vignette|Les armes de la ville du Havre se blasonnent ainsi : De gueules à la salamandre d'argent, couronnée d'or dans sa patience du même; au chef cousu d'azur chargé de trois fleurs de lis d'or; sur le tout un franc-canton de sable au lion d'or armé et lampassé de gueules.Devise: nutrisco et extinguo (« je soutiens et j’anéantis »).Ornements extérieurs : croix de la Légion d’honneur et Croix de guerre 1939-1945.Historique: Les armoiries du Havre datent de la fondation de la ville par François Ier, en 1517. Elles ont été modifiées en 1926 par l'ajout d'un franc-canton aux armes de la Belgique rappelant que le Havre fut le siège du gouvernement belge en exil pendant la Première Guerre mondiale..

vignette|Plan de la ville en 1530 (P.-F. Frissard, 1837, Archive municipales de la ville du havre).

Aujourd'hui l'histoire contemporaine de la ville du Havre est connue, notamment grâce au classement au patrimoine mondial de l'UNESCO du centre-ville, reconstruit après avoir été réduit en un tas de gravas la nuit du . Mais l'histoire du Havre, une ville portuaire du nord-ouest de la France située sur la rive droite de l'estuaire de la Seine dans le département de la Seine-Maritime et la région Normandie ne se résume pas à cela. Sa particularité est d'avoir été créée ex nihilo pendant l'Époque moderne, par volonté royale, dans un but précis : établir des relations commerciales avec le Nouveau Monde. Après un départ difficile (démographiquement, militairement et économiquement) la ville devient un des plus grands ports français par le développement du commerce avec l'Amérique. Malgré le coup d'arrêt de la période révolutionnaire (1789-1815), le port se développe encore avec une liaison transatlantique, notamment, grâce à l'essor des États-Unis. Néanmoins, la Seconde Guerre mondiale constitue un retour à zéro, qui se transforme en opportunité pour réaménager la ville avec un port agrandi - port qui s'éloigne de la ville -. Cependant le choc pétrolier de 1973 engendre une crise que le port doit encore surmonter face à des concurrents plus puissants (Anvers, Amsterdam, Hambourg, etc.).

Avant François vignette|droite|200px|Harfleur, dans l'agglomération du Havre, église et maisons à colombages

Quelques vestiges préhistoriques ont été exhumés dans l'estuaire et dans la forêt de Montgeon. : des objets de bronze du Néolithique ont été découverts à Graville. Le site du Grand Épouville a révélé des centaines d'outils datant du millénaire

Dès l’Antiquité, le trafic fluvial sur la Seine était en relation avec le dynamisme des cités de l’estuaire (port de Caracotinum, ancêtre d'Harfleur). Une voie romaine reliait sans doute Lillebonne (Iuliobona - Juliobona) à Sainte-Adresse (Chef de Caux) et passait par le territoire actuel de la commune du Havre. Plusieurs sépultures romaines ont été retrouvées sur la côte d'Ingouville. Dans la forêt de Montgeon, l'ancien bois des Hallates, les archéologues ont découvert un cimetière laténien et une nécropole romaine. Dans une chapelle du Prieuré improprement appelé l'abbaye de Graville, le sarcophage de sainte Honorine, long de deux mètres en craie du pays de Caux, a été redécouvert en 1867.

Pendant le Haut Moyen Âge, le port de l'Eure (ou Leurre) existait au sud-ouest d'Harfleur, sur la rive maritime de la Seine. Il servait d'abri aux navires en attendant la marée permettant d'entrer dans le port d'Harfleur. En 1040, Édouard le Confesseur réunit une importante flotte dans cet endroit. En 1339, le port de l'Eure fournit une flotte d'une quarantaine de navires à Philippe de Valois. On construit des fortifications qui n'empêchent pas sa destruction pendant la Guerre de Cent Ans. vignette|gauche|Embouchure de la Seine avant la fondation du Havre, au (P.-F. Frissard, 1837, Archives municipales du Havre).

Au Moyen Âge classique, Paris devient la capitale du royaume et surtout la ville la plus peuplée. Il faut alors approvisionner la métropole, et une partie du ravitaillement se fait par voie d’eau (produits pondéreux). Au , le port de Honfleur est créé, sur la rive sud de l’estuaire. Les navires trop chargés ne pouvant pas remonter la Seine, on utilise les avant-ports de Chef-de-Caux, Harfleur et Leurre. L’estuaire ne compte alors que quelques hameaux de pêcheurs et d’agriculteurs : Graville, Ingouville, hameau du Lieu-de-Grâce, Saint-Denis-Chef-de-Caux, Harfleur. Au , on dresse la chapelle de Notre-Dame-des-Neiges au sud du site. Le château de Tourneville est la propriété du seigneur de Graville. Dès le , existe l'église paroissiale de Saint-Julien de Rouelles, Saint-Denis de Sanvic, Saint-Michel d'Ingouville au .

Les raisons de la construction d’un nouveau port sont les suivantes : L'ensablement des autres ports de la Basse-Seine et l'augmentation du volume des navires. À la fin du , les ports de Rouen, Harfleur et Honfleur semblaient de plus en plus inadaptés pour faire face à l’augmentation du trafic maritime, notamment avec le Nouveau Monde. La nécessité d’un port d’allège était donc de plus en plus vive, notamment pour les Rouennais. La crainte d’un débarquement anglais. Les rois de France, mais surtout les populations locales, avaient peur de l'arrivée de la flotte anglaise en Seine (la Guerre de Cent ans ne s’est achevée qu’en 1453, son souvenir est encore vivace !). et avaient envoyé des experts chargés de trouver un endroit pour construire de nouvelles fortifications. Mais aucun projet ne fut réalisé. L'ouverture vers le Nouveau Monde et ses opportunités économiques. était préoccupé par ses engagements militaires (soutien à l’Écosse contre le roi d’Angleterre) et économiques. C’est lui qui fonde le port et la ville du Havre (Franciscopolis).

Le Havre au 1517, année de naissance du Havre vignette|170px|, roi de France

Guillaume Gouffier de Bonnivet, amiral de France, choisit le site d’implantation du nouveau port : le Havre de Grâce, en rive-droite de l'estuaire de la Seine. Il confie le projet à Guyon Le Roy, seigneur du Chillou, capitaine du port de Honfleur. L’avancée des travaux est retardée par l’instabilité du sol et les tempêtes. Mais dès octobre 1518, le port est utilisable et accueille ses premiers navires. Le , François signe la charte de fondation de la ville... La « grosse tour » en défend l’entréeLa tour François construite en pierre de Vernon, démolie entre 1859 et 1860 en raison de sa vétusté. Le site est entouré de marais, et il n’est pas question à l’origine de créer une ville dans ce milieu insalubre. Pourtant, sur l’initiative de Le Roy, François donne exemption de taille et de franc-salé aux futurs habitants du Havre. Les armes de la ville sont celles de François : une salamandre. Le roi se déplace lui-même en août 1520 et rend les privilèges du Havre (essentiellement le quartier Notre-Dame) perpétuels, essentiellement des exonérations d'impôts. En 1525, la « mâle marée » détruit les premières constructions, fait une centaine de victimes sur une population de .

Extrait du décret royal du : « avons fait chercher en la coste de Normandie et pays de Caux lieu sûr et convenable, et nous ayant été rapporté par vous et notables personnages, en ce exprimés et entendus, que le lieu de grâce soit le plus propre et le plus aise de ladicte coste et pays de Caux à faire havre auquel lesdics vaisseaux naviguant sur la Mer Océane (Océan Atlantique) puissent aisément arriver et seurement séjourner, et faire ledit havre en la forme qu’il appartient… »

Les fonctions du Havre au

Une base militaire En 1519, embarquent au Havre pour soutenir du Danemark contre les Suédois. En 1536, écossais débarquent au Havre pour aider François . En 1545, une grande flotte destinée à l'attaque de l'île de Wight avec se rassemble au Havre. Si par la suite, des constructions militaires eurent lieu à l'Arsenal dans le bassin du Roy, elles ne restaient pas basées au Havre mais allaient renforcer les flottes des cinq ports de guerre : Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, Toulon.

Un chantier naval C'est sous François que le premier chantier naval du Havre est ouvert en 1524.

La Grande Françoise, un des plus gros bateaux de l'époque, est construit dans la fosse de l'Eure hors du Havre intra-muros. Or, une fois terminé en 1533, il ne peut sortir en mer car il est trop gros, le tirant d'eau est trop élevé (). Il est donc démoli sur place.

Un port de pêche En janvier 1544, la Catherine quitte le port pour partir à la pêche de la morue vers Terre-Neuve et devient ainsi le premier Terre-neuvier de l'histoire. Au , Le Havre est l'un des premiers ports français pour la morue verte et le plus grand port morutier de Normandie avec armés pour Terre-Neuve en 1620.

En 1653 débute la pêche de la baleine, pêche abandonnée dès la fin du : pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg la flotte anglaise occupe la Manche, mettant quasiment fin à toute activité du port. Elle ne reprendra qu'au au cours duquel Le Havre deviendra le premier port français pour la pêche de la baleine. Le Havre-de-Grâce, avant de devenir un grand port de commerce, a été d'abord et avant tout un port de pêche.

Une base de départ des aventuriers En juin 1523, Giovanni da Verrazano part du Havre à bord de la Dauphine pour les Indes Occidentales et découvre le site de New York qu'il nomme Nouvelle Angoulême en hommage à François le commanditaire de l'expédition.

Le 12 juillet 1555, une expédition de dirigée par Villegagnon part du Havre pour fonder une colonie protestante au Brésil (Fort-Coligny). Aujourd’hui encore, une place des cannibales rappelle ces liens anciens avec le Nouveau Monde. D’autres convois de huguenots embarquent au Havre pour l’Amérique.

En février 1562, une expédition quitte le port du Havre en direction de la Floride. Elle est dirigée par Jean Ribault et René de Laudonnière, avec , en majorité des protestants.

À la fin du , le trafic avec le Nouveau Monde prend son essor et Le Havre voit arriver des produits américains comme des cuirs, du sucre et du tabac. Une des principaux acteurs de ce trafic est un Havrais explorateur et cartographe, Guillaume Le Testu (1509-1573) : un quai au Havre porte toujours son nom. D’autres figures de la Course et de l’exploration de l’Amérique passèrent par Le Havre : le capitaine Guillaume de Champaigne (années 1550-1580), le Normand Pierre Belain d'Esnambuc (1585-1637) qui prit possession de l’île antillaise de Saint-Christophe en 1626. Jacques Devaux est né au Havre ; il fut pilote et cartographe et en 1579 il explora la région de l’Amazone et fit des relevés des côtes américaines de 1585 à 1587.

Travaux pour une ville moderne vignette|Façade principale de sa construction (aboutissant en 1638), jusqu'au . En 1525, une tempête provoque la mort d'une centaine de personnes, la destruction de de pêche et de la chapelle Notre-Dame.. En 1532, la ville qui s'est développée autour du port baptisée "Françoise de Grâce", en l'honneur de François . En 1536, le père de Guillaume de Marceilles procède à la reconstruction, en bois avec un toit de chaume, de la chapelle Notre-Dame, à laquelle est ajointe une tour (qui existe toujours) dotée d'une flèche gothique en 1540; la chapelle suivait un axe nord-sud, et son portail nord, en mauvais état, constitue encore l'entrée de la tour de la cathédrale actuelle.

En 1541, confie le projet d’urbanisme et de fortification à l’architecte italien Girolamo Bellarmato. Celui-ci a les pleins pouvoirs et organise le quartier Saint-François selon des normes précises complètement inspirées du style renaissance (plan orthogonal, hauteur des maisons limitée). En 1551 débutent les travaux de l’église de la paroisse de Saint-François ; on attribue les plans originaux à l'architecte précédent, mais aucun document ne l'atteste.

François construit le premier établissement hospitalier : l’hôtel Dieu, qui fonctionne de 1556 à 1591. Celui-ci est suivi de la création d’un second hôpital en 1591 à proximité du bassin du roi. Il avait pour mission