Arturo Toscanini, né le à Parme et mort le dans le Bronx à New York, est un chef d'orchestre italien.
Années de jeunesse L'Enfant du Risorgimento
Arturo Toscanini est né le , alors que l'Italie est encore dans un processus d'unification, dans lequel son père Claudio Toscanini est impliqué. Celui-ci rejoint Garibaldi qui a décidé d'annexer immédiatement Rome au nouvel État Italien et de s'attaquer frontalement à la Papauté. Garibaldi, grièvement blessé, est arrêté et les Chemises Rouges sont encerclées par les forces régulières à Aspromonte. Claudio échappe au peloton d'exécution et passe trois ans en prison dans des conditions lamentables : il contracte le scorbut, perd toutes ses dents et, finalement, peut rentrer chez luiToscanini, par Harvey Sachs, éditions Francis van de Velde, 1980..
Claudio épouse alors le une jeune femme de vingt-six ans, Paola (Paolina) Montani. Quand Garibaldi reprend la lutte armée, Claudio Toscanini repart combattre à Condino et Bezzecca. Arturo Toscanini est le premier enfant du couple. Trois filles, Narcisa, Ada et Zina viendront après lui. Claudio prend le métier de tailleur et Paolina tient la boutique familiale tout en s'occupant de ses enfants. Mais si l'on en croit Wally Toscanini, petite-fille de Claudio, ceux-ci ne furent guère entourés d'affection familiale. Malgré son anticléricalisme, le couple fait baptiser l'enfant le jour même au baptistère de Parme. Il y reçoit les deux prénoms d'Arturus et Alexander (le certificat de baptême est rédigé en latin, comme c'était la coutume). Quelques mois après cette naissance, ils déménagent à Gênes, où le père d'Arturo envisage d'ouvrir une échoppe de tailleur. Mais le bébé montre des signes de faiblesse : il est maigre et souffreteux, aussi Paolina décide-t-elle de le confier à sa propre mère, Carolina Montari. Sa santé s'améliore assez rapidement mais la situation financière de la famille Toscanini est difficile. La participation de Claudio à l'affaire d'Aspromonte le prive de toute retraite d'ancien combattant. Il retourne alors à Parme avec les siens.
À l'école primaire, Arturo se montre bon élève. Une des institutrices, ayant remarqué ses dons, convainc ses parents de l'inscrire au Conservatoire de musique, danse et art dramatique d'Italie.
Premiers contacts avec la musique Durant l'année 1876-1877, vingt-huit enfants concourent pour l'unique place disponible à l'école royale de musique. Arturo ne l'obtient pas, mais il est premier parmi les trois repêchés qui demeureront externes jusqu'à ce qu'une place d'interne se présente. Aussi, lorsque Toscanini est admis à ses examens de fin de deuxième année avec 90 points sur 100, son père s'adresse directement au directeur du Conservatoire, Giusto Dacci, pour que son fils puisse enfin bénéficier d'une bourse.
Pendant ses deux premières années d'étude, Toscanini étudie le solfège, des rudiments de théorie, l'harmonie, le piano, l'histoire de la musique et les matières scolaires obligatoires. Dès la deuxième année, il aborde un nouvel instrument, le violoncelle, avec Leandro Carini, et se met à la composition avec Dacci. , dira-t-il plus tardLa Voce dei padroni, par Camilla Cederna, éditions Longanesi, 1962.. À l'adolescence, Arturo Toscanini est si conquis par la musique qu'il voit tout le reste comme secondaire. Dans les années qui suivent, Toscanini cultive sa technique du violoncelle et apprend seul à déchiffrer des partitions pour, ensuite, les jouer de mémoire au piano. À quinze ans, il se met à composer de plus en plus.
Formé par le Conservatoire à la pratique publique, Arturo Toscanini prend place, de 1881 à 1885, dans la fosse de l'orchestre du Regio. Le jeune violoncelliste se fond dans le répertoire assez classique qui plaît au public de l'époque. Ce sont, en majorité, des œuvres postérieures à 1835Ce choix exclut donc toute interprétation de Beethoven, Gluck, Mozart, Bellini et Rossini, car ces œuvres paraissent alors démodées. — Toscanini, par Harvey Sachs, op.cit. : Verdi, Donizetti, Meyerbeer, Bizet, quelques gloires éphémères comme Gomes, Pacini ou Palminteri et Wagner, seul choix audacieux. Les Italiens n'ont alors que très peu de connaissance de l'œuvre du compositeur allemand. En 1884, Parme est la troisième ville d'Italie à présenter Lohengrin et Toscanini est dans l'orchestre.
Au printemps de cette même année, Toscanini, âgé de seulement dix-sept ans, se produit avec succès pour la première fois comme violoncelliste, compositeur et chef d'orchestre dans un programme donné par les étudiants du Conservatoire dans le foyer du Regio..
Après ce succès, Toscanini est nommé répétiteur d'harmonie pour l'année scolaire 1884-1885. Obtenant (en 1885) son diplôme de sortie du ConservatoireIl obtient les meilleures notes, avec félicitations du jury, en violoncelle et en composition, ainsi que le prix Barbacini, d'un montant de ., il est engagé, grâce à un imprésario, dans la même fonction par une troupe lyrique pour une tournée au Brésil. Après vingt-cinq jours de traversée, où il ne fait que travailler, Toscanini arrive à São Paulo quelques semaines après son dix-neuvième anniversaire. Quelques tensions se nouent entre les chanteurs, les musiciens et lui. À Rio de Janeiro, où ils doivent jouer au Théâtre impérial Dom Pedro à partir du , les répétitions sont catastrophiques. Même Carlo Superti, chef d'orchestre assistant, ne parvient pas à calmer les esprits. Il faut pourtant assurer les représentations.
Naissance d'un chef d'orchestre Le mercredi , la troupe doit interpréter Aïda de Verdi, mais le chef initialement choisi est malade. Superti décide de le remplacer mais il est hué d'emblée lorsqu'il apparaît sur le podium. C'est alors que plusieurs chanteurs proposent Toscanini : , se souvient-il. . Toscanini accepte et le triomphe est complet : le public multiplie les applaudissements et la presse sacre la « naissance d'un chef ». Devant pareil accueil, Claudio Rossi, l'imprésario, confie au jeune prodige la direction des douze opéras devant être présentés pendant cette tournéeÀ savoir : Aïda, La traviata, Rigoletto, Le Trouvère de Verdi ainsi que Marion Delorme et La Joconde de Amilcare Ponchielli, La Favorite de Donizetti, Hamlet d'Ambroise Thomas, Les Huguenots de Meyerbeer, Faust de Gounod, Salvator Rosa d'Antônio Carlos Gomes et Lauriana de Machado.. Il les dirige tous de mémoire, les ayant déjà étudiés et fait répéter. Sa mémoire est exceptionnelle, comme en témoignera Stravinsky cinquante ans plus tard : , dit-il.
Du au , Toscanini dirige donc vingt-six représentations sans réellement gagner beaucoup d'argent. Grâce au ténor Nicolaï Figner, qui avait pris part à la tournée brésilienne, Toscanini assure, à Turin, la première dEdmea, dernier opéra du jeune compositeur Alfredo Catalani. Le marque donc le début de sa carrière italienne. Désormais, Arturo Toscanini habite Milan, où il a fait venir sa famille, et joue comme second violoncelle dans l'orchestre de la Scala. Ainsi participe-t-il, le 5 février 1887, à la création d'Otello de Verdi, en présence du compositeur alors âgé de soixante-treize ans. Il y introduit le célèbre duo d'amour. Au cours des années suivantes, Toscanini dirige en Italie tous les opéras du répertoire, souvent avec un orchestre et des interprètes laissant à désirer, épreuves qui lui permettent d'assurer son intransigeance par rapport à l'œuvre originale. Toscanini se met alors à composer de plus en plus, le plus souvent sur des poésies romantiques. En tout, il signe vingt-six œuvres, mais cette carrière de compositeur est brève. Toscanini déteste le dilettantisme et sait très bien que Selon son ami Filippo Sacchi,
Pendant la saison 1890-1891, il est chef adjoint au Grand théâtre du Liceu de Barcelone. De retour en Italie, il dirige alors bon nombre d'opéras de l'école dite vériste, mais aussi de Verdi, de Bellini et de Donizetti dans la petite ville de Voghera ; d'Amilcare Ponchielli à Brescia ou encore d'Ambroise Thomas avec Mignon et de Bizet avec Carmen à Gênes.
left|thumb|220px|Puccini et Toscanini. En 1892, il crée Paillasse de Ruggero Leoncavallo, ainsi que bon nombre d'œuvres de l'école vériste à Milan, reprend avec succès à Trévise et à Bologne, en novembre-décembre 1894, le Falstaff de Verdi et dirige, à Pise, Manon Lescaut de Puccini. Par ailleurs, en 1895, grâce à l'imprésario Giuseppe Depanis, il devient directeur musical du Teatro Regio de Turin, où l'on forme pour lui un nouvel orchestreIl Pianoforte, 1924.. Toscanini ouvre sa première saison avec Le Crépuscule des Dieux, où chante Ida de Martini, qui lui présente sa sœur Carla, dont il tombe amoureux. Le succès du Crépuscule est total. Dans la Gazzetta piemontese, le critique Carlo Bersezio loue la Arturo fait ensuite la connaissance du poète et compositeur Arrigo Boito et noue avec lui une solide amitié. Il donne, à partir de 1896, ses premiers concerts symphoniques avec Schubert (Grande Symphonie en ut majeur), Tchaïkovski (la suite de Casse-Noisette) et Brahms (l'Ouverture tragique). Le février 1896, Toscanini crée avec succès La Bohème, de Puccini, avec Evan Gorga en Rodolfo et Cesira Ferrani dans le rôle de Mimi. Pour sa deuxième saison, il dirige, entre autres, un Tristan et Isolde qui fut quelque peu troublé par un conflit entre le chef et son publicPour respecter le désir du compositeur, qui réclamait une obscurité totale, Toscanini fit éteindre toutes les lumières, s'attirant ainsi les foudres d'un public habitué à déambuler pendant les représentations.. Le 21 juin de cette même année, il épouse la très jeune Carla de Martini (1877-1951), avec laquelle il aura quatre enfants : Walter, né en 1898, Wally, née en 1900, Giulio, né en 1901 et Wanda (future épouse du pianiste Vladimir Horowitz), née en 1907.
On lui offre alors le contrat le plus important qu'il ait eu jusque-là : une saison de deux mois et cinq opéras au Carlo Felice de Gênes. Après Le Prophète de Meyerbeer, Toscanini doit assurer, en 1898, la création des Quatre Pièces sacrées de Verdi. Il a de nombreux doutes sur le tempo du Te Deum, notamment sur quelques ralentis qui lui semblaient évidents mais que le compositeur n'avait pas inscrits sur la partition. Le 18 avril, il rencontre Verdi à son domicile. Contre toute attente, il se voit prier par ce dernier de jouer au piano le fameux Te Deum, et place, à un moment précis, un léger rallentendo. Verdi l'en félicite. Verdi répondit : Entre-temps, son ami Arrigo Boito est devenu vice-président du conseil d'administration de la Scala. À la fin du printemps 1898, avec l'appui moral de Verdi, Boito parvient à faire nommer Arturo Toscanini, à 31 ans, comme directeur musical du théâtre.
La Scala Acte I À la Scala, on craint Toscanini qui multiplie les auditions, harcèle de télégrammes et de lettres tout artiste qui accepte de se produire sur une autre scène pendant ses répétitions, fait demander aux dames du public de bien vouloir laisser leurs chapeaux au vestiaire afin d'offrir à tous une meilleure visibilité, exclut toute coupure dans une œuvre, comme c'était encore la mode, et fait savoir qu'il ne concédera aucun bis"La Scala", par Sergio Segalini, éditions Sand, 1989. Ce faisant, il s'attire bon nombre d'ennemis.
Aux côtés du directeur administratif Giulio Gatti-Casazza, Toscanini commence par proposer Les Maîtres Chanteurs de Nüremberg de Wagner dans sa version quasi intégraleL'œuvre était jouée en Italie avec d'impressionnantes coupures.. Les répétitions ont duré un mois, et le résultat, le 26 décembre, est une victoire : « J'ai rarement eu la chance d'entendre une masse d'instruments aussi unis et aussi accordés », note Annibale Ponchielli dans le journal Sera. Toscanini avait, entre autres, demandé que le rideau de scène soit changé, pour s'ouvrir latéralement et non plus verticalement, s'inscrivant ainsi dans la tradition de Bayreuth qu'il avait trouvé novatrice lors de son premier séjour en juillet 1899. right|thumb|220px|La Scala de Milan à la fin du .