vignette|upright=1.0|Gratte-ciel vus depuis la tour CN à Toronto (Canada). vignette|upright=1.0|Vue d'un quartier de Pachuca (Mexique). vignette|Dent creuse à Cologne (Allemagne).

L'urbanisme est l'ensemble des sciences, des techniques et des arts relatifs à l'organisation et à l'aménagement des espaces urbains. Ce projet peut être sous-tendu par une volonté d'assurer le bien-être de l'Homme et d'améliorer les rapports sociaux en préservant l'environnement.. Les professionnels qui exercent ce métier sont des urbanistes.

Selon les traditions académiques, cette discipline est associée tantôt à l'architecture, tantôt à la géographie, selon l'aspect mis en avant, l'intervention urbaine ou l'étude théorique. En France, l'enseignement et la recherche universitaire dans ce champ relèvent d'une section spécifique du Conseil national des universités (24, Aménagement de l'espace, Urbanisme).

L'urbaniste Pierre Merlin écrit :

L'urbanisme intègre le domaine de la planification spatiale et met en pratique les méthodes de la planification au service de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme. On distingue différentes échelles de la planification spatiale : le territoire national : l'aménagement du territoire ; la région, le massif ou une bande littorale : la planification régionale ; le quartier, la ville, jusqu'à l'agglomération : l'urbanisme ; l'îlot ou un groupe de bâtiments dont la composition n'atteint pas la superficie du quartier : la composition urbaine ; le bâtiment : l'architecture.

Histoire et conceptualisation

Apparition du concept L'urbanisme est la traduction volontaire dans l'espace d'un mode d'organisation et de gestion des Hommes et de leurs activités. Il apparaît très tôt dans l'Antiquité et avant même les premières formalisations grecques puis romaines.

Le hiéroglyphe égyptien qui signifie « ville » est déjà l'expression d'une association dans un même espace délimité (par un cercle) des hommes et des femmes aux métiers et aux activités différentes, reliés ensemble par des voies que les Romains appellent et un , greffant ainsi la cité sur le cosmos.

Les Mésopotamiens ont une iconographie similaire.. La ville est donc directement le produit du politique, le terme étant pris au sens étymologique, et le terme politique a pour origine le mot grec polis, qui désigne la ville comme institution.

L'Homme pour les philosophes grecs, notamment Platon et Aristote, est un animal politique et l'organisation de la ville doit lui permettre de devenir un acteur du destin collectif en devenant citoyen ; ce dernier terme renvoie encore à la cité, chez les Romains. Par là il devient civilisé, poli et policé, deux termes qui se souchent là encore sur la ville, c'est-à-dire capable de vivre avec d'autres qui sont égaux et différents, pour reprendre le terme du sociologue Alain TouraineAlain Touraine, Pourrons-nous vivre ensemble ? Égaux et différents, Fayard, 2014 .. Cette ville fait l'objet d'une réflexion philosophique et politique préalable, se fonde sur la démocratie, même si elle est à l'époque de Platon toute relative. Elle s'organise autour d'un espace vide, l'agora (le forum pour les Romains), qui est par excellence le lieu des échanges. Cet espace est entouré des institutions qui structurent la vie de la Cité, notamment la salle de l'assemblée politique et les temples. Ce n'est pas d'abord le marché qui fonde la cité, mais bien la vie sociale et politique de ses habitants, même si elle prend en compte les autres fonctions : sanitaires (thermes), culturelles (théâtre), économiques(marché, port…), sportives (gymnase), récréative (stade), formation (académies)... Saint Augustin met en parallèle la cité de Dieu et celle des Hommes.

Cette réflexion sur la traduction dans l'espace d'une société pensée comme idéale réapparaît à la Renaissance, à travers François Rabelais et son abbaye de Thélème, Thomas More et son Utopia, ou Johann Valentin Andreae et sa Christianopolis. De nombreux dessins de villes idéales apparaissent à la Renaissance dans toute l'Europe, tels ceux de Francesco Giorgio di Martini, Pietro Cataneo et Francesco De Marchi.

Les besoins politiques comme défensifs et le développement des colonisations génèrent de nombreuses villes nouvelles de par le monde, certaines relevant d'un plan régulé à l'instar des villes romaines et gallo-romaines. Les rois font réaliser des places royales et des plans d'embellissement de la ville.

Bouleversement de la révolution industrielle Le développement de l'industrialisation entraîne un afflux de population vers les villes pour faire face aux besoins de main d'œuvre. Face au développement anarchique et insalubre des faubourgs, se développent une analyse critique et de nombreuses théories sur la ville pour améliorer le « vivre ensemble », selon Charles Fourier et Ebenezer Howard. À partir de là se développe aussi le premier mouvement « urbanistique », qui voit la création en 1899 par Howard de la , l'« Association pour la planification des villes et des campagnes ». C'est aussi à la fin du que l'Allemagne met en place les premières obligations de planifier le développement des villes et l'aménagement du territoire.

Le terme urbanisme apparaît dans l'ouvrage Théorie générale de l'urbanisation de l’ingénieur catalan Ildefons Cerdà, paru en 1867, lequel réalise le plan d’extension de Barcelone, l’ ou Plan Cerdà, à partir de 1860 Ildefons Cerda, Teoría de la Construcción de Ciudades [« Théorie sur la construction des villes »], 1859. Il l’écrit pour promouvoir son projet préliminaire d’extension de Barcelone, alors que le mot urbanisme apparaît en français vers les années 1910 comme ses équivalents en allemand et en anglais, et .. Il fait son apparition en France en 1910 à la suite d'une parution dans le Bulletin de la Société neuchâteloise de géographie sous la plume de Pierre Clerget. En 1911, la Société française des urbanistes (SFU)« Société française des urbanistes » (consulté le 1/11/2019). . est fondée à partir des membres du Musée social. Ce « musée », qui est avant tout un conservatoire des expériences en matière sociale, est issu des courants humanistes et hygiénistes de la fin du .

Histoire de sa mise en pratique Le plan hippodamien a été largement utilisé par les Romains dans leur expansion coloniale en Europe et a été repris à partir du pour la construction des villes sur le continent américain notamment comme La Nouvelle-Orléans puis en Afrique du Nord au avec Lyautey. Il faut aussi noter l'expérience spécifique et originale des bastides dans le Sud-Ouest de la France avec 300 à 500 établissements nouveaux créés en 200 ans sur un même et unique modèle, fait unique dans l'histoire de l'urbanisationFrançois-Xavier Tassel, « Les bastides ou la quête de la Jérusalem terrestre », in Cahiers de l’association Les Amis de Roger Girard , Télètes, Paris, 2009. Il existe enfin des villes qui relève d'un projet utopique à la recherche de la cité idéale comme Chandigarh en Inde avec Le Corbusier ou Auroville non loin de Pondichéry.

Une activité pluridisciplinaire L'urbanisme est marqué par la pluridisciplinarité des savoirs qui le composent mais il ne peut se limiter à eux seuls ni à leur somme. On doit envisager l'urbanisme non pas sous l'angle des outils qu'ils soient théoriques ou techniques, mais de l'objet même qu'est la ville, sa conception, son développement et sa gestion.

On retrouve les sciences et politiques suivantes : Architecte : concepteur du projet urbain ; Géographie : Dynamique et morphologie des espaces urbains et ruraux, géographie humaine et physique, cartographie-SIG ; Science politique et Gestion des politiques publiques : développement durable, développement économique, aménagement du territoire, patrimoine, politique du logement, politique de la ville, institutions locales, administration et collectivités locales… ; Économie : Économie et finances locales ; Droit : droit de l'urbanisme, droit de l'environnement, droit des collectivités locales, droit des marchés publics ; Histoire : Histoire et théories de l'aménagement et de l'urbanisme, histoire des politiques publiques d'aménagement et de l'urbanisme et histoire de l'art ; Sociologie : Sociologie urbaine, anthropologie, science administrative ; sémiologie ; Philosophie ; Ingénierie et économie des déplacements tous modes ; Les sciences de la nature et notamment celles relatives à l'environnement, la géologie, l'hydrologie, la climatologie Génie civil ; Sciences de la santé publique.

L'urbanisme n'est pas une branche de la géographie même si cette dernière concerne une part de certaines activités des professionnels de l'urbanisme. Au , des chercheurs comme Pierre Merlin mettent en évidence le manque d'indépendance des formations en urbanisme qui sont encore trop orientées vers la géographie, l'économie, l'architecture On demande aussi à l'urbaniste à contribuer à l'aménagement des villes où il fait bon vivre en bonne santé (hygiénisme), où la violenceMiloud, T. (2012). La ville et la violence: pour une approche anthropologique. Revue Des lettres et des Sciences Humaines et sociales, (12).Pedrazzini Y (2005) La violence des villes (Vol. 9), Éditions d'en bas. et la « criminalité urbaine » trouveraient aussi peu que possible à s'exprimer ou à se développer ; sans tomber dans des modèles relevant de ce que certains auteurs ont appelé un « urbanisme de la peur »Pattaroni L & Pedrazzini Y (2010) Chapitre 11. Insécurité et ségrégation: refuser l'urbanisme de la peur. Annuels, 231-240 (résumé).Garnier J.P (2012) Un espace indéfendable: l'aménagement urbain à l'heure sécuritaire. Le Monde à l'envers..

Urbanisme : théorie et pratique

Dans le champ professionnel, on peut classer en plusieurs catégories l'urbanisme : l'urbanisme théorique, l'urbanisme pratique, l’urbanisme réglementaire administratif restrictif-incitatif et l’urbanisme opérationnel d’action sur le terrain par des opérations concrètesÀ la suite d'une recherche et réflexion globale sur le fonctionnement et l'avenir du quartier, de la ville ou de l'agglomération dont une formalisation est faite en un diagnostic territorial, le travail en urbanisme pose les bases d'une stratégie sur l'aménagement en un ensemble jugé cohérent (politique de la ville adoptant une méthode ou un modèle déjà utilisé ou extérieur). Il pose aussi une appréhension, une image à communiquer de la ville..

Urbanisme théorique L'urbanisme n'est pas, comme le montre Françoise Choay qu'une discipline qui aurait pour champ d'application la ville. C'est d'abord un champ de réflexion sur l'organisation des Hommes et de leurs activités dans le temps et dans l'espace et ce depuis Platon et Aristote qui considèrent l'Homme comme un « animal politique ». C'est le fondement même de la Cité. On peut considérer que l'urbanisme apparaît de facto avec Hippodamos et le plan de la ville de Millet en Turquie et aussi ceux que les Cités adoptent pour leurs colonies dans le pourtour du Bassin Méditerranéen. Ce modèle sera repris par les Romains lors de la constitution de leur Empire et dont on retrouve la trace dans la plupart des villes d'Europe. Ces derniers s'appuient sur la technique de leurs arpenteurs (agrimensor).

La réflexion philosophique sur la ville réapparaît dès le Moyen Âge avec la notion de régularité. Les bastides du Sud-ouest en sont sans doute la traduction la plus intéressante. Nous trouvons chez François Rabelais (1483-1553) et Thomas More (1478-1535) les premiers écrits qui évoquent la ville idéale, utopique. C'est à la Renaissance que vont apparaître les premiers plans de villes idéales avec notamment Francesco di Giorgio Martini (1439-1502), Pietro Cataneo (1510-1569), Francesco de Marchi (1504-1576).