vignette|Une paire de lunettes. Les lunettes sont un instrument permettant de pallier les défauts visuels ou de protéger les yeux. Une paire de lunettes est constituée d'une monture sur laquelle sont fixés des verres correcteurs ou protecteurs et reposant sur le nez et sur les oreilles par deux branches (80 % du poids des lunettes reposant sur le nez).
Étymologie Le terme « lunette » et son pluriel « lunettes » date du . C’est un diminutif de « lune » (de l'indo-européen commun *leuk- [« briller, luire »] via le latin luna), avec le suffixe -ette, à cause de son analogie de forme avec la plaque de métal poli du miroir circulaire, qui portait alors ce nom.
Description et typologie
vignette|Moine aux lunettes, sculpture de la cathédrale de Meaux. Les verres correcteurs sont enchâssés sur une monture reposant sur le nez. La monture est une armature composée de la face et de deux branches. La face est constituée de deux cerclesCes éléments de la monture ont gardé ce nom même s'ils ont adopté au cours des siècles des formes variées. et d'un pont muni de plaquettes, appelé aussi nez. Les branches, posées sur les oreilles, assurent la stabilité des lunettes : équipées de charnières pour être repliées, elles sont munies à leur extrémité d'un embout ou manchon formant le crochet (partie recourbée et flexible) destiné à protéger la peau derrière l'oreille.
Dans une monture plastique, la face est constituée d'une seule partie. Dans une monture en métal, les verres sont montés au niveau du drageoir des cercles ménisqués. Sur le côté des faces sont fixées les charnières qui lient la branche soit directement au cercle soit au tenon (appelé aussi oreille, cet élément s'ajoute au cercle pour que la largeur des lunettes soit équivalente à la largeur du crâne). Le nez joignant les deux cercles sert éventuellement d'appui sur le nez (nez-pont, nez-selle ou 2 plaquettes)..
La monture peut être faite de divers matériaux : acier, alliage de type maillechort ou cupro-nickel, plastique ou matériau naturel de type corne ou écaille. Il existe trois types de montages des verres. : monture classique ou « cerclée » : le cercle entoure totalement le verre ; monture Nylor : le cercle n’entoure pas totalement le verre, qui est retenu par un fil de nylon très solide sur une partie du verre ; lunettes percées dites « sans monture » : les branches et le pont sont reliés aux verres par un système de perçage.
Par le passé, il existait des lunettes sans branches (peu courantes aujourd'hui, sauf cas d'excentricité) : le lorgnon monocle ; le lorgnon binocle, appelé pince-nez lorsqu'il est maintenu sur le nez par un ressort ; le face-à-main et la lorgnette de théâtre qui sont pourvus d'un manche.
Il existe également des lunettes de protection (dont les solaires). Elles peuvent avoir un rôle de parure.
Nettoyage des verres Le rinçage à l'eau sans toucher les verres retire les particules. La mise de quelques gouttes de produit nettoyant entre le pouce et l'index d'une main permet d'appliquer sur les verres mouillés le produit sans crissement. Le rinçage à l'eau du produit puis le soufflage qui retire les gouttes d'eau permettent la propreté sans aucune rayure.
Le nettoyage avec toutes les sortes de tissu des verres correcteurs sont à l'origine des rayures à cause des frottements.
Histoire De l'Antiquité au Moyen Âge vignette|Miniature de Vincent de Beauvais, ce frère dominicain parlant dans ses écrits de la « pome de béricle ». Une pierre de lecture est posée derrière son pupitre. vignette|première représentation connue (1352) de lunettes, que le peintre Tommaso da Modena met anachroniquement sur le nez de Hugues de Saint-Cher) : « Hugues porte une paire de lunettes, plus exactement de “bésicles clouantes”, qui ont été inventées une vingtaine d’année après sa mort ! ».. vignette|Une échoppe vénitienne, tenue par un marchand de lunettes signalé par son enseigne parlante, au . La scène satiriqueComme le suggère la phrase latine gravée sous le dessin : (“Les lunettes ont été inventées, qui révèlent les trop obscurs brouillards des yeux”). La fonction thérapeutique d'améliorer la vision n'est pas évoquée, les lunettes permettent juste de révéler ses défauts. Cf montre que les besicles sont à la mode (gravure de Stradan dans sa série des ). vignette|Anachronisme de l'apôtre « aux lunettes » de Conrad von Soest (1404). vignette|« Besicles clouantes » au Moyen Âge (1466), retable des 12 apôtres (Rothenburg, Allemagne).
Les loupes sont connues dès l'antiquité grecque. La première mention indiscutable de l'objet est une blague dans Les Nuées d'Aristophane () Aristophane, Les Nuées, 765–70 : "Tu as sans doute déjà vu chez les vendeurs de drogues une pierre belle, diaphane, au moyen de laquelle ils allumaient du feu ?" etc.. Au , le philosophe Sénèque constate qu'un objet observé à travers un ballon de verre rempli d'eau apparaît plus gros et permet de lire plus commodément. À la même époque, Pline l'Ancien décrit l'utilisation d'une émeraude par l'empereur Néron pour suivre les combats de gladiateurs ; il est possible que ce soit là une lentille optique pour corriger un défaut de vision, mais l'usage de l'émeraude peut s'expliquer également par la croyance en la vertu de la couleur, voire de la pierre elle-même..
Le Moyen Âge voit se développer, dans les monastères en particulier, l'usage de la pierre de lecture, loupe grossissante posée sur le texte écrit, destinée à agrandir le module d'écriture, voire combattre les effets de la presbytie. Cette « pierre à lire » est attestée dès l'Antiquité à Suse.. Elle est aussi appelée « pierre de béricle » ; c'est un petit bloc convexe taillé dans une pierre polie, cristal de roche ou pierre lumineuse de béryl, dont le nom a donné celui de « béricle », puis « besicles », ainsi que « brille » en allemand. Les verres au Moyen Âge comportent trop d'impuretés et donnent des lentilles manquant de transparence. Abbas Ibn Firnas, berbère andalou du , met au point la technique de taille du cristal de roche qui permet d'obtenir cette transparence. Les travaux d'Alhazen, fondateur de l'optique physiologique, autour de l'an mille, donnent un fondement scientifique à cette pratique. Son traité a été traduit en latin au , peu avant l'invention des lunettes de correction de la vue en Italie, sans que le lien entre les deux événements soit cependant clairement attesté. Avant d'être en verre, les « pierres de lecture » étaient réalisées en pierre semi-précieuse (lentille surfacée de béryl) ou en cristal de roche, la technique de fabrication du verre produisant encore trop de bulles et d'impuretés..
Le moine franciscain Roger Bacon s'appuie sur les travaux d'Alhazen pour expérimenter des « pierres de lecture » en verre : dans son Opus Majus de 1268, il apporte la preuve scientifique que le surfaçage particulier de verres lenticulaires permet d'agrandir les petites lettres. Son invention aurait été vulgarisée par les moines dominicains Allessandro della Spina et Giordano da Pisa (Jourdain de Pise) rencontrés lors de son séjour à Pise.. Au la lunetterie et l'ophtalmologie se développent en Italie, mais il n'est pas possible d'attribuer cette invention à une personne.rétrospectivement les villes italiennes rivaliseront pour s'en attribuer le mérite, donnant naissance par exemple au mythe de Salvino degli Armati à Florence. On sait seulement que les premières bésiclesCe mot est dérivé de béryl tout comme les mots utilisés pour désigner les lunettes dans plusieurs langues européennes (bril en néerlandais, Brillen en allemand, besicles en français, belicres en occitan de Nice, mericles en occitan standard) ou le verbe briller. Voir le dictionnaire du CNRTL., lunettes sans branches qui se fixent sur le nez et capables de corriger la presbytie et l'hypermétropie, apparaissent à Venise à la fin du , et qu'à cette même époque la qualité du verre cesse d'être un problème, les verriers réussissant si bien à « fabriquer du verre aussi transparent que le cristal (...) que les cristalliers obtinrent en 1302 l'autorisation d'utiliser le verre optique pour la lecture ».
Les « besicles », « besicles clouantes » ou simplement « clouants », sont un objet lourd, consistent en une paire de lentilles convexes rondes, en verre de Murano aux qualités optiques supérieures, enchâssées dans des cercles en bois, en corne ou en cuir, et attachées individuellement à des manchons rivetés par un clou. Principalement utilisées par les moines copistes, elles permettent la vision binoculaire mais n'améliorent que la presbytie. Elles symbolisent progressivement l'érudition, de nombreuses œuvres d'art représentant philosophes, moines ou médecins, qui les portent (quand bien même seraient-ils morts bien avant cette invention). L’invention de l’imprimerie accroît la demande en lunettes qui servent de reconnaissance à certaines professions (orfèvres, notaires, marchands, apothicaires) et de prestige à leur porteur (lettrés, tenants de l'autorité).. Au , les besicles évoluent avec le remplacement du clou par un pont qui peut être en bois, en métal, en corne, en cuir, en écaille de tortue ou en fanon de baleine : ce sont les « besicles à pont arrondi ». Elles seront munies, dans les siècles suivants, d'un ruban noué derrière le crâne ou d'une ficelle autour de l'oreille pour assurer un meilleur maintien..
Après le Moyen Âge
Les verres concaves apparaissent pour les myopes à Florence vers 1440 où ils sont probablement destinés aux princes se livrant à la chasse ou à la guerre. Ils sont mentionnés pour la première fois le dans une lettre datée de Ferrare et adressée à Cosme de Médicis, et leur première description se trouve dans le De Beryllo de Nicolas de Cues, paru en 1458.
En 1645, Jacques Bourgeois améliore les besicles en imaginant des verres concaves d'un côté de l'œil et convexes de l'autre.. En 1728, l'opticien anglais crée les premières montures avec de courtes branches terminées par un anneau métallique (parfois recouvert de velours) qui se plaque sur les tempes : ces « lunettes à tempes » sont portées essentiellement par les nobles, les courtes branches permettant le retrait des lunettes sans déranger la perruque.. Lorsque la perruque cesse d'être à la mode, Scarlett innove encore en rallongeant les branches et en les courbant aux extrémités de façon qu'elles se fixent derrière les oreilles : les lunettes modernes sont nées.. Les bourgeois quant à eux utilisent plutôt le binocle au puis le face à main au , ce dernier étant concurrencé par le monocle et le pince-nez au .. En France, sieur Thomin, miroitier lunetier parisien, fabrique en 1746 ces « lunettes à tempes » appelées « lunettes à tempes permettant de respirer à l'aise » car elles remplacent les pince-nez. Toutefois, leur pression provoque des maux de tête.. En 1752, l'opticien anglais crée les premières lunettes à verres teintés. Ce sont pour lui des lunettes correctrices et non des lunettes de soleil car il pensait que les teintes bleues ou vertes corrigeaient la vision. Elles sont munies de branches articulées par une charnière, ce qui diminue l'inconfort de la pression des branches sur le nez et les tempes. Ces lunettes dont les branches passent par-dessus les oreilles sont appelées « lunettes à oreilles »..