Nikólaos Plastíras (en ) est un général de l’armée grecque et un homme d’État, trois fois Premier ministre. Il passe à la postérité sous le surnom de « Cavalier Noir » (). Il est né le ( julien) à Karditsa, en Grèce, et mort le à Athènes. Ses parents sont originaires de Morfovoúni (autrefois Vounési), un village dans la région des monts Agrafa, dans le nord-ouest de la Thessalie.
Biographie Origines familiales et adolescence (1881-1903)
La famille Plastíras tire son origine de la région des monts Agrafa, une zone organisée en armatolik jouissant d'une certaine autonomie pendant la période ottomane et servant souvent de refuge à des groupes de rebelles. Les ancêtres de Nikólaos Plastíras s'étaient installés dans la ville de Karditsa, mais ils en furent chassés par les Turcs et furent obligés pour sauver leur vie de se réfugier de nouveau dans les montagnes d'Agrafa. Réfractaires au pouvoir local des Ottomans, ils intégrèrent rapidement les groupes d'insurgés grecs de cette région et prenaient part souvent aux attaques dirigées contre l'armée ottomane qui tentait de pénétrer dans cette région, en violation du traité d'autonomie de Tamasio signé le Apostolos Vacalopoulos, Nέα Ελληνική Ιστορία, 1204-1985, .. Vers la fin du , neuf frères de cette famille comptaient parmi les insurgés ou chefs de maquisards en lutte contre les Turcs.
La Thessalie fut intégrée à l'État grec indépendant, à l'issue de la conférence de Constantinople du ( julien). La même année, le tailleur Chrístos Plastíras épousa à Karditsa Stylianí Karayiórgou, une jeune tisserande de la région. Leur fils, Nikólaos Plastíras, naquit le ( julien) dans la remise d'une misérable maison paysanne de Karditsa. On a longtemps cru que Plastíras était né en 1883, mais des recherches dans les archives du Tribunal de première instance de Karditsa ont mis au jour un acte daté du , qui rectifie son année de naissance ; car dans les registres d'état civil, son acte de naissance porte bien la date de 1881Journal Νέος Αγών, Karditsa, 14 avril 1997, Quand N. Plastíras est-il né ?, par Christos Liapis. Il est probable que Plastíras ait fait modifier sa date de naissance pour pouvoir se présenter aux examens d'entrée à l'École des sous-officiers, car autrement, âgé de 25 ans révolus, il n'aurait pas pu concourir..
La famille appartenait à cette classe de métayers sans terre impitoyablement exploités par les grands propriétaires fonciers. Leur vie, à la fin du , était marquée par une profonde misère, souvent sans aucun accès à l'instruction. Mais bien qu'illettrés et pauvres, les parents de Nikólaos Plastíras veillent à donner à leur fils une instruction au moins élémentaire, dans l'école grecque de Karditsa.
Après la guerre gréco-turque de 1897, la Thessalie passe de nouveau sous pouvoir ottoman, avec un agha installé à Karditsa. L'école grecque doit fermer, et le jeune Plastíras perd environ une année scolaire. L'enfant a alors une altercation avec le fils de l'agha, et il doit se cacher pour échapper aux soldats de l'armée régulière turque qui le recherchent. Ses parents l'aident à s'évader à partir de Vólos, dissimulé dans les soutes d'un navire afin d'échapper aux contrôles des Turcs en haute mer. Inscrit au lycée Varvákeion d'Athènes, il y obtient de bons résultats. Après le retrait définitif des autorités ottomanes de Thessalie, l'adolescent revient à Karditsa auprès de ses parents, et parvient à achever ses études secondaires avec de bonnes notes.
La carrière militaire
Au début du , seule l'armée offrait aux jeunes Grecs issus des milieux ruraux une possibilité d'échapper à la condition misérable des paysans, tout en ouvrant des perspectives brillantes de carrière. Animé de vifs sentiments patriotiques, et dans le climat de guerre qui prévaut en Grèce à cette époque, Nikólaos Plastíras, s'engage dans l'armée. Il est affecté au régiment d'infanterie, à Larissa, avec le grade de caporal, en . Il est ensuite rapidement promu sergent puis sergent-major, manifestant, avec un grand sens de la discipline, tout l'intérêt qu'il porte à la formation militaire.
Le combattant volontaire en Macédoine et en Épire (1907-1908)
On recrutait alors, dans plusieurs unités, des volontaires pour combattre en Macédoine et en Épire, régions qui étaient encore sous domination ottomane. La mission était secrète, et visait à encadrer, entraîner et renforcer moralement et matériellement les groupes de partisans insurgés. Plastíras se porte volontaire, et en , il quitte le régiment basé à Larissa pour se rendre dans sa ville natale de Karditsa afin d'y rencontrer des personnes de confiance. Dans le plus grand secret, il forme ainsi un groupe de volontaires, et franchissant la frontière gréco-turque de cette époque, il rejoint les rangs du « Capétan Agrafiotis », le lieutenant Charalámbos Papaghákis, en direction du lac de Giannitsá. Au sein de son groupe de militaires irréguliers, il participe à des actions armées contre les Turcs et contre les komitadjis bulgares. Il risque ainsi sa vie, mais considère qu'il est de son devoir d'aider ses compatriotes à se libérer du joug ottoman. Plastíras participe ensuite aussi aux combats en Épire, au sein d'organisations secrètes, à l'époque où les insurgés grecs n'entraient plus en conflit qu'avec l'armée régulière ottomane.
L'engagement contre le clientélisme (1908-1912)
À la fin de sa mission en Épire, Plastíras réintègre son unité du régiment d'infanterie, et en 1908, se présente aux examens d'entrée à l'École des sous-officiers de Corfou. Il réussit très bien les épreuves mais n'est pas reçu ; car à cette époque, le Palais royal voulait contrôler les cadres de l'Armée, et on sélectionnait les élèves sous-officiers non pas au mérite, mais sur la recommandation d'un homme politique ou d'un militaire ; et Plastíras n'avait aucun appui dans ces milieux. Ce favoritisme privait l'Armée de cadres de valeur et au contraire y incorporait des éléments totalement inexpérimentés ; Plastíras participe alors à la fondation, en , d'une « Ligue de sous-officiers » () issus de tous les corps de l'Armée grecque, ligue dont il devient le président ; elle regroupe un grand nombre de sous-officiers mécontents, et a le soutien de plusieurs haut-gradés, parmi lesquels le commandant Geórgios Karaïskákis, ami personnel de Plastíras, mais aussi Pángalos et Zymvrakákis. Visant à mettre fin à la corruption, aux passe-droits et aux ingérences du Palais, elle demande l'abrogation des critères d'appartenance politique dans les examens, dans les promotions et en général dans la carrière des cadres militaires. Plastíras propose avec insistance qu'on adopte le système des mutations, afin de permettre aux élèves issus d'une École militaire d'intégrer, sous certaines conditions, le corps des officiers.
Il se présente ensuite de nouveau aux examens d'entrée à l'École des sous-officiers, en 1909, et est reçu. Aussitôt après ce qu'on a appelé le « coup de Goudi » et l'action de « la Ligue militaire » () avec à sa tête Nikólaos ZorbásPhotographie d'archives , un projet de loi est adopté qui assure l'évolution des sous-officiers dans la hiérarchie militaire. L'engagement de Plastíras en faveur de cette modernisation de l'armée a marqué le début de sa célébrité.
Plastíras reste à l'École des sous-officiers de Corfou jusqu'en , et il se distingue par son application, et son amour de l'armée. Il termine sa formation militaire avec le grade de sous-lieutenant, et réintègre le régiment d'infanterie, avec la fonction de chef de bataillon. C'est en cette qualité qu'il prend part aux campagnes des guerres balkaniques.
Le tacticien audacieux (1912-1913)
Après la victoire d'Elefthérios Venizélos aux élections du ( julien), la Grèce, qui avait accompli d'importants progrès dans la modernisation de l'État, et qui s'était équipée d'armements modernes, souhaitait intégrer la nouvelle alliance qui se dessinait entre les peuples des Balkans. À l'été 1912, la Serbie, le Monténégro, la Bulgarie et la Grèce décident de s'unir pour chasser les Ottomans sur le déclin des territoires de Macédoine, d'Épire et de Thrace, et forment la Ligue balkanique. La situation des populations chrétiennes de ces régions devenait très difficile : persécutions, fermetures d'écoles et autres mesures d'oppression contre les orthodoxes se multipliaientNicolas Svoronos, Histoire de la Grèce moderne, P.U.F. et 87.
Le ( julien), la Serbie, la Grèce et la Bulgarie demandent à l'Empire ottoman d'appliquer les réformes : le sultan refuse de promulguer des mesures en faveur des minorités ethniques chrétiennesNicolas Svoronos, op.cit. ; Σέφης Αναστασάκος, Ο Πλαστήρας και η εποχή του, τόμος Α, . Le ( julien), la Porte déclare la guerre à la Serbie et à la Bulgarie. Et le suivant, la Grèce à son tour lui déclare la guerre.
Le sous-lieutenant Plastíras est alors à Larissa, dans le régiment d'infanterie, sous les ordres du commandant Konstantínos Papakyriázis. Son unité appartient à la division de Thessalie qui est parmi les premières à affronter l'armée turque à Elassóna le , et dans les gorges du fleuve Sarantaporos, le ( julien). Cette division est le fer de lance de l'attaque menée à Elassóna. À la tête de ses hommes, le sous-lieutenant Plastíras s'avance jusqu'aux lignes ennemies, tout près des retranchements où se tiennent les Turcs, s'éloignant ainsi sensiblement du cœur de l'attaque. Par un mouvement d'encerclement, il surprend la défense ennemie, qui doit abandonner ses positions. Ces initiatives de Plastíras se répètent dans les combats suivants, en particulier à la bataille de Giannitsa, le , consacrant son audace tactique et sa détermination. Sur le champ de bataille, Plastíras n'hésite pas à enfreindre les règles ou les ordres, ou à modifier la ligne d'un mouvement, pour mieux s'adapter aux circonstances particulières qui s'offrent à lui, quand une correction est rendue nécessaire par quelque impondérableΣέφης Αναστασάκος, Ο Πλαστήρας και η εποχή του, τόμος Α', ..
De telles initiatives qui lui sont propres sont vite connues de ses supérieurs ; ils les valident après coup, même lorsqu'elles ont un caractère peu orthodoxe. Lui-même veille à toujours conduire les opérations avec le moins de pertes humaines possible, ce qui inspire à ses hommes une grande confiance, en plus de l'affection et du respect qu'ils lui vouent. « Partout où il apparaissait, sa vue remplissait les soldats de courage et d'enthousiasme, ils percevaient sa présence comme une garantie et une protection », écrit un de ses biographesIωάννης Πεπονής, Νικόλαος Πλαστήρας, Αθήνα, 1993, . C'est à cette époque que Plastíras acquiert le surnom de « Cavalier Noir » qui le suivra pendant toute sa carrière militaire et politique. Il avait en effet l'habitude de rester à cheval, même dans les phases les plus dangereuses des combats. Même si un cavalier, comme il le disait, est plus exposé aux tirs de l'ennemi, il a l'avantage évident (surtout quand il s'agit d'un officier à qui incombe le devoir de réussir une action) de connaître, d'une vue circulaire, la situation réelle sur le champ de bataille.
Quant à l'épithète « noir », elle faisait allusion à l'impression que donnait son visage, où ressortait le regard perçant de ses yeux noirs encadrés par d'épais sourcils et de grosses moustaches.
thumb|left|Lithographie de la bataille de Lachanas en 1913.
En , pendant la deuxième guerre balkanique, le sous-lieutenant Plastíras participe à la sanglante bataille de Lachanas, avec les forces grecques placées sous les ordres du général . La division d'infanterie, à laquelle il appartient, est chargée avec la division, d'attaquer les Bulgares. Ces derniers avaient l'intention d'avancer vers Thessalonique, après avoir neutralisé les Serbes.