La grande-duchesse Tatiana Nikolaïevna de Russie (en ), née le ( du calendrier julien) à Peterhof et assassinée le à Iekaterinbourg, est un membre de la famille impériale de Russie. Elle est la deuxième fille de l'empereur Nicolas II et de l'impératrice Alexandra Feodorovna.
Biographie Enfance gauche|vignette|213x213px|La grande-duchesse Tatiana en 1904. La grande-duchesse Tatiana est née le au palais de Peterhof. C'est la seconde fille du tsar Nicolas II et de l'impératrice Alexandra Feodorovna. Elle pèse 3,9 kg à la naissance et le Dr Ott doit utiliser des forceps. Lorsqu'elle reprend conscience après l'accouchement, Alexandra voit les « visages anxieux et troublés » autour d'elle et pleure : « Mon Dieu, c'est encore une fille. Que dira la nation, que dira la nation ? ». Le grand-duc Constantin Constantinovitch écrit que « tout le monde était très déçu car ils espéraient avoir un fils ». Le grand-duc Georges Alexandrovitch, le frère cadet de Nicolas, lui déclare : « Je me préparais déjà à prendre ma retraite, mais ce ne sera pas le cas. ». Sous les lois pauliniennes, le trône impérial de Russie ne peut en effet pas être transmis à une femme à moins que toutes la lignée masculine légitime ne disparaisse. En tant que tel, l'héritier de Nicolas est donc son frère Georges, tant qu'il n'a pas de fils. Tatiana a une sœur aînée, la grande-duchesse Olga Nikolaïevna, deux sœurs cadettes, les grandes-duchesses Maria et Anastasia Nikolaïevna et un frère, le tsarévitch Alexis.
Le grand-duc Constantin Constantinovitch, écrit dans son journal le que le tsar aime l'idée de nommer ses filles Olga et Tatiana, tout comme les sœurs du célèbre roman Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine. Ses amis, sa famille et les domestiques l'appellent par son prénom et patronyme, ou par ses surnoms , , ou , plutôt que par son titre. D'après un récit, Tatiana, habituée à se faire appeler par son prénom, est déconcertée lorsque la baronne Sophie Buxhoeveden l'appelle , alors qu'elle est à la tête d'une réunion de charité. Elle lui aurait donné un coup de pied par-dessous la table en lui disant : . Tatiana est surnommée « la Gouvernante » du fait de son caractère déterminé et quelque peu autoritaire.
Tatiana est grande et mince, avec le teint foncé, des cheveux auburn et les yeux bleu-gris. Ses contemporains la décrivent comme une jeune fille élégante et elle est considérée comme la plus belle des filles du tsar par de nombreux courtisans.. Plusieurs de ses contemporains voient une ressemblance entre Tatiana et sa mère au même âge. .
Tout comme ses frère et sœurs, Tatiana est élevée dans une relative solitude à l'écart de la cour avec un certain sens de l'austérité. Elle et ses sœurs dorment sur des lits de camp, prennent des bains froids le matin, et, quand elles ont le temps, font du tricot et de la broderie. Elles font ensuite don de leur travail à des associations caritatives. La grande-duchesse possède une forte connexion spirituelle avec sa mère et est également sa fille préférée. Tatiana et sa sœur aînée, Olga, sont surnommées dans la famille. À l'instar de leurs deux jeunes sœurs, les deux filles partagent la même chambre à coucher et sont très proches l'une de l'autre.
Au cours du printemps de l'année 1901, Olga attrape la fièvre typhoïde et est mise en quarantaine à la nursery pendant plusieurs jours, loin des autres occupants. Lorsqu'elle commence à se rétablir, Tatiana reçoit la permission de rendre visite à sa sœur pendant cinq minutes, mais n'est pas capable de la reconnaître. Sa gouvernante, Margaretta Eagar, la persuade que la petite fille qu'elle venait de voir est bien sa sœur. Tatiana pleure alors et proteste que cette petite fille mince et pâle ne peut être sa sœur aînée. Son précepteur suisse, Pierre Gilliard, écrit que les deux sœurs se . gauche|vignette|271x271px|La grande-duchesse Tatiana en 1910. Pierre Gilliard écrit aussi que Tatiana est une jeune fille « équilibrée », mais moins ouverte et spontanée qu'Olga. Elle a aussi moins de capacités intellectuelles que sa sœur aînée, mais travaille plus dur et a beaucoup plus de projets que celle-ci. Le colonel Kobylinsky, gardien de la famille impériale pendant leur détention à Tsarkoïe-Selo et à Tobolsk, estime que Tatiana « n'avait aucun goût pour l'art » et que « peut-être il aurait été préférable pour elle d'avoir été un homme ». D'autres estiment que Tatiana a plus de talent pour s'habiller et pour se coiffer. Anna Vyroubova, amie intime de l'impératrice, écrit que Tatiana a un grand talent pour la couture, la broderie et le crochet et qu'elle coiffe sa mère mieux que n'importe quel coiffeur professionnel.
Tatiana, tout comme sa mère, est profondément croyante et lit souvent les Saintes Écritures. Elle étudie également des ouvrages de théologie et se penche souvent sur le sens profond de concepts tels que « le bien et le mal, la tristesse et le pardon, la destinée de l'homme sur la terre », etc. Elle décide que l'« on a raison de lutter, parce que le retour du Bien est mal préparé, et que le mal règne ». A. A. Mosolov, un officier de la Cour, dit que la nature réservée de Tatiana lui donne un caractère « difficile », mais avec plus de profondeur spirituelle que sa sœur Olga.. Son précepteur anglais, Sydney Gibbes, devenu plus tard prêtre orthodoxe russe, n'est pas d'accord avec cela, et estime que pour Tatiana, la religion est plus un devoir que quelque chose qu'elle ressent dans son cœur.
Relations avec Grigori Raspoutine vignette|240x240px|La famille impériale de Russie vers 1913. Tatiana, comme tous les membres de la famille impériale, souffre de voir le jeune héritier Alexis sujet à de violentes crises d'hémophilie qui manquent de lui faire perdre la vie à de nombreuses reprises. Tatiana, tout comme ses trois sœurs, est potentiellement porteuse du gène de l'hémophilie, transmis par leur mère qui l'a hérité de sa grand-mère, la reine Victoria du Royaume-Uni. Maria, sœur cadette de Tatiana, aurait eu une hémorragie, selon la sœur de Nicolas, la grande-duchesse Olga Alexandrovna, en lors d'une opération pour lui enlever les amygdales. Le médecin qui l'opère est tellement nerveux que l'impératrice doit l'obliger à continuer l'opération. D'après la grande-duchesse Olga Alexandrovna, ses quatre nièces saignent plus que la normale et elle pense qu'elles sont, tout comme leur mère, porteuses du gène de l'hémophilie.. En effet, les porteurs du gène de l'hémophilie, même s'ils ne sont pas eux-mêmes hémophiles, peuvent présenter une partie des symptômes de cette maladie.
La tsarine, désespérée par la maladie de son fils, demande conseil à Grigori Raspoutine, un paysan russe et starets ou « saint homme », qui réussit d'ailleurs à sauver la vie du tsarévitch plusieurs fois. Tatiana et ses frère et sœurs deviennent alors proches du starets, qu'ils surnomment « notre ami » et se confient parfois à lui. À l'automne 1907, la grande duchesse Olga Alexandrovna se fait escorter par son frère l'empereur à la nursery pour rencontrer Raspoutine. La grande-duchesse se rappelle que les enfants sont en chemises de nuit et sont à l'aise en présence de Raspoutine. L'amitié qu'éprouve Raspoutine pour les enfants impériaux est aussi évidente dans les lettres qu'il leur envoie. En , Raspoutine envoie un télégramme adressé aux enfants impériaux qui dit : « Aimez la nature que Dieu a créée, l'ensemble de sa création, en particulier cette terre. La mère de Dieu est toujours occupée avec des fleurs et des aiguilles ». À onze ans, Tatiana écrit une lettre demandant à Raspoutine de lui rendre visite en lui disant comme il est difficile de voir sa mère malade. « Mais vous savez, parce que vous savez tout », écrit-elle"Tanya's Diary". livadia.org. Retrieved on January 13..
Toutefois, l'une de leur gouvernante, Sophie Ivanovna Tioutcheva, est horrifiée que Raspoutine soit autorisé à accéder à la chambre des jeunes filles pendant qu'elles y dorment. Les relations entre les grandes-duchesses et Raspoutine sont innocentes à tout point de vue, mais l'empereur demande à Raspoutine de ne plus recommencer. La jeune Tatiana est consciente de la tension qui règne dans la pièce au moment où la gouvernante voit Raspoutine pénétrer dans sa chambre, et dit même à sa mère ce qu'a fait sa nourrice : « Je suis tellement effrayée que S.I (Sophie Ivanovna) puisse dire quelque chose de mal à propos de notre ami ». Le , Tatiana écrit à sa mère, « J'espère que notre gouvernante sera plus agréable avec notre ami maintenant ». Sophie Ivanovna Tioutcheva est finalement congédiée.
Sophie Ivanovna raconte son histoire aux autres membres de la famille et la sœur du tsar, la grande-duchesse Xenia, est horrifiée. Le , elle écrit dans son journal qu'elle n'arrive pas à comprendre que la famille impériale puisse considérer Raspoutine comme « presque saint », alors qu'Sophie Ivanovnaa Tioutcheva lui a dit que le starets a rendu visite aux grandes-duchesses Olga et Tatiana dans leur chambre, au moment où elles se préparaient à aller au lit. Il leur a parlé et leur a donné une « caresse ». Les filles cachent sa présence à leurs gouvernantes et sont effrayées de leur parler de Raspoutine. Maria Ivanovna Vichniakova, une autre gouvernante des enfants impériaux, est au début dévouée envers Raspoutine, mais plus tard elle est déçue par lui. Elle affirme même avoir été violée par lui en 1910. L'impératrice refuse de la croire et Maria Vichniakova raconte tout aux enquêteurs, affirmant que Raspoutine n'est pas un saint. La tsarine assure à la grande-duchesse Olga Alexandrovna qu'elle a immédiatement demandé une enquête, mais « ils ont surpris la jeune femme au lit avec un cosaque de la Garde impériale ». Maria Vichniakova est renvoyée en 1913.
left|thumb|150px|Les grandes-duchesses Olga et Tatiana en 1913.
Il est insinué dans la haute-société que Raspoutine aurait non seulement séduit la tsarine, mais aussi les quatre grandes-duchessesDes dessins à caractère pornographique représentant l'impératrice ayant des relations avec Raspoutine, avec en arrière-plan les quatre grandes-duchesses et Anna Vyroubova nues ont d'ailleurs circulé dans la société, alimentant les rumeurs les plus folles, cf: .. Au grand dam d'Alexandra, Nicolas II ordonne à Raspoutine de quitter Saint-Pétersbourg pendant un certain temps. Raspoutine se rend alors en pèlerinage en Terre Sainte. L'amitié de la famille impériale envers Raspoutine dure jusqu'à l'assassinat de celui-ci en 1916. Des rumeurs infondée circulent sur le fait que Tatiana aurait été présente lors du meurtre de Raspoutine le , « déguisée en lieutenant, afin de se venger de Raspoutine qui avait tenté de la violer ». On aurait aussi dit que Raspoutine a été castré devant Tatiana, écrit dans ses Mémoires Maurice Paléologue, l'ambassadeur de France en Russie, scandalisé par ces calomnies. Paléologue est horrifié par ces rumeurs, les attribuant à la haine que la population éprouve envers le prétendu starets. Dans ses Mémoires, A. A. Mordvinov indique que les quatre grandes-duchesses semblent « terriblement abattues et visiblement bouleversées » par le décès de Raspoutine. Mordinov signale que les jeunes filles sont tristes et qu'elles se rendent compte du contexte politique qui est sur le point de se déclencher. Tatiana assiste aux funérailles de Raspoutine, le . Il est enterré avec une icône signée au verso par Tatiana, sa mère et ses sœurs.
Tatiana écrit dans un carnet les paroles de Raspoutine, inspirées de la célèbre Épître de saint Paul : « La charité est lumière et n'a pas de fin. La charité est une grande souffrance. Elle ne mange pas, elle ne dort pas. Elle est mélangée à parts égales avec le péché. Et pourtant il est mieux d'aimer. En amour on peut se tromper. Si l'amour est fort, les amants sont heureux. La nature elle-même et le Seigneur leur donnent du bonheur. On peut demander au Seigneur de nous apprendre à aimer la lumière, de sorte que l'amour ne soit pas tourmenté, mais joyeux... ».
Première Guerre mondiale