Le logement social est, en France, le logement destiné, à la suite d'une initiative publique ou privée, à des personnes à revenus modestes qui ont des difficultés à se loger par le marché libre. L'expression concerne à la fois la construction de logements, l’occupation et la gestion de ce patrimoine. Le logement social est issu du logement ouvrier qui existe sous différentes formes : logement collectif, groupé, individuel. Fin 2008, la proportion de logements locatifs sociaux dans le parc de résidences principales était de 17 %M. Amzallag et C. Taffin, Le logement social, éditions L.G.D.J, Collection Politiques locales, mars 2010, ., le nombre de logements sociaux étant de M. Amzallag et C. Taffin, Le logement social, éditions L.G.D.J, Collection Politiques locales, mars 2010, ..
L'historique du logement social en France démarre à la fin du , tandis que le est la période qui permet de développer les initiatives qui aboutissent finalement au au financement public du logement social, et in fine à la loi DALO ; soit principalement quatre périodes : le temps des précurseurs de 1775 aux , le développement du « logement bon marché » et les premières lois des aux , le temps des bâtisseurs des aux et enfin les dernières lois des aux .
Le temps des précurseurs
La préoccupation de loger les familles les plus modestes est très ancienne. Déjà, il y a , les patriciens construisaient des logements pour loger les clients : les plébéiens qui étaient des citoyens romains issus du bas peuple et distincts des esclavesCharles Daremberg et Edmond Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, , Paris, Librairie Hachette, 1877-1919, ..
Dans nos campagnes, à l'époque où la main d'œuvre était importante, les fermiers disposaient souvent de maisons pour loger les ouvriers. Mais c'est après l'expérience de la saline royale d'Arc-et-Senans qu'au milieu du , va se développer en France le logement ouvrier, qui donnera naissance au « logement social ».
En 1775, l'architecte Claude-Nicolas Ledoux réalise en effet l'un des premiers exemples d'architecture industrielle : la saline royale d'Arc-et-Senans. Dès l'origine des plans, Ledoux conçoit un ensemble architectural comprenant les installations techniques et les logements des ouvriers, ainsi que des jardins : la saline royale fonctionnait comme une usine intégrée où vivait presque toute la communauté du travail..
Les conséquences de la deuxième pandémie de choléra à Paris Les . qui meurent à Paris en 1832 de la deuxième pandémie de choléra (1826-1841) amènent les médecins à en chercher les causes. Les médecins Alexandre Parent-Duchâtelet et Louis René Villermé incriminent la saleté et l'exiguïté des logements des plus pauvresLouis René Villermé, Notes sur les ravages du choléra-morbus dans les maisons garnies de Paris depuis le 29 mars jusqu'au août 1832, et sur les causes qui paraissent avoir favorisé le développement de la maladie dans un grand nombre d maisons, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, Paris, 1836, .. Désormais, existe , Mémoire sur la topographie médicale du de la ville de Paris ; recherches historiques et statistiques sur les conditions hygiéniques des quartiers qui composent cet arrondissement, Annales d'hygiène publique, tome 28, Paris, 1842, cité par Yankel Fijalkow et Loïc J. D. Wacquant in Connaissance et risque, janvier 2000 .
Les premières cités ouvrières de Paris et de Lille thumb|Vue perspective d'un phalanstère. En 1849, à la demande de Louis-Napoléon Bonaparte, l’architecte Marie-Gabriel Veugny dessine les plans de la cité Napoléon, construite entre 1849 et 1851 au dans le de Paris. C'est la première cité ouvrière de Paris, inspirée du phalanstère de Charles Fourier dont la vogue commençait tout juste.. Autour d'un grand jardin arboré avec une fontaine, les quatre bâtiments qui la composent permettaient de loger 400 familles., dans .
La Cité Napoléon rebaptisée Cité philanthropique en 1884 est édifiée à Lille de 1859 à 1862 par le Bureau de bienfaisance pour loger . La conception très novatrice de l'architecte Émile Vandenbergh, de six corps de bâtiments séparés par des cours de de large, reliés par des ponts abritant les services communs privilégie la commodité de la disposition, l'air et la lumière.
La première loi concernant le logement ouvrier Le , la première loi concernant le logement ouvrier et relative à « l'assainissement et à l'interdiction des logements insalubres » est votée. Première loi de salubrité concernant le logement ouvrier, cette loi est proposée par le vicomte Anatole de Melun, député royaliste du Nord.. Elle déclare que et donne le droit aux conseils municipaux de définir les travaux à effectuer pour assainir les logementsLoi du 22 avril 1850, relative à l’assainissement des logements insalubres (X, Bull. CCLII, n. 2068), .. Mais le conservateur en conclut que la question du logement des ouvriers n'a pas de solution. À l'issue de sa fameuse enquête en 1840 « Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie », il s’exprime ainsi dans un discours devant l’académie des Sciences morales et politiques : ..
C'est le portrait typique que l’on retrouvera sur l’habitat insalubre jusque dans les : Lucie Bonnet, Histoire urbaine et politique du logement social en France, cours à l'Université de technologie de Compiègne. , ..
Contrairement à ceux qui, comme Villermé, pensent que la question du logement n'a pas de solution, d'autres estiment qu'il est possible d'en trouver. Dans une première catégorie, on peut classer les philanthropes ou les associations philanthropiques qui cherchent à faire sortir leurs « frères des basses classes » de la misère et du désespoir. Ainsi est fondée à Londres en 1844, la « société pour l’amélioration du sort de la classe ouvrière ». Son programme prévoit de réaliser des lotissements pour les ouvriers où nobles et bourgeois avancent des fonds. Il ne s'agit pas de dons, car l’argent doit rapporter un intérêt de 5 %. Ces fonds sont donc remboursés avec intérêt par les ouvriers qui paient le loyer de leur logement neuf. Cet exemple va être repris dans plusieurs projets en France. Leurs initiateurs peuvent être des libéraux, des fabricants ou des industriels favorables au libre-échange, alors que les conservateurs sont protectionnistes. Ces personnes de la classe aisée estiment qu’il faut améliorer le sort de la classe ouvrière, à la fois pour la moraliser et pour la détourner du socialisme.
Les précurseurs Le Familistère de Guise
C'est en 1846 que Jean-Baptiste Godin, industriel, s'installe à Guise pour fonder une entreprise d'appareils de chauffage et de cuisine, les fameux « poêles Godin », dont il est l'inventeur. Fabriqués en fonte, diffusant bien mieux la chaleur que les anciens modèles en tôle, ces appareils ont permis à Godin, d'origine modeste, de faire rapidement fortune et de s'imposer sur un marché en pleine expansion. Mais il a lui-même été simple ouvrier, et a conservé le souvenir des terribles conditions de vie et de travail des salariés de l'industrie – constatées notamment au cours d'un Tour de France qu'il effectue, aux côtés d'un compagnon, entre 1835 et 1837. Il entend par conséquent utiliser sa fortune pour améliorer la vie de ses employés, et proposer ses solutions au problème du paupérisme ouvrier. Disciple de Charles Fourier, il entre en contact avec « l'École sociétaire » et, en 1854, investit le tiers de sa fortune dans une tentative d'implantation d'une colonie phalanstérienne au Texas menée par Victor Considerant. L'échec de cette expérience le convainc de mettre lui-même en pratique ses idées, progressivement et avec pragmatisme, pour éviter un nouvel échec.
« Familistère » est le nom qu'il donne aux bâtiments d'habitation qu'il fait construire pour ses ouvriers et leurs familles à partir de 1858 et jusqu'en 1883, pour un total de . Étymologiquement « lieu de réunion des familles », construit sur le modèle du phalanstère de Charles Fourier, le Familistère de Guise, dans l'Aisne, est devenu un haut lieu de l’histoire économique et sociale des .
Les cités ouvrières du Creusot À partir de 1836, au Creusot, qualifiée de ville-usine, tout tourne autour de la sidérurgie de la société Schneider et Cie. Durant cent trente ans la dynastie des Schneider déploie un paternalisme qui tend à réguler tous les aspects de la vie des Creusotins. Les aciéries emploient au moins un membre de chaque famille creusotine. Des écoles, de tous niveaux, sont créées; un dispensaire puis un hôpital sont mis en place; des logements sont bâtis pour les ouvriers et les ingénieurs. Tous ces aménagements permettent d'améliorer la vie des Creusotins, venant du monde rural, qui travaillaient souvent dans des conditions très difficiles.
La « cité des Pompiers » est la première cité construite par Schneider et en 1860. Les douze maisons à un étage qui la composent, abritent chacune deux logements par niveau, chacun de ces logements possédant son accès. En 1865 est construite la cité de la Villedieu, regroupant 80 maisons. Cette cité sera présentée à l'exposition universelle de 1867. De même la cité Saint-Eugène, construite en 1875, sera présentée à l'exposition universelle de 1878..
Le modèle mulhousien
Au , jusqu'à l'annexion allemande de 1870, tous les bourgmestres et maires mulhousiens sont protestants et proches ou issus du patronat. Le modèle mulhousien repose sur trois piliers, un patronat protestant paternaliste, le prédominance du couple innovation/formation dans le développement technique et la recherche d'un équilibre social : les associations philanthropiques « Société industrielle de Mulhouse (SIM) » et « Société Mulhousienne de Cités ouvrières (SOMCO) » sont créées respectivement en 1826 et en 1853, à l'initiative de Jean Dollfus (industriel, économiste et maire de Mulhouse), Émile Muller (ingénieur-constructeur, architecte de la cité ouvrière) et Achille Penot (inspecteur scolaire et enquêteur social). L'objectif est de fixer la main-d'œuvre ouvrière : ouvrières sont construites à partir de 1862 jusqu'en 1897. C’est une cité-jardin en ce sens que chaque logement, outre la porte personnelle à chaque famille, a aussi son jardin particulier ; ces logements sont uni-familiaux payables par mensualités, les investisseurs touchent 4 % par an, mais en moins de quinze ans souvent, les logements deviennent la propriété des ouvriers. C'est l'un des exemples les plus anciens et les plus imités en FranceStéphane Jonas, Mulhouse et ses cités ouvrières, éd. Oberlin, 2003, ..
L'exemple précurseur de Mulhouse sera rapidement suivi, notamment par la Villa Mulhouse à Auteuil.
La cité Jouffroy-Renault à Clichy La « cité Jouffroy-Renault », édifiée à la fin du Second Empire, est la première réalisation importante dans le domaine du logement social à Clichy. Cette cité est fondée en 1865 par , veuve du frère cadet de Louis Jacques Thénard (1777-1857), savant chimiste promu baron de l’Empire par Napoléon .
Elle est composée de 76 pavillons semblables, constitués d’un étage surmonté d’un comble, et d’un jardinet devant. Les pavillons sont loués avec promesses de vente, payables en 15 ans par mensualités, ce qui représente à l'époque un moyen d’accession à la propriété très « social ». Cette cité est représentative de l’effort réalisé au par des bourgeois et industriels philanthropes. est distinguée pour cette œuvre philanthropique et reçoit la médaille d'or à l'exposition universelle de 1867..
La cité Menier à Noisiel