Skinhead (des mots anglais skin « peau » et head « tête » : « cuir chevelu – à nu ») désigne à l'origine un jeune prolétaire britannique aux cheveux tondus ou non. Le phénomène skinhead est né au Royaume-Uni en 1964 au sein du mouvement mods. Il est une évolution ouvrière et violente de la mouvance modernist. En évoluant et en se diversifiant, la culture skinhead adopte divers styles musicaux. Si au début leur culture musicale emprunte principalement à leurs aînés mods la soul américaine et le ska, à partir de 1967, les skinheads accompagnent l'explosion du rocksteady et du reggae naissant, dont l'impact en Grande-Bretagne en font les principaux amateurs en dehors de la communauté immigrée. Avec les années 1970, le glam rock vient s'ajouter à cet engouement, puis le retour des skinheads à partir de 1978 accompagne la naissance d'une partie de la scène punk rock puis de la Oi!. Il est à noter que le hardcore punk aux États-Unis est un style qui est adopté par les skinheads dès le début des années 1980 (avec Agnostic Front, Warzone ou The Abused par exemple).

À la fois mode vestimentaire et musicale, cette première vague skinhead n'est rattachée à aucun mouvement politique tout en étant fortement influencée par ses origines ouvrières. En s'étendant au reste du monde dix ans plus tard, le phénomène skinhead a connu des évolutions importantes.

À l'origine les skinheads n'étaient en aucun cas des militants politiques ou syndicaux. Leurs points communs étaient leur origine sociale modeste, leur amour de la musique noire, en particulier jamaïcaine, et leur goût pour la bagarre. Cette mode rassemblait aussi bien des blancs que des noirs. C'est avec l'apparition du punk rock en 1977, et surtout du chômage qui frappe de plein fouet l'Europe à la fin des années 1970, que le mouvement skinhead se scinde, et qu'une partie des skinheads est séduite par les textes néonazis de la seconde formation du groupe britannique Skrewdriver (voir Rock anticommuniste), tandis que d'autres se tournent vers l'extrême gauche ou refusent la politique.

, les skinheads sont nombreux à travers le monde, mais profondément divisés, tant par leurs références musicales, que par leurs attaches idéologiques. Le clivage principal demeure l'opposition politique, entre une tendance marquée par l'extrême droite, les apolitiques d'autre part, et l'extrême gauche par ailleurs. Il n'existe pas de mouvement global skinhead, mais une mouvance hétérogène. Cette mouvance peut être définie et comprise comme un ensemble de références musicales et vestimentaires revendiquées en partie ou en totalité par des groupes d'individus aux comportements et aux idées très différentesGuy Hermier, Bernard Grasset, Rapport fait au nom de la Commission d'enquête sur les agissements, l'organisation, le fonctionnement, les objectifs du groupement de fait dit Département Protection Sécurité et les soutiens dont il bénéficierait., Assemblée nationale, 1999, 783 p. Lire en ligne.. Aujourd'hui, le terme "skinhead" désigne plus souvent la branche d'extrême droite, tandis que la branche de gauche est appelée "redskin"

Description Certains détails historiques semblent ancrer le phénomène skinhead dans une filiation plus ancienne bien que sujette à caution. Pendant la Première Révolution anglaise (1641-1649), les partisans du Parlement menés par Oliver Cromwell étaient appelés les round heads (têtes rondes) par leurs ennemis en raison de leur coupe de cheveux courte opposée à la longue chevelure des aristocrates partisans du roi Charles . La ressemblance avec les skinheads s'arrête là, car les partisans de Cromwell, même s'ils recrutaient beaucoup parmi les classes populaires, étaient avant tout des protestants puritains d'inspiration calviniste qui refusaient les prétentions absolutistes du roi et la possibilité d'un rétablissement du catholicisme en Angleterre.

Il y aurait également mention d'individus répondant à la définition et à l'appellation du skinhead dès le début du dans la presse du Royaume-Uni, le terme désignait de jeunes voyous issus des quartiers pauvres et aux cheveux courts, l'équivalent des « Apaches de la zone » en France. Un ouvrage édité en 1908 The Classic Slum de Robert Roberts décrit de manière troublante les , jeunes ouvriers violents vêtus de chaussures de sécurité, de chemises de travail et de bretelles, les cheveux tondus qui effraient la « bonne société » dans les quartiers malfamés du nord de l'Angleterre.

Néanmoins, dans son acception moderne claire et stricte, skinhead s'applique à un mouvement de jeunesse né progressivement dans la seconde moitié des années 1960 au Royaume-Uni. Il s'agit en fait de la fusion progressive en une entité propre des , jeunes noirs d'origine antillaise (surtout jamaïcaine), et des plus prolétarisés des , jeunes blancs fans de scooters et de musique soul (qui seront rétrospectivement appelés à la fin des années 1970). Dans son sens grand public le terme skinhead signifie . Pourtant, une partie des skinheads refuse aux adeptes des thèses d’extrême droite le droit de s'appeler eux-mêmes skinheads et les qualifie de (littéralement , ce qui familièrement signifie ).

À l'inverse, les skinheads d'extrême droite se considèrent comme les seuls skinheads authentiques dans la continuité du paki-bashing, d'un patriotisme de plus en plus exacerbé par rapport aux skins originaux. Ces skins nationalistes, voire néonazis, surnomment les skinheads antiracistes ().

Ces ramifications complexes rendent extrêmement difficile une description claire et définitive.

Style vestimentaire Certains prétendent que les premiers skinheads se sont tondus les cheveux pour se distinguer des hippies. Rien n'est plus faux puisque l'évolution des vers les skinheads est antérieure à la naissance des hippies britanniques. On raconte encore qu'il s'agit d'un moyen d'échapper à la police montée lors des émeutes ou des bagarres. En réalité, beaucoup de ces jeunes sont ouvriers. Ils portent les cheveux courts en raison des normes de sécurité imposées sur leur lieu de travail. Dans les familles issues de milieux populaires, porter les cheveux courts c'est faire partie de la société sérieuse et laborieuse. Ces explications nombreuses alimentent la mythologie skinhead : les skinheads ne veulent pas ressembler à des hippies, les skinheads sont issus de la classe ouvrière, les skinheads aiment se battre et détestent la police.

Le look skinhead est beaucoup plus standardisé par rapport à l'individualisme forcené et en permanente évolution des originaux : cheveux courts (tondus ou coupés court, mais rarement rasés à blanc à cette époque), favoris, bretelles étroites dont les pinces sont posées parallèlement, blue-jeans Levi Strauss & Co., modèle 501 ou Sta press (pantalon cigarette à plis permanent) ou Wrangler coupé court ou pantalons du même type. Le classement des chaussures de sécurité comme armes à partir de 1969 et l'interdiction de les porter en dehors du lieu de travail va favoriser la généralisation du port du vêtement le plus emblématique de la garde robe skinhead, les chaussures de marque Dr. Martens.

S'il s'agit à la base de chaussures orthopédiques de sécurité, les modèles sans coques sont les plus prisés. En effet les « docs coquées » classées comme arme, très peu de skinheads originaux se risquent à en porter contrairement aux idées reçues. Les Dr. Martens — alors que curieusement des marques autant portées à l'époque telles Hawkins (et son modèle Astronaut), Solovair ou Grafters sont tombées dans l'oubli — sont devenues la marque symbolisant à elle seule la mouvance skinhead. Un des plus gros succès des charts pop 1969 (une reprise reggae du tube de Nancy Sinatra de 1966 These Boots Are Made for Walkin') y fait explicitement référence : le refrain du These boots are made for stomping des anglo-jamaïcains Symarip précise : , (le stomping est une des danses des skinheads consistant à lever et reposer lourdement ses pieds en rythme).

Les Monkey boots sont essentiellement portés par les skinhead girls (parfois affublées du terme légèrement péjoratif de birds), Dr. Martens ne proposant à l'époque pas de petites tailles pour leurs chaussures montantes. Loafers, Bowling shoes, Clarks desert boots sont autant de reliquats de la période mod ou plus rarement des chaussures de sport de type baskets (à l'image des kicks ou samba de chez Adidas qui se populariseront lors du revival des années 1980).

La garde-robe est assortie de vêtements conçus pour le climat de la Grande-Bretagne et inspiré notamment du style Ivy league Américain (Harrington) ou Monkey Jacket (parfois appelé Mod Jacket). Le blouson Harrington, porté par les mods, puis les skinheads et enfin, dix ans plus tard les punks —, n'est pas une marque mais un type de veste légère en toile de coton unie doublée de tissus à carreaux écossais (tartan). Le nom vient du héros de la série télévisée américaine Peyton Place, très populaire au début des années 1960, Rodney Harrington, qui portait ce vêtement. D'une manière générale et indépendamment de l’allégeance à un de ces mouvements, le Harrington est une icône vestimentaire partagée par toutes les classes et toutes les générations de Britanniques dans les années 1960 et 1970.

D'autres manteaux et pardessus sont couramment utilisés par les skins selon qu'ils soient au travail, à l'école ou en soirée. On peut citer le donkey jacket (manteau d'ouvrier inclus dans le paquetage des vêtements de travail, docker, mineur ou éboueur), enfin le Crombie (veste anglaise mais ressemblant au style des jeunes Jamaïcains) est considéré comme le plus élégant. Marginalement avant 1979, certains blousons tels le bombers jacket sont parfois portés.

Dans les soirées, le costume de couleur noire ou en tissu Tonic (tissu changeant légèrement de couleur à la lumière), est porté pour danser ou frimer en soirée dans certains cercles skinheads les plus « pointilleux » et représente le « Saint Graal » de ces jeunes qui peuvent ainsi dépenser leurs premières paies en les faisant tailler sur mesure (bespoke).

D'autres accessoires viennent parfaire la panoplie : écharpe de football ou aux motifs cachemire (Paisley), en soie et à pois (Polka dot). Les casquettes plates (en feutre, en tweed, unie ou à chevrons) sont parfois portée en concurrence avec le chapeau pork-pie ou trilby pour afficher son appartenance à cette tribu urbaine. Les jeunes filles skinheads portent des pulls mohair, des mini-jupes, des costumes longs à quatre ou cinq boutons, des mocassins type Penny Loafers. La coupe de cheveux typique des skinhead girls, dite chelsea, est à l'origine une coupe « à la garçonne » telle que celle arborée par le mannequin Twiggy (cheveux coupés court sur le sommet du crâne avec une frange longue sur le devant et quelques mèches longues dans le cou et sur les côtés) elle raccourcira progressivement à la fin des années 1970 seulement à l'instar de la coupe de leurs homologues masculins, de même qu'il faut attendre cette période pour les voir adopter progressivement un look de plus en plus similaire aux hommes.

Le tatouage aussi est un marqueur fréquemment associé aux skinheads. Les Britanniques de milieux modestes l'affectionnent et les skinheads en font une véritable institution. Il serait vain ici de décrire la vaste gamme des tatouages spécifiquement skinhead, mais on doit considérer qu'il faut attendre le revival de 1979 pour les voir popularisés.

Le look skinhead est donc inspiré des ouvriers de l'époque auxquels se sont ajoutés des vêtements de travail et progressivement des références sportswear, voire de surplus militaire. Ces adolescents et ces jeunes adultes s'approprient, comme ceux d'aujourd'hui, certaines marques qui deviennent ainsi emblématiques : Fred Perry, Lonsdale, Ben Sherman, Jaytex, Arnold Palmer, Loakes, Brutus ou encore Adidas.

Histoire Des mods aux skinheads