancien Français, (actuelle rue du Petit-Musc, dans le arrondissement, près de la première porte Saint-Antoine)Paris : la rue du Petit-Musc, prisée par les prostituées et Jean de La Fontaine RTL, 27 juillet 2016.
Prostitution à Paris dans l'art