La violence psychologique, dite aussi violence morale, violence mentale, ou violence émotionnelle, est une forme de violence ou d'abus envers autrui sans qu'une violence physique soit mise en œuvre directement. Elle se produit dans les situations dans lesquelles des individus dont dépendent des personnes les disqualifient, les humilient, les discriminent, les maltraitent, les soumettent à leur volonté ou les subordonnent dans différents aspects de leur existence qui affectent leur dignité, leur estime de soi et leur intégrité psychologique et morale, ou la sous-estimation de l'intelligence, ou tout autre comportement pouvant réduire le sentiment d'identité. C'est également une forme de violence domestique et familiale.

Lorsqu'une relation s'établit entre deux personnes, qu'elle soit horizontale ou verticale où l'une a du pouvoir sur l'autre, une responsabilité émotionnelle. commence à exister, où il faut savoir que toute action, intentionnelle ou non, peut générer de la violence émotionnelle.

Parmi les exemples de violence psychologique, on peut trouver : l'abandon émotionnel, le manque d'empathie, la disqualification, la violence verbale, les insultes, le harcèlement., les menaces, le contrôle excessif, l'intimidation, l'extorsion émotionnelle, le blâme, la pression économique, le sarcasme, la coercition, la critique destructrice, le discrédit des liens du sujet (disqualification de ses amis, famille ou partenaire), l'isolement émotionnel, le ridicule et tout type de punition autre que physique.

Ce type d’abus peut rendre une personne phobique ou lui causer une angoisse mentale incalculable. Cela peut se produire de plusieurs manières, notamment en :

lui causant de la culpabilité et de l'insécurité à l'égard de lui-même et de ses capacités, réduisant son estime de soi, le menaçant d'une certaine forme de violence menaçant de l'abandonner ou de le négliger mettant à exécution ses menaces d’isolement, de négligence et d’abandon directs ou indirects à long terme.

La violence psychologique peut être accompagnée ou non de violence physique, mais lorsqu'il y a violence physique, elle est toujours combinée à une violence psychologique. Cette violence peut résulter en un traumatisme psychologique, pouvant inclure anxiété, dépression chronique, ou trouble de stress post-traumatique Dutton, D. G. (1994). Patriarchy and wife assault: The ecological fallacy. Violence and Victims, 9, 125-140. . La violence psychologique ne concerne pas uniquement des agissements propres aux hommes envers les femmes. Même si les violences commises par des femmes sont minimes en pourcentages, elles existent et les victimes sont tout aussi légitimes. Les enfants en sont aussi massivement victimes, au point que des études récentes la considèrent comme « la norme » dans le monde moderneStraus, Murray A. and Carolyn J. Field. 2003. Psychological Aggression by American Parents: National Data on Prevalence, Chronicity, and Severity. Journal of Marriage and Family 65 (November 2003): 795–808 ; les enfants peuvent subir une violence morale directe mais aussi souffrir d'en être témoins. Enfin, cette violence est également très présente au travail, notamment de la part de « supérieurs » envers leurs « inférieurs », particulièrement sous la forme de harcèlement moral.

Les cliniciens et les chercheurs ont proposé différentes définitions de la violence psychologiqueThompson, Anne E.; Kaplan, Carole A. (février 1996). « Violence psychologique pendant l'enfance »..  Selon les recherches actuelles, les termes « violence psychologique » et « violence émotionnelle » peuvent être utilisés de manière interchangeable, à moins qu'ils ne soient associés à la violence psychologiqueO'Leary, K. Daniel (2004)..  Plus précisément, la « violence émotionnelle » désigne toute violence de nature émotionnelle plutôt que physique. Elle peut inclure des violences verbales et des critiques constantes, ainsi que des tactiques plus subtiles comme l'intimidation, humiliation, harcèlement, ou la manipulation....) et le refus de faire plaisir. Cette violence se produit lorsque quelqu'un utilise des mots ou des actions pour essayer de contrôler l'autre personne, pour lui faire peur ou l'isoler, ou pour essayer de briser l'estime de soi de quelqu'un.

Signes et comportements

La violence psychologique peut se repérer objectivement à certains types de discours adressés à autrui, ainsi qu'à des comportements visant à contrôler l'autre, et ce en l'absence de toute violence physique avérée.

Dans un article publié en 2011, Wiart isole 15 catégories d'agressions verbales, quasi universelles envers les enfants, fréquentes dans la communication de couple, et également au travailWiart, 2011a. Outre les dénigrements, insultes et menaces, généralement repérées sans difficulté, il peut y avoir chantage, dévalorisation, sape, contradiction, jugements et critiques, accusations et reproches, fausse plaisanterie, blocage et diversion, oubli, retenue, déni, discrédit et silence. Ces trois dernières catégories ont un statut particulier, parce qu'elles sont souvent utilisées en réponse à la protestation de la victime qui se plaint de ne pas avoir été entendue ou d'avoir essuyé une remarque désagréable. Leur utilisation marque la conviction bien ancrée chez l'agresseur d'être dans son bon droit quant au discours qu'il tient à autrui, voire sa volonté explicite de blesser l'autre. Elle illustre aussi le fait que l'agresseur n'a aucune intention de présenter ses excuses et qu'il est incapable d'éprouver de l'empathie par rapport à ce qu'il fait subir à sa victime.

On peut dénombrer dix domaines de contrôle, dans lesquels on assujettit l'autre. On trouve ainsi le contrôle de la liberté de mouvement, des fréquentations, du comportement, des moyens financiers, des goûts, de la pensée, de l'espace sonore, du temps, de l'espace physique et de la communication. Autant certains de ces contrôles sont judicieux et nécessaires dans le cadre de l'éducation des enfants, leur offrant des limites protectrices sur lesquelles s'appuyer pour grandir, autant elles sont d'une justification douteuse entre adultes, censés être à égalité, au sein du couple par exemple. Dans son livre consacré à la violence psychologique au sein de la famille, Yvane Wiart offre des définitions précises de ces catégories d'agression verbale, assorties de nombreux exemples concrets, et elle détaille les modalités des différents domaines de contrôle d'autrui. Elle présente aussi plusieurs questionnaires permettant de découvrir si l'on est agresseur ou victime au sein du couple, voire les deux, et des solutions pour sortir du cycle infernal de la violence psychologique. Elle rappelle aussi que la violence psychologique est un phénomène transgénérationnel. Cela signifie que la violence que l'on inflige ou celle que l'on subit est à l'image de celle que l'on a soi-même vécue dans son enfance, et que l'on a appris à considérer comme un mode de communication et de réaction normalBowlby, 2011, 2014. C'est en ce sens que les recherches sur la violence psychologique à enfant, clairement séparée de la violence physique et sexuelle, sont fondamentales pour tenter d'enrayer le phénomène.

Agressivité et colère

Agressivité et colère sont souvent confondues. On dira ainsi facilement d'une personne qui se met en colère qu'elle est agressive, même si dans ses propos elle ne s'en prend pas directement à la personne d'autrui, mais se contente de manifester vivement son mécontentement. Il est aussi tout à fait possible d'être agressif sans jamais hausser le ton, ni avoir l'air en colère. Un grand nombre des catégories d'agression verbale listées ci-dessus peuvent s'exprimer dans le plus grand calme, avec même une apparence de neutralité, voire de bienveillance, et c'est entre autres pour cette raison qu'elles sont difficiles à repérer comme éléments de violence psychologique. Le silence qui suit une question ou une remarque en est aussi un bon exemple. Il n'est pas forcément ostentatoire comme dans la bouderie, et peut être facilement masqué par « ah, j'ai pas entendu ! », sans suite. C'est l'absence d'envie de reprendre la conversation qui est caractéristique d'un silence agressif, synonyme de fin de non-recevoir.

La colère est importante à ressentir et à exprimer, car elle nous indique que quelque chose dans la situation ne se passe pas bien pour l'individu, et qu'il est judicieux d'y prêter attention. L'exprimer à autrui vise normalement à faire prendre conscience à l'autre que quelque chose ne va pas dans la relation et que c'est important d'y remédier. Cela étant, une bonne partie de l'éducation consiste à apprendre à l'enfant à ne pas exprimer, voire à ne pas ressentir ce type d'émotion, car les protestations de l'enfant confrontent l'adulte à ses propres manquements, son absence, son indisponibilité, son manque d'attention et d'écoute réels. Ceux qui n'ont pas été entendus lors de protestations saines au départ, se réfugient ensuite dans l'agression verbale active ou passive. Soit ils se mettent en colère à la moindre occasion, soit rien ne semble pouvoir les démonter, mais leur hostilité (liée à une accumulation de colère) s'exprime autrement. Ou encore, ils peuvent être persuadés de mériter les attaques, et ils deviennent alors des victimes toutes trouvéesBowlby, 1978, 2011.

Effets

Évoquer la violence psychologique et ses effets fait plutôt penser à un impact psychique, pouvant conduire à une perte d'estime de soi, de motivation et à des troubles dépressifs. Si ces symptômes existent bien sûr et peuvent être graves et handicapants, plus préoccupantes encore et souvent méconnues sont les conséquences de cette violence sur la santé physique. La violence, quelle qu'elle soit, mobilise immédiatement les mécanismes du stress chez la personne agressée. Ce stress physique implique une réaction du système cardio-vasculaire, ainsi que du système immunitaire, et si d'aigu ou ponctuel il devient chronique, car la personne demeure dans une situation de violence qu'elle ne fuit pas, les conséquences à moyen et long terme sont très lourdes pour l'organisme.

Ces mécanismes ont été mis en évidence d'abord par Hans Selye (1962), créateur du concept de stress, puis par quantité d'autres chercheurs, finissant par aboutir à la notion de charge allostatique présentée comme étant à l'origine du déclenchement des maladiesWiart, 2005 ; McEwen, 2002 ;Robert Sapolsky, 1994 ; Timiras, 2004. Une branche relativement récente de la recherche internationale sur les relations entre psychisme et maladie s'appelle la psycho-neuro-immunologie, et elle s'intéresse en particulier au cancerWiart, 2014.

L'agresseur n'échappe pas non plus à la mobilisation de ses mécanismes du stress, même si son agressivité lui fournit souvent une échappatoire lui permettant de décharger la tension accumulée. C'est ce qu'Henri Laborit a montré avec ses expériences sur les rats qui stressés, finissent malades s'ils sont seuls en cage, alors qu'en présence d'un congénère qu'ils peuvent attaquer, leur santé physique est préservée. Ces mécanismes sont rappelés et détaillés concrètement dans Wiart (2011a).

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