Le système phonologique décrit ici est celui de l'arabe classique « théorique » ; l'arabe, en effet, n'est pas prononcé uniformément d'un pays à l'autre, tant s'en faut. Les faits de langues concernant les prononciations dialectales seront cependant signalés. Ces différences se retrouvent dans les différents cours et vidéos en ligne disponiblesExemple de prononciation de l'alphabet par clavierenarable.org sur YoutubeVoir fichiers sonores 35 et 38 pour la lettre associés à « L’Écriture arabe en 50 fiches », Mohammad Bakri, CNDRPExemples de prononciation en MP3 sur nicoweb.com. Pour une description de l'alphabet et des règles d'écriture, consulter Alphabet arabe. vignette|Les variétés de la langue arabe à travers le monde.

Système de syllabes

Rôle sémantique des consonnes

vignette|upright=2|Folio de Coran. L'écriture coufique ne note que le squelette consonantique ; et les points diacritiques des consonnes étaient initialement absents.

L'arabe est une langue sémitique, type de langue pour lequel les consonnes sont fondamentales. La sémantique est avant tout portée par le squelette formé par les consonnes des mots ; de leur côté les voyelles sont peu variées et indiquent, par rapport à ce squelette de consonnes, des variations grammaticales, ou des variations sémantiques au sein d'une même famille de mots. Ceci explique que les voyelles faibles peuvent souvent être élidées dans le discours parlé, que ce soit à l'intérieur des mots, ou dans les suffixes grammaticaux. Mais inversement, ces voyelles même faibles sont fondamentales pour comprendre la grammaire et l'orthographe de l'arabe classique.

Même si la consonne est fondamentale sur le plan sémantique, cette « articulation » qu'elle fournit sur le plan phonétique ne peut exister qu'en étant « mise en mouvement » par une voyelle, dont l'existence est souvent implicite dans les langues à alphabet consonantique, mais qui n'en sont pas moins indispensables à la prononciation : . De base, la syllabe arabe se compose ainsi pour l'oral de deux éléments fondamentaux : La consonne, explicitement marquée, et qui porte la sémantique ; La voyelle, généralement implicite, qui permet de « mettre en mouvement » cette consonne à l'audition. Elle n'est généralement notée (quand elle l'est) que par un diacritique, et par défaut se réduit à un faible shewa indéterminé, noté « a » ou « e ».

Syllabes courtes et longues

Dans ce système essentiellement consonantique, il ne peut pas y avoir de voyelle « nue » ; une voyelle se rattache toujours à une consonne initiale. Ensuite, la voyelle étant émise, elle peut s'éteindre sans complément, ou au moyen d'une « consonne » secondaire servant d'arrêt ou de complément. L'arabe distingue ici entre les « syllabes courtes », formées simplement par une consonne et une voyelle, et les « syllabes longues », qui sont fermées par une « consonne » secondaire. En outre, une syllabe peut être « longue » parce que la voyelle émise porte elle-même un accent de durée.

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Les syllabes en arabe seront finalement de trois types : Syllabes courtes, ouvertes, formées d'une consonne suivie d'une voyelle courte ; Syllabes longues fermée par une consonne « normale », sans voyelle propre ; dans ce cas la consonne est rattachée à la syllabe qui la précède. Syllabes à voyelle longue, considérées comme fermées par une « lettre de prolongation », qui donne un caractère allongé à la voyelle qui précède, et s'accorde à cette voyelle : ya ﻱ pour prolonger un « i » ; waw ﻭ pour un « u », et alif ﺍ pour un « a ».

La syllabe « fermée », ou « artificielle », est formée d’une consonne, de la voyelle attachée, et d’une autre consonne qui ne porte aucune voyelle mais un signe (ــْـ) nommé « djezma » (جَزْم), dont le nom signifie séparation ou césure. On le nomme aussi soukoun (سـُكـُون), c’est-à-dire repos. Une lettre marquée d’un djezma est dite « en repos » ou « quiescente ».. De ce fait, dans l’enchaînement de syllabes, le djezma ne reflète pas réellement la succession de deux consonnes, mais bien l’enchaînement d’une syllabe fermée avec la suivante : « djezma » est formé de deux syllabes « djez-ma » séparés par une césure ou un repos. Le djezma peut être considéré comme le signe d’une voyelle intercalaire très brève. Lorsqu’une consonne marquée d’un djezma (ــْـ) est suivie d’un son simple, c’est-à-dire d’un alif hamzé ٲ mû par une voyelle, il ne faut pas joindre le son avec la consonne qui le précède, mais il faut le prononcer comme s’il y avait, après cette consonne, un « e » très bref. Ainsi les mots قـُرْءَان, يَسْأَلُ, شَيْـًٔا, doivent être prononcés kor-ânon, yés-alou, schéy-an, et non pas ko-rânon, yé-salou, sché-yan.

Voyelles absentes ou sans support

La structure syllabique stricte de l'arabe, strictement limitée à ces trois types de syllabes, impose des contraintes sur l'écriture et la grammaire :

Attaque vocalique et hamza : Les mots qui commencent apparemment par une voyelle sont en réalité mis en mouvement par une consonne minimale dite « attaque vocalique » ou « occlusive glottale », consonne faible voire très faible, notée hamza (ــٔـ). Cette « attaque vocalique » est en français celle qui fait la différence entre « océane » (sans attaque) et « oh ! c'est Anne » (avec une réattaque vocalique devant « Anne » si on le prononce sans liaison). C'est le même son qui est prononcé en allemand devant une voyelle initiale et que les germanophones appellent .

De même, lorsqu'à l'intérieur d'un mot deux voyelles se font suite, elles sont toujours séparées par une hamza (ــٔـ) qui impose une diérèse, et décompose cette association en deux syllabes, séparées par la consonne faible de réattaque vocalique. Cette diérèse est plus marquée que celle qui en français fait la différence entre « poète » et « pouet ».

Il y a beaucoup de rapport entre la prononciation du ‘ain ع et celle du hamza ء, si ce n’est que le ع s’articule plus fortement. La figure même du hamza ء, qui n’est autre chose qu’un petit ‘ain ع, indique cette analogie. Toutefois le ‘ain est une consonne voisée, fricative putôt qu'occlusive, dont le son est très proche de celui du « r anglais ».

Consonne finale et sukun : Une consonne sans voyelle, notée par un sukun (ــْـ), ne peut se présenter qu'en fin de syllabe et derrière une voyelle courte. Il ne peut donc pas y avoir deux consonnes consécutives portant un sukun (ــْـ).

Un mot ne peut pas commencer par deux consonnes sans voyelle intermédiaire, comme en français pour le mot « spécial ». Lorsque cette configuration se présente (notamment à l'impératif), l'arabe rajoute systématiquement devant les deux consonnes une voyelle épenthétique courte (comme en français dans la prononciation « espéciale »), et cette voyelle doit elle-même être portée si nécessaire par une hamza instable. Dans les mots d’origine étrangère au commencement desquels il se trouve deux consonnes de suite, l’arabe ajoute avant la première un alif ا mû le plus souvent par un kesra (ــِـ) : c’est ainsi que du mot grec , « inclinaison (du ciel) » s'est formé le mot إِقْلــِـيم, et qu’en français les mots « esprit » et « écrire » dérivent du latin et . Par la même raison, dans la prononciation vulgaire, où la voyelle de la première syllabe d’un mot est souvent supprimée, on ajoute au commencement de ce mot un اِ (alif avec un kesra), lettre qui ne s’écrit pas mais qui se prononce.

Consonnes doubles et shadda : Les déclinaisons sémantiques forment fréquemment des termes dérivés au moyen d'un shadda (ــّـ), généralement interprétée comme un signe de gémination de la consonne. Cependant, il ne s'agit pas d'une « consonne double » ouvrant ou fermant une syllabe, puisqu'un shadda est l'équivalent d'une duplication de la consonne sans voyelle intermédiaire. Une consonne portant un shadda (ــّـ) ne peut donc se présenter qu'en fin de syllabe, et derrière une voyelle (normalement courte, mais il y a quelques exceptions). L'interprétation d'un shadda (ــّـ) est qu'il vient allonger la syllabe précédente en la fermant par une duplication de la consonne suivante. Dans le découpage syllabique, les deux occurrences de cette consonne appartiennent à des syllabes différentes, et un mot comme مُدَرِّسَة (mudarrisah, enseignante) se décompose en mu-dar-ri-sah.

Une lettre de prolongation fermant une syllabe, elle ne peut pas être suivie d'un sukun (ــْـ), ni d'un shadda (ــّـ) sauf cas particulier. Ce concours n’a lieu après une lettre de prolongation qu’au duel et au pluriel de l’aoriste et de l’impératif énergique, dans la onzième conjugaison et dans les dérivés des verbes sourds. ; quand de ces deux lettres, la première est une lettre de prolongation (c’est-à-dire un ا après un fatha (ــَـ), et théoriquement un و après un dhamma (ــُـ), ou un ي après un kesra (ــِـ)), que ces deux lettres ne sont pas radicales, et que la seconde est une consonne non écrite mais signalée par un teschdid (ــّـ), comme dans les mots مَادٌّ ou دَالٌّ.

Lettres faibles

Les trois « lettres faibles » sont ya ﻱ, qui correspond au « i » ; waw ﻭ qui correspond au « u », et alif ﺍ qui correspond au « a ». Ces lettres ا, و, ي, s’appellent « infirmes » parce qu’elles sont sujettes à diverses permutations que les grammairiens arabes regardent comme une espèce d’infirmité. Ces « lettres faibles » sont utilisées dans l'écriture pour noter une lettre de prolongation, chaque lettre faible notant la prolongation de la consonne correspondante, avec laquelle elle s'accorde. Dans ce rôle, la lettre de prolongation prend la place d'une consonne pour fermer la syllabe ; mais contrairement aux consonnes elle n'est pas marquée par un sukūn (ــْـ). Ces lettres faibles sont également utilisées dans l'écriture comme support de la hamza. Dans ce cas, le support s'accorde en fonction de son entourage vocalique. Il est généralement, par priorité, un ya si l'une ou l'autre des voyelles entourant la hamza est un « i », waw ﻭ s'il y a un « u », et un alif ﺍ s'il n'y a qu'un « a » ; mais la hamza est également écrite en ligne dans certains cas.

La « lettre faible », quand elle est un ya ﻱ ou un waw ﻭ, peut également jouer le rôle une consonne. En tant que consonne, la « lettre faible » correspond à la semi-voyelle Y pour ya ﻱ et W pour waw ﻭ. Il n'y a en effet pas de solution de continuité entre l'articulation faible d'un « i » et celle plus marquée d'un « y », ni entre le « ou » et le « w », de même qu'en français entre « l’iode » et « le yod ». En revanche, alif ﺍ n'est pas une consonne, et ne peut servir que de lettre de prolongation ou de support de hamza.

Mais la présence dans le squelette radical d'une semi-consonne —qui reste en même temps une semi-voyelle et reprend parfois son rôle de prolongation— induit des contraintes phonétiques et orthographiques. Ces lettres radicales particulières conduisent à des conjugaisons irrégulières, verbes « assimilés » dont la première radicale est un و, verbes « concaves » dont la deuxième radicale est une lettre faible, et verbes « défectueux » dont la troisième radicale est faible. La lettre faible peut par exemple clore la syllabe qui précède, mais uniquement si cette syllabe est « mise en mouvement » par un « a » neutre, ou par sa voyelle homologue (« i » pour ya ﻱ et « u » pour waw ﻭ - auquel cas elle est une lettre de prolongation). Les finales longues de type « ay » ou « aw » existent donc, et sont qualifiées de diphtongues ; mais les croisements entre extrêmes de type « iw » ou « uy » sont impossibles. Ces lettres sont dites « mobiles » dans leur rôle de lettre de prolongation parce que lorsque, privées de voyelle (c'est-à-dire en position de recevoir un sukun ــْـ), elles sont précédées par une voyelle qui n'est pas leur analogue, elles se changent en la lettre qui est l'analogue de la voyelle qui les précède, et subissent par conséquent son influence.