thumb|upright=1.4|Laboureur, figurine en terre cuite rehaussée de peinture noire, Béotie, , musée du Louvre.

L’agriculture est le fondement de la vie économique en Grèce antique. Par la mise en valeur intensive d'un terroir restreint, malgré un outillage et une terre généralement de qualité médiocre imposant le recours à l'assolement biennal, elle a permis d'assurer la subsistance d'une population importante, notamment à l'époque classique, en s'orientant essentiellement vers la production végétale. Cependant, si la « triade méditerranéenneExpression introduite par Sir Colin Renfrew dans The Emergence of Civilisation: The Cyclades and the Aegean in The Third Millennium BC, 1972. » céréales - olivier - vigne y tient une place prépondérante, la production agricole est plus variée, grâce notamment à la culture de légumes et de légumineuses, ainsi qu'à l'élevage ovicaprin.

L'agriculture tient une place maîtresse dans le circuit économique grec : elle occupe près de 80 % de la population (notamment servile) et contribue dans les mêmes proportions à la richesse produite. Elle est, du fait de l'équilibre précaire entre sa production et les besoins de la population, l'objet de l'attention permanente du pouvoir politique« On ne peut appeler homme d’État quelqu’un qui ignore tout des problèmes du blé » dit Socrate. D'où l'enjeu fondamental que constituent alors la propriété et l'exploitation de la terre, importance qui se traduit par une restriction de l'accès des non - citoyens aux activités agricoles. L'agriculture est par excellence le domaine d'activité du citoyen, et elle a donné naissance en Grèce à un idéal de vie et de mœurs qui perdure tout au long de l'Antiquité.

Les produits de la terre L'agriculture en Grèce antique est traditionnellement rattachée à la triade méditerranéenne céréales - vigne - olivier. Leur culture y est très ancienne, mais leur exploitation intense commença à des dates différentes : dès le Néolithique (6500-3500 av. J.-C.) pour la culture du blé, de l'orge et des légumineuses, sans doute au Bronze ancien (3500-2000 av. J.-C.) pour la vigne., et plutôt au Bronze moyen récent (2000-1100 av. J.-C.) pour l'olivier, le tout complété par la consommation de fruits. En tout cas, « dès le Néolithique, la gamme des espèces végétales présentes est celle que l'on retrouvera par la suite et qui comprend à la fois des espèces sauvages, qui continuent à faire l'objet d'une cueillette, et des espèces cultivées, qui sont soumises à de véritables pratiques agricoles ».

De même, à partir du Néolithique, on voit des espèces domestiquées cohabiter avec les espèces sauvages, avec dès cette époque une prédominance des chèvres et des moutons, dont l'exploitation pour leur laine semble remonter au Bronze ancien, dans la mesure où l'on trouve dans le matériel archéologique des pesons et des fusaïoles datant de cette époque qui impliquent une activité de filage et de tissage.. À toute époque, bœufs et porcs sont en position secondaire, sauf, pour les bovins, dans les Balkans, « en raison du climat tempéré qui favorise la formation de pâturages ».

Contraintes du milieu La Grèce présente des conditions naturelles relativement homogènes si l'on excepte les cités des côtes d'Asie mineure. Les montagnes représentent 80 % de l'espace, voire 90 % pour ce qui est des îles de mer Égée, mais dépassent rarement les d'altitude. Elles réduisent fortement l'espace disponible pour la culture et l'élevage et compartimentent l'espace de chaque cité, encourageant l'autarcie en matière agricole. Les terres sont rocailleuses, et donc de médiocre qualité. Seules quelques rares plaines peuvent être qualifiées de fertiles : celle de Messénie, la Mésogée, en Attique, aux féconds argiles rouges, les campagnes de Thria et d'Éleusis, la vallée du Céphise boétien, les terres noires argilo-calcaires de Thessalie, l'Argolide, la Mantinique, la vallée du Pamissos, les alluvions grasses de l'Eurobas étaient célèbres tout autant que la richesse de la LaconieBertrand Gille (dir.), Histoire des techniques, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, 1978, 287-291., mais elles font figure d'exception à l'échelle de l'ensemble du monde grec.

Le climat méditerranéen est caractérisé par deux grandes saisons : l'une sèche (les cours d'eau sont alors asséchés) et chaude, d'avril à septembre ; l'autre humide, marquée par des précipitations souvent violentes, apportées par les vents d'ouest, avec des températures douces, sans gel. Ce climat présente des variations. Ainsi les montagnes, connaissent des hivers rigoureux et enneigés. L'Attique, les Cyclades, le sud et l'est du Péloponnèse et la Crète sont des milieux plus arides que le reste de la Grèce. En outre, la variabilité annuelle peut être grande : les années de sécheresses interviennent régulièrement et entraînent immédiatement une baisse souvent spectaculaire des rendements agricoles« L'une des caractéristiques du climat méditerranéen est son haut niveau de variabilité, qui a un impact direct et déterminant sur le rendement. » Peter Garnsey, « Le rendement de la terre », in Pierre Brulé, Jacques Oulhen, Francis Prost, Économie et société en Grèce antique (478-88 av. J.-C.), Presses universitaires de Rennes, 2007, 133., qui peuvent varier de 30 à 50 % selon les années.

Céréales thumb|left|Un épi d'orge, symbole de la richesse de la cité de Métaponte, en Grande Grèce. Statère incus, v. 530-510 av. J.-C.

Les céréales, fondement du régime alimentaire grec L’agriculture grecque est fondée sur la culture des céréales, base de l’alimentation et marqueur de civilisation, voire d'humanité : Homère note à propos du cyclope Polyphème que « c'était un monstrueux géant : il ne ressemblait même pas à un homme mangeur de grain ( / ) »Homère, Odyssée(Chant IX, 191). Le terme générique / , traditionnellement traduit par « blé » en français, peut en fait désigner toutes sortes de céréales, et on préfère aujourd'hui utiliser le mot « grain » comme traduction. Le fait que le terme sitos ait également le sens de « repas » souligne la place centrale des céréales dans l'alimentation des Grecs (70 à 75 % de leurs besoins caloriques journaliers) : si certains compléments alimentaires pouvaient manquer de temps à autre, on ne pouvait se passer de grain. Cependant, dans de nombreuses cités égéennes, et notamment à Athènes, la production céréalière se révèle bien incapable de couvrir les besoins de la population. L’« étroitesse » de la terre ( / ) explique ainsi la colonisation grecque et l’importance qu’auront, à l’époque classique, les clérouquies d’Asie Mineure dans le contrôle du ravitaillement en blé.

Concernant les espèces cultivées, si on n'est pas en mesure d'identifier précisément les variétés utilisées à celles d'aujourd'hui, on sait qu'il s'agit avant tout de l'orge () dans une moindre mesure du blé dur () ou du millet« Il est certain que les céréales, qui sont la base de l'agriculture européenne, ont été importées : cela est assuré pour le froment et l'épeautre, dont il n'existe pas de variété sauvage en Europe, vraisemblable pour l'orge. » .. Les botanistes grecs, notamment Théophraste, n'ont vu dans l'avoine qu'une mauvaise herbe et le seigle était inconnu avant l'époque romaine. Toutes ces céréales sont complémentaires, aussi en termes de culture que d'alimentation : aucune d'entre elles ne domine intégralement un espace du monde grec.

Les Grecs, « mangeurs d'orge » L’orge apparaît comme la grande céréale du monde grec. Si les Anciens sont bien conscients du meilleur apport nutritionnel du blé (dans un même volume, le pain de froment est le plus calorique), l'orge est nettement plus cultivée car moins exigeante et d'un meilleur rendement. De fait, 90 % des terres céréalières lui sont consacrées, et elle constitue l'alimentation de base des Grecs, qui la consomment sous forme de galette non cuite, la maza, ou de bouillie, comme en témoignent, au , les pièces d'Aristophane. Certes, la consommation de froment s'est développée au à Athènes, mais elle est demeurée marginale et n'a pas eu de conséquence économique majeureJulien Zurbach, « Grèce : les hommes et la terre », L'Histoire , mars 2011, : si les Athéniens des comédies d'Aristophane se moquent des Spartiates en les appelant « mangeurs d'orge », le qualificatif est étendu à l'ensemble des Grecs par les RomainsMarie-Claire Amouretti, « Villes et campagnes grecques », in Jean-Louis Flandrin, Massimo Montanari, Histoire de l'alimentation, Fayard, 1996, 141..

Plus adaptée au caractère sec du climat égéen (200 à de pluies annuelles lui suffisent) et à la médiocre qualité des terres« Ses racines se contentent de terres minces et caillouteuses, à condition qu'elles aient été bien travaillées. » , grâce à des racines pénétrant plus profondément dans le sol, l'orge offre un rendement plus élevé que le bléDifférentes tentatives ont été faites pour calculer les rendements céréaliers attiques, mais sans donner de résultat concluant.. Par ailleurs, son cycle végétatif court (130 à 150 jours) permet de la récolter tôt, dès avril, et d'éviter ainsi la menace d'une sécheresse prématurée. L'espèce la plus répandue est une orge vêtue, à six rangs.

Blé Si l'orge est cultivée partout, il n'en est pas de même du blé. Ce dernier ne craint certes pas les températures froides de l'hiver ; mieux, elles permettent une meilleure croissance des tiges (tallage) qui porteront les épis au printemps. Mais, outre un cycle végétatif plus long que celui de l'orge, le blé a l'inconvénient de réclamer des terres riches en azote et en phosphore, et de nécessiter une plus grande humidité (notamment des pluies abondantes en début et en fin de saison), de l'ordre de de pluie, même si on peut obtenir une médiocre récolte avec des précipitations de l'ordre de 300-400 millimètres. Dans une proportion allant d'un quart à un tiers, une plantation de froment en Attique était vouée à l'échec. Aussi sa production est-elle réservée aux meilleures terres : au contraire de l'orge, on précise en général l'origine géographique du blé consommé, ce qui souligne la spécialisation de certains terroirs dans cette production. (blé du Pont, de Thrace, de Libye, d'Égypte ou de Sicile)Il s'agit des régions traditionnelles d'importation de grain par les cités égéennes, ce qui semble démontrer que c'est bien du blé, et non de l'orge, qui est importé.. La consommation de pain de froment, plus facile à digérer, eut tendance à se développer dans les cités grecques à l'époque classique et hellénistique, notamment dans les couches moyennes et supérieures de la population. Cependant, la place de l'orge resta importante .

Les blés grecs ou siciliens appartenaient à des espèces assez diverses. La plus répandue était la durelle, espèce d'automne, à l'épi barbu et allongé, de teinte rougeâtre : les campagnes de Métaponte, de Syracuse et de Ségeste en produisaient. Le blé poulard, représenté sur une obole d'Orchomène de Béotie, présentait un épi volumineux, un grain renflé. À la haute époque, les Grecs connaissaient les blés vêtus (engrain et amidonnier) qui avaient, à l'époque classique, beaucoup reculé en Grèce mêmeIl restait très présent en Égypte ou en Thrace. devant l'orge et le blé nuCe recul date sans doute de l'âge du bronze. , « une variété de froment évolué où le grain se séparait facilement de la balle, dès le dépiquage ».

Millet