Anton Ivanovitch Denikine (en , parfois orthographié Dénikine), né le à Włocławek (Gouvernement de Varsovie, alors dans l’Empire russe) et mort le à Ann Arbor (États-Unis), est un général russe, chef d'état-major dans les armées de la Russie impériale pendant la Première Guerre mondiale et commandant en chef de l'armée des volontaires pendant la guerre civile russe.
Pendant la Première Guerre mondiale Denikine est le fils d'un officier subalterne, né dans le servage, qui prend sa retraite de l'armée en 1869 avec le rang de major (). Il s'engage très tôt dans une carrière militaire et suit l'enseignement de l'école normale de Lovitch, puis entre à l' et enfin à l'académie d'état-major général. Breveté d'état-major en 1899, il prend le commandement de la région militaire de Varsovie.
Sa première affectation le conduit sur le théâtre de la guerre russo-japonaise. En 1914, il est chef d'état-major et commandant de la région militaire de Kiev. Il rejoint le corps d'armée et assure en septembre le commandement de la d'infanterie, dite « division de fer ».
En 1916, il est nommé commandant en chef de la armée et coordonne avec succès l'offensive Broussilov en Roumanie.
Pendant la Révolution russe
Après la révolution de février Lors de la révolution de Février 1917, Denikine se trouvait sur le front roumain. En , il fut rappelé à Pétrograd par le ministre de la guerre du gouvernement provisoire Alexandre Goutchkov qui lui proposa le poste de chef d'état-major auprès du commandant en chef de l'armée russe, le fraîchement nommé général Mikhail Alekseïev. Le , Denikine entra en fonction, qu'il exerça un mois et demi, en bonne entente avec Alekseïev. Après le remplacement d'Alekseïev par Broussilov, Denikine, ne souhaitant pas être le chef d'état-major de ce dernier, fut nommé commandant des armées du front ouest. À ce poste, il organisa le soutien stratégique du front sud-ouest lors de l'offensive de .
Le chef de la mission militaire française en Russie, le général Pau, lui adressa le courrier suivant daté du 18/ : Marina Grey, Mon Père le Général Denikine, Perrin,
En , Denikine fut nommé commandant du front sud-ouest.
Arrestation, captivité à Berditchev et Bykhov thumbnail|right|Les généraux retenus à Bykhov à l'automne 1917. Le , il est arrêté à la suite d'un télégramme expédié au gouvernement provisoire dans lequel il exprime sa solidarité avec le général Lavr Kornilov. Accusé de mutinerie (affaire Kornilov), il fut incarcéré en compagnie de Kornilov à la prison de Bykhov, d'où les généraux réclamaient un procès public pour se laver des accusations mensongères et présenter leur programme pour l'avenir de la Russie.
Après la chute du gouvernement provisoire, l'accusation de mutinerie devint sans objet et, le , le commandant en chef général Nikolaï Doukhonine donna l'ordre de transférer les prisonniers sur le Don, ce que contesta le comité des armées. Apprenant que des unités bolchéviques aux ordres de l'enseigne Krylenko marchaient sur Moguilev, menaçant d'exécuter les généraux, ceux-ci se décidèrent à fuir vers le Don.
Fuite vers le Don, campagne de glace Avec des papiers au nom d'Alexandre Dombrowski, Denikine parvint à déjouer la vigilance des contrôles bolchéviques et à rallier Novotcherkassk, où il participa à la formation de l'armée des volontaires. Le , il fut nommé commandant de la première division volontaire. Lors de la première campagne du KoubanLa « campagne de glace » de l'armée des volontaires du général Kornilov, il était vice-commandant de l'armée du général Lavr Kornilov puis, après la mort de ce dernier le lors de l'assaut de Ekaterinodar, il prit le commandement de l'armée. Il parvint à organiser la retraite de ses troupes d'Ekaterinodar vers la région du Don, leur évitant ainsi l'encerclement et l'anéantissement. Les cosaques du Don ayant alors revu leur attitude face aux bolchéviques et entamé une lutte armée, il put donner à ses hommes du repos et reconstituer ses unités avec de nouveaux volontaires, parmi lesquels de nombreux officiers et cosaques du Kouban.
Chef du mouvement blanc Dans l'armée des volontaires thumb|La garde d'officiers accueille le général Denikine à la gare de Rostov-sur-le-Don en 1919. thumb|Chars Renault FT et soldats français à Odessa, en 1919, pour soutenir l'armée de Denikine faisant partie de l'intervention alliée pendant la guerre civile russe.
Dans la nuit du au , l'armée des volontaires, forte de , sous le commandement d'A. I. Denikine commença sa seconde campagne du Kouban, qui aboutit à l'anéantissement des unités rouges du Kouban (environ ) et la prise d'Ekaterinodar, capitale du Kouban.
Au début de 1919, Denikine parvint à mater l'opposition bolchévique dans le Caucase du nordChambarov V.E. Anéantissement de l'armée rouge au Caucase, à s'assurer la loyauté des armées cosaques du Don et du Kouban en éloignant du commandement le général Piotr Krasnov, favorable à l'Allemagne, et à obtenir des Alliés par les ports de la mer Noire des munitions et pièces d'artillerie. Les Français et les Anglais débarquèrent à Odessa et Sébastopol fin 1918. Mais la population se montra hostile à leur présence et la coopération militaire fut difficile. Les Français, qui dirigeaient l'intervention, rembarquèrent en avril 1919.
Commandant en chef des Forces Armées du Sud de la Russie Le , l'armée des volontaires et l'armée du Don fusionnèrent pour donner naissance aux Forces Armées du Sud de la Russie () commandées par le général Denikine depuis son état-major de Taganrog.
Le , Denikine reconnut officiellement le gouvernement de l'amiral Koltchak, dirigeant suprême et commandant en chef. Le le conseil des ministres du gouvernement d'Omsk le nomma suppléant du commandant en chef afin d'assurer « la continuité du commandement suprême ».
Ayant défait les bolchéviques sur le Don et le fleuve Manytch, les armées de Denikine entamèrent une avancée vers le centre du pays. Le , Denikine annonça le début de la marche vers Moscou (, et ). En , les forces armées du sud de la Russie avait pris le Donbass, la Crimée et de larges territoires de l'Ukraine et du sud de la Russie avec les villes de Kharkiv, Tsaritsyne, Kiev, Odessa et autres.
Septembre et début connurent l'extension maximale des territoires contrôlés par les forces anti-bolchéviques.
En , les troupes blanches infligèrent de lourdes défaites lors de batailles vers Kharkov et Tsaritsyne aux armées rouges et en poursuivant les unités défaites, elles se rapprochaient peu à peu de Moscou. Le Koursk tomba, le Voronej, le Orel et Toula était à portée. Le front sud des bolchéviques s'écroulait. Les bolchéviques étaient proches de la défaite et se préparaient à passer dans la clandestinité. Un comité clandestin du parti de Moscou fut créé, les institutions préparaient leur évacuation vers Vologda.
Cette marche de l'Armée blanche de Dénikine de la région du Don vers Moscou fut une suite ininterrompue de pillages, viols, brutalités, massacres, qui atteignit son point culminant dans le pogrom de Fastiv, qui fit entre parmi les Juifs de la ville (du 2 au ) ....
Mais à partir d', la situation des forces armées du sud de la Russie se dégrada sensiblement. Les bases arrière en Ukraine étaient pillées par les raids des hommes de Nestor Makhno qui avaient forcé les lignes blanches dans la région d'OumanAlmendinger V.V. «Гибель второго батальона Симферопольского Офицерского полка», il fallut détourner du front des unités pour le combattre, les bolchéviques avaient conclu un armistice avec les Polonais et les forces de Petlioura, libérant des forces pour la lutte contre Denikine. Ayant pu restaurer leur supériorité numérique sur le principal front d'Orel à Koursk ( côté rouge contre côté blanc) l'armée rouge passa à la contre-attaque en . Après des combats acharnés, les armées blanches furent forcées à se replier sur toute la longueur du front. Durant l'hiver 1919-1920, les troupes de Denikine durent quitter Kharkov, Kiev, la région du Donbass et Rostov-sur-le-Don. En -, elles furent battues lors des combats pour le contrôle du Kouban à la suite de la décomposition de l'armée du Kouban (l'unité la moins fiable des Forces armées du Sud de la Russie en raison de ses tendances séparatistes). Les troupes de l'armée blanche se replient sur Novorossiisk d'où elles s'embarquent le et pour la Crimée.
Début , l'amiral Koltchak discuta avec son gouvernement la question d'une « abdication en faveur de Denikine ». Le , le conseil des ministres du gouvernement russe décréta que « dans le but d'assurer la continuité et la succession du pouvoir de toutes les Russies le conseil a décidé qu'en cas de maladie grave ou de décès du chef suprême ainsi que dans le cas de sa démission ou de son absence prolongée ses obligations passeront au commandant en chef des Forces Armées du Sud de la Russie lieutenant-général Denikine. »
Le , Koltchak annonce dans le décret de Nijneoudinsk que « vu ma décision de transmettre le pouvoir suprême de toutes les Russies au commandant en chef des Forces Armées du Sud de la Russie général Denikine, jusqu'à l'obtention de ses ordres et afin de conserver dans notre partie orientale de la Russie des fondations étatiques pour l'unité de la Russie » il donne « les entiers pouvoirs militaires et civils sur tout le territoire oriental de la Russie unie par le pouvoir russe suprême » au général Grigori Semenov.
Comme l'écrit dans ses mémoires Denikine, il ne pouvait, dans les conditions difficiles liées aux lourdes défaites des Forces Armées du Sud de la Russie et la crise politique, « accepter le titre et la fonction » et refusa le titre de chef suprême, le justifiant par l'absence d'informations officielles sur les évènements à l'est.
Le , Denikine, face à l'opposition des généraux, démissionne du commandement des Forces Armées du Sud de la Russie au profit du lieutenant-général baron Wrangel et s'embarqua le jour même pour l'Angleterre via Constantinople.
Durant l'été 1920, A. Goutchkov adressa à Denikine la demande de « finaliser son exploit patriotique et avec un acte solennel investir le baron Wrangel… de la succession du pouvoir de toutes les Russies », ce que Denikine déclina toutefois de faire.
La politique de Denikine Sur les territoires contrôlés par les Forces Armées du Sud de la Russie tous les pouvoirs revenaient à Denikine en tant que commandant en chef. À ses côtés, le « conseil spécial » remplissait les rôles d'exécutif et de législatif. Investi de facto de pouvoirs dictatoriaux et partisan d'une monarchie constitutionnelle Denikine ne se reconnaissait pas le droit de décider du régime d'un futur État russe avant la réunion d'une assemblée constituante. Il tenta de rassembler de larges couches de la population autour du mouvement blanc sous les devises « combattre le bolchévisme jusqu'à la fin », « une Russie grande, unie et indivisible », « libertés politiques ». Cette attitude était critiquée par les monarchistes ainsi que par les libéraux. L'appel à une Russie unie et indivisible rencontra l'opposition des gouvernements cosaques du Don et du Kouban qui recherchaient une autonomie plus grande et une Russie fédérale ; de même l'hostilité des nationalistes ukrainiens, caucasiens et baltes qui ne pouvaient s'y retrouver.