Aullène est une commune française située dans la circonscription départementale de la Corse-du-Sud et le territoire de la collectivité de Corse. Le village appartenait à la piève de Scopamène dont il est historiquement le chef-lieu, en Alta Rocca. Géographie Aullène est un village de montagne de tradition pastorale dont le territoire s'insère dans la partie haute d'une vallée parallèle et méridionale à celle du Taravo.
Situé à d'altitude sur la rive gauche du Chiuvone (en corse Chjuvonu), le village d'Aullène s'enroule autour de deux « pogs » (poghji en corse) dominés par la Punta d'Ariola, un sommet de .
L'impétueuse rivière Chjuvonu, surnommé « le fleuve » par les habitants, prend sa source sur le plateau du Coscione, qui marque la frontière nord - nord-est de la commune et longe le village avant de poursuivre sa course vers le sud - sud-ouest en direction de la Rocca et se jeter dans le Rizzanese en dessous de Zoza.
Les lignes de crête, dont le sommet principal Punta di Sistaja culmine à , constituent les limites naturelles du village à l'est, au nord et à l'ouest tandis que le col de la Tana borne le territoire au sud - sud-ouest. Urbanisme Typologie Au , Aullène est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...
Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des forêts et milieux semi-naturels (98,9 % en 2018), une proportion identique à celle de 1990 (98,7 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (37,6 %), forêts (37,2 %), espaces ouverts, sans ou avec peu de végétation (24,1 %), zones agricoles hétérogènes (1,1 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).
Toponymie En corse, la commune se nomme (prononcé []). Communes limitrophes
Voies d'accès et transports Accès Bien que situé à l'écart des routes les plus fréquentées du sud de la Corse, le village d'Aullène demeure un important carrefour routier de l'intérieur de l'île, où viennent se croiser les axes Sartène-Corte et Porto-Vecchio-Ajaccio.
Le village est distant, par route Itinéraires ViaMichelin, de :
Transports L'aéroport le plus proche est l'aéroport d'Ajaccio-Napoléon-Bonaparte. Le port de commerce le plus proche est celui de Propriano.
Histoire Origine du nom du village Aullène en français, AuddèL'accent sur le « e » correspond à la marque de la tonique sur une finale et non au « é » français ; en fait on prononce presque au|g|ddè en corseTout d'abord, notons qu'on parle le corse de manière différente selon qu'on se situe dans le diquai (di qua dai monti) ou dans le dilai (di là dai monti). Un test tout simple consiste à demander comment se dit grand-mère et grand-père ; si on vous répond mammone et babbone, vous êtes dans le diquai, si on vous répond minnana et missiavu, vous êtes dans le dilai. De plus, chaque micro-région possède ses indiosyncrasies et particularités phonologiques. Ainsi, en Alta Rocca, situé dans le dilai, le « ll » est fortement dentalisé, ce qui le transforme en un « d » légèrement palatal, d'où l'orthographe moderne de Auddè au lieu du « Aulé », tel qu'on le retrouve par exemple transcrit dans le terrier de la Corse de 1769..
Les gens de l'Alta Rocca disent Auddè, les ingénieurs géographes français de la fin du utilisèrent le nom « Aullène », « aullene » est écrit sur les actes italiens du , au « auguliena » apparaît dans le détail des lieux habités de la pieve de Talla.
L'origine proviendrait du grec ancien signifiant « carrefour »Mes vieux souvenirs d'étudiante me disent : diodos = endroit où se rencontrent deux routes ; triodos = endroit où se rencontrent trois routes.. La croisée des chemins est récente à Aullène ; le chemin de Zicavo à Levie, via Aullène, est ancien, la route d'Ajaccio est ouverte à la fin du et achevée en 1927 ; la route qui descend vers Cargiaca puis vers le Valinco est moins importante que celle de Zicavo à Levie via Aullène. Le Web indique qu'Auddè signifierait « carrefour » en corseIl serait intéressant de savoir qui, en Alta Rocca, voire ailleurs dans l'île, dit auddè pour cruciuia ou cruciamentu..
Les ingénieurs géographes de la fin du se serait appuyé sur le terme de latin désignant l'aulne pour donner un nom français au village, car ils auraient imaginé que le mot avait un rapport avec l'aulne, qui parfume certaines des vallées de montagne (« Alnus alnobetula subsp. suaveolens » ; u bassu en langue corse).
Le terme d'Auguliena est relevé sur des textes du milieu du Voir les recherches d'Antoine-Dominique Monti dans Éléments pour un dictionnaire des noms propres.
Une place fortifiée du , et une du surveillaient et contrôlaient les seigneurs voisins, d'où le Giudice (Sinucello Della Rocca dit il Giudice di Cinarca).
Le village de la période pisane à nos jours
Durant la période pisane.., Giovanni della Grossa relate qu’au , la région d’Aullène est une des meilleures de Corse, .
Pendant la période génoise, la Corse est divisée en deux parties distinctesRépartition historique datant de la république de Gênes, correspond à l’actuelle Corse du Sud. L'Au-Delà-des-Monts comprend entre autres les juridictions / micro régions de l’Alta Rocca, de la Rocca, Sartène, le Taravo et le fief d'Istria.«Terre des Seigneurs», en opposition à la «Terre du Commun» (Terra di u Cumunu en langue corse), expressions qui font référence à une représentation de la Corse à la fin du Moyen Âge. L’île aurait été divisée entre un Nord, où les communautés rurales maîtrisaient le foncier avec une mise en commun des terres, et une Corse du Sud, domaine des grands féodaux insulaires (Sgiò).: le Deçà-des- Monts, appelé Terre de la Commune et le Delà-des-Monts, domaine des Cinarcais, appelé Terre des Seigneurs, composé de 5 fiefs : Lecca, Rocca, Istria, Ornano et Bozzi. Les deux premiers étant trop puissants, Gênes s'emploie à les faire disparaitre. Après avoir assassiné Rinuccio della Rocca en 1511, descendant de Sinucello qui avait bâti une place fortifiée à Aullène au et sans descendance mâle, le fief de la Rocca, dont fait partie Aullène, est donc transformé en une province dirigée par un lieutenant génois résidant à Sartène. Gênes, qui a peu de troupes en Corse pour maintenir l'ordre et assurer la défense des côtes se tourne vers des principali corses, notables ou gentilshommes. Ces gentilshommes de l'Alta Rocca sont bien connus, certains sont les représentants de lignages féodaux déchus et entendent être agrégés aux Cinarchesi par leur ascendance, d'autres, riches en troupeaux et en terres, comme les Chiaroni, Giudicelli, Lanfranchi, Costantini ou Pietri font figure de notables et sont capables de mobiliser une clientèle tout en étant détenteurs de propriétés, de biens particuliers, sous forme d'enclos, de vignes ou de terres céréalières en plus de troupeaux. Gênes s’appuie alors sur quatre principali dans l’Alta Rocca. À Zonza, Prosperin, ancêtre de la famille Giudicelli ; à Lévie, Orazio, ancêtre de la famille Lanfranchi, dont une partie de la descendance se fixe ensuite à Aullène ; à Quenza Giovan Giacomo , ancêtre de la famille Ettori et à Serra, Giovan Paolo, ancêtre des familles Pandolfi, Rocca Serra, Susini et Vincentelli.
L’équilibre agro-pastoral des communautés de l’Alta Rocca, basé sur la transhumance, reposait sur une règle : les propriétés privées étaient clôturées par des murs en pierres sèches, elles appartiennent pour la plupart aux Sgiò. Tout ce qui n’était pas clos appartenait à l’ensemble de la communauté.
Cette règle, appliquée dans toute l’île, était inscrite au chapitre XXXIX des Statuts Civils et Criminels de la Corse, qui déclare que toutes les terres non clôturées, « aparta », où personne ne peut prouver un droit de propriété, sont communes à tous ceux qui habitent sur le territoire de la communauté. Les habitudes communautaires qui régissaient l'équilibre agro-pastoral de la Corse, étaient telles que des étendues considérables de biens communaux, laissées à la disposition des particuliers pour le pacage des animaux, ne rapportaient rien aux communes. Les autorités insulaires voyaient « dans l'archaïsme communautaire un frein au progrès et à la civilisation ». Dès 1791, la Constituante s'attaqua à la vaine pâture et pris des mesures pour encourager la vente des biens communaux.
Vers 1820, le Préfet Lantivy décida de mettre les terres « aparta », ouvertes, en valeur et d'en faire des propriétés privées. Il multiplia dans toute la Corse les encouragements et les mesures pour que les biens communaux soient partagés entre les particuliers. La « plage » de Monaccia avait 98 % superficie de bien communaux. Ils appartenaient aux communautés d'Aullène et de Zerubia. En 1810, les deux communes décidèrent de mettre fin à l'indivision et chacune reçut son propre territoire. En 1827, suivant les incitations du Préfet Lantivy, chacune d'elles procéda au partage, par feux, d'une partie importante des communaux.. Lorsque Monaccia se détacha d’Aullène, en 1864, pour devenir une commune, les terres indivises furent, d'abord, gérées en commun, puis, par suite de tensions, partagées définitivement. Il se produisit, ainsi, en plusieurs points de la Corse du Sud, une véritable mutation. Les bergers de propriétaires d’Aullène et de l’Alta Rocca, qui depuis des temps immémoriaux montaient au printemps leur troupeau sur le plateau du Coscione, puis descendaient à la « plage » pour y passer l'hiver, lassés par cette dure et fastidieuse transhumance, peu à peu, se détachèrent du Coscione où ils vivaient inconfortablement, pour s'installer définitivement à Monacia. Ils y furent encouragés par des mesures législatives, destinées à favoriser le développement de la propriété privée, en particulier par le partage des biens communaux. La même chose se passa entre Serra et Sotta.
Se détachant du Coscione, les bergers, pour faire paître les bêtes et aussi pour se protéger du paludisme, durent inventer une autre transhumance. Non plus une transhumance inverse, de la montagne à la plaine, mais une transhumance classique, comme sur le continent, de la plaine à la montagne.
Les bergers originaires d'Aullène, installés dans la région de Monacia, quittent petit à petit Aullène et créent le hameau forestier de Gianuccio. En 1864, le hameau de Monaccia, qui dépendait d’Aullène, fut érigé en communes.
La commune de Monacia d’Aullène fut rattachée au canton de Serra di Scopamène.
Le canton de Serra di Scopamène fut constitué de trois parties : la région montagneuse avec les villages d’Aullène, Quenza, Serra, Sorbollano, Zerubia ; la « plage » de San Martino avec la commune de Sotta enclavée entre les cantons de Bonifacio, de Porto-Vecchio et de Lévie ; la « plage » de Monaccia, avec les communes de Caldarello et de Monacia d’Aullène, enclavée entre les cantons de Bonifacio, de Lévie et de Sartène.