Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, plus communément surnommé prix Nobel d'économie, est une distinction qui récompense chaque année une ou plusieurs personnes pour leur contribution exceptionnelle dans le domaine des sciences économiques.
Créé et doté par la Banque de Suède en 1968, à l'occasion de son , le prix est décerné pour la première fois en 1969. C'est le seul prix géré par la fondation Nobel qui n'a pas été créé par le testament d'Alfred Nobel. Il suit néanmoins les mêmes règles que les prix Nobel, et est également remis par le roi de Suède le . Comme les prix de physique et de chimie, il est décerné par l'Académie royale des sciences de Suède.
La dotation monétaire du prix en 2018 s'élève à neuf millions de couronnes suédoises, soit environ neuf cent mille euros.
Origine
L'idée d'un nouveau prix Nobel vient de Per Åsbrink, gouverneur de la Banque de Suède, l'une des plus anciennes banques centrales du monde. Dans le cadre de la préparation du tricentenaire de la Banque, il crée une fondation pour la recherche, la fondation du jubilé de la Banque de Suède, et propose à son conseiller économique, Assar Lindbeck, ainsi qu'aux économistes et Gunnar Myrdal, de réfléchir à l'élaboration d'un prix Assar Lindbeck, The Prize in Economic Science in Memory of Alfred Nobel, Journal of Economic Literature, 23:1, mars 1985, , lire en ligne sur JSTOR..
La Banque contacte ensuite la fondation Nobel, et l'Académie royale des sciences de Suède, qui était déjà responsable de l'attribution des prix de physique et chimie. Certains membres de l'Académie émettent des réserves quant à l'aspect suffisamment scientifique de l'économie, mais Lundberg et surtout Myrdal (qui sont également membres) finissent par convaincre l'Académie entière. En , la banque centrale, la fondation Nobel et l'Académie tombent d'accord sur les règles d'attribution du prix, et le bureau de la Banque centrale décide alors de le fonder officiellement. Ces règles sont codifiées par le gouvernement suédois en .
Le premier comité est composé de Bertil Ohlin (président du comité, ), d’Erik Lundberg de la Stockholm School of Economics, d’Ingvar Svennilson de l’université de Stockholm, de Herman Wold de l’université d'Uppsala et de l’université de Göteborg, et d’Assar Lindbeck de l’université de Stockholm.
Attribution du prix Choix des lauréats Le processus de sélection du lauréat et le montant du prix attribué sont identiques à ceux des autres prix Nobel..
Chaque année, l'Académie royale des sciences de Suède invite des personnalités qualifiées à envoyer leurs nominations. Ces personnes comprennent les membres de l'Académie des sciences, les membres du comité de sélection du prix, les lauréats passés, les professeurs titulaires dans les sujets concernés, en Suède, ainsi qu'au Danemark, en Finlande, en Islande, et en Norvège, les professeurs titulaires de chaires correspondantes dans au moins six universités choisies chaque année par l'Académie ainsi que d'autres chercheurs invités par l'Académie Paul Walker, Sveriges Riksbank (Bank of Sweden) Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel, lire en ligne..
Deux à trois cents nominations sont envoyées, qui correspondent à une centaine de candidats distincts Assar Lindbeck, The Sveriges Riksbank (Bank of Sweden) Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel 1969-2004, lire en ligne.. Les candidatures sont ensuite évaluées par un comité de cinq à huit membres (dont deux non-économistes), qui soumet son choix au département de sciences sociales de l'Académie pour approbation. L'Académie entière adopte la liste finale début octobre après avoir désigné les lauréats par un vote à la majorité, le résultat étant annoncé le jour même Nomination and Selection of the Laureates in Economics, nobelprize.org..
Comme pour les autres prix Nobel, un maximum de trois personnes peuvent partager le prix, et elles doivent être vivantes au moment de l'annonceEn 1996, William Vickrey mourut trois jours après l'annonce de son prix, dont la remise fut posthume..
Dotation La dotation monétaire du prix est la même que celle des prix Nobel. À l'inverse de ceux-ci, dont la dotation provient des rendements du capital laissé à cet effet par Alfred Nobel, la dotation du prix en sciences économiques est financée par la Banque centrale de Suède. Le montant de la dotation évolue régulièrement en fonction du rendement des placements, et s'élève à neuf millions de couronnes suédoises en 2018, soit environ neuf cent mille eurosLa fondation Nobel relève la dotation de ses prix.Montant des récompenses..
Un prix parfois contesté Bien que ce prix soit la récompense la plus prestigieuse en économie, notamment par sa médiatisation et sa reconnaissance dans le monde académique, l'attribution de ce prix fait l'objet de certaines controverses au sein de certains milieux, notamment quant à son appellation de "prix Nobel d'économie", ou quant à l'attribution d'un prix en économie par l’Académie royale des sciences de Suède, Alfred Nobel n'ayant jamais fait mention de son intention de récompenser l'économie et disait n'avoir ..
Le choix des lauréats est lui aussi régulièrement critiqué par les milieux de l'économie « hétérodoxe » pour avoir très majoritairement distingué des économistes mainstreams. et américains (80 % des récipiendaires). De 1969 à 2016, sur 76 lauréats, 28 sont effectivement rattachés à l’école de Chicago, accusée d'être d'orientation néolibérale, soit 37 % du total. Friedrich Hayek, un des rares économistes hétérodoxes à avoir reçu le prix, et lauréat en 1974 en même temps que Myrdal, a déclaré par ailleurs que si on lui avait demandé son avis sur le prix, il aurait « fermement déconseillé » la création de ce dernier, « aucun homme ne devant être ainsi désigné comme une référence sur un sujet aussi complexe que l'économie ». Depuis la création du prix, trois femmes ont en été lauréates, Elinor Ostrom en 2009, Esther Duflo en 2019 et Claudia Goldin en 2023.
L'académie royale des sciences a décidé en 1995 d'étendre le champ d'application du prix, d'une part en modifiant la composition du comité de sélection (deux non-économistes sur les cinq à huit membres), d'autre part en acceptant les candidatures relevant des sciences politiques, de la psychologie, ou de la sociologie, ayant un impact sur l'économie. Ainsi, parmi les lauréats récents, Daniel Kahneman et Robert J. Aumann ne sont pas économistes. Cela faisait suite aux critiques selon lesquelles, même si, dans les premières années de son existence, le prix avait récompensé les théoriciens de premier plan des années 1970 et 1980, il manquait peut-être de champ pour justifier la remise annuelle d'un prix supposé récompenser des avancées essentielles.
Pour et Gabriel Söderberg, historiens de l'économie, Per Åsbrink aurait été soutenu par les milieux d'affaires et se serait opposé au gouvernement social-démocrate qui entendait utiliser le crédit pour favoriser l’emploi et le logement, et préconisait plutôt de s'orienter vers la lutte contre l'inflation. La création du prix lui aurait permis selon ces auteurs de susciter un intérêt médiatique et ainsi d’accroître son influence au détriment des idées sociales-démocrates..
Statistiques
En 2024, en comptant les prix décernés de 1969 à 2024, la répartition des prix à 96 personnes en fonction de la nationalité des lauréats au moment de la récompense met les États-Unis, avec 62 lauréats, en tête, avec 64 % des prix. Suivent le Royaume-Uni avec huit lauréats, la Franceen comptant Gérard Debreu, qui a été naturalisé américain. avec quatre lauréats, la Norvège avec trois lauréats, la Suède, l’Inde et Israël avec deux récipiendaires, puis, avec chacun une récompense, le Canada, l’Allemagne, l’URSS, les Pays-Bas, la Finlande, Chypre et Sainte-Lucie..
Le nombre de récompenses, en 2024, s'élevait à 96 : 26 récompenses individuelles, 20 récompenses partagées entre deux lauréats et 10 récompenses partagées entre trois candidats, la dernière datant de 2024 (voir liste détaillée ci-dessous).
Les universités d'affiliation des chercheurs au moment de la récompense les plus distinguées sont par ordre d’importance : l’université de Chicago avec onze lauréats, le Massachusetts Institute of Technology avec dix lauréats, l’université de Princeton, l’université Harvard avec sept lauréats, l’université de Californie à Berkeley avec cinq lauréats, l’université de Cambridge, l’université Columbia, l’université Yale, l’université Stanford avec chacune quatre lauréats, l’université d'Oslo et l’université de New York avec deux lauréats. Puis ex æquo avec un lauréat l’université de Bonn, l’université Carnegie-Mellon de Norvège, l’École nationale supérieure des mines de Paris, l’université de Fribourg-en-Brisgau, l’université George Mason, l’Institut pour la gestion de l'économie nationale de Moscou, la Netherlands School of Economics, l’université d'Oxford, l’université de la Pennsylvanie, l’université de Stockholm, la Stockholm School of Business, l’université Washington à Saint-Louis, l’université de Californie à San Diego, la Carnegie Mellon, l’université de l'Arizona, l’université de Jérusalem, l’université du Maryland et l’université du Minnesota.
Elinor Ostrom est en 2009 la première femme à recevoir le prix Nobel d'économie.
Liste des lauréats
Années 1960
Année Nom Pays Université Domaines et motivation du prix 1969 Ragnar Anton Kittil Frisch Université d'Oslo Économétrie. Jan Tinbergen Université Érasme de Rotterdam
Années 1970
AnnéeNomPaysUniversitéDomaines et motivation du prix1970Paul SamuelsonMassachusetts Institute of TechnologyThéorie de l'équilibre général et partiel. 1971Simon KuznetsUniversité HarvardCroissance économique et histoire économique. 1972Sir John HicksKenneth ArrowAll Souls CollegeUniversité HarvardThéorie de l'équilibre général et Théorèmes du bien-être. 1973Wassily LeontiefUniversité HarvardAnalyse entrée-sortie. 1974Friedrich Von HayekGunnar MyrdalUniversité de Fribourg-en-BrisgauUniversité de New York Macroéconomie et économie institutionnelle. 1975Leonid KantorovitchTjalling Koopmans Académie des sciences de RussieUniversité YaleThéorie de l'allocation optimale des ressources. 1976Milton FriedmanUniversité de ChicagoMacroéconomie. 1977Bertil OhlinJames MeadeÉcole d'économie de StockholmUniversité de CambridgeÉconomie internationale. 1978Herbert SimonUniversité Carnegie-Mellon Sciences de gestion. 1979Theodore SchultzArthur Lewis Sainte-LucieUniversité de ChicagoUniversité de PrincetonÉconomie du développement.
Années 1980
AnnéeNomPaysUniversitéDomaine et motivation du prix1980Lawrence KleinUniversité de Pennsylvanie Macroéconomie. 1981James TobinUniversité YaleMacroéconomie. 1982George StiglerUniversité de ChicagoOrganisation industrielle. 1983Gérard Debreu / Université de Californie à Berkeley Théorie de l'équilibre général. 1984Richard StoneUniversité de Cambridge Comptabilité nationale. 1985Franco ModiglianiMassachusetts Institute of Technology Macroéconomie. 1986James BuchananCenter for study of Public Choice (Fairfax)Finances publiques. 1987Robert SolowMassachusetts Institute of TechnologyThéorie de la croissance économique. 1988Maurice AllaisÉcole polytechniqueÉcole des mines de ParisThéorie de l'équilibre général et partiel. 1989Trygve HaavelmoUniversité d'OsloÉconométrie.
Années 1990