Le reggae est un genre musical issu du ska et du rocksteady. qui est né au début des années 1960 en Jamaïque dont il est l'une des expressions musicales les plus populaires. Le nom de cette musique est issu du titre d'une chanson de Toots and the Maytals intitulée Do the Reggay (1967). Le reggae devient mondialement connu dans les années 1970, dans le sillage du succès de Bob Marley., et s'impose comme un style musical porteur d'une culture qui lui est propre.

Alors que la mode du rocksteady, ancêtre du reggae, se termine en 1968., dès sa naissance, en Jamaïque, le reggae évolue et de nouveaux sous-genres émergent. Entre 1968 et 1970 émerge le early reggae (tempo rapide, dû aux influences du mento local encore très rythmé, prédominance de la basse). Entre 1970 et 1976 émerge le one-drop (tempo medium, rythme plus lent, temps fort de la caisse claire sur le ). Entre 1977 et 1980 émerge le rockers, parfois décliné stepper (avec les 4 temps frappés à la batterie, ainsi qu'une caisse claire très tonique). En 1981, c'est au tour du early dancehall ou rub-a-dub (tempo lent, prédominance de la basse et de la batterie avec balance entre un coup de grosse caisse sur le premier temps et un coup de caisse claire sur le troisième) puis en 1985 du raggamuffin ou early digital (rythmique rapide, entièrement composé sur boîte à rythmes). C'est à partir de 1973, avec le succès de Bob Marley and the Wailers puis d'autres groupes comme les Gladiators et Black Uhuru, que le reggae prend une dimension internationale. Dès lors, non seulement il continue à évoluer en Jamaïque, mais il reprend aussi son métissage à travers le monde.

Abordant des thèmes souvent liés à des questions politiques et sociales, le reggae s'est forgé une réputation de musique des opprimés.. Intimement lié au mouvement rastafari, lui-même né en Jamaïque, le reggae n'en est pas indissociable et est même rejeté par certains adeptes de cette foi.. Ayant pris une dimension mondiale, le reggae est désormais joué par des groupes d'origines diverses, est chanté dans une grande variété de langues et est composé de différents sous-genres. En 2018, l'UNESCO classe cette musique au patrimoine immatériel de l'Humanité..

Étymologie L'édition de 1967 du Dictionary of Jamaican English répertorie le reggae comme , comme dans rege-rege, un mot qui signifie ou 1967, Dictionary of Jamaican English.. Le reggae en tant que terme musical est apparu pour la première fois dans la chanson Do the Reggay de Toots and the Maytals qui a défini le genre en développement en lui donnant son nom.

L'historien du reggae Steve Barrow attribue à Clancy Eccles la modification du mot de patois jamaïcain streggae (fille de joie) en reggaeSur cette hypothèse, voir par exemple ... Cette étymologie est également fournie par le grand producteur de reggae Bunny Lee qui l'explique au musicien et musicologue spécialiste de la Jamaïque Bruno Blum dans le film , l'histoire du reggaeGet Up Stand Up, l'histoire du reggae, film documentaire diffusé sur Canal + en 1995., précisant que les radios n'avaient pas aimé le mot péjoratif . Cependant, Toots Hibbert a déclaré :

Bob Marley aurait affirmé que le mot reggae vient d'un terme espagnol désignant .. Les notes de couverture de , une compilation de reggae chrétien sur l'évangile, suggèrent que le mot « reggae » dérive du latin regi qui signifie .

D'autres explications existent, comme celle qui en fait la contraction des expressions , , en somme une musique faite pour selon Bob Marley. Selon d'autres sources, il serait la contraction et l'altération du terme anglais « raggamuffin » (littéralement )Télérama, 1979, , .. Une autre hypothèse suggère que « reggae » désignerait une tribu de langue bantou originaire du lac Tanganyika. Enfin, le guitariste de studio Hux Brown soutient que le terme « reggae » découlerait de la spécificité de son rythme « It's the description of the beat itself ». Cité par . On évoque encore une référence au ragtime : voir F. G. Cassidy et R. B. Le Page, A Dictionary of Jamaican English, University of the West Indies Press, 2003..

Histoire Origines vignette|gauche|Peter Tosh et son groupe sur scène en 1978.

Le reggae est lancé en Jamaïque à la fin des années 1960 dans un contexte de forte émulation entre petits producteurs de musique.. Il est le fruit de nombreuses rencontres et de métissages : évolution du ska puis du rocksteady, il trouve ses racines dans les rythmes et musiques blancs coloniaux qu'on faisait jouer aux esclaves (polka, mazurka, scottish, quadrille mais aussi musiques de types militaires avec fifres et tambours.) et dans les formes culturelles et musicales du comme le Kumina, le Junkanoo ou le Revival Zion qui se traduisent dans les musiques traditionnelles caribéennes (mento puis calypso).. Il est aussi très influencé par le rhythm and blues, le jazz et la soul music (la musique américaine est alors très en vogue en Jamaïque).

À ces influences s'ajoutent celles de musiques africaines, du mouvement rastafari et des chants nyabinghi, qui utilisent les tambours dérivés des cérémonies Buru afro-jamaïcaines. Ce métissage ne s'arrête pas là : de nos jours, nombre de styles de par le monde s'inspirent du style reggae, l'intègrent ou le reprennent. Le reggae est maintenant une musique universelle, comme le souhaitait son principal ambassadeur, Bob Marley.

vignette|Bunny Wailer, un des ambassadeurs majeurs du reggae à travers le monde, lors du Smile Jamaica Concert 2007.

La question de la paternité du reggae en tant que genre musical proprement dit fait l'objet de controverses, contrairement à celle du rocksteady : certains attribuent le premier disque de reggae aux Maytals avec Do the Reggay en . Cependant, si Toots est certes le premier à utiliser le mot dans une chanson, d'autres morceaux au tempo un peu plus rapide que le rocksteady ont déjà préfiguré le style au cours de l'année 1968. D'autres compositions se disputent le titre de premier reggae, dont le de Stranger Cole et Lester Sterling (pour Bunny Lee), le de Larry Marshall et Alvin (sous la direction de Jackie Mittoo, pour Studio One), la première version méconnue du de Bob Marley parue chez JAD et le des Beltones. de Lynford Anderson annonçait aussi en 1969 un nouveau style de rythme.

Cette première phase d'évolution du reggae, qualifiée de « période du early reggae », est caractérisée par un tempo plus rapide et l'accentuation du contretemps déjà présent dans le mento, le ska et le rocksteady. Puis le tempo ralentit, la basse se fait plus lourde encore, mais le reggae garde cette base rythmique basse avec batterie prédominante et ce mouvement chaloupé qui lui est propre. Lee « Scratch » Perry est également à l'origine d'un des premiers succès reggae de 1968, (interprété par les Pioneers, avec les jeunes frères Aston « Family Man » Barrett et Carlton Barrett à la basse/batterie), où il utilise une rythmique reggae. Scratch travaille alors pour Joe Gibbs et le quittera pour ne pas avoir été crédité pour son travail sur ce morceau. Il reprendra cet arrangement de basse/batterie à son compte et en fera son , un succès jamaïquain, en se lançant dans la production, avec son propre label Upsetter. Scratch utilise par la suite des pratiques innovantes qui transforment le reggae, comme l'introduction de bruitages (l'origine du sample). Il fonde également le studio Black Ark où seront enregistrés, entre autres, Bob et The Wailers, The Congos, Max Romeo et Junior Murvin.

Les premiers apparaissent en Jamaïque dans les années 1940. Il s'agit alors de sonos rudimentaires, parfois installées sur des camions qui parcourent l'île. Un est constitué d'un selecter, un programmateur qui choisit les musiques pour faire bouger, et du toaster (terme qui disparaît dans les milieux electro, techno ou hip-hop pour devenir MC) qui commente et anime la session du selecter au micro. Les premiers sound systems sont très rudimentaires : une platine vinyle, un amplificateur et deux enceintes. Tom Wong, alias Tom the Great Sebastian, Jamaïcain d'origine chinoise, est le premier à faire bouger les rues de Kingston au début des années 1950. Un autre sound system très connu est celui de Clement Seymor Dodd, alias Sir Coxsone Downbeat, qu'il monte en plein ghetto de Kingston. Il engage Count Matchuki (précurseur du rap et du beatboxing)... comme deejay. Le milieu des sound systems est très rude, et la concurrence féroce envoie souvent des hommes de mains saccager les sound : on arrache les étiquettes des disques, détruit le matériel (c'est pour cela par exemple que Coxsone engage Prince Buster, boxeur amateur, qui sauve d'ailleurs Lee Scratch Perry). Vers la fin des années 1950, le courant recule aux États-Unis et les selecter ont beaucoup de mal à s'approvisionner en disques. Ils se tournent alors vers l'industrie du disque locale. C'est à ce moment-là que Coxsone crée son propre label : le Studio One.

Le en France émerge au début des années 1980 dans les squats. Les premiers gros sound avec plus de cent personnes ont été organisés vers 1982 à l'église des Panoyaux, à Ménilmontant dans le de Paris, avec Ras Gugus et Papa Ange. La scène sound system française est, dans les années 2000, en pleine expansion, avec en chef de file des sound systems tels que Blackboard Jungle, Jah Wisdom, Legal Shot, Zion Gate, Soul Stereo, Jah Militant, Salomon Heritage, Lion Roots ou Chalice Sound. Des acteurs plus locaux, présents dans de nombreuses villes de France, sont également à l'origine de l'engouement du grand public pour ce type de soirée. Le sound système fait son apparition en Afrique du Sud vers la fin des années 1980. Les artistes du reggae utilisent ce canal pour soutenir la lutte contre le racisme dans leur pays. Senzo est un artiste de reggae qui utilise son style depuis les années 90 pour imposer sa musique reggae gospel..

Du reggae instrumental au dub

Le dub est un dérivé du reggae dont le nom signifie depuis 1968Bruno Blum, Le Rap est né en Jamaïque, Le Castor Astral, 2009.. Il prend ses racines dans l'ajout de solistes de jazz sur des rythmiques préenregistrées, comme The Return of Django de Val Bennett & the Upsetters, un succès britannique de 1968 produit par Lee Perry. Au début des années 1970, les ingénieurs du son King Tubby et Errol Thompson approfondissent significativement ce genre pionnier, le sophistiquant et le perfectionnant. King Tubby est un créateur important et très influent, qui enseigne ses pratiques à nombre de disciples, parmi lesquels King Jammy, Scientist et Lee « Scratch » Perry. À la fin des années 1980, le dub commence à influer de façon importante sur toute la musique populaire de danse mondialeBruno Blum, Le Reggae, Librio Musique, 2000., qui adopte le principe du remixage, né en JamaïqueBruno Blum, Bob Marley, le reggae et les rastas, Hors Collection, 2004..

Le travail des ingénieurs du son pratiquant le dub consiste à effectuer un remixage des morceaux présents sur la face A des de vinyle, et à les publier en face B ; la face A est donc le morceau original et la face B la version dub. Le style se caractérise alors par son accentuation rythmique, lourde et dépouillée, une basse et une batterie très présente. La voix disparaît le plus souvent. On y ajoute des effets comme des échos, de la réverbération et autres apparitions et disparitions de pistes. Ces variations instrumentales permettent aux toasters (disc jockeys du reggae) de développer leurs improvisations dans les soirées dansantes des . Cette nouvelle pratique est elle aussi pionnière. Elle s'exporte à New York et est à l'origine du rap américain. Le dub devient alors un style à part entière et se développe dans le monde entier de façon indépendante du reggae dont il est issu, .

Dub poetry