Claude Joseph Rouget dit de Lisle, souvent appelé Rouget de Lisle, né le à Lons-le-Saunier et mort le à Choisy-le-RoiActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Choisy-le-Roi, n° 47, vue 39/106., est un officier du génie et un écrivain français, célèbre en tant qu'auteur de La Marseillaise, à l'origine Chant de guerre de l'armée du Rhin, devenu l'hymne national français en 1879, après une brève période (1795-1804) sous le Directoire et le Consulat.
Ses autres œuvres, notamment des hymnes tels que l'Hymne Dithyrambique sur la conjuration de Robespierre et la Révolution du 9 Thermidor (1794) et Vive le Roi ! (1814), sont restées peu connues.
Biographie Origines familiales et formation vignette|gauche|Plaque commémorative de la naissance de Rouget de Lisle. Il naît le , dans l'appartement familial situé au de la rue du Commerce à Lons-le-Saunier.
Claude Joseph est l'aînéGénéalogie de la famille Rouget. des huit enfants de Claude Ignace Rouget (1735-1792Né le 5 avril 1735 à Petit-Noir (Jura) et mort le 6 août 1792 à Orgelet (Jura).) et de Jeanne Madeleine de Gaillande (1734-1811Née le 2 juillet 1734 à Lons-le-Saunier, où elle est morte le 20 mars 1811.). Claude Ignace Rouget est avocat au bailliage de Lons-le-Saunier.
Étant petit, Claude Joseph Rouget est déjà un passionné de musique. Il joue du violon à ses heures perdues..
Avec son frère Claude Pierre, Claude Joseph passe sa jeunesse à Montaigu et . Après ses études, il va suivre une formation militaire à Paris..
Débuts comme officier du génie (jusqu'en 1791) Alors que seuls les nobles peuvent devenir officiers d'infanterie ou de cavalerie sans passer par le rang, les roturiers ont le droit de se présenter au concours de l'École royale du génie, située à Mézières, cette spécialité étant peu prisée par la noblesse. C'est à ce moment-là qu'il prit la désinence "de Lisle", appartenant à son grand-père.
Claude Joseph Rouget y est admis, comme l'a précédemment été Lazare Carnot (né en 1753). Il en sort officier et est successivement affecté à différentes garnisons, dont Mont-Dauphin dans les Alpes, où il exerce ses talents de Don JuanAndré Golaz, Odette Golaz, A. Guillaume (préfacier), Notice historique et descriptive sur Mont-Dauphin (Hautes-Alpes), Société d'études des Hautes-Alpes, Gap, 1981 (, 1966), , p. 63..
En commence la Révolution française : la France devient une monarchie constitutionnelle et l'Assemblée nationale constituante abolit toutes les distinctions de l'Ancien Régime entre nobles et roturiers (nuit du 4 août et Déclaration des droits de l'homme et du citoyen).
En garnison à Strasbourg ( mai 1791) Le , il est affecté à Strasbourg, où il fait la connaissance du maire, Philippe-Frédéric de Dietrich, dans une loge maçonnique. Strasbourg est le siège du quartier général de l'armée du Rhin, instituée en 1791 et commandée par le maréchal Luckner, officier originaire de l'électorat de Bavière dans le Saint-Empire.
À la demande de celui-ci, il compose chants patriotiques, dont un Hymne à la Liberté pour la fête de la Constitution prévue pour le . L'Assemblée constituante vient en effet de terminer son travail et la première constitution française a été acceptée et promulguée le par le roi Louis XVI, désormais « roi des Français ». Cet Hymne, dont la musique est inspirée d'Ignace Joseph Pleyel, est chanté par la foule sur la place d'Armes de Strasbourg.
Le , l'Assemblée nationale législative vote, à l'invitation formelle du Roi mais sur les instances des députés, la déclaration de guerre de la France au roi de Bohême et de Hongrie, c'est-à-dire au chef de la maison d'Autriche, l'empereur François II, neveu de la Reine Marie-Antoinette.
Il est à cette époque l'auteur de Bayard dans Bresse, comédie en quatre actes, mêlée d’ariettes, livret de Claude-Joseph Rouget de Lisle, musique de Stanislas Champein, créée sur le Théâtre Italien le Gallica: "Bayard dans Bresse, comédie en quatre actes".zoom.
La Marseillaise (25 avril 1792) vignette|Portrait de Rouget de Lisle (1792). Cinq jours après cette entrée en guerre, le , au cours d'une réception avec des officiers de la garnison, dont le maréchal Luckner, le maire de Strasbourg sollicite le capitaine Rouget de Lisle pour composer un chant de guerre. Celui-ci s'exécute dans la nuit qui suit et présente dès le lendemain Le Chant de guerre pour l'armée du Rhin, dédié au maréchal Luckner. C'est le Maire qui après avoir déchiffré la partition est le premier à le chanter en public, dans son salon.
Le , Louise de Dietrich, épouse du maire, écrit à son frère Pierre Ochs :
En réalité, il semble que la musique de La Marseillaise soit dérivée d'un air de l'oratorio Esther de Jean-Baptiste-Lucien Grisons du maître de chapelle et chanoine de la cathédrale de Saint-Omer. La musique de cette partition à caractère religieux a été composée en 1784 ou 1787.. La pratique était en effet courante à l'époque de réemployer un air existant en y adaptant des paroles nouvelles (parodie musicale)En 1989, l'historien Hervé Luxardo a fait l'hypothèse inverse : Grisons aurait repris la musique du chant de guerre et l'aurait ajoutée à son oratorio. Il est par ailleurs douteux qu'un musicien ait pu, dans cette période tourmentée, faire entendre une partition religieuse importante, alors que les chapitres ecclésiastiques de France avaient été totalement dispersés dès 1790 ou, pour certains, fortement réduits. Rien ne vient donc étayer l'hypothèse de Luxardo.
Au mois de , menacée par l'invasion des Autrichiens, soutenus par la Prusse, l'Assemblée déclare la et fait appel aux volontaires pour soutenir les troupes de ligne. Beaucoup de ces volontaires sont amenés à passer par Paris.
Le Chant de guerre de l'armée du Rhin, chanté à Montpellier le à l'occasion d'une cérémonie, est amené le à Marseille par François Mireur, officier des volontaires de l'Hérault. Le chant va être amené à Paris à la fin du mois de par les bataillons de volontaires des Bouches-du-Rhône, devenant la Marche des Marseillais, puis La Marseillaise.
Carrière militaire pendant la guerre de la première coalition (1792-1796) Le , Rouget de Lisle quitte Strasbourg pour diriger la forteresse de Huningue.
À la suite de la journée du 10 août 1792 (renversement de Louis XVI, qui est suspendu, puis incarcéré le ), Rouget de Lisle est destitué de ses fonctions pour avoir protesté, comme l'ensemble de la garnison et comme la municipalité de Strasbourg contre la violation de la Constitution de 1791, dans laquelle le Roi était déclaré inviolable.
Rapidement réhabilité, il est affecté à l'armée du Nord, toujours comme capitaine du génie et devient aide de camp du général Valence à l'armée des Ardennes, où il se lie d'amitié avec le général Le Veneur et l'adjudant général HocheMarc Ronvaux, Namur 1792, le siège méconnu..
Il s'illustre en tant qu'ingénieur lors du siège de Namur, dont la citadelle est prise aux AutrichiensFrançois II est aussi à la tête des Pays-Bas autrichiens, l'actuelle Belgique (en gros). le . Il ajoute alors à la Marseillaise deux couplets intitulés « couplets aux Belges », qui sont imprimés à NamurBibliothèque nationale, Principaux enrichissements au cours de l'année 1976. XVIIIe siècle..Chronique. In: Revue du Nord, tome 7, n°25, février 1921. pp. 75-85. (lire en ligne)..
Resté monarchiste constitutionnel, il n'est pas d'accord avec l'avènement de la République, proclamée le par la Convention, et encore moins avec le procès de Louis XVI, qui aboutit à son exécution (). Lorsque les montagnards arrivent au pouvoir (), Rouget de Lisle fait partie des « suspects » et est emprisonné sous la Terreur, mais il échappe à la guillotine, à la différence du maire de Strasbourg Dietrich.
En 1795, après la chute de Robespierre (/9 Thermidor an II), il est envoyé à l'armée des côtes de Brest sous les ordres du général Hoche. Il affronte les Chouans et l'armée des émigrés lors de l'expédition de Quiberon (juin-juillet).
Le , il participe à la défense de la Convention (aux côtés de Bonaparte) le 13 vendémiaire..
Il démissionne en 1796 et rentre à Lons-le-Saunier.
Lons-le-Saunier, du Directoire à la Restauration (1796-1836)
vignette|Portrait de Rouget de Lisle (1835).
Il n'arrive pas à percer dans la carrière littéraire et doit se contenter de travaux alimentaires (préfaces, traductions d'ouvrages anglais, mémoires).
Durant la période napoléonienne, il dirige une entreprise de fournitures de vivres aux armées.
Il se montre tout à fait hostile à l'instauration de l'empire en 1804 ; il ose même écrire à Napoléon :
Sous la Restauration, il écrit un hymne royaliste, baptisé Vive le Roi !, qui ne réussit pas à plaire à Louis XVIII..
En 1825 il publie plusieurs hymnes, Chants français.
En 1830 Hector Berlioz livre à la postérité une nouvelle orchestration du Chant du 9 Thermidor (H51bis) et de La Marseillaise (H51A).
Sa situation devient précaire : il est contraint de vendre l'héritage de son père. On connaît une lettre. que Pierre-Jean de Béranger lui adresse le à la prison de Sainte-Pélagie, où il est emprisonné pour dettes.
En 1830, Louis-Philippe lui accorde une pension viagère de 1500 francs, puis une pension supplémentaire de en 1832. Louis-Philippe d'Orléans, fils de Philippe-Égalité, qui rétablit le drapeau tricolore rejeté en 1814 par les Bourbons, n'a en effet aucune animosité contre l'auteur de La Marseillaise.
Mort et funérailles Il meurt à Choisy-le-Roi, au domicile d'Élise Voïart, qui l'a recueilli et soigné avec dévouementGindre de Mancy, « Madame Élise Voïart », Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1868, p. 307-334., le à l'âge de 76 ans.
Il est inhumé d'abord à Thiais, dans la propriété de son ami Ange François Blein.
Ses cendres ont été solennellement transférées aux Invalides le Photos de la cérémonie du transfert des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 9., mais sa tombe au cimetière de Choisy-le-Roi a été conservée.
thumb|285px|Cénotaphe de Rouget de Lisle au cimetière de Choisy-le-Roi.
Documents Les papiers personnels de Claude-Joseph Rouget de Lisle sont conservés aux Archives nationales sous la cote 75APArchives nationales..
La Marseillaise
Le « Chant de guerre pour l'armée du Rhin » a été composé dans la nuit du à Strasbourg, à la suite de la déclaration de guerre à l'empereur d'Autriche. Il est dédié au maréchal Lukner. Philippe-Jacques DannbachFédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace : Dannbach Philippe Jacques (1747-1812), imprimeur de la municipalité, publie en mai le texte et la mélodie. Un journal les reproduit et ils parviennent à Marseille. Enthousiastes les volontaires marseillais l'adoptèrent et le chantèrent en entrant dans Paris, le . Le chant devient alors l’Hymne des Marseillais, puis La Marseillaise. Interdit pendant la Restauration, il est adopté comme hymne national de la République française le BnF : Rouget de Lisle chantant La Marseillaise.
Les paroles de La Marseillaise sont marquées par les slogans patriotiques, et le style du temps, qu'on retrouve dans les affiches de conscription, ou autres chants : Aux armes, citoyens !, l'étendard sanglant est levé… Marchons… Il faut combattre, vaincre ou mourir… ou des images littéraires, comme chez Nicolas Boileau : …Et leurs corps pourris, dans nos plaines, n'ont fait qu'engraisser nos sillons (ode sur un bruit qui courut, en 1656, que Cromwell et les Anglais allaient faire la guerre à la France), comme d'autres chansons, alliant l'idée de patrie à celle de terre nourricière, de défense des plus faibles devant l'envahisseur (l'Europe coalisée contre la France), stigmatisant .
Signatures de Rouget de Lisle Forme retenue dans les catalogues des bibliothèques : Rouget de Lisle, Claude Joseph Formes rejetées : Lisle, Claude-Joseph Rouget de Rouget Delisle, Joseph Delisle, Joseph Rouget Rouget de L'Isle, Claude-Joseph L'Isle, Claude-Joseph Rouget de R.D.L.
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