La Crète (en grec moderne : ; en grec ancien : ), historiquement également appelée Candie (en latin, italien et vénitien: Candia), est la plus grande et la plus peuplée des îles de Grèce, et la cinquième plus grande île de la mer Méditerranée. Située à environ au sud du Péloponnèse et au sud-ouest de l'Anatolie, elle s'étend sur et son littoral de de long borde la mer Égée et sépare la mer de Crète, au nord, de la mer de Libye, au sud. Très allongée d'ouest en est () mais beaucoup plus étroite du nord au sud, elle s'étend sur trois unités de longitude différentes mais seulement sur une demi-latitude.

Avec toutes les petites îles et îlots qui l'entourent, elle forme la périphérie de Crète (), la plus méridionale des treize régions grecques et la cinquième plus peuplée. Sa capitale et plus grande ville est Héraklion, située sur la côte nord de l'île. Selon le recensement de la population de 2021, la périphérie comptait . Les régions voisines, de l'autre côté de la mer de Crète, sont le Dodécanèse au nord-est, les Cyclades au nord et le Péloponnèse au nord-ouest.

C'est sur l'île de Crète qu'a vu le jour la civilisation minoenne, de 2700 à , jusqu'aux invasions des Mycéniens venus de Grèce continentale. Elle passe successivement aux mains de Rome, de l'Empire byzantin, des arabo-andalous, de la république de Venise et enfin de l'Empire ottoman. En 1898, le peuple de Crète, aspirant depuis un certain temps déjà à rejoindre l'État grec moderne, obtient officiellement son indépendance des Ottomans et voit la constitution d'une Crète autonome. La Crète est rattachée à la Grèce en .

L'île est essentiellement montagneuse et s'articule tout au long d'une chaîne de montagnes qui la traverse d'ouest en est. Son point culminant, le mont Ida, s'élève à et la chaîne des Lefká Óri (ou Montagnes blanches) compte une trentaine de sommets dépassant les d'altitude. Les gorges de Samaria forment une réserve mondiale de biosphère. Au sein de la Grèce, la Crète a su forger un certain nombre de particularismes locaux lui ayant permis de conserver une culture distincte dans certains domaines tels que la poésie ou la musique. Elle est principalement desservie par l'aéroport Níkos-Kazantzákis d'Héraklion et l'aéroport Ioánnis-Daskaloyánnis de La Canée.

Toponymie Les plus anciennes mentions écrites de l'île de Crète sous le nom de Kaptara datent du et proviennent de la cité de Mari (actuellement en Syrie). Ce nom sera repris plus tard par les Assyriens et dans la Bible sous la forme de Caphtor. À la même époque, elle est connue en égyptien sous le nom de Keftiu ou Kftiw, vraisemblablement apparenté au nom minoen de l'île.

Le nom actuel de la Crète est attesté pour la première fois au dans des textes grecs mycéniens, écrits en linéaire B, sous les formes ke-re-te,*Krētes (en grec : Κρῆτες) et ke-re-si-jo, *Krēsijos (en grec : Κρήσιος, « crétois »). En grec ancien, le nom de Crète (Κρήτη) apparaît pour la première fois dans l'Odyssée d'Homère. Son étymologie est inconnue. Une hypothèse très débattue le fait dériver du mot louvite *kursatta (à comparer à kursawar, « île », et kursattar, « tranche, éclat »). Une seconde hypothèse tout aussi discutée suggère une origine grecque via le mot « κραταιή » (krataie̅), signifiant fort et puissant, en raison de la thalassocratie crétoise qui dominait les mers dans les temps anciens.

En latin, le nom de l'île est devenu Creta. En arabe, le nom originel de l'île, Iqrīṭiš (اقريطش), disparaît lorsque l'émirat de Crète établit sa nouvelle capitale à Rabḍ al-Ḫandaq (ربض الخندق, Héraklion, ou Ηράκλειο, Irákleio en grec), translittéré en grec sous les formes Χάνδαξ (Chandax) ou Χάνδακας (Chandakas), puis adopté sous le nom de Candia en latin, italien et vénitien, Candie en français et Candy en anglais. Sous la domination ottomane, la Crète s'appelle Girit (كريد) en turc. Dans la bible hébraïque, elle est appelée (כְּרֵתִים) « kretim ».

Géographie

vignette|252x252px|Plaine de la Messará avec la chaîne du mont Ida en arrière-plan. vignette|252x252px|Palmiers sur la plage de Vai. vignette|252x252px|Lefká Óri. vignette|252x252px|Vue du Psiloritis. La Crète est la plus grande île de Grèce et la cinquième plus grande île de la mer Méditerranée, à la limite entre la mer Égée au nord et la mer de Libye au sud.

Géomorphologie insulaire L'île possède une forme allongée : elle s'étend sur 260 km d'est en ouest mais ne mesure que 60 km à son point le plus large et se rétrécit jusqu'à 12 km près d'Ierápetra. La Crète couvre une superficie totale de 8 336 km² avec un littoral de 1 046 km de long ; au nord, elle borde la mer de Crète (Κρητικό Πέλαγος) ; au sud, la mer de Libye (Λιβυκό Πέλαγος) ; à l'ouest, la mer de Myrto. Elle se situe à 160 km au sud des côtes de Grèce continentale.

Un grand nombre de presqu'îles et de golfes découpent la côte septentrionale de la Crète, d'ouest en est il s'agit de : la presqu'île de Gramvoússa, le golfe de La Canée, la presqu'île d'Akrotíri, la baie de Soúda, le golfe d'Almyrós, le golfe d'Héraklion, le golfe de Mirabello, le golfe de Sitía et le cap Sídheros. Moins tourmentée, la côte méridionale est tout de même découpée par le golfe de la Messará.

Orographie Île très montagneuse, le caractère topographique de la Crète est défini par une longue et haute chaîne de montagnes qui la parcourt d'est en ouest et qui est constituée de six groupes différents :

Les Montagnes blanches, ou Lefká Óri (point culminant : 2 453 m) ; Le mont Ida, ou Psiloritis (2 456 m) ; Les monts d'Asterousia (1 231 m) ; Le mont Kédros (1 777 m) ; Le mont Dicté (2 148 m) ; Le Thrypti (1 489 m).

Ces montagnes sont parcourues par de nombreuses vallées, qui sont une des spécificités du paysage crétois, comme la vallée d'Amarí ; mais on y trouve aussi des plateaux fertiles à l'image du Lassíthi, d'Omalos ou encore de Nida, ainsi que des grottes comme le Gourgouthakas où serait né Zeus ainsi que des gorges, dont celles de Samaria, et des ravins.

Les montagnes sont considérées comme un facteur clé de la singularité culturelle de l'île, en particulier depuis l'époque des écrivains romantiques. Les Crétois font une distinction importante entre les montagnards et les habitants des plaines ; les premiers prétendent souvent résider dans des lieux bénéficiant d'un environnement climatique et moral plus élevé.

Hydrographie L'île renferme un grand nombre de gorges, dont celles de Samaria (devenues parc national), d'Imbros, de Kourtaliotiko, de Cha, de Zakros (à Sitía) et de Richtis.

Les principales rivières de Crète sont le Geropótamos, le Koiliaris et l'Anapodiaris. Les deux seuls lacs d'eau douce de l'île appartiennent au district régional de La Canée : le lac de Kournás et celui d'Agia. Quant au lac Voulismeni, sur la côte du Lassíthi, son eau n'est plus douce en raison de sa connexion avec la mer. Enfin, trois nouveaux lacs artificiels ont été créés par l'implantation de barrages, notamment à Aposelémis.

Îles environnantes

vignette|Carte de la Crète et des îles environnantes. Un grand nombre d'îles, d'îlots et de rochers bordent les côtes de la Crète. Certaines sont très fréquentées par les touristes, d'autres sont réservées aux biologistes et archéologues voire sanctuarisées et protégées sur le plan environnemental. En voici un petit échantillon :

Gramvoússa (Kíssamos, La Canée), ancien repaire de pirates ; Elafonísi (La Canée), témoin de plusieurs tragédies (naufrage et massacre perpétré par les Ottomans) ; Chrysí (Ierápetra, Lassíthi), abrite la plus grande forêt naturelle de Juniperus macrocarpa d'Europe ; Les îles Paximádia (Réthymnon), où selon la mythologie crétoise seraient nés Apollon et Artémis. ; Le fort vénitien et l'ancien village pour lépreux de Spinalónga, face à la plage aux eaux peu profondes d'Eloúnda (Ágios Nikólaos, Lassíthi) ; Les Dionysádes, dans une réserve naturelle, dans la municipalité de Sitía, Lassíthi ; L'île de Gávdos, au large de la côte sud, à 48 km au sud de Chóra Sfakíon, constitue le point le plus méridional d'Europe.

Climat La Crète se trouve à cheval sur deux zones climatiques distinctes, celle du climat méditerranéen et celle du climat semi-aride. Le secteur méditerranéen (classification de Köppen : Csa) est largement prédominant sur les deux tiers de l'île mais il tend vers le semi-aride (Bsh) à mesure que l'on s'approche du sud et de l'est. L'humidité et la douceur des mois d'hiver sont largement conditionnés par la proximité de la mer. Les chutes de neige sont fréquentes en montagne de novembre à mai tandis qu'elles sont beaucoup plus rares à basse altitude. vignette|252x252px|Drapeau grec au port de La Canée. Le littoral sud, au niveau de la plaine de la Messará et des monts d'Asterousia, appartient à la même zone climatique que les côtes nord-africaines, lui permettant de bénéficier de journées ensoleillées et de températures relativement élevées tout au long de l'année. Là, les palmiers dattiers portent des fruits et les hirondelles ne migrent pas vers l'Afrique en hiver. La région fertile d'Ierápetra, à l'extrémité sud-est de l'île, produit aussi bien des légumes d'été que des fruits sous serre en hiver. La Crète occidentale (district de La Canée) reçoit plus de précipitations et les sols y souffrent davantage d'érosion relativement à l'est de l'île.

À Héraklion, située dans le nord de la Crète, la température moyenne annuelle atteint 18,8 °C. L'île détient les records de températures les plus élevées jamais enregistrées en Europe aux mois d'octobre, novembre, janvier et février d'après l'Organisation météorologique mondiale.

Histoire

L'île aurait connu une première vague de peuplement, il y a près de ans, par voie maritime.... À partir de 7000 (époque néolithique), la Crète est envahie par des peuples venant d'Anatolie qui pratiquent l'agriculture et l'élevage. Les plus anciennes poteries sont trouvées à Cnossos et Phaistos. Culte de la « Grande Mère », déesse de la fertilité. Période prépalatiale : 2600 – 2100 De nouveaux immigrants viennent de l'Est. Les poteries sont plus fines, le travail du cuivre et du bronze se généralise. Période paléopalatiale : 2100 – 1650 La Crète atteint une position prééminente en mer Méditerranée. Elle introduit l'écriture phonétique en Europe à travers deux systèmes contemporains : les hiéroglyphes crétois d'une part, le linéaire A d'autre part, un millénaire environ avant l'alphabet grec. L'éruption de Santorin (« éruption minoenne ») dont les vagues de tsunami ravagent les côtes crétoises est datée environ de 1600 av. J.-C. Période néopalatiale : 1700 – 1450 Destruction des palais vers -1700 suivie d'une reconstruction, apogée du système palatial. Période postpalatiale : 1450 – 1200 La culture minoenne décline rapidement. Chute de Cnossos. Les Mycéniens envahissent la Crète. Apparition du système d'écriture dit linéaire B. 1200 – 67 : la Crète vit selon l'organisation sociale dorienne, intégrée à la culture grecque classique. 323 -30 : sous contrôle relatif (protections croisées, interventions) de la Macédoine, de la dynastie lagide, de Rhodes, de Rome... 67 – 395 : la Crète appartient à l'Empire romain. Gortyne devient capitale de la Crète et de la province qui comprend la Cyrénaïque. vignette|150px|Un des premiers timbres de Crète autonome, 1900. 395-824 : la Crète fait partie de l'Empire romain d'Orient, dit byzantin. 824-961 : la Crète est conquise par des Andalous exilés par l'émir Al Hakam Ier, qui y fondent l'Émirat de Crète (Abadiotes). 961-1204 : reconquête par les Byzantins. 1204-1669 : après la prise de Constantinople par les croisés, Candie (la Crète) devient vénitienne. 1669 : la Crète est conquise par les Ottomans. 1822-1868 : après l'échec de l'insurrection dans l'île dans le cadre de la guerre d'indépendance grecque, la Crète est rattachée à l'Égypte. 1866-1868 : révolte des Crétois contre l'Empire ottoman, réprimée dans le sang.