Le four à bois, aussi appelé four à pain, est un four consacré à la cuisson des aliments (comme le pain, les pizzas, les viandes, les plats mijotés ou encore les gâteaux) grâce au feu de bois.
Élément caractéristique du patrimoine rural, ce four est situé dans presque tous les villages anciens d'Europe, notamment en France où il a une fonction collective. Cet édifice se situe également dans diverses autres régions du monde comme en Afrique (le tinzia et le tabun), en Amérique du Nord, en Asie (le tandoor indien) ou au Proche-Orient (le tannour).
Historique Le four apparait en Mésopotamie il y a environ 5 000 ans. Il était constitué d’une cloche en terre ou en torchis permettant à la pâte enfournée de cuire dessus et dessous.. Le bois étant le seul combustible de l’époque, cette invention s’appelle alors le four à bois..
Les Grecs ont amélioré le four égyptien en l’inclinant de sorte que l’ouverture soit à l’avant, puis en ajoutant une sole pour faire le feu et cuire les aliments.
Les Romains ont diffusé cette invention dans l’ensemble de la Rome antique, notamment en Gaule. Ils ont modifié sa conception en y ajoutant la brique de terre cuite.
Four à pain traditionnel en France vignette|gauche|upright|Paysanne enfournant son painJean-François Millet, 1854Otterlo, musée Kröller-Müller. Historique À l'époque féodale, selon les régions, le four à pain est parfois un privilège de seigneur (comte, archevêque) dont il tire profit en prélevant une taxe sur chaque cuisson (banalité). Ce droit seigneurial est généralement inféodé, moyennant redevance, aux boulangers appelés fourniers, les sujets du seigneur ayant l'obligation d'aller au four banal. Au Moyen Âge, les fours à pain semblent rares en France où les banalités sont sans doute très contraignantes, seuls quelques privilégiés, moyennant un cens, ayant la concession d'avoir un four familial.. . Lors des Croisades, certains seigneurs vendent leur droit de banalité aux communes pour couvrir les frais de leur voyage, ces dernières cédant ce droit aux boulangers qui vont se développer en corporations, notamment avec la guerre de Cent Ans qui voit le remplacement des fours seigneuriaux par des fours fieffés.. L'utilisation du four banal reste obligatoire jusqu'à la Révolution qui confère aux habitants le droit de cuire leur propre pain : le four banal devient communal ou est le plus souvent donné en fermage à des boulangers qui payent tous les ans une redevance aux consuls ou échevins et conservent un droit de fournage.. Certains habitants construisent leurs propres fours individuels mais la chauffe d'un four particulier est souvent considérée comme un gaspillage, sans compter les risques d'incendie lorsqu'ils sont intégrés dans les maisons en toit de chaume, aussi l'usage du four du boulanger reste privilégié.. Au , les fours à pain se multiplient dans les campagnes (four collectifFour collectif au centre du village, à la croisée des chemins ou sur le couderc communautaire, à l'écart des habitations. ou four individuel dans des fermes, en forme de dôme). Certains fours sont mêmes installés sous le manteau de la cheminée, dans le mur ou au centre de l'habitation.. L'existence d'un four rural de cette époque dans un bâtiment séparé suggère ainsi qu’il peut appartenir à plusieurs familles (c'est le fournil ou la boulangerie)..
Avec la multiplication des boulangeries dans les communes, ainsi que les facilités de transport, le déclin des fours de campagne s'amorce au . Durant la Seconde Guerre mondiale, à cause des restrictions alimentaires et de combustible, certains fours sont cependant restaurés pour servir de nouveau, car la mise en chauffe d’un four collectif demande moins de bois que plusieurs fours individuels. À cette même époque, certains boulangers bretons, pour court-circuiter les règlements du régime de Pétain, échangent directement, sans tickets de rationnement, le blé ou la farine contre du pain. La farine est livrée lors de la moisson et le pain distribué les mois suivants.. Pour en tenir le compte, le boulanger confectionnait une baguette de noisetier (bois qui servait par ailleurs à la cuisson) sur laquelle était symbolisée la quantité de pain à livrer ; puis elle était, tel le symbole grec, fendue en deux sur toute sa longueur : l'un des exemplaires restait à la boulangerie alors que l'autre passait aux mains de l'agriculteur. À chaque "achat" de pain, une marque était gravée sur les deux demi-baguettes, jusqu'à épuisement de la quantité prévue..
Après la Seconde Guerre mondiale, le déclin de ces fours est inéluctable. Les fournils devenus vétustes sont trop coûteux à entretenir (certains fermiers ne veulent pas payer pour le propriétaire). De plus, les chemins goudronnés permettent au boulanger de faire des tournées de pain dans plusieurs communes. À la fin du , dans le cadre de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine rural, .
Matériaux utilisés Selon les régions, les époques, et les ressources disponibles, les fours à bois sont réalisés avec différents matériaux. Certains sont conçus en pierres, d’autres en briques, en tuiles, en terre cuite ou encore en béton réfractaire..
En Normandie, il est courant de rencontrer des fours en brique naturelle non réfractaire, ce qui est suffisant pour cuire du pain. Pour faire une brique naturelle en argile (glaise), il faut la cuire à mille degrés au moins. Quand on chauffe un four à pain, la température de la voûte atteint facilement 500 degrés (mesurés au pyromètre infrarouge), la brique naturelle reste souple, elle se dilate sous l'effet de la chaleur sans casser..
Dans la vallée du Rhône, la carrière de Larnage, située en Drôme, fournit l’industrie de produits réfractaires depuis plusieurs siècles. Cette « Terre Blanche », composée de kaolin et de feldspath, offre une excellente résistance pyroscopique une fois cuite..
Anatomie des fours
Forme et taille Selon la quantité consommée et selon les moyens de chaque ferme qui pouvait disposer d'un four individuel, la forme, l'importance et l'implantation des fours a varié..
Éléments du four Bouche La bouche est l’ouverture du four par laquelle on introduit le bois de chauffe ainsi que les aliments destinés à être cuits. Elle permet également un apport d’oxygène durant la cuisson à feu ouvert et peut être fermée durant la cuisson sans flamme, à chaleur tombante..
Mortaises latérales
Sole La sole du four est la surface sur laquelle sont placés d'abord le bois de chauffage et ensuite les aliments..
Elle est réalisée avec un matériau réfractaire à base de silice, sous forme de fibres (par exemple deux couches de briques ou de carreaux ayant subi une cuisson très poussée, jointés à l'aide d'un mortier de terre, à savoir de la glaise mélangée à de l'eau) ou de la chaux mélangée à du sable.
Les coins sont toujours arrondis..
Socle Également appelé trumeau, c’est une construction qui sert de support au four et qui permet de l’élever à hauteur d’homme..
Voûte
La voûte du four est aussi dénommée chapelle. C’est l’espace du four dans lequel on réalise la chauffe ainsi que la cuisson des aliments..
La couverture
Avaloir C’est une ouverture située au-dessus de l’entrée du four qui permet l’évacuation des fumées de la chambre de cuisson..
Cheminée Aussi appelée départ de fumée, la cheminée est reliée à l’avaloir et permet d’évacuer les fumées à l’extérieur de l’enceinte du four..
Étapes de l'usage d'un four à pain Sélection du combustible vignette|upright|Fagots de bois. Il faut choisir un combustible calorifère : saule et peuplier le sont peu. Le noisetier est plus intéressant : c'est un bois peu utilisé par ailleurs et qui brûle rapidement en créant des flammes vives..
Le pin, le sapin, les bois traités ou peints ne conviennent pas car ils ont des odeurs trop fortes ou représentent des risques pour la santé.. D'une manière générale, les bois résineux ne sont pas recommandés car ils encrassent trop rapidement les cheminée, la résine ayant tendance à noircir le four et les conduits. Le chêne est intéressant et il est souvent utilisé mais il brule rapidement en créant des flammes vives qui ont tendance à trop chauffer..
Le frêne est un bois avec un bon équilibre, qui brule bien sans trop chauffer. C'est un bois privilégié pour chauffer le four..
Le taux d’humidité du bois est encore plus important que son essence. Un bois sec assure une combustion efficace, il est recommandé d’utiliser des bois comportant un taux d’humidité inférieur à 20 %..
Chauffage
Si le four est resté longtemps en inactivité, l'humidité s'est accumulée dans ses parois épaisses. La chauffe doit être très progressive pour éliminer cette humidité (risque d'effondrement) et au moins deux chauffes sans enfournement sont nécessaires pour éliminer l'humidité. Cette opération de montée en température progressive après une longue non-utilisation s'appelle le dérhumage..
On le chauffe en y faisant brûler du bois (notamment des fagots).
Voici quelques indicateurs signifiant que la température de cuisson (environ 300 degrés) est atteinte :
les pierres de la voûte sont devenues blanches en surface ; des étincelles se produisent lors du passage d'un bâton de bois sur la pierre ; si un épi de blé laissé une minute ou deux au milieu du four, porte ouverte, noircit, c'est que la température est trop haute. C'est à ce moment qu'on enfourne les tartes ou pizzas., porte ouverte et braises en place, la température à ce moment peut atteindre facilement 350 °C sur la sole, la cuisson est très rapide, quelques minutes tout au plus..
Décendrage Quand le four à pain est assez chaud, on retire les cendres à l'aide d'un instrument à décendrer (cet instrument revêt des formes très diverses selon les régions et porte aussi des noms variés, en Haute-Marne c'est un riaule ou riol, en Bretagne, c'est un rouable et en Franche-Comté c'est un rable), puis on retire les tisons..
La plupart des fours comportent un cendrier, simple trou dans le mur en bas à droite ou à gauche de la gueule du four. Les braises retirées du four sont mises dans le cendrier où elles achèvent de se consumer pour donner une cendre très fine, presque impalpable. C'est cette cendre qui était utilisée pour laver les draps : ceux-ci étaient mis dans le cuveau, en pierre ou en bois, souvent installé dans la chambre à four avec la cendre, une couche de draps, une couche de cendre jusqu'à remplir le cuveau et l'on tassait.. Il ne restait plus qu'à verser de l'eau bouillante pendant plusieurs heures, l'eau traversait les couches de drap, et s'écoulait par la bonde au bas du cuveau. Au bout de sept ou huit heures les draps propres étaient rincés dans la rivière et étalés sur le pré pour sécher. Les cendres peuvent servir à faire du savon ou la lessive..
À ce moment-là, il faut se dépêcher car le four est en train de (perdre par rayonnement la chaleur emmagasinée dans les parois)..
Il reste à terminer le nettoyage du four pour débarrasser la sole des cendres et petits morceaux de charbon restant. On peut utiliser pour cela un tissu humide (en toile de jute par exemple) accroché au bout d'un bâton, ou un balai en fibres végétales (humidifié pour éviter l'embrasement)..
On peut alors effectuer un dernier contrôle de température en déposant une feuille de papier journal sur la sole pendant quelques secondes : si elle brunit sans trop noircir ni s'enflammer, c'est que le four est à bonne température pour enfourner le pain. De nos jours, on utilise souvent un simple thermomètre de four qui affiche la température de l'air..
Enfournement