Kinderdijk (prononcé ) est un village néerlandais, rattaché à la commune de Molenlanden, au sein de la région naturelle de l'Alblasserwaard. Situé à environ à l'est de Rotterdam, le village se trouve dans un polder, au confluent de deux rivières, la Lek et la Noord. Au , la population du village s'élevait à ..

Dans cette région à hauts risques d'inondation, un système de digues de drainage des eaux est construit au et complété vers 1740 par l'édification de nombreux moulins à vent typiques de cette province de Hollande-Méridionale. Le groupe actuel, qui comprend dix-neuf moulins à vent, est à la fois le plus important et le mieux conservé des Pays-Bas.

Ces moulins à vent de Kinderdijk représentent un témoignage historique de l'ingénierie hydraulique du et le site bénéficie d'un classement au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO, depuis 1997. Kinderdijk est l'un des sites touristiques les plus connus et fréquentés des Pays-Bas.

Les moulins de Kinderdijk sont situés dans la commune de Molenlanden, sauf un moulin (De Blokker) qui est situé dans la commune d'Alblasserdam.

Étymologie et toponymie Le toponyme du site, qui est composé des deux termes, « enfant » (kinder) et « digue »(dijk), aurait pour origine une légende qui remonte à l'inondation de la Sainte-Élisabeth en 1421, lors de laquelle la mer a entièrement englouti une soixantaine de villages et la ville de Dordrecht...

Cette légende rapporte qu’un chat aurait réussi à maintenir en équilibre un bébé dans son berceau.. La digue sur laquelle le berceau se serait échoué a été nommée Kinderdijk, la digue de l’enfant..

Géographie Situation

Kinderdijk est établi sur la commune de Molenlanden au sein de la région naturelle de lAlblasserwaard, en province de Hollande-Méridionale, aux Pays-Bas.. Le territoire de Kinderdjk se développe sur une superficie totale de , dont 39 sont occupés par des étendues d'eau.

Le territoire du village est délimité par Nieuw-Lekkerland, à l'est ; par Kooiwijk, au sud-est ; par le centre-bourg dAlblasserdam, au sud ; par Ridderkerk, au sud-ouest ; par Slikkerveer, à l'ouest ; par Krimpen aan de Lek, au nord ; et par Lekkerkerk, au nord-est.

Hydrologie vignette|Le bassin de la Lek et du Noord.|gauche Le territoire du site est arrosé par deux rivières, le Lek, en rive droite et le Noord, en rive gauche. Le Lek, d'une longueur totale de , possède un lit mineur dont la largeur est comprise entre . Son niveau moyen est estimé à par rapport au niveau de référence 0 de la mer, le référentiel NAP.. Localement, à la station hydrologique de Krimpen aan de Lek (faubourg de la commune de Krimpenerwaard), au nord de Kinderdijk, la hauteur du Lek atteint .. En outre, le débit moyen de la rivière est observé à à l'extrémité nord-ouest du site, au point de confluence de ses eaux avec celles du Noord..

Le Noord, dont la longueur se développe sur possède une largeur variant entre 174 et et un niveau d'eau évoluant entre par rapport au référentiel NAP..

Kinderdijk est également irrigué par deux canaux, le , un canal qui se développe sur un axe est/ouest.. et, plus au sud, le Niew Waterschap van Nederwaard, observant le même tracé. L'étroite bande de terre formée par le polder de Bloweerse délimite ces deux canaux.. Deux lacs complètent le réseau hydrographique de Kinderdijk, le lac , dans la partie centre-est du territoire, et le lac , établi dans la partie sud-ouest..

Géologie vignette|droite|upright=1.1|Carte topographique de Kinderdijk et de son environnement. L'ensemble de la région de l'Ablasserweerd repose sur un socle formé au cours de l'Holocène. À la fin de la dernière période glaciaire, aux environs de , la glace couvrant l'Europe commence à fondre, amenant beaucoup de sable qui se dépose à l'ouest des Pays-Bas. Le vent transforme ce sable en dunes qui forment une protection naturelle contre la mer. Les grandes rivières creusent leur lit dans le sable, vers la mer. Le sable est un sol fertile et de nombreuses espèces végétales se développent, créant de la tourbe. La région d'Ablasserwaard est une de ces régions où se développe la tourbe sur des milliers d'années. Des dunes naturelles sculptent le paysage. Ces dunes du Pléistocène forment des endroits élevés de de haut appelés en néerlandais : les tertres sablonneux du Pléistocène..

Avant le , l'eau des marécages s'évacuait naturellement et l'eau de pluie s'écoulait par le biais des ruisseaux à travers des tourbières, pour rejoindre la mer via les grandes rivières autour de l'Alblasserwaard et du Vijfheerenlanden. Mais l'extraction de l'eau a pour conséquence un affaissement progressif des sols.

Histoire

Vie sur les dunken (préhistoire-) Les « dunken » (tertres) sont les seuls endroits où les humains peuvent établir leurs habitations avant le . Peu d'habitants occupent la région d'Alblasserwaard avant cette époque, car les grandes rivières qui l'entourent et qui font partie de la région du grand delta du Rhin et de la Meuse, provoquent de fréquentes inondations des terrains. Ces rivières sont influencées par les marées. Leurs crues sont imprévisibles. De plus, la région est pluvieuse. Seuls quelques pêcheurs et chasseurs semblent s'être établis dans cette région difficilement habitable : ils ne sont pas nombreux et ne restent pas longtemps.

Canaux et digues au Moyen Âge La région de Kinderdijk commence à être habitée de manière durable à partir des .. L'installation de villages et villes nécessite de récupérer les espaces régulièrement inondés puis de les protéger, afin de construire des habitations, des fermes et des champs cultivables.

Les premiers longs canaux de drainage dans l’Alblasserwaard datent du . Cent ans plus tard, une digue entourait déjà la quasi-totalité de la région et les bassins des deux rivières qui traversent l’Alblasserwaard, l’Alblas et le Giessen, étaient aménagés. Ils sont devenus respectivement les districts du Nederwaard (la basse terre) et du Overwaard (la haute terre). En 1270, l'assèchement du territoire du Alblasserwaard est terminé, et ses terres peuvent être utilisées.

Mise en place d'une administration démocratique des digues (1277) L'année 1277 marque une date importante dans l'administration des eaux du Ablasserwaard. Le comte Florent V (Floris de Vijfde), surnommé le « dieu des paysans », prend l'initiative de construire un système de contrôle des digues centralisé. Le , Florent V accorde la construction d'une vaste extension de la digue en faveur de l'Ablasserwaard.. C'est probablement à cette occasion que le comte de Hollande créa l’administration des eaux et polders de ce district, organisme chargé de l’entretien des digues.. Il transfère ainsi la responsabilité de la supervision des digues (auparavant laissée aux propriétaires locaux) à un officier d'État qui exerce une fonction de surintendant des digues, le , et à un collège de treize conseils de polders. Ainsi naît le conseil du polder Alblasserwaard. Les trois conseils des eaux fondés à cette date, Alblasserwaard, Overwaard et Nederwaard, sont ensuite rassemblés pour former un office des eaux. Ces conseils, dont les membres sont élus démocratiquement, selon un système toujours en place au , sont constitués d'habitants du site.

Les eaux de la région sont déversées au point nord-ouest, qui est Kinderdijk. Les premières écluses sont mises en place, ce qui constitue la première avancée technologique du site : Elshoutsluizen ou écluses de l'Elshout.

Malgré ces améliorations, les risques d'inondations restent importants et nécessitent des mesures spécifiques. Les canaux de l'Alblas et Giessen drainent l'eau dans les rivières Noord et Merwede, respectivement. Dans les situations où le niveau de ces rivières est haut, l'eau peut changer son cours et remonter l'Alblas et le Giessen, menaçant alors le bassin de l'Alblasserwaard. Le point le plus bas de la zone est le Lek : la rivière est située dans la partie la plus occidentale et la plus proche de la mer. Ce point de drainage est nommé le Elshout. En 1365, avec l'autorisation du duc Albrecht de Bavière (alors comte de Hollande), des canaux, associés à des bassins sont aménagés à l'endroit le plus bas de l'Alblasserwaard et de l'Overwaard : le Elshout.. Les habitants de la partie ouest demandent à ce qu'un système similaire soit mis en place sur leur secteur. En 1369, la partie ouest se dote du même système, avec un canal parallèle au premier, et une partie de terre entre les deux, le Middlekade (avenue du milieu). Cette partie se dote aussi de son propre conseil des eaux, qui prendre le nom d'office des eaux du Nederwaard.

Inondation de la Sainte-Élisabeth (1421)

L'aménagement de canaux a un effet indésirable sur les sols du site : en effet, un des effets du drainage est l'affaissement des sols. Le drainage des eaux devient alors d'autant plus difficile. Le sol a continué à s'affaisser au cours des siècles sous l'effet du drainage des terres, tandis que le niveau des eaux montait. Alors qu'au départ le drainage est relativement naturel, l'eau s'écoulant des endroits plus élevés vers les rivières à marée basse, le problème se complexifie : il s'agit d'empêcher l'eau des rivières de redescendre vers les champs asséchés. Dans la nuit du 18 au 19 novembre 1421, à cause d'une forte tempête, les digues cèdent. Des milliers de personnes meurent noyées.

Les premiers moulins à vent vignette|Fig. 1 : Drainage par paliers.

Après le désastre de la Ste Elizabeth, plusieurs moyens de drainer l'eau sont expérimentés. Retirer l'eau avec des seaux demande une importante main-d’œuvre. Des moulins à force manuelle sont mis en place mais coûtent également trop d'effort humain. Des moulins à manège ou à chevaux ne donnent pas les résultats espérés. Au début du , en 1612, de polders, établis à l'ouest de Nieuw Waterschap, font l'objet d'un achat par le district du drainage intérieur du Nederwaard, pour permettre d'accroître la capacité de stockage des eaux avec l'aménagement d'un nouveau réservoir. Malgré ces efforts, des inondations continuent d'affecter la région. Le , la digue autour d'Alblasserwaard se rompt à plusieurs endroits. Plusieurs inondations suivent, dont l'effet est aggravé par la guerre de Quatre-Vingts Ans qui oppose Espagnols et Néerlandais : en 1574, les États généraux (Staten Generaal) décident de rompre la digue pour inonder le pays, pour se défendre des Espagnols. Un moulin de type araignée (wipwatermolen) est brûlé ; la date de sa reconstruction est inconnue. Il s'agit du plus vieux moulin présent sur le site, qui porte de nos jours le nom de « De Blokker » du nom du polder qu'il a drainé, le Blokweer.

La hauteur à laquelle l'eau doit désormais être élevée pour être drainée est de . L'idée de pomper l'eau avec les nouveaux moulins à vent pour la remonter dans des bassins de drainage est exprimée, mais les habitants n'ont pas les moyens économiques de mettre en place une telle technologie.

À la suite d’une importante inondation en 1726, la nécessité de construire des moulins de drainage s'impose, quel qu'en soit le coût. De longues délibérations s'ensuivent, durant plusieurs années. En 1738, les plans sont prêts et le gouvernement promet de financer ces travaux. Plusieurs architectes originaires de la commune voisine d'Oud-Alblas, dont Dirk Piek et Teunis van Werken, construisent en 1738, dans le Nederwaard, les huit moulins ronds en briques encore existants.., le long du bassin haut.

Deux ans plus tard, en 1740, huit moulins, cette fois de forme octogonale et couverts de chaume, sont bâtis de l'autre côté du canal, sur le Overwaard. Grâce à 16 de ces moulins, l'eau peut atteindre de plus dans les bassins supérieurs, avant d'être déversée dans la Lek en fonction de son niveau. Le système de drainage par palier est opérationnel. Les huit moulins du côté Overwaard doivent pomper l'eau amenée par 43 moulins de polder répartis sur une surface de polder de . Les huit moulins de Nederwaard doivent pomper l'eau amenée par 25 moulins de polders répartis sur .