Lallemand (en allemand : , ) est l'une des langues indo-européennes appartenant à la branche des langues germaniques, parlée notamment en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Liechtenstein, au Luxembourg, en Belgique et dans certaines régions limitrophes des pays voisins. Du fait de ses nombreux dialectes, l'allemand constitue dans une certaine mesure une langue-toit (). Aujourd'hui l’allemand a trois versions standard : standard allemand, standard autrichien et standard suisseClyne. Michael. Die Deutsche Sprache in der EU. Cambridge University Press..

Son histoire, en tant que langue distincte des autres langues germaniques occidentales, débute au haut Moyen Âge, lors de la seconde mutation consonantique.

Au , ses locuteurs, appelés germanophones, se répartissent principalement, avec près de de locuteurs, en Europe centrale, ce qui fait de leur langue la plus parlée au sein de l'Europe en tant que langue maternelle.

Répartition géographique

En Europe : l'allemand est la langue officielle en Allemagne, en Autriche, et au Liechtenstein, l'une des langues officielles en Suisse, au Luxembourg, en Belgique, et dans la région italienne autonome du Tyrol du Sud (Trentin-Haut-Adige) où il est majoritaire ; il est également parlé, sans toutefois avoir le statut de langue officielle et comprenant des différences linguistiques régionales, au Danemark, en France (Alsace (alémanique) et Moselle germanophone (francique)Autrefois nommée Lorraine allemande.), en Tchéquie (Allemands de Tchéquie), en Slovaquie (Allemands des Carpates), en Pologne, en Roumanie où l'on trouve plusieurs populations, Saxons de Transylvanie, Allemands de Bucovine et Allemands du Banat. En Afrique : Namibie, Tanzanie.. En Amérique : Amérique du Nord : il s'agit souvent de parlers issus du moyen ou bas allemand, présentant des traits archaïsants, tel le dialecte dit « pennsylvanien » parlé par la communauté amish. L'allemand n'est langue officielle d'aucun État fédéré des États-Unis malgré une assertion récurrente fondée sur une confusion historique Bastian Sick, , Spiegel Online, 2004. ( ). ; Amérique du Sud (Paraguay, Chili, Argentine, Brésil, Venezuela).

Langues dérivées Le yiddish est une langue dérivée du moyen-haut-allemand médiéval, dans lequel ont été introduits des mots d'origine slave ou hébraïque. Le suisse allemand : les Suisses parlent de multiples dialectes germaniques, parfois assez différents entre eux. En revanche, les documents officiels, la presse, l'édition et l'enseignement utilisent principalement l'allemand standard suisse (comme c'est le cas pour le français et l'italien dans ce pays).

Histoire Première mutation consonantique

Avec la première mutation consonantique (erste germanische Lautverschiebung) aux environs du , naissait le germanique commun à partir d'un dialecte indo-européen. Cette transformation explique des différences entre les langues germaniques (plus l'arménien) et les autres langues indo-européennes. On peut, pour simplifier, présenter les faits ainsi : k → h : cor en latin — Herz en allemand, en anglais, hart en néerlandais. ; p → f : pater en latin — Vater en allemand, en anglais, vader en néerlandais; t → th : tres en latin — drei en allemand, en anglais, drie en néerlandais; d → t : decem en latin — zehn en allemand, ten en anglais, tien en néerlandais ; g → k : gula en latin — Kehle en allemand, keel en néerlandais ; bh → b : bhrātā en sanskrit (frater en latin) — Bruder en allemand, brother en anglais, broer (ou broeder) en néerlandais ; dh → d : adham en sanskrit — Tat en allemand, deed en anglais, daad en néerlandais ; gh → g : *ghostis en indo-européen (hostis en latin) — Gast en allemand et en néerlandais, guest en anglais.

Seconde mutation consonantique

On commence à parler de langue allemande (ou, en linguistique « haut allemand ») lorsque les dialectes parlés dans le sud-ouest de l'Allemagne subirent la seconde mutation consonantique (zweite germanische Lautverschiebung ou hochdeutsche Lautverschiebung, que l'on situe autour du ), période au cours de laquelle la langue commença à se différencier des dialectes du nord (Niederdeutsch, bas allemand).

Cette modification phonétique explique un certain nombre de différences entre l'allemand actuel et, par exemple, le néerlandais ou l'anglaisVoir aussi Fausto Cercignani, The Consonants of German: Synchrony and Diachrony, Milano, Cisalpino, 1979. : k → ch : ik — ich (je) ; ook — auch (aussi) ; make/maken — machen (faire) ; d → t : day/dag — Tag (jour) ; bed/bed — Bett (lit); do/doen — tun (faire) t → s : what/wat — was (quoi) ; street/straat — Straße (rue) ; eat/eten — essen (manger) ; t → (t)z : sit/zitten — sitzen (être assis) ; two/twee — zwei p → f : sleep/slapen — schlafen (dormir) ; ship/schip — Schiff (bateau) ; help/helpen — helfen (aider, secourir) ; p → pf en début de mot : pepper/peper — Pfeffer (poivre) ; paard — Pferd (cheval) ; v, w, f → b : love/liefde — Liebe (amour) ; avond/evening — Abend (soir)

pour résumer, *k / *p / *t ➜ ch / pf (ou f) / ts (ou s)

Les dialectes du nord n'ont pas ou ont peu subi cette seconde mutation phonétique; ils sont qualifiés de bas allemand. Cette appellation est jugée abusive par certains linguistes, notamment néerlandais (qui ne sont pas « allemands », du moins depuis les traités de Westphalie). Le terme « allemand » est ici un terme linguistique, un peu comme « roman », « slave » ou « scandinave ».

Moyen Âge

Entre le et le eut lieu une diphtongaison dans les parlers du Sud-Ouest concernant l'articulation en deux phonèmes de ei, eu et au. Cela explique à nouveau certaines différences entre l'allemand standard et, par exemple, le néerlandais (les lettres dans les parenthèses expliquent la prononciation en utilisant la langue française): û (ou), → au (aou): hūs — Haus (maison) ; mūs — Maus (souris) î (î) → ei (aille) : wīse — Weise (manière) ; zīt — Zeit (temps) iu (û) → eu (≈oï): liute — Leute (des gens) ; hiute — heute (aujourd'hui).

Contrairement aux États voisins, les contrées germaniques sont restées morcelées (Kleinstaaterei) au cours de l'ensemble du Moyen Âge, ce qui contribua au développement de dialectes très différents et parfois mutuellement inintelligibles. Un premier pas vers une langue interrégionale correspond au Mittelhochdeutsch poétique des poètes de cour vers le , bien que l'influence sur la langue vulgaire fût quasiment nulle, en raison de la faible alphabétisation. Aussi les régions germaniques restèrent-elles longtemps coupées en deux régions linguistiques: Au nord, et en particulier du temps de la Hanse, le bas allemand servait de langue véhiculaire de la mer du Nord à la mer Baltique. Au sud se développait petit à petit, essentiellement à l'écrit et depuis le , une « langue de compromis » entre les différents dialectes du haut allemand qui devint l'allemand standard (Standarddeutsch). Ce processus est assez différent de celui des États voisins qui adoptèrent la langue de leur capitale.

Influence de la Réforme La période de « l'allemand moderne » Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, sous la dir. d'Alain Rey, Encadré « La langue allemande » par M.-J. Brochard, tome I, 2000, .. vignette|gauche|Bible en allemand de Luther. Martin Luther traduisit la Bible en « allemand » à l'adresse de « tous les hommes », alle mannen (étymologie germano-latine du mot « allemand ». Comme (Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, entrée : « allemand, ande », ).), c'est-à-dire à l'adresse des « Allemands », afin qu'une plus large part du peuple des chrétiens ait accès aux textes religieux. L'allemand moderne est de ce fait initialement une langue écrite, le Schriftdeutsch (« allemand écrit ») : ce sera « la langue de Goethe » — selon l'expression consacrée, dans laquelle écriront en particulier les poètes (Dichter), écrivains et philosophes du « temps de Goethe » (ainsi qu'on désigne habituellement la large période littéraire du romantisme allemand qui s'étend de la fin du au ). En Autriche, le standard du Gemeindeutsch a été abandonné pour le standard de Luther au cours des années 1770Dollinger, Stefan 2021. Österreichisches Deutsch oder Deutsch in Österreich? Vienne: new academic press . https://www.nid-library.com/Home/ViewBook/512/169/view.

Luther traduisit le Nouveau Testament en 1521 et l'Ancien Testament en 1534.. Bien qu'il ne fût pas pionnier dans l'établissement d'une langue interrégionale — en élaboration depuis le — ni ne fut le premier à traduire des extraits de la Bible vers une langue vernaculaire germanique. Il n'en reste pas moins qu'avec la Réforme protestante, il contribua à implanter l'allemand standard dans les administrations et les écoles, y compris dans le nord de l'Allemagne, qui finit par l'adopter. En 1578, Johannes Clajus se fonda sur la traduction de Luther pour rédiger une grammaire allemandeL'ouvrage est intitulé : ..

Jusqu'au début du , le Hochdeutsch resta une langue souvent écrite, que beaucoup d'Allemands, en particulier dans le sud, apprenaient à l'école un peu comme « une langue étrangère », à côté des dialectes demeurés vivaces jusqu'à aujourd'hui (notamment en Suisse alémanique).

Au milieu du , concernant la diction, les Allemands conviennent que c'est à Dresde et surtout à Leipzig que l’on parle le mieux allemand. À l'inverse, la Westphalie et la Basse-Saxe sont les deux régions dans lesquelles on parle Jean-Joseph Expilly, La topographie de l'univers, , Paris, Bauche, 1757..

L'allemand en Europe centrale

Avec la domination de l'Empire austro-hongrois en Europe centrale, l'allemand y devint la langue véhiculaire. En particulier, jusqu'au milieu du , les marchands et, plus généralement, les citadins y parlaient l'allemand, indépendamment de leur nationalité : Prague, Budapest, Presbourg, Agram et Laibach constituaient des îlots germanophones au milieu des campagnes qui avaient conservé leur langue vernaculaire.

Normalisation de l'orthographe et de la grammaire

Johann Christoph Adelung publia en 1781 le premier dictionnaire allemand exhaustif, initiative suivie par Jacob et Wilhelm Grimm en 1852. Le dictionnaire des frères Grimm, publié en seize tomes entre 1852 et 1860, reste le guide le plus complet du vocabulaire allemand. La normalisation progressive de l'orthographe fut achevée grâce au Dictionnaire orthographique de la langue allemande de Konrad Duden en 1880, qui fut, à des modifications mineures près, déclaré comme référence officielle dans la réforme de l'orthographe de 1901.

Langue internationale de la communauté scientifique

L'allemand a acquis au le statut de langue internationale dans le domaine scientifique.. La majorité des revues scientifiques étant de langue allemande, des scientifiques de renom publiant leurs recherches dans cette langue (par exemple : la classification périodique des éléments par le chimiste russe Mendeleïev) et les scientifiques allemands renommés pouvant donner des conférences en allemand à l'étranger (par exemple : Max Planck à l'université Columbia en 1909). L'allemand a aussi été langue d'enseignement universitaire à l'étranger, notamment en médecine à Shanghaï en 1907, ou vu comme une langue dont la maîtrise était indispensable à la pratique professionnelle, comme dans les cursus médicaux au Japon à la même période.

Ce statut de langue internationale est mis à mal à l'issue de la Première Guerre mondiale et disparaît définitivement à l'issue de la Seconde.

Position au sein de l'Union européenne

Classification

Alors que l'anglais constitue avec le frison le groupe anglo-frison, l'allemand constitue en compagnie du néerlandais le groupe germano-néerlandais des langues germaniques occidentales. Les autres branches sont la branche nord (dite scandinave) avec le suédois, le danois, le norvégien et l'islandais, et la branche est, éteinte aujourd'hui.