La Picardie (prononcé ) est une ancienne région administrative française, créée par décret du , regroupant les départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme, dont le chef-lieu était Amiens.
Dans le cadre de la réforme territoriale de 2015, la région Picardie a fusionné avec la région Nord-Pas-de-Calais, le .. La nouvelle région ainsi formée s'appelle les Hauts-de-France, après avoir porté provisoirement le nom Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
Le nom et la majeure partie du territoire de cette ancienne région administrative sont issus de la province de Picardie, une région culturelle au nord de Paris, correspondant au département de la Somme, de l'Oise (exempté le Vexin et le Multien) et de l'Aisne (exempté l'Orxois, l'Omois et le Tardenois). Une partie de cette région culturelle était en dehors de cette région administrative, dans le Nord, le Pas-de-Calais et la province de Hainaut. La langue régionale est le picard, une langue d'oïl.
Au sortir de la guerre de Cent Ans (1477-1482), est constitué le gouvernement militaire de Picardie qui correspond à la partie méridionale des Pays-Bas bourguignons redevenue française. Ce gouvernement, militaire puis civil (généralité d'Amiens) ne doit pas être confondu avec la notion de province qui est culturelle.
La généralité d'Amiens, regroupe divers territoires au nord de l'Île-de-France : comté de Boulogne en partie, comté de Ponthieu, comté d'Amiens, comté de Vermandois, comté de Guise (Thiérache) puis Calais après sa reconquête en 1558. La région d'Arras en fit partie pendant 125 ans, de même pour le Cambrésis, près de 131 ans.
A la veille de la Révolution, la généralité d'Amiens, formant le cœur de la Picardie, s'étend de la Manche orientale à la Champagne et de l'Île-de-France à l'Artois et au Hainaut.
Étymologie L’étymologie du mot Picardie est géographique et historique. Le mot apparaît une première fois sous la plume de Nicolas de Bray dans sa Gestes de Louis VIII à propos de Philippe Hurepel devenu en 1216 par mariage comte de Boulogne puis en 1218 par apanage comte de Clermont, qualifié d'« honneur de la Picardie ». Ces deux villes en sont effectivement les portes nord et sud. Quelques années plus tard, en 1248, il réapparait sous la plume de Guillaume de Nangis.
Le terme devait être entré récemment dans l'usage et était dérivé du mot « picard », popularisé par la révolte des étudiants de 1229. C'est ainsi que Matthieu Paris qualifie en effet dans sa Chronica Maiora écrite vraisemblablement entre 1236 et 1248 les étudiants originaires de la région « voisine de la Flandre » dans son récit concernant cette année.
Le mot signifie en picard « piocheur », au sens de laboureur. Les Parisiens appelaient « piocheurs » tous les agriculteurs vivant au nord des zones forestières du Senlisis et du Valois (où les paysans étaient bûcherons), et dans le Nord on appelait « Picards » tous ceux qui ne parlaient pas le flamand : Arras, Boulogne, Calais, Tournai étaient des villes « picardes ».
À Paris, le néologisme fit florès parce qu'il associait en un jeu de mots la pique et une province réputée pour sa hardiesse militaire (sa milice s'était illustrée à Bouvines en 1214, quelques années avant l'apparition du mot). Il perdura dans ce sens les siècles suivants à cause du caractère montré par les Picards, du genre « tête de pioche », dans leur attachement aux libertés communales acquises par les villes drapières défendues par une milice bourgeoise.
Les étudiants des diocèses de Beauvais, Noyon, Amiens, Laon, Arras, Thérouanne, Cambrai, Tournai ainsi qu'une partie des diocèses de Liège et d'Utrecht formaient à Paris, Orléans et Boulogne la « Nation picarde ». Celle-ci représentait les domaines linguistiques picard et flamand.
Géographie
La région Picardie regroupait administrativement trois départements : Aisne, Oise, Somme. Elle a pour régions limitrophes le Nord-Pas-de-Calais au nord, la Haute-Normandie à l'ouest, l'Île-de-France au sud et la Champagne-Ardenne à l'est. La préfecture est Amiens.
La Picardie s'étend aussi en Belgique aux villes de Tournai et Mouscron où l'on parle le picard tournaisien et non le ch'ti, ce dernier étant un des dialectes du picard à proprement parler.
Histoire
Resserrement des limites à partir de la Renaissance Les délimitations du gouvernement de Picardie du ne correspondent pas à celles des trois départements composant l'ex Picardie administrative de 1960 (voir Anciennes provinces de France). Seuls la totalité de la Somme, le nord de l'Oise, le nord de l'Aisne (Vermandois, Thiérache) et la partie côtière du Pas-de-Calais, le Boulonnais, constituaient l'ancien gouvernement militaire puis civil à la fin du , dit Gouvernement général de Picardie, mais certaines parties (ex : Laonnois, Noyonnais, Beauvaisis...) avaient peu à peu été détachées au profit du gouvernement d'Île-de-France.. À cet ensemble s'ajoutaient quelques communes du département du Nord, certaines étant en bordure du département de la Somme de 1790, d'autres frontalières du département de l'Aisne de 1790.
En effet, la majorité de l'Oise (Beauvaisis, Valois, Vexin, ...) faisait partie du domaine royal du roi de France, c'est-à-dire l'Île-de-France. On y trouvait alors le Vexin français au sud-ouest (en opposition au Vexin normand), le Valois (au sud-est), le comté de Clermont (au centre), dans le nord-est de l'Oise et une fraction de l'Aisne relevait de l'évêché de Noyon. Dans l'Aisne, le Soissonnais et le Laonnois appartenaient aussi à la couronne (province d'Ile-de-France) tandis que l'extrême-sud (Brie) dépendait du comté de Champagne.vignette|upright=2|Les communes et départements actuels dans les limites de la Picardie du . L'Artois, récupéré sur les États bourguigons seulement en 1659 par le Traité des Pyrénées, était resté exclu de celle-ci. Historique
Le territoire du futur gouvernement de Picardie (constitué à la fin du ) vit au s'imposer par les armes la domination des cités belges (cf. sanctuaire de Ribemont) sur les armoricains refoulés dans ce qui deviendra la Lyonnaise III puis la Normandie. Sur ce territoire, vivaient des peuples belges de premier plan pendant la guerre des Gaules (Morins, Ambiens, Suessions, Vermands, Rèmes). Le territoire des futurs Picardie, Artois, Flandre constituait ce qui est désignéF. Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, , Hachette, Paris, 1934. par certains auteurs sous le nom de BelgiumI. Caesar, De bello gallico, V 12., cœur Rat, La Guerre des Gaules, , Garnier Flammarion, Paris, 1964. de la future province de la Gaule belgique (ou Belgique Seconde), étendue jusqu'à la Meuse, et noyau de l'alliance anti monarchisteE. Thévenot, Histoire des Gaulois, à 113, coll. Que sais-je ?, PUF, Paris, 1976. avec les EduensE. Thévenot, Histoire des Gaulois, & 115, coll. Que sais-je ?, PUF, Paris, 1976. plus ou moins en rivalité pour la suprématie (cf. Diviciac) avec l'état des Suessions associésI. Caesar, De bello gallico II 4. aux Rèmes, lesquels étaient peut être, compte tenu de l'ancienneté de leur implantation, non des Belges mais des Celtes. La seule cité des Bellovaques, le Beauvaisis, composait en effet au temps de César, si on se réfère à l'effectif militaire, un tiers de la population totale de la future province de Belgique.
À la fin de l'Empire ou au début du haut Moyen Âge, les territoires des futurs Picardie-Artois-Flandre font plus ou moins partie (les sources sont ténues) du duché de Dentelin dont le centre se trouvaitCh. Meriaux, « Thérouanne et jusqu'à la fin de l' carolingienne de diocèse de fils d'époque » in Tome 158, , Bibliothèque de l'école des Chartes, Paris, 2000. dans l'actuelle région Nord-Pas-de-Calais.
Au traité de Verdun de 843, les comtés de Boulogne, d'Arras, d'Amiens ... sont placés dans le royaume de Francie occidentale. À partir du , sa partie nord est occupée par la Bourgogne (entrevue de Péronne) puis, avec le Comté de Flandre, par l'Espagne.
vignette|gauche|La Picardie au premier sens du terme, zone romane ayant échappé à la germanisation de l'antique Belgique, avant qu'elle ne devienne une entité politique. Le premier témoignage du relatif à une langue picarde nous vient de Mathieu Paris. Celui-ci semble avoir toujours vécu au monastère de Saint-Albans, en Angleterre, où il termina sa chronique en 1235. À propos de l’année 1229, il rappelle les actes de violence impliquant des étudiants, qui ont conduit à la première grève de l’université [de Paris]. Il en désigne les responsables comme étant : « de partibus conterminis Flandriae, quos vulgariter Picardos appellamus » (des régions frontalières de la Flandre, que nous appelons communément Picard).
Nous devons à Barthélemy l'Anglais (franciscain anglais qui étudia à Paris vers 1220-1230), la première mention concernant la géographie relative à une langue picarde dans son De proprietatibus rerumlivre XV Des Propriétés des choses (« Liber de proprietatibus rerum », écrit de 1230 à 1240 qu’il termina vers 1240. Le livre XV (consacré à la géographie) décrit une grande diversité de régions selon l’ordre alphabétique des toponymes. La Picardia y est présentée comme une province de la Gaule belge comprenant les villes de Beauvais, Amiens, Arras, Thérouanne et Tournai, et elle s’étend depuis le Rhin jusqu’à la mer. Elle se subdivise en deux : la haute Picardie qui jouxte la France, et la basse qui touche la Flandre et le Brabant. Il note comme dernière caractéristique que ses habitants parlent un « idiomatis grossi magis aliarum Galliae nationum », une langue plus rude que celle des autres nations de FranceSerge Lusignan, Diane Gervais, « Picard » et « Picardie », espace linguistique et structures sociopolitiques, août 2008.. Il dit que d'après la description des pays par Erodoc (parfois orthographié Erodocus ou Erodoccs) la picardie est .
vignette|La Picardie, partie « de la Belgique », en 1592. Au moment du massacre de la Saint-Barthélemy (août-), le gouverneur Longueville y empêche le massacre des protestants, . Au début de la guerre de la Ligue, l'exemple de Montmorency-Thoré qui prend Senlis (1589), pousse les nobles picards à s’engager dans l’armée royaleMiquel, , alors que le roi Henri III n’a pratiquement plus de soutiens.
La fidélité des Picards à la famille régnante sera notamment récompensée dans le cadre des défilés militaires où le régiment Royal Picardie est en première place.
Jusque sous , le gouvernement militaire de Picardie constitue les limites nord du royaume de France. Le Roi Soleil étendra jusqu'à la Flandre royale les nouvelles frontières du gouvernement militaire de Picardie et d'Artois avec la prise de Lille en 1667.
La Picardie, du fait de sa situation géographique, fut souvent une terre de champs de bataille et le chemin des invasions.
Les deux guerres mondiales de 1914-1918 et de 1939-1945 y laissèrent de nombreuses traces qui constituent désormais un patrimoine historique parcouru par les touristes du monde entier (notamment : australiens et anglais pour la Grande Guerre de 1914-1918).
135 px|vignette|gauche|Armoiries des comtes de Clermont vignette|130 px|gauche|Comtes de Vermandois : échiqueté d'or et d'azur. thumb|130 px|left|Abbeville : d'azur à trois bandes d'or, bordé de gueules et au chef de France vignette|upright=0.7|130 px|gauche|Le blason de la « Nation Picarde », c'est-à-dire la réunion des collèges enseignant en latin mais aussi en picard, au sein de l'Université de Paris après 1670. vignette|130 px|gauche|Le Royal Picardie : de gueules à la croix d'argent traversante.
Blasons