, « l'Illustre » ou « le Révélé » (en grec ancien , dans de nombreux textes français Antiochus), né vers et mort en , est un roi séleucide qui règne de à sa mort en

Fils d', il est décrit comme un « ennemi » du peuple juif selon la tradition judaïque, qui inspire Hanoucca (ou fête de l'Édification), car il participe à l'hellénisation de la Judée et s'oppose à la révolte des Maccabées qu'il ne parvient pas à réprimer. Réputé instable psychologiquement, il montre tout de même des qualités d'homme d'État et peut être considéré comme le dernier grand souverain séleucide.

Biographie Début du règne

Après la défaite de son père à l'issue de la guerre contre Rome et la sévère paix d'Apamée, Antiochos est envoyé comme otage à Rome où il réside plusieurs années avant d'être échangé vers avec son neveu Démétrios après l'avènement de son frère . Il séjourne ensuite durant trois ans à Athènes avec laquelle il noue des liens étroits. Il se montre plus tard généreux vis-à-vis de la cité en finançant certaines fêtes et constructions et en faisant reprendre la construction du temple de Zeus Olympien.

Soutenu par le roi de Pergame, , et probablement par le Sénat romain qui aurait été favorable à son avènement, il succède à l'automne à son frère Séleucos IV, assassiné par son ministre Héliodore qu'il élimine rapidement. Après l'assassinat de Séleucos IV, Héliodore a fait couronner le jeune Antiochos, fils de Séleucos IV, cherchant à exercer le pouvoir. Antiochos IV épouse la mère du jeune prince, Laodicé IV, afin de légitimer son pouvoir. Il adopte Antiochos et le nomme co-roi ; mais en 170, Antiochos IV le fait assassiner afin de pouvoir régner seul..

Antiochos IV témoigne de sa neutralité dans le conflit entre Rome et Persée de Macédoine et s'engage à verser les dernières indemnités dues dans le cadre de la paix d'Apamée à travers une ambassade dépêchée en . Le début de son règne est donc marqué par la volonté de s'attacher uniquement à la politique intérieure de son royaume tout en évitant de froisser les Romains dont il a pu apprécier la puissance en tant qu'otage.

À partir de av. J.-C., il réunit une grande armée, probablement afin de faire face aux ambitions du roi parthe qui remet en cause le traité imposé par ; mais ne peut mener cette expédition orientale qu'à la toute fin de son règne et cette armée sert en fait à combattre les Lagides.

Nom et titres 250px|vignette|Monnaie à l'effigie d' sur laquelle figure : « Roi Antiochos, dieu révélé, porteur de victoire ».

La titulature d’Épiphane (l'« Illustre »), transmis par la tradition littéraire et attestée par les monnaies séleucides ainsi que par des dédicaces extérieures à l'empire (Délos et Milet), est habituellement réservée aux dieux. Les épithètes complètes d'Antiochos incluent : Théos Épiphanès ( ou « Dieu révélé ») et après sa victoire lors de la guerre de Syrie, Niképhoros ( ou « Porteur de la victoire »). Il a été le premier souverain séleucide à utiliser des épithètes divines sur des pièces de monnaie, peut-être inspiré par les rois grecs de Bactriane ou par le culte royal que son père a codifié. Cette titulature aurait pu servir à renforcer l'autorité royale au sein d'un empire disparate.

Antiochos face aux Lagides Première phase du conflit

De à , une sixième (et dernière) guerre de Syrie, dont les causes exactes sont incertainesLe récit qu'en a fait Polybe a disparu., éclate entre Séleucides et Lagides. Il est probable que les deux régents de (fils de et donc neveu d'Antiochos) aient voulu récupérer la Cœlé-Syrie alors que les Romains sont occupés par la troisième guerre de Macédoine. La déclaration de guerre émane, quoi qu'il en soit, d'AlexandrieDiodore, , 16.Tite-Live () considère à tort qu'Antiochos est le responsable du conflit, thèse reprise par la tradition juive : I Macc., 1, 16. Voir à ce sujet .. Il est tout de même admis qu'Antiochos ait pu avoir intérêt à un conflit dans le but de briser les sympathies que les Lagides conservent en Cœlé-Syrie, voire de restaurer la grandeur de son empire, sachant qu'il aurait pu avoir pour ambition de partager le monde avec les Romains. Fin , les deux belligérants dépêchent des ambassades au Sénat romain sans que ce dernier décide de prendre réellement parti. est proclamé majeur mais se voit adjoindre deux corégents, sa sœur-épouse et son frère, le futur , manière de renforcer l'autorité royale au moment où éclate la guerre de Syrie.

Prévenu des velléités belliqueuses des Lagides dès , Antiochos a eu le temps de prendre ses dispositions, son armée étant la mieux préparée au début du conflit. L'armée lagide est mise en déroute en 169 à la bataille du mont Casios et Antiochos prend le contrôle de Péluse. Sa flotte s’empare de ChyprePierre-Luc Brisson, « et les festivités de Daphnè : aspects de la politique Séleucide sous l’unipolarité romaine », Revue des études grecques, 2018, 131-2, 415-449., porte d'entrée de l'Égypte. Antiochos rencontre alors qui se voit placé sous tutelle, abandonnant probablement sa majorité au profit de son oncle. Une tradition veut qu'Antiochos ait été couronné roi de Haute et de Basse-Égypte mais elle ne repose que sur des sources isolées et contestées. Une émeute éclate bientôt à Alexandrie et est proclamé comme seul roi légitime. Antiochos doit renoncer à prendre la cité et il abandonne la partie à la fin 169, spéculant sur une guerre civile entre les deux Ptolémées. Il quitte alors l'Égypte pour réprimer la révolte de Jérusalem, voire de certaines cités phéniciennes.

Seconde phase du conflit vignette|Buste d', Altes Museum, Berlin.

Profitant du départ d'Antiochos, et finissent par se réconcilier et reformer une triple corégence avec . Aux yeux d'Antiochos, a trahi ses engagements et la guerre reprend. Les Lagides ne revendiquant plus la Cœlé-Syrie, il est possible qu'Antiochos ait manifesté l'ambition d'éliminer la dynastie et d'annexer l'Égypte à son empire ; mais si on suit Tite-Live, Antiochos aurait revendiqué seulement Chypre et la région pélusiaque. Les Ptolémées demandent alors l'appui du Sénat romain tandis qu'à cette époque les légions romaines en Macédoine sont ravitaillées par du blé en provenance d'Égypte. Les Romains dépêchent donc une ambassade dirigée par Caius Popillius Laenas, familier d'Antiochos depuis son séjour comme otage à Rome, avec pour mission de signifier au Séleucide qu'il doit abandonner l'idée d'occuper l’Égypte. Dans le même temps, début , Antiochos s'empare de Chypre et pénètre en Égypte, allant jusqu'à Memphis où selon certaines sources il se serait fait proclamer pharaon.

C'est durant sa marche vers Alexandrie qu'il rencontre, à Éleusis à l'été , Popillius qui lui fixe un ultimatum resté fameux chez les AnciensTite-Live, , 19 ; Polybe, , 27 ; Justin, , 3, 1-4.Cet épisode est notamment repris par Cicéron. : l'ambassadeur romain trace avec sa canne un cercle autour d'Antiochos lui interdisant d'en sortir tant qu'il n'aura pas accepté les décisions du sénatus-consulte. Antiochos, qui vient d'apprendre la victoire des Romains à Pydna et qui a tiré la leçon de la défaite de son père à Magnésie du Sipyle, accepte d'évacuer l’Égypte et Chypre. Il est aussi probable que les Romains aient rappelé à Antiochos que le souverain légitime est bel et bien son neveu . Cette funeste journée d’Éleusis représente un traumatisme pour Antiochos que la tradition (issue des sources juives) dépeint comme déjà fragile psychologiquement. Il a espéré pouvoir compter sur la bienveillance romaine mais se voit réduit dans sa tentative de restauration impériale. Il envoie alors une ambassade au Sénat en lui signifiant son indéfectible amitié.

La nature de ses projets après la campagne d’Égypte nous échappe ; probablement a-t-il eu pour dessein d'affirmer son autorité sur les territoires d'Iran et de faire face aux Parthes. Mais une guerre civile embrase Jérusalem peu de temps après, à cause de l'assassinat du grand-prêtre d'Israël .

Néanmoins, il capitalise sur les succès remportés contre les Lagides en faisant frapper un statère d'or portant, outre la titulature antérieure (Basiléôs Antiochou Théou Épiphanous, c’est-à-dire « Antiochos roi divin épiphane ») l'épithète de Nikophoros, le « porteur de victoire ». Il utilise aussi le butin rapporté d’Égypte pour financer les fêtes de Daphné.

Antioche et la révolte des Juifs Hellénisation de la Judée vignette|Revers d'une pièce datant du règne d' montrant les Dioscures. La date ΘΞΡ désigne l'année 169 de l'ère séleucide, soit à 144-143 avant J.-C.

Antiochos est réputé pour avoir été un promoteur zélé de la culture hellénique à l'intérieur comme à l'extérieur de son empire ; il finance notamment la construction du temple de Zeus Olympien à Athènes ou fait ériger un autel et des statues à Délos.. Mais cette réputation qui a traversé les siècles est d'abord une interprétation de sa politique envers les Juifs, sachant qu'il est considéré comme l'Antéchrist dans la tradition judéo-chrétienne. Sous l'influence du mathématicien et poète Philonidès de Laodicée, il adopte la philosophie épicurienne..

Mais cette hellénisation de la Judée est d'abord le fait des élites juives hellénisées sous l'impulsion des grands-prêtres Jason (Joshua hellénisé) et Ménélas, et provoque la réaction des Juifs traditionalistes. En effet, la culture impériale engendre un progrès politique et matériel, ce qui mène à la formation d'élites hellénisées au sein de la population juive. Cette hellénisation engendre des tensions entre les Juifs les plus orthodoxes et leurs coreligionnaires qui adoptent la culture grecque Martin Goodman, « Under the Influence : Hellenism in ancient Jewish life », Biblical Archaeology Review, Washington, The Biblical Archaeology Society, 36, , 2010 ..

En , au moment où meurt , le grand-prêtre vient à Antioche pour se justifier d’avoir refusé le prélèvement des trésors du Temple. Il est accompagné de son frère Joshua qui se fait appeler Jason. Celui-ci intrigue auprès d' qui le désigne comme Grand-prêtre, à la place de son frère. Surtout, il lui accorde le droit de transformer Jérusalem en polis grecque ; en échange, Jason lui promet une augmentation du tribut. Selon l'historien Édouard Will, la transformation de Jérusalem en cité grecque n'est pas de l’initiative du roi, mais bien des Juifs hellénisés. Jason finit par être évincé par Ménélas vers . Ce dernier agit en tyran, soumettant Jérusalem à une forte pression fiscale. Ménélas vient plaider sa cause à Antioche et fait assassiner Onias qui s'est réfugié dans la capitale. Cet assassinat marque profondément Antiochos qui considère l'ancien grand-prêtre comme un saint homme.

Persécution des Juifs

vignette| priant une idole anthropomorphe et cornue dans le temple de Jérusalem (Amiens, 1300-1310).