Le parc national de Miguasha est un parc de protection d'un site fossilifère du Québec au Canada.
Le premier fossile a été découvert en 1842. Depuis 1880, des milliers de spécimens ont été récoltés dans la falaise de Miguasha..
Le parc, créé en 1985, est géré par la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ). Il a été reconnu, en 1999, site naturel du Patrimoine mondial de l'UNESCO.
Toponymie thumb|140px|left|Blason de Miguasha. Le nom du parc national provient de la pointe de Miguasha qui est située à l'ouest du parc. Le nom provient du micmac , qui signifie « terre rouge » sans doute en référence à la couleur des falaises.. La pointe fut mentionnée la première fois en 1724 sous le nom de « Pointe de Coucha » et « Pointe Plate ». À la suite de la bataille de la Ristigouche qui s'était tenue tout près, la pointe fut renommée « Morne de Barrington » ou « ». Le nom de la pointe apparaît aussi sous le nom de « » en 1831, « » en 1847, « » en 1861 et finalement « Pointe Megouacha » en 1905.
Géographie Le parc de Miguasha est le plus petit parc national du Québec avec une superficie de .. Il comprend la falaise de Miguasha ainsi qu'un musée d'histoire naturelle. Le parc est situé dans les municipalités de Nouvelle et d'Escuminac, toutes deux situées dans la municipalité régionale de comté d'Avignon et la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Le parc partage ses limites avec deux habitats fauniques, soit l'aire de concentration d'oiseaux aquatiques de la Pointe à Fleurant 191204 () au sud et l'aire de concentration d'oiseaux aquatiques d'Escuminac-Flats 19-12-05 () au sud-est.. Une zone périphérique de située en territoire privé interdit la prospection minière et les activités d'excavation..
Histoire Découverte et premières expéditions À la recherche de charbon, Abraham Gesner, le médecin et géologue inventeur du kérosène, découvre les fossiles en 1842, alors qu'il travaille comme premier géologue provincial du Nouveau Brunswick. Sans potentiel d'extraction de charbon, Miguasha est délaissé.
Ce n'est que 37 ans plus tard que la Commission géologique du Canada s'y intéresse : entre 1879 et 1881, plusieurs expéditions à Miguasha permettent d'ajouter des spécimens à sa collection. L'équipe comprend le géologue Robert Wheelock Ells., le paléontologue Arthur Foord et Thomas Weston, premier adjoint du musée de la Commission.
William Dawson, de McGill, et Joseph Whiteaves, paléontologue de la Commission étudient les spécimens de fossiles recueillis. En 1881, Whiteaves nomme Eusthenopteron foordi en l'honneur de Foord.
Collectionneurs locaux Avant l'arrivée des premiers Européens au , la pointe de Miguasha servait de lieu de passage aux Micmacs, peuple nomade qui fréquentait la région. Les Britanniques s'y établirent en permanence après la Conquête de 1760, puis l'abolition du régime seigneurial en 1855 favorisa l'installation de nombreux Acadiens.
Les premiers scientifiques venus effectuer des prélèvements étaient accueillis par des familles locales, notamment la famille Plourde. Antoine Plourde, âgé de 19 ans lors de la découverte de 1879, guidait les scientifiques vers les endroits les plus riches en fossiles. Il a reçu un groupe de scientifiques lors du Congrès géologique international de 1913, exposant ses plus beaux spécimens sur des tables dressées sur la plage. La famille Landry offrait quant à elle chambre et pension aux scientifiques de passage. Joseph Landry a vendu en 1925 au de Stockholm un spécimen exceptionnel d'Eusthenopteron foordi, conservé en trois dimensions, pour la somme de 50 $. Ce spécimen a été étudié pendant 25 ans et a permis plusieurs découvertes sur l'anatomie de l'espèce.
Protection et mise en valeur En 1937, le père Léo-Georges Morin de l'Université de Montréal et l'abbé J.W. Laverdière de l'Université Laval visitent le site, intrigués par une affiche « » qui les mène chez la famille Plourde. Ils informent les autorités gouvernementales et René Bureau, technicien au ministère des Mines, est mandaté pour constituer la première collection québécoise de fossiles de Miguasha, assisté d'Euclide Plourde (fils d'Antoine) et de Joseph Landry.
En 1972, des terrains bordant la falaise sont achetés par le gouvernement. La gestion du site est confiée à l'Université du Québec à Rimouski en 1975-1976, puis reprise par le ministère en 1977. Marius Arsenault, alors en fin de maitrise en paléontologie, est nommé chef d'équipe et met en place un centre d'interprétation. Le premier musée ouvre ses portes en . En 1985, le site devient officiellement un parc de conservation. C'est en que le centre d'interprétation rénové ouvre ses portes, en présence du paléontologue suédois Érik Jarvik, spécialiste des fossiles du site, en particulier l'Eusthenopteron foordi.
L'inscription du parc sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO le est le fruit d'une étude comparative menée par les paléontologues Richard Cloutier, du Québec, et Hervé Lelièvre, de la France, qui ont comparé une quinzaine de sites fossilifères du Dévonien selon des critères établis par l'UICN et l'UNESCO. En 2007, la falaise fossilifère a été officiellement baptisée « falaise René-Bureau » en l'honneur du pionnier de la protection du site.
Géologie La formation du site est intimement liée à la formation des Appalaches qui sont dues à la fermeture de l'océan Iapetus. Durant le maximum de l'orogenèse acadienne, qui s'est produit entre 385 et 395 millions d'années, le continent Laurentia est entré en collision avec Baltica et le microcontinent Avalonia, formant une impressionnante chaîne de montagnes. L'érosion de ces montagnes fut à la source des sédiments de Miguasha..
thumb|Les formations Fleurant (en bas) et d'Escuminac (en haut) dans la falaise de Miguasha. Le parc comprend deux formations géologiques, soit les formations de Fleurant et d'Escuminac.. Ces deux formations sont toujours associées dans le groupe de Miguasha. Elles font surface à deux autres sites de la Gaspésie près de Nouvelle et de New Richmond. La formation inférieure, celle de Fleurant, est composée de conglomérats, cailloux, galets et roches enchâssées dans une matrice de sable., d'une épaisseur d'environ et elle n'a pas de fossile. Son âge est imprécis, mais est estimé à la fin du Dévonien moyen au début du Dévonien supérieur.
Formation d'Escuminac
La formation d'Escuminac est une formation d'une épaisseur d'environ composée de grès et de laminite.. L'âge de ces sédiments est estimé par l'étude des spores au milieu du Frasnien, il y a .. Les sédiments étaient à l'origine associés à ceux d'un lac comme pour les d'Écosse.. Cependant, des études plus poussées à partir des années 1980 mirent en doute cette hypothèse. La présence de fossiles de vers polychètes et du placoderme Plourdosteus sont plus associés aux milieux marins du Dévonien. On pense aujourd'hui que Miguasha correspondait à un estuaire marin d'un fleuve comparable à celui du Mississippi ou de l'Amazone.
Le grès correspond au moment où le courant était le plus puissant. La base de ses couches présente souvent des moulages de flûtes et des traces d'objets trainés correspondant à un courant turbulent. Quant aux couches de laminites, elle correspondent à des couches d'argiles qui se sont déposés dans un milieu beaucoup plus calme. Ces dernières sont généralement très fossilifères.
Valeur historique thumb|Entrée au musée de Miguasha, plaque de l'Unesco. Les fossiles sont les témoins d'une vie antérieure ancienne. Les espèces animales et végétales ont évolué. La terre a aussi bougé.
La falaise de Miguasha nous renseigne sur la période dévonienne, il y a 380 millions d'années. Là, « coulait un estuaire sous un climat équatorial et, au loin, se dressaient les cimes d'une jeune chaîne de montagnes (les Appalaches). En bordure de cet estuaire poussait une forêt d'arbres primitifs où vivaient scorpions et autres arthropodes terrestres. Au gré des courants et des marées, une faune diversifiée de poissons vivait dans les eaux tièdes de cet estuaire. Certains poissons étaient dotés d'épines rigides; d'autres étaient protégés par une carapace ossifiée. D'autres avaient des poumons et des nageoires paires lobées leur permettant de franchir de courtes distances hors de l'eau. L'acquisition de ces nageoires représente une des plus importantes étapes de l'évolution, soit celle de la transition entre les poissons et les tétrapodes ».
À ce jour, la « Formation d'Escuminac » a livré quelque 21 espèces de poissons, des invertébrés et une dizaine d'espèces de plantes fossiles qui vivaient dans un environnement estuarien, il y a 380 millions d'années. Les fossiles de poissons découverts sur ce site représentent 5 des 6 grands groupes de poissons qui vivaient au Dévonien, d'où la reconnaissance du site comme le plus représentatif, à l'échelle de la planète, de cette période connue comme étant l'Âge des poissons.. Le seul groupe absent est celui des Chondrichthyens, les poissons cartilagineux, une famille qui comprend entre autres les requins.
La notoriété du site de Miguasha repose également sur la variété, la quantité et la qualité de préservation des fossiles. En termes de quantité, un relevé effectué en 1998 a permis d'inventorier plus de fossiles provenant de la falaise gaspésienne. Un peu plus de la moitié des fossiles sont conservés dans la collection du parc, soit près de fossiles, alors que les 8000 restant sont répartis dans différentes collections de 33 musées, universités et centres de recherche de neuf pays. Au niveau de la qualité de conservation, les fossiles de Miguasha jouissent d'une grande réputation. Non seulement, y trouve-t-on des spécimens complets, des spécimens fossilisés en trois dimensions, mais également des parties molles fossilisées comme du cartilage, des excréments, des empreintes de branchies ou des traces de vaisseaux sanguins et de nerfs.
Patrimoine reconnu internationalement, le parc a fourni plus de spécimens faisant partie de collections distribuées dans le monde entier.
La faune Les agnathes Les agnathes sont des poissons sans mâchoires; ils constituent les plus anciens vertébrés apparus dans l'évolution des espèces. Quatre espèces sont présentes dans les sédiments de Miguasha : Endeiolepis aneri, Euphanerops longaevus, représentant les Anaspida Escuminaspis laticeps, et Levesquaspis patteni représentant les Osteostraci. Du point de vue évolutif, deux espèces appartenant au groupe des Osteostraci sont les derniers représentants de ce groupe.
Chez l'une de ces espèces, Escuminaspis laticeps, qui a été décrite en 2004, on retrouve le premier endosquelette d'une nageoire paire chez les vertébrés. Le patron consiste en une seule plaque faite de cartilage calcifié contredisant la théorie voulant que ce support endosquelettique consiste en plusieurs éléments appelés radiaux. Cette découverte est une étape importante dans la compréhension de l'évolution des nageoires qui vont, par la suite, évoluer pour donner finalement les membres des tétrapodes.
Quant aux deux formes « d'anaspides », leurs présences à Miguasha a de quoi étonner. À l'exception de quelques écailles trouvées dans le Dévonien inférieur, les deux espèces Euphanerops longaevus et Endeiolepis aneri sont les toutes dernières représentantes de ce groupe qui a connu son apogée au Silurien. Les deux espèces présentes dans la faune de Miguasha sont les dernières à avoir vécu. De nos jours, seules survivent chez les agnathes, les lamproies et les myxines.
Les placodermes Les placodermes sont des poissons à plaques osseuses (qui couvre le devant de leur corps un peu comme une carapace) qui ont dominé les eaux dévoniennes; ils ont presque complètement disparu à la fin de la période. Les deux espèces de Miguasha sont le Bothriolepis canadensis, un antiarche et Plourdosteus canadensis, un arthrodire.