vignette|Graphique démontrant la chute de population autochtone au Mexique au L'histoire démographique des Amérindiens est marquée par le contact entre l'Ancien et le Nouveau Monde, à partir du voyage de Christophe Colomb en 1492, qui a eu pour conséquence la colonisation européenne des Amériques. En quelques décennies, alors que l'immigration sur le continent américain en provenance d'Afrique et d'Eurasie n'a cessé de croître, la population indigène a été très majoritairement décimée.
L'étendue et les causes de cette baisse démographique sont difficiles à évaluer et ont fait l'objet d'un long débat universitaire, tout comme sa qualification de génocide.
Les données archéologiques et les documents coloniaux sur lesquels reposent les estimations de l'évolution de la population indigène, entre la fin de la période précolombienne et le début de la période coloniale, sont en effet trop lacunaires ou biaisés. Alors que la plupart des spécialistes, jusqu'à la première moitié du , estimaient que la population précolombienne, en 1492, s'approchait des de personnes, certaines estimations plus récentes dépassent les , et la plupart s'approchent au des .
Ce changement soudain a principalement été imputé d'une part aux violences (conflits contre les colons européens et entre ethnies autochtones, mauvais traitements, violence sociale structurelle du colonialisme) et d'autre part à des maladies exogènes (telles que la grippe, la peste bubonique ou pneumonique, la fièvre jaune, la variole, le paludisme) contre lesquelles les indigènes n'avaient pas développé la même immunité que les populations de l'Ancien Monde.
Questions méthodologiques Évaluer l'histoire de la démographie amérindienne met en jeu plusieurs difficultés : confiance à accorder aux chiffres anciennement avancés, choix de méthodologie de reconstitution des populations anciennes. Pour les données récentes, le principal écueil est celui de la définition de ce qu'est un amérindien. Choix et retraitement des données anciennes Les données les plus anciennes, issues des colonisateurs, conquérants ou missionnaires, et revues par des démographes, étaient non seulement incomplètes, mais aussi manipulées dans un objectif idéologique, afin de défendre une version plus acceptable ou au contraire moins acceptable de la colonisation ; selon l'historienne Élise Marienstras, la .
Définition d'un Amérindien Thornton relève qu'aux États-Unis, il peut exister six façons différentes d'être déclaré Amérindien : appartenance à une tribu indienne ; auto-déclaration, comme dans le cas du recensement ; reconnaissance par la communauté indienne, typiquement par d'autres Indiens ; reconnaissance par des non-Indiens ; définitions biologiques telles que le nombre d'ascendants ; définitions culturelles (« agir comme un Indien devrait »)..
S'il trouve la seconde méthode, auto-déclarative, la plus respectueuse vis-à-vis des Indiens, celle-ci pose toutefois quelques problèmes. Ainsi, dans « Les autochtones invisibles ou comment l’Argentine s’est « blanchie » », Sabine Kradolfer s'étonne que la communauté autochtone ait été déclarée quasiment disparue vers 1995, puis qu'en 2005, un journal titre « 56 % des Argentins ont des ancêtres autochtones ». Cela témoignerait d'un . Le cas de la renaissance des Ona - aussi appelés Selknam, une tribu exterminée à l'aube du - est d'autant plus symptomatique que la mort de la dernière des Selknam a été annoncée en 1999.
Époque précolombienne L'estimation de la population de l'Amérique avant l'arrivée de Christophe Colomb, décisive pour l'évolution démographique indigène à partir de la colonisation européenne du continent, a d'abord reposé sur les témoignages et mémoires des conquistadors et ecclésiastiques du , puis, à partir du , sur le recoupement des données de fouilles archéologiques de plus en plus nombreuses. Les documents indigènes sont rares : les Incas procédaient à des recensements périodiques des populations, mais les quipus conservés ne sont pas décryptables ; le document le plus intéressant pour le Mexique est le Codex Mendoza, rédigé en 1549, et qui liste les tributs versés à l'empereur des Aztèques en 1519.
La fiabilité des données est très insuffisante pour que les estimations soient précises. Les témoignages de l'époque coloniale sont suspects d'être biaisés par les intérêts des auteurs à surestimer ou sous-estimer certaines valeurs, ainsi que par leur manque de méthodologie et de moyens ; les résultats des fouilles archéologiques sont trop incomplets pour être fiables, parce qu'il faut les généraliser, extrapoler exagérément en appliquant les données locales à des contextes différents. De ce fait, après des décennies de recherche, l'historien a évalué que la marge d'erreur des estimations était comprise entre 30 et 50 % ; , historien américain, estime pour sa part qu'il est absolument impossible d'évaluer précisément la population précolombienne de l'Amérique David Henige, Numbers from Nowhere: The American Indian Contact Population Debate, University of Oklahoma Press, 1998..
L'absence de données fiables a conduit à une grande variabilité des estimations, en fonction des méthodologies employées, de 8 à d'individus Noble David Cook, « The Columbian Exchange », in The Cambridge World History: The construction of a global world, 1400-1800 CE, vol. 6, 2015, p.130.. Pour l'Amérique du Nord, les estimations varient d'environ 1 à .
, selon Noble David Cook, spécialiste de la question, la plupart des spécialistes acceptent l'estimation de William Denevan (1992) de d'indigènes en 1492 William M. Denevan, The Native Population of the Americas in 1492, seconde édition révisée, 1992., et considèrent que sa marge d'erreur est de 20 %, ce qui donne des valeurs extrêmes de 43 et .
+ Tableau comparatif des estimationsde la population précolombienne(en milliers d'habitants)AuteurDateÉtats-Unis etCanadaMexiqueAmériquecentraleCaraïbesAndesTerres bassesd'Amérique du SudTotal Sapper. 1924 - - - - - - - Kroeber Alfred Louis Kroeber, Cultural and Natural Areas of Native North America, University of California Press.Kroeber inclut seulement le Honduras et le Nicaragua dans l'Amérique centrale ; il inclut le Guatemala et le Salvador au Mexique, et le Costa Rica et le Panama aux terres basses sudaméricaines. 1939 900 100 200 Steward James H. Steward, « The Native population of South America » in Handbook of South American Indians, tome V, Bureau of American Ethnology Bulletin, . 1949 740 220 Rosenblat Ángel Rosenblat, Población indígena y el mestizaje en América, Nova 1954 800 300 Dobyns , « Estimating aboriginal population: an appraisal of techniques with a new hemispheric estimate », in Current Anthropology, 7, n°4, octobre 1966, . 1966 - - - 440-550 - - -Denevan1992 AlchonSuzanne Austin Alchon, A Pest in the Land: New World Epidemics in a Global Perspective, University of New Mexico Press, p.147-172. 2003 - - - - - -
Époque coloniale
La colonisation de l'Amérique par les Européens a causé une forte baisse démographique de la population indigène. Son étendue ainsi que sa qualification de génocide ont fait l'objet d'un long débat universitaire.
Elle a principalement été imputée d'une part aux violences (conflits contre les colons européens et entre ethnies autochtones, mauvais traitements, violence sociale structurelle du colonialisme) et d'autre part à des maladies exogènes (telles que la grippe, la peste bubonique ou pneumonique, la fièvre jaune, la variole, le paludisme) contre lesquelles les indigènes n'avaient pas développé d'immunité.
Choc viral et bactérien
Sans pouvoir préciser avec certitude l'ampleur de l'impact des maladies infectieuses chez les Amérindiens, le taux de mortalité aurait atteint 90 % pour certaines populations durement affectées. Les Amérindiens, qui n'étaient pas immunisés contre des virus et maladies comme la coqueluche, la rougeole ou la variole qui sévissaient depuis des millénaires dans l'Ancien Monde, auraient été foudroyés par des épidémies plusieurs décennies avant que des colons n'arrivent dans des territoires ayant ainsi perdu leur population autochtone. Le processus a commencé dès les années 1500 et a emporté des centaines de milliers de vies.
En 1520 et 1521, une épidémie de variole toucha les habitants de Tenochtitlan et fut l’un des principaux facteurs de la chute de la ville au moment du siège. En effet, on estime entre 10 et 50 % la part de la population de la cité qui serait morte à cause de cette maladie en deux semaines. Deux autres épidémies affectèrent la vallée de Mexico : la variole en 1545-1548 et le typhus en 1576-1581. Les Espagnols, pour compenser la diminution de la population, ont rassemblé les survivants des petites villes de la vallée de Mexico dans de plus grandes cités. Cette migration a brisé le pouvoir des classes supérieures, mais n’a pas dissous la cohésion de la société indigène dans un Mexique plus grand.
Selon CalvoCalvo, Op. Cit. Colonización española y despoblación de las comunidades indígenas (la catástrofe demográfica entre los indios de Michoacán en el siglo XVI, según las Relaciones geográficas de las Indias 1579-1582) de l'ouvrage "Movimientos de población en el occidente de México" de Thomas Calvo y Gustavo López, 2019, par le Centre d'études mexicaines et centraméricaines CEMCA, les épidémies de variole, de typhus, de grippe, de diphtérie de rougeole, de peste auraient tué entre 50 et 66 % de la population indigène selon les régions d'Amérique latine.
En 1617-1619, une épidémie de peste bubonique ravage la Nouvelle-Angleterre. Le bilan de ces épidémies est difficile à donner avec exactitude. Les sources sont inexistantes et les historiens ne sont pas d'accord sur les estimations. Certains avancent d'Amérindiens pour tout le continent ; d'autres pensent plutôt à , dont 10 pour l'Amérique du Nord. Le continent américain entier (de l'Alaska au Cap Horn) aurait abrité environ d'habitants en 1492 ; pour comparaison, il y avait de Français au . Les chiffres avancés pour le territoire des États-Unis d'aujourd'hui sont compris entre 7 et d'habitants. Environ peuplaient la côte Est de cet espace. Ils ne sont plus que au début du . Dans l'Empire espagnol, la mortalité des Amérindiens était telle qu'elle fut l'un des motifs de la traite des Noirs, mise en œuvre pour importer dans le « Nouveau Monde » de la main-d'œuvre pour les mines et les plantations.
Des traces de cette hécatombe ont été révélées en 2018 par des études environnementales. D'après une étude menée par quatre géographes de l'University College de Londres et de l'université de Leeds, sur les pandémies ayant décimé les peuples amérindiens, la dépopulation serait de l'ordre de de morts en un siècle, ce qui aurait réduit la population amérindienne de avant 1492 à d'individus en 1600 . Les Amérindiens pré-colombiens subsistaient grâce à une agriculture développée exploitant environ d'hectares. Les défrichages avaient le plus souvent lieu grâce a des brûlis successifs. Après disparition de 90 % de la population pré colombienne, « sans intervention humaine, des paysages autrefois exploités sont retournés à leur état naturel, absorbant par là-même le dioxyde de carbone de l'atmosphère », éliminant la plupart des émissions par brûlis, et favorisant la recolonisation des terres cultivées par une flore originelle. On estime que le reboisement s'est effectué sur une surface équivalente au territoire français actuel, constituant des puits de carbone et provoquant une chute nette et mesurable de la concentration de atmosphérique de l'ordre de 7 à , soit l'équivalent de deux ans de rejets de au début du . Cette diminution aurait contribué notamment au petit âge glaciaire, un refroidissement à l'échelle planétaire. Selon les auteurs de cette étude, cette modification du taux atmosphérique de pourrait montrer que l'impact humain sur le climat précède l'ère industrielle.
Guerres, massacres, réduction en esclavage