alt=Dispersion du peuple Nzerbi|vignette|Localisation approximative des Nzebi Les Nzebi, Nzébi. ou Bandjabis (pluriel de Nzébi) constituent un peuple d'Afrique centrale originaire du Congo-Brazzaville ; ils vivent principalement au Gabon mais aussi en république du Congo. Ils sont, dès le , connus pour savoir extraire le minerai de fer et le travailler. Ils se concentrent, à cette époque, dans la région de Mayoko, et plus précisément près du gisement de fer de Lékoumou. qui est encore en exploitation aujourd'hui.

Leurs principales productions, eu égard à leur mode de vie rural, sont issues de la chasse et de l'agriculture. Leur société se distingue par une très grande solidarité et l'égalité apparente entre les hommes. L'arrivée de la monnaie, imposée par la colonisation, a mis en péril l'ordre clanique ancien.

Ils sont décrits par de nombreux explorateurs, missionnaires, premiers administrateurs comme

Ethnonymes Selon les sources on observe plusieurs variantes : Bandjabi, Bandzabi, Banjabi, Banzabi, Benzali, Ndjabi, Ndzabi, Ndzébi, Njabi, Njavi, Njawi, Nyawi, Nzabi, NzebiSource RAMEAU, BnF .

Langue Ils parlent une langue bantoue, le nzebi ou inzabi et .

Situation vignette|Carte du Gabon. vignette|Massifs montagneux du Gabon. Le massif du Chaillu et la chaîne du Mayombe se prolongent au Congo.

Habitat Les Nzébi habitent, depuis le début du , un espace d'environ , centré sur le mont Birougou, au cœur du massif du Chaillu, et situé à la fois au Gabon et au Congo.. Pour évoquer cette région il faut effectuer une boucle : depuis Lastourville (Gabon), au Nord-est, puis, en descendant vers l'Ouest, en passant par Koulamoutou, Mbigou et jusqu'à la rivière Ngounié (vers Ndendé), en descendant vers l'Est jusqu'à la région de Divénié (rive droite de la Nyanga) (Congo), point le plus bas au Sud, et en remontant vers l'Est, par Mayoko et en continuant dans cette direction jusqu'à proximité du fleuve Ogooué, pour remonter sur Lastourville. C'est une région de grande forêt équatoriale, au sein de la forêt du bassin du Congo. Les Nzebi occupent aussi de petites zones de savanes, à l'Ouest dans la région de Lébamba et un peu à l'est de Mayoko, en direction de l'Ogooué.

Toute la région est particulièrement riche en minerais, le massif du Chaillu étant, depuis toujours, connu pour son minerai de fer. Carte ..

Les Nzebi, bien qu'étant majoritaires dans cette région, partagent l'espace naturel avec les Pygmées : carte d'après Barreteau, 1978 Inventaire des études linguistiques sur les pays d'Afrique noire d'expression française et sur Madagascar. et plusieurs autres populations, entre autres, les Akélé, au Nord, et les Wumbu, au Sud. Leurs voisins sont encore plus nombreux et l'interpénétration entre ces groupes est généralisée sur les marges de l'espace occupé majoritairement par les NzebiPour plus de détails voir : et ..

Un village est une réalité fugace. L'usure des matériaux, la présence des insectes qui mettent en péril l'habitat mais aussi l'épuisement des ressources locales et l'appauvrissement des sols cultivés rendent impérative la mobilité des personnes. Cette mobilité se double d'une très grande dispersion. Dans la grande forêt la densité est d'environ un à quatre habitants au km. Dans les années 2000, ce sont à peu près « personnes qui peuvent se prévaloir d'appartenir à un ensemble social nzèbi. ».

De la migration à la sédentarisation Le peu d'intérêt que les Nzèbi manifestent (en 1982) pour les constructions en dur tient largement à leur répugnance à se fixer durablement et, en conséquence, à leurs nombreux déplacements.

Certes il est nécessaire de permettre à l'espace cultivé et à celui qui est ouvert à la chasse de se reconstituer. D'autre part, les habitations étant réalisées en grande partie en matériaux naturels, leur durée de vie est courte. Mais un déplacement, jusqu'à quelques centaines de mètres, pour se rapprocher d'une route et vendre de la nourriture aux ouvriers des chantiers forestiers, peut offrir aussi l'occasion à des quartiers entiers d'éclater et de mettre fin à des relations de voisinage tendues..

Pour donner un ordre de grandeur sur le type de contrainte qui nécessite le déplacement on peut prendre l'exemple d'un village, Dziba-Dziba, étudié entre 1966 et 1970. Une population de habitants, après avoir exploité , doit, au bout de sortir du cercle des cinq kilomètres. La proximité d'un autre village contraint d'aller chercher un nouveau terrain de culture au delà de 10 km..

Les dernières migrations que connurent les Nzèbi, jusqu'au début du , semblent être, pour une part motivées par les mêmes nécessités, mais aussi par la pression exercée par d'autres peuples, et plus encore par le commerce à longue distance, de cette époque..

Histoire

Mythe cosmogonique Le récit de Koto. était : « Un savoir fragile » : en 2019 ce savoir a disparu de la transmission orale avec la disparition des derniers muyambili. transmis par les muyambili (détenteurs du savoir) aux jeunes, de génération en génération. Il permet de connaître l'organisation sociale nzebi. Il se présente sous une forme partiellement différente, d'une version à l'autre, en fonction du narrateur muyambili.

Ce récit parle, à une période originelle, d'une bande de chasseurs-cueilleurs qui se déplace et qui rencontre ainsi un village de sédentaires. Ils s'emparent des plantes cultivées et des femmes du village, et deviennent, dès lors, les Nzèbi d'aujourd'hui, une société clanique dont les produits, pour l'essentiel, sont ceux de la chasse et de l'agriculture.. Koto apparait ainsi comme le lieu de naissance des clans. Ce récit des premiers temps fait, souvent, allusion aux pygmées. Le récit évoque l'égalité nécessaire entre les chasseurs, puis comment les Nzèbi traversent les tourments de la traite esclavagisteSur la question du rapport entre les Nzèbi et l'esclavage, voir ., enfin comment l'égalité offre toujours de nouvelles solutions pour maintenir la cohésion de la société et la solidarité entre les clans.

Ce mythe, sous une multitude de variantes produites par les différents narrateurs, est une mémoire qui permet de faire coexister solidarité et liens de dépendances, tout en maintenant « l'égalité comme horizon politique ». À travers le récit de Koto et les devises des clans, l'unité est pensée sur le mode de la fraternité et de l'égalité. Les devises des clans comportent toutes les noms des villages, où tous les gens du clan ont habité ensemble. Pour tous les Nzèbi, l'appartenance et la connaissance attachée au clan, avec la gloire des héros à laquelle tous les membres du clan participent, tout cela fonde une société profondément égalitaire, et « aucune discrimination ne saurait être faite entre ses membres, fussent-ils des Pygmées ».. Migration Nzébi D'après la tradition orale, les Nzebi proviendraient donc du village de Koto (le lieu évoqué dans ce mythe). « Selon cette tradition, les Nzèbi seraient entrés au Gabon vers le milieu du , par l'Est; ils auraient séjourné près d'un siècle à Moanda (Sud-est du Gabon) avant de s'éparpiller à travers le territoire qui est le leur aujourd'hui. » : présentation..

Les Nzebi sont probablement arrivés dans la région du mont Makengi autour de 1885.. Contrairement aux Kota, qui, à cette époque, étaient révoltés contre le système de la traite (commerce précolonial instauré par les Occidentaux vers les populations productrices) qui les écrasait, les Nzèbi extrayaient et produisaient du fer (gisement de Lékoumou) et leurs déplacements étaient pacifiques, hormis lorsqu'il y avait rivalité avec d'autres producteurs, les Massango, qui, eux, étant chasseurs, défendaient leur territoire de chasse. Lors de leur installation les Nzebi, nouveaux arrivants, ont dû payer un droit, le pakha, aux premiers occupants, Wumbu ou autres Nzèbi, arrivés auparavant. Dans le domaine de la métallurgie, ils auraient appris la technique de la fonte auprès des Téké Tsaayi, au cours de leur migration vers le Sud.

Selon les recherches du docteur Righou Nestor Ide, de l'université de Paris, dans son essai littéraire Les Nzèbi du Gabon, des origines à 1915 : « Le territoire d'origine du peuple nzèbi serait la région de la Sangha, au Congo, où ils avaient pour compagnons les Wandji et les Duma. Le départ massif des trois ethnies aurait été déclenché par les mbochi, peuple originaire de l'Est du Congo. Ils auraient quitté cette région et seraient partis en direction du Nord-Ouest de l'actuelle province du Haut-Ogooué où ils seraient descendus jusqu'à l'embouchure Sébé-Ogooué. Après la traversée de l'Ogooué, ils auraient marché très probablement en suivant les pistes d'éléphants, jusque dans l'actuelle région de Moanda. C’est donc à partir de Moanda que s’est opéré le fractionnement des Nzèbi. »

Avant l'arrivée des colons les Nzèbi possédaient des troupeaux, des volailles, de beaux champs de manioc et autres ressources alimentaires.

XIXe siècle La pénétration des commerçants occidentaux est d'abord motivée par la quête de l'ivoire et du caoutchouc. L'exploitation du caoutchouc sauvage africain, au départ, source de profits importants pour les occidentaux, entraine des souffrances considérables chez les populations autochtonesLa récolte du caoutchouc sauvage, principal produit du pays avant l’ère de l’okoumé, amènera de graves abus (travail forcé, épidémies dues aux déplacements de population, famines). : Archives Larousse Encyclopédie, édition 1971-76 en ligne.. La chute des cours du caoutchouc due aux plantations d'hévéa en Indochine entraine, néanmoins une perte de devises censées permettre de payer l'impôt exigé par l'administration coloniale française. La « guerre de l'impôt » qui s'ensuit va toucher les Nzèbi, mais plus encore leurs voisins Téké Tsayi. Pendant la période coloniale, la soumission totale du pays Nzèbi, au Gabon, par la France a donc rencontré de sérieuses difficultés. Ainsi les autorités françaises sont contraintes de modifier l'organisation administrative initiale du pays, en particulier par la création, en 1915, de la circonscription des « Bandjabis » (pluriel de « Nzèbi »).

La photographie placée en tête de cet article « Jeunes hommes Nzebi, entre 20 et ans vers 1923 » représente probablement de futurs jeunes choisis pour leur vigueur comme travailleurs recrutés à la construction du chemin de fer Congo-Océan (C.F.C.O.), et qui s'avéra mortelle pour beaucoup d'entre eux. Dans son étude sur le dépeuplement des Nzèbi qu'il constate en 1982, G. Dupré a cette formule : « évidemment aucune information sur les décès de travailleurs pourtant nombreux dans les premières années de construction ». Et : « Jusqu'en 1933 c'est plusieurs centaines de jeunes hommes sélectionnés parmi les plus robustes qui sont envoyés sur les chantiers du C.F.C.O. Pour tout dire, la population est « écrémée » de ses hommes les plus jeunes et les plus aptes à réparer l'hécatombe provoquée par la prise de possession coloniale »..

Effondrement En , le chemin de fer de la COMILOG est mis en service. Les travaux avaient duré trois ans, et en 1960 avaient mobilisé la main d'œuvre de personnes..