Un astronaute est une personne qui effectue ou a effectué un vol spatial, autant qu'une personne dont c'est la profession. L'activité d'envoyer des êtres humains dans l'espace constitue le vol spatial habité, principalement à l'initiative des États. Les astronautes sont des fonctionnaires employés par une agence spatiale, pour toute leur carrière ou pour préparer une mission spécifique. Si de formation militaire, il est fréquent qu'ils soient simultanément toujours membres des forces armées de leur pays d'origine. De plus en plus d'astronautes sont non-professionnels et paient pour leur vol, on parle alors de tourisme spatial.
Pendant la course à l'espace, les premiers astronautes sont exclusivement des pilotes d'avion de combat voire pilotes d'essai. Le premier être humain à voyager dans l'espace est le soviétique Youri Gagarine le , la première femme est la soviétique Valentina Terechkova en . La profession s'ouvre ensuite à d'autres profils, en particulier les ingénieurs, chercheurs, et médecins. En , 645 personnes ont atteint l'orbite basse terrestre, en moyenne à deux reprises, dont 369 Américains et 140 Russes ; 84 femmes dont 62 américaines ; et 355 rien qu'à bord de la navette spatiale américaine. De plus, près d'une centaine de personnes ont réalisé un vol surborbital de quelques minutes, la plupart des touristes à bord de New Shepard.
Les critères de recrutement contemporains sont une bonne condition physique, santé mentale et physique, une formation en sciences et techniques et une expérience professionnelle qui la met en pratique, la maîtrise des langues (anglais, russe ou chinois selon le pays de départ). Les critères psychologiques mettent l'accent sur la résistance au stress, la tolérance au confinement et au manque d'intimité, les qualités interpersonnelles, l'esprit d'équipe, et la capacité de travail. Les astronautes s'exposent à des risques considérables : 18 sont morts lors d'une mission spatiale, et plus d'une dizaine à l'entraînement ou lors de vols d'essai.
Dans le contexte de la guerre froide, les États-Unis et l'Union Soviétique adoptent les termes « astronaute » et « cosmonaute » pour se distinguer l'un de l'autre. Par imitation, ce précédent conduit à d'autres néologismes, dont les plus connus, « taïkonaute » et « spationaute », désignent respectivement les astronautes chinois et français. Cette pratique est remise en question et tend à être abandonnée en faveur du terme général « astronaute » en raison de la confusion et de la lourdeur inutile qu'elle génère dans le contexte d'internationalisation croissante du vol habité, mais reste fréquente pour le sentiment patriotique qui y est rattaché.
Historique Règne des pilotes militaires vignette|Youri Gagarine (à gauche), premier homme dans l'espace.
Au début de l'ère spatiale dans les années 1960, les États-Unis comme l'Union soviétique sélectionnent leurs astronautes parmi les pilotes d'avion de chasse : ceux-ci sont habitués aux fortes accélérations qui caractérisent les premières missions ainsi qu'aux situations de stress et de désorientation spatiale. Les premiers astronautes américains, recrutés pour le programme Mercury, doivent être diplômés d'une université et d'une école de pilote d'essai, avoir une expérience du vol sur avion à réaction et plus de de vol à leur actif, avoir moins de , mesurer moins de et être en bonne condition physique.. Les autorités soviétiques recrutent des pilotes plus jeunes car leurs vaisseaux spatiaux sont complètement automatisés et le rôle du cosmonaute est théoriquement limité à celui d'observateur. Youri Gagarine, qui effectue le premier vol dans l'espace, dispose de commandes manuelles qui sont verrouillées et il doit théoriquement demander un code au contrôle au sol pour pouvoir y accéder.. Les premiers candidats soviétiques doivent avoir entre 25 et et ne doivent pas mesurer plus de 1,70 à .. La grande majorité des pilotes sont des militaires. En , Neil Armstrong, commandant de la mission Gemini 8, est le premier pilote d'essai civil à participer à un vol spatial.
Ouverture de la profession aux femmes vignette|upright|Valentina Terechkova en compagnie de Valeri Bykovski en 1963.
En 1961, alors que les Américains travaillent au projet Mercury et que les médias célèbrent le tout premier groupe d'astronautes du monde, la NASA envisage un moment que des femmes soient envoyées dans l'espace. Des tests physiologiques sont effectués sur treize femmes, toutes des pilotes. Ce contingent prendra plus tard le nom Mercury 13 mais ne donnera finalement pas lieu à la création d'un groupe d'astronautes à proprement parler.. En 1962, pour maintenir leur avance sur les Américains, les Soviétiques sélectionnent cinq femmes, toutes civiles et pratiquantes du parachutisme ou du vol aérien. L'année suivante, Valentina Terechkova devient la première femme cosmonaute à bord de Vostok 6, en vol groupé avec Vostok 5, piloté par Valeri Bykovski.. Cette ouverture aux femmes n'aura cependant pas de suite immédiate : un vol comprenant deux femmes est envisagé en 1966 mais, après la mort de Sergueï Korolev, fondateur du programme spatial russe, restera finalement sans suite. En 1977, dans le cadre de la préparation du projet de navette spatiale, la NASA sélectionne 35 astronautes : six femmes en font partie. Il faudra finalement attendre 1982, soit dix-neuf ans après le vol de Terechkova, pour qu'une autre Soviétique vole à nouveau dans l'espace, Svetlana Savitskaïa, coiffant à nouveau les Américains sur le poteau puisque ce n'est qu'en 1983 que Sally Ride est mise sur orbite.
Arrivée des scientifiques vignette|upright|Harrison Schmitt, premier scientifique américain dans l'espace et premier scientifique sur la Lune (crédit NASA, 1972). Chez les Soviétiques comme chez les Américains, le métier d'astronaute est uniquement réservé aux pilotes, qu'ils soient militaires ou civils. Mais au tout début des années 1960, alors qu'ils viennent d'envoyer leurs premiers ressortissants dans l'espace, les premières critiques des vols habités émergent : à quoi bon envoyer des hommes dans l'espace ? En 1964, deux scientifiques, Boris Iegorov (médecin) et Konstantin Feoktistov (ingénieur), accompagnent le pilote Komarov pour un vol d'une journée à bord du vol Voskhod 1. C'est la première fois qu'un vaisseau envoie plus d'un homme sur orbite. Mais il s'avèrera par la suite que cette expérience aura été purement médiatique, au mépris total des conditions de sécurité : pour gagner de la place et du poids, les trois hommes partent en effet sans scaphandre ni système de sauvetage de la cabine en cas d'incident. L'événement suscite en tout cas la réaction des Américains, lesquels, dès l'année suivante, procèdent au recrutement d'un premier contingent de six astronautes totalement scientifiques, réduit à cinq peu après avec la démission de l'un d'entre eux.
De (Soyouz 5) à (Soyouz 11), les Soviétiques poursuivent l'envoi de scientifiques dans l'espace sans scaphandres et c'est finalement en 1972, avec la toute dernière mission du programme Apollo, Apollo 17, que les Américains envoient leur premier scientifique non seulement dans l'espace mais sur la Lune : le géologue Harrison Schmitt (photo) effectue un séjour de trois journées entières dans la vallée Taurus Littrow.. L'année suivante, les Américains envoient un médecin et deux physiciens à bord de leur première station spatiale : Skylab. À partir de 1975, les Soviétiques poursuivent l'envoi de scientifiques à bord des stations Saliout puis Mir. Mais le véritable départ des scientifiques dans l'espace est inauguré au milieu des années 1980 avec la navette spatiale américaine, qui peut emporter jusqu'à sept membres d'équipage, dont seulement deux sont chargés du pilotage, les autres étant des spécialistes de mission, dont le rôle requiert des compétences spécifiquement techniques et/ou scientifiques. La première sélection d'astronautes de la navette, en 1978, comprend, à côté de quinze pilotes, vingt spécialistes de missions (militaires ou civils).
Critères de recrutement contemporains
Les différences nationales dans les critères de recrutement tendent aujourd'hui à s'effacer car les missions se déroulent de manière majoritaire dans le cadre de programmes internationaux. Le recrutement est réalisé par les agences spatiales qui sont généralement très exigeantes dans leur sélection car elles n'ont pas droit à l'erreur et la formation d'un astronaute est très coûteuse. Il faut aujourd'hui plusieurs années de formation. avant qu'un candidat astronaute soit opérationnelLa NASA indique qu'il faut deux à trois années pour former un candidat.. L'astronaute va effectuer quelques missions au cours d'une carrière qui peut durer plus de . La défaillance d'un astronaute en cours de mission peut théoriquement coûter plusieurs centaines de millions d'euros. Un astronaute doit être à la fois très polyvalent, avoir un niveau de formation supérieur, être physiquement en bonne forme, maîtriser plusieurs langues, être stable et ouvert sur le plan psychologique, accepter des déplacements très longs et fréquents.
Connaissances
Les connaissances techniques et scientifiques constituent aujourd'hui le premier critère de recrutement car les tâches auxquelles sont confrontés les astronautes sont de plus en plus complexes et nécessitent une bonne culture générale technique et souvent scientifique. Il doit intervenir sur de nombreux systèmes et, pour la Station spatiale internationale, consacre une grande partie de son temps de travail à des expériences scientifiques. La maîtrise des ordinateurs est un plus. Ces connaissances ne doivent pas être seulement théoriques mais doivent avoir été mises en pratique dans un cadre professionnel antérieur à la candidature. Les ingénieurs en vol et les pilotes d'essai sont toujours des profils très recherchés même si ce dernier métier a perdu l'exclusivité qu'il détenait au début de la conquête spatiale aux États-UnisSur les six nouveaux astronautes recrutés par l'Agence spatiale européenne en 2010 deux sont pilotes et deux autres pilotes d'essai.. La connaissance de plusieurs langues est requise. L'anglais et le russe doivent être parlés couramment pour toutes les missions à bord de la station spatiale internationale. Les critères de recrutement des astronautes chinois, qui accomplissent des missions dans un contexte purement national, sont différents.
Critères physiques vignette|La centrifugeuse de la Cité des étoiles à Moscou. Les missions spatiales nécessitent une bonne condition physique car elles sont de longues durées (généralement six mois dans la station spatiale internationale). Durant le séjour dans l'espace, le corps est soumis à des moments de stress et peut être fortement sollicité. Une sortie extravéhiculaire nécessite un effort physique intenseJames Irwin de la mission Apollo 15 a un petit accident cardiaque alors qu'il est sur la Lune, sans conséquence grâce à la faible gravité et à l'atmosphère composée uniquement d'oxygène.. Lors du lancement ou au moment du retour sur Terre, l'équipage peut être soumis à des accélérations très violentes pouvant monter à plus de lorsque le vol ne se déroule pas de manière nominale : lancement avorté ou retour sur Terre selon un profil balistique. Jusqu'il y a quelques années il fallait être ni trop petit ni trop grand pour s'installer dans la cabine relativement exiguë des vaisseaux spatiaux. Ainsi en 2002 une nouvelle version du vaisseau Soyouz a été mise en service pour permettre d'embarquer les astronautes de la NASA (la navette spatiale américaine imposait moins de contraintes et les Américains comprenaient un grand nombre de femmes) : la taille minimale passe de , la taille maximale de tandis que la masse autorisée est désormais comprise entre (auparavant ).
Critères psychologiques vignette|John Glenn s'entraîne dans un simulateur de la capsule Mercury.