Le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam, prononcé ) est un établissement d'enseignement supérieur et de recherche français. Il a le statut de grand établissement et est placé sous la tutelle du ministère chargé de l'Enseignement supérieur. Il est dirigé par un administrateur général, nommé par le président de la République pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois..

Fondé par l'abbé Henri Grégoire à Paris le pour , il est avec l'École polytechnique et l'École normale supérieure l'une des trois créations de la Révolution française ayant pour but de promouvoir les sciences et les techniques École de l'.. Héritier de l'esprit des Lumières et des encyclopédistes, le Cnam a, dès son origine, une vocation multidisciplinaireJacqueline Hecht, « Un exemple de multidisciplinarité : Alexandre Vandermonde (1735-1796) » In Population, n° 4, 1971. pp. 641-676. ..

Grand établissement d'enseignement supérieur et de recherche, membre de la Conférence des grandes écoles, le Conservatoire national des arts et métiers est l'une des 204 écoles d'ingénieurs françaises accréditées au à délivrer un diplôme d'ingénieur.

Les formations du Cnam sont destinées :

aux cadres en activité dans l'industrie, dans les entreprises et dans les services publics qui souhaitent approfondir leurs connaissances, s'initier à de nouvelles disciplines, préparer un diplôme de bac à bac+8. ; aux jeunes étudiants en apprentissage, à tout niveau du BAC+1 au BAC+5 ; aux étudiants dans des formations internationales en anglais, en licence et master.

Le Cnam abrite en son sein une école d’ingénieurs, créée en 1922., et des instituts délivrant des diplômes autorisant l'exercice de professions réglementées.

Le Cnam forme chaque année environ , souvent des actifs, appelés aussi auditeurs, ainsi que de plus en plus d'apprentis.

Le siège du Conservatoire national des arts et métiers est situé à Paris aux 270, 278 et 292, rue Saint-Martin (Paris). Cet ensemble de bâtiments historiques correspond à l'ancien prieuré Saint-Martin-des-Champs. Il abrite le musée des Arts et Métiers autour duquel s'est construite toute l'histoire de l’établissement..

Le Cnam pilote un réseau régional de plus de en France métropolitaine et en outre-mer, ainsi que plusieurs centres à l'international accueillant près de (soit 10 % du total), principalement au Liban (), au Maghreb et en Afrique francophone (), mais aussi en Asie et en Amérique. L'établissement possède au moins un campus dans chacune des régions françaises.

Histoire thumb|Serment du Jeu de Paume (1789) par David : l'abbé Grégoire, fondateur du conservatoire national des arts et métiers, est représenté au centre.

Fondation par l'abbé Grégoire en 1794 Le Conservatoire national des arts et métiers est créé au début de la Convention thermidorienne, quelques semaines après l’exécution de Robespierre. L’acte de naissance de la nouvelle institution – un décret de la Convention nationale du – résulte d’un rapport très étayé, en date du , établi par Henri Baptiste Grégoire (Vého, -Paris, )..

Henri Grégoire s’attache particulièrement à la sauvegarde du patrimoine national et à la diffusion de la culture. Il se donne notamment pour but d’engager la Nation dans la voie du progrès, défend le principe d’une souveraineté économique et propose en ce sens l’établissement d’un Conservatoire .

L'abbé Grégoire envisage de rassembler en un même lieu machines, outils, instruments et dessins avec l'idée de :

À l’origine, conformément aux décrets des et , des démonstrateurs composent statutairement un triumvirat de direction.. Ces trois figures sont : le mathématicien et musicologue Alexandre Théophile Vandermonde ; le physicien Jean Baptiste Le Roy (tous deux membres de l’ex-Académie des sciences) ; Nicolas Jacques Conté, chimiste et aérostier. Un dessinateur est également désigné : François Beuvelot ; puis un certain Gruvel, en qualité de bibliothécaire. Il s’agit de recevoir des curieux, des artisans, des inventeurs de Paris, de province ou des pays étrangers ; de leur expliquer le fonctionnement des machines sous la forme de démonstrations, exercice qui se pratiquait déjà dans les grands cabinets de physique du siècle des Lumières, tel celui de l’abbé Jean Antoine Nollet, mais d’une manière encore confidentielle et pour un public privilégié.

Les premières collections du Conservatoire ne sont pas immédiatement fixées en un lieu. Les modèles, notamment les machines et outils conçus par le mécanicien Jacques Vaucanson (1709-1782) et légués par ce dernier au roi , sont déposés à Hôtel de Mortagne sous la responsabilité de Vandermonde.. Au Louvre sont entreposées provisoirement les collections scientifiques de l’ex-Académie des sciences. Plusieurs dépôts parisiens renferment les nombreux objets techniques saisis chez des aristocrates pendant la Révolution. Enfin, dans divers « dépôts littéraires » s’accumulent les ouvrages à caractère scientifique et technique qui constitueront les premiers fonds de la bibliothèque de l’établissement.

Le , sur les instances de Grégoire, le Conseil des Cinq-Cents affecte une partie des bâtiments de Saint-Martin-des-Champs à l’établissement du Conservatoire.

Une institution nationale qui s'enracine sous le Consulat, l'Empire et la Restauration À la mort de Vandermonde, un président de l'institution est élu le . Il s'agit de Jean Baptiste Le Roy. Claude Pierre Molard, nommé secrétaire, y joue dès le début du Consulat un rôle capital, assurant notamment une veille technologique essentielle pour maintenir le Conservatoire dans l’élan de sa vocation primitive. Le , moins d’un mois avant son remplacement par Jean Antoine Chaptal, un arrêté confère à Molard le titre d’« administrateur du Conservatoire des arts et métiers »..

Une . Dans le même temps est instauré un premier , placé sous la conduite du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, pair de France et inspecteur général des écoles d’arts et métiers et du Conservatoire.

Ce conseil se compose de huit personnalités :

Jacques Alexandre César Charles, membre de l’Institut ; Antoine Marie Héron de Villefosse, membre de l’Institut ; Guillaume Louis Ternaux, dit Ternaux aîné, manufacturier ; Jean Bernard Tarbé de Vaux-Clairs, maître des Requêtes et inspecteur général des Ponts et Chaussées ; Louis Jacques Thénard, membre de l’Institut ; Gérard Joseph Christian, second directeur du Conservatoire ; François Emmanuel Molard, frère de Claude Pierre Molard, qui a, quelques mois durant, assuré l’intérim de la direction, en raison d’une maladie de son frère aîné, mais qui se contente, depuis la nomination de Christian, de la fonction de « sous-directeur »; Jean Pierre Joseph d’Arcet, qui n’assiste pas à la première séance de ce conseil.

Création des trois premières chaires du Cnam Le , sous l'impulsion du comte Decazes, nouvellement nommé ministre de l’Intérieur, un haut enseignement constitué de trois chaires est créé aux Arts et Métiers : la Mécanique appliquée aux Arts, confiée à Charles Dupin ; la Chimie appliquée aux Arts, confiée à Nicolas Clément Desormes ; l’Économie industrielle, attribuée à Jean Baptiste Say. Il faut entendre ici par « haut enseignement » une manière de distinguer ces nouveaux projets didactiques, assortis d’un appareil théorique développé, de ceux qui les ont précédés au Conservatoire et qui relevaient plus d’une forme d’apprentissage : l’École de Dessin ou « Petite École », créée dès 1798-1799 sous la houlette de François Beuvelot, et l’École de Filature, née au début de l’Empire.

Avec la création des trois premières chaires, le gouvernement confie au Conservatoire la mission d’assurer un enseignement scientifique et technique de qualité, mais toujours dans une optique bien spécifique : la théorie doit être appliquée aux « arts », ce dernier mot désignant alors non pas les beaux-arts, mais bien les arts dits « mécaniques », c’est-à-dire, dans une acception élargie, toutes les techniques qui relèvent du secteur industriel et manufacturier, alors en pleine croissance.

Cet enseignement gratuit, s’adressant à des auditeurs, n’est pas encore diplômant. Il est destiné surtout aux ouvriers, artisans, « artistes » de tous horizons, souhaitant acquérir un savoir-faire recherché et bénéficier d’une promotion sociale. Contrairement à l’École polytechnique, autre grande école de l’, il n’est pas ici question, à cette époque, de former des ingénieurs, mais plutôt des chefs d’atelier, des inventeurs potentiels, des contremaîtres et des entrepreneurs aux connaissances solides.

Au cours du seront encore créées plusieurs chaires nouvelles, en 1829, 1836, 1839 et bien d’autres encore… Les figures essentielles de cet enseignement seront Claude Pouillet, Arthur Morin et Théodore Olivier, qui tous trois assureront la direction de l’établissement ; mais aussi Louis Wolowski, Anselme Payen, Louis Moll, Joseph Ébelmen, Michel Alcan, Edmond Becquerel, Émile Trélat, Henri Tresca, Jean Persoz, Jean Baptiste Boussingault, ou encore Lucien Magne.

Tandis que, dès la première moitié du , les collections parfois vieillissantes deviendront des plus que des instruments ou des machines de démonstration, le musée du Conservatoire – aujourd’hui musée des Arts et Métiers – prendra des orientations patrimoniales. Le Conservatoire développera parallèlement aux enseignements, dans la seconde moitié du , une vocation de recherche et d’expérimentation longtemps écartée de ses missions. La création du Laboratoire national d'essais, en 1901, ou de l’Institut aérotechnique de Saint-Cyr, en 1909, seront quelques-unes des multiples manifestations de cet élargissement des champs de compétence du Conservatoire.

Missions thumb|Médaille du Conservatoire national des arts et métiers, Monnaie de Paris.

Le Conservatoire national des arts et métiers est un établissement public de l'État à caractère scientifique, culturel et professionnel, doté, comme le Collège de France, du statut de « grand établissement ». Placé sous la tutelle du ministère chargé de l'Enseignement supérieur, il remplit trois missions : la formation tout au long de la vie ; la recherche technologique et l'innovation ; la diffusion de la culture scientifique et technique.

Deux membres de l'Institut de France siègent de façon permanente au conseil d'administration du Conservatoire national des arts et métiers.

La devise du Cnam est qui signifie « il enseigne à tous et partout » en latin. Il est implanté dans plus de en France et à l'étranger.

Organisation : les seize équipes pédagogiques nationales Le , le Conseil d'administration a approuvé la modification du règlement intérieur, créant seize équipes pédagogiques nationales (EPN) en lieu et place des écoles Sciences industrielles et technologies de l’information (Siti) et Management et société (MS) : EPN 1 - Bâtiment et énergie ; EPN 2 - École supérieure des géomètres et topographes (ESGT) ; EPN 3 - Électronique, Électrotechnique, Automatique, Mesures ; EPN 4 - Ingénierie mécanique et matériaux ; EPN 5 - Informatique ; EPN 6 - Mathématiques et statistique ; EPN 7 - Industries, chimie, pharma et agroalimentaire ; EPN 8 - Intechmer ; EPN 9 - Économie, finance, assurance, banque (Efab) ; EPN10 - Comptabilité, contrôle, audit (CCA) ; EPN 11 - Territoires ; EPN 12 - Santé, solidarités ; EPN 13 - Travail ; EPN 14 - Droit et immobilier ; EPN 15 - Stratégies ; EPN 16 - Innovation.

Le Cnam est membre fondateur en 2010 du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur Hésam, avec six autres établissements : Arts et métiers ParisTech, l’École française d’Extrême-Orient, l’École des hautes études en sciences sociales, l’École pratique des hautes études, l'ESCP Europe et l'.