thumb|upright=1.4|La Vierge de la fête du rosaire par Dürer (Galerie nationale de Prague). Le rosaire est une prière catholique qui repose sur l'invocation de la Vierge Marie et la méditation des mystères de la vie du Christ.

Pour chaque mystère du rosaire, le fidèle récite un Notre Père, dix Je vous salue Marie et un Gloire au Père. Depuis le , le chapelet comporte 15 mystères. Au début du , Jean-Paul II en a ajouté d'autres, ce qui porte leur nombre total à 20. Ces nouveaux mystères sont facultatifs.

Le rosaire est une prière essentiellement contemplative qui a une dimension à la fois mariale et christique.

Le terme rosaire est dérivé du latin ecclésiastique rosarium, qui désigne la guirlande de roses dont Marie est couronnée dans les représentations traditionnelles. Les mots rosaire et chapelet sont parfois confondus dans l'usage courant.

Spiritualité Description du rosaire Le rosaire est une dévotion mariale qui consiste à réciter trois chapelets dont chacun comporte cinq dizaines de grains qui symbolisent cinquante roses envoyées à Marie. Ces quinze dizaines permettent de méditer sur des « mystères » liés à Marie et à Jésus.

Ces quinze « mystères » sont répartis en trois cycles : les mystères joyeux (l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem, le Recouvrement de Jésus lors d'un pèlerinage à Jérusalem) ; les mystères douloureux (l'Agonie de Jésus, la Flagellation, la Couronne d'épines, le Portement de la Croix, la Crucifixion) ; les mystères glorieux (la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption, le Couronnement de Marie).

Depuis le pontificat de Jean-Paul II, un quatrième cycle de mystères a été ajouté, portant le total à vingt. Cette quatrième série est laissée « à la libre appréciation des personnes et des communautés »Jean-Paul II a expliqué dans la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae. que ..

Le chapelet traditionnel vignette|redresse=0.8|Un chapelet traditionnel. Le chapelet comprend cinq dizaines de petits grains appelés Ave, précédées chacune d'un grain plus gros appelé Pater. Partant de l'un des grains plus gros, une branche terminale comporte trois petits grains (Ave), un gros (Pater) et un crucifix. Les appellations Ave et Pater correspondent au premier mot de la version latine des prières récitées.

Ces prières sont: Sur la croix : le Credo. Sur le premier gros grain : le Notre Père (Pater Noster). Sur les 3 petits grains suivants: le Je vous salue Marie (Ave Maria). (pour la foi, l'espérance et la charité) Sur le second gros grain : le Gloire au Père (Gloria Patri). Sur les gros grains : le Notre Père (Pater Noster). Sur les petits grains : le Je vous salue Marie (Ave Maria). À la fin d'une dizaine : le Gloire au Père (Gloria Patri).

Au début de chaque dizaine peuvent également être annoncés les mystères du Rosaire.

Cette prière peut être dite de façon personnelle, familiale, ou en groupe. L'Église catholique, s'appuyant sur les textes bibliques, affirme que l'Esprit saint reçu au baptême est présent dans la récitation du chapelet.

Les formats réduits vignette|redresse=0.8|Une bague de Rosaire antérieure au . Au Moyen Âge, à l'époque des Croisades, sont apparus des chapelets de taille réduite sous forme de bracelets ou de bagues, le plus souvent à dix grains , parfois à cinq grains. Ces anneaux sont ornés d'une croix. Ils permettent de prier le Rosaire complet en le récitant plusieurs fois.

Cette tradition s'est perpétuée notamment avec le chapelet basque.

Les mystères du rosaire Les « mystères » (signifiant ici évènements fondamentaux) de la vie de Jésus-Christ et de la Vierge Marie sont au nombre de 15, précédant chacun un temps de méditation puis un Notre Père, dix Je vous salue Marie et un Gloire au Père. Ils appartiennent à trois catégories :

les « mystères joyeux », à savoir l'Annonciation, la Visitation, la Naissance de Jésus, la Présentation de Jésus au Temple, le Recouvrement de Jésus au Temple ; les « mystères douloureux », à savoir l'agonie de Jésus, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de la Croix, la Crucifixion ; les « mystères glorieux », à savoir la Résurrection de Jésus, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption, le Couronnement de Marie.

Lors de l'« année du Rosaire » ( - ), le pape Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, a ajouté une quatrième catégorie de cinq mystères, plus spécifiquement christologiques, ce qui porte le total à 20 mystères : les « mystères lumineux », à savoir le baptême du Christ, les noces de Cana, la proclamation du Royaume, la Transfiguration et l'institution de l'Eucharistie. Ces cinq mystères lumineux concernent des épisodes de la vie de Jésus. L'Église catholique recommande de les méditer le jeudi. Ils restent optionnels.

Un mystère est médité avant ou pendant chaque dizaine du chapelet, composé de cinq dizaines au total. Un chapelet entier comprend donc la prière de cinq mystères. Les différents mystères du rosaire sont habituellement priés et médités selon le jour de la semaine, comme suit : +Jour de la semaineMystères du jour (après 2002)Mystères du jour (traditionnels)LundiJoyeuxJoyeuxMardiDouloureuxDouloureuxMercrediGlorieuxGlorieuxJeudiLumineuxJoyeuxVendrediDouloureuxDouloureuxSamediJoyeuxGlorieuxDimancheGlorieux Joyeux (Temps de l'Avent et de Noël, optionnel)

Douloureux (Temps du Carême, optionnel) Un rosaire est prié en entier lorsque les 15 mystères traditionnels ont été médités et priés, soit 3 tours de chapelet. Les vingt mystères, comprenant les mystères lumineux, ne sont pas habituellement priés tous ensemble.

La méditation La prière et la méditation des mystères du Rosaire sont réparties selon les jours de la semaine : le lundi et le samedi, les mystères joyeux ; le mardi et le vendredi, les mystères douloureux ; le mercredi et le dimanche, les mystères glorieux ; et le jeudi, les mystères lumineux. Les autres jours peuvent également être accordées au calendrier, par exemple en méditant les mystères glorieux les jours de fête et les joyeux la veille. Il est d'usage de conclure le Rosaire par une prière mariale.

Autrefois, chaque catégorie de mystère étaient associée à deux jours de la semaine, le dimanche faisant exception. Ainsi, le Rosaire complet était prié deux fois sur six jours, avec une prière supplémentaire de mystères le dimanche, conformément au calendrier liturgique.

Dans le Je vous salue Marie, entre « Jésus » et « le fruit de vos entrailles », on peut réciter une clausule Directoire sur la Piété populaire et la Liturgie, n° 201..

Une piété populaire

La pratique du Rosaire consiste en un exercice de méditation simple sur les épisodes importants de la vie de Jésus-Christ à travers le regard marial. Cette forme de piété correspond à une culture « à la fois rurale, populaire et orale »Marie-Odile Métral-Stiker, article « Rosaire » in Encyclopædia Universalis, édition 2006..

Histoire Origines vignette|redresse=0.9|Panneau central du Polittico Guidalotti de Fra Angelico, retable de l'église Saint-Dominique de Pérouse. Les anges offrent à la Vierge Marie deux corbeilles de cinq roses, symboles des prières du Rosaire.

Les prières répétitives remontent aux premiers siècles du christianisme. On attribue à Antoine le Grand, ermite dans le désert d'Égypte, l'invention du komvoskhinion, chapelet orthodoxe encore en usage chez les moines du mont Athos. L'anachorète Pallade à Scété récitait chaque jour 300 prières identiques, ainsi que Paul de Thèbes, qui mettait sous les pans de son manteau 300 petits cubes de pierre destinés aux mosaïques ; il en jetait un chaque fois qu'il récitait une prière. Ces prières, appelées orationes, pouvaient être récitées 100, 300, 700 fois de suite selon des auteurs anciens, mais l'histoire ne dit pas s'il s'agit du Notre Père, du Je vous salue Marie ou d'autres textes. Plus tard, Bonaventure de Bagnoregio récitera jusqu'à Ave Maria par jour.

La dévotion du Rosaire, en usage chez les Cisterciens depuis le , s'est consolidée au sous l'influence des Dominicains. Sa forme actuelle date du . C'est pourquoi de nombreux tableaux de la « Vierge du Rosaire » représentent celle-ci offrant une rose ou un chapelet à des membres de cet ordre : saint Dominique, le fondateur, ou Alain de La Roche et Catherine de Sienne.

Le terme « rosaire », attesté à partir du , dérive du latin rosarium (ou rosarius), désignant une roseraie ou un champ de roses. Il est attesté à la fin du dans d'autres emplois, religieux ou profanes. Le mot rosarium est par exemple utilisé en 1498 par le franciscain pour son Rosarium sermonum, recueil de sermons contenant des citations d'auteurs tels que Dante, Pétrarque, Jacopone da Todi ou Cecco d'Ascoli : on traduit ce titre par Guirlande de sermons. Sont connus aussi le Rosarius des miracles de Notre-DameUniversité d'Ottawa et le Rosarium philosophorum en alchimieLe poète, la vierge et le prince: étude sur la poésie mariale, Gérard Gros, collection Université de Saint-Étienne, ..

Le dominicain Alain de La Roche, fondateur en 1470 de l'une des premières confréries du Rosaire à DouaiVoir Winston Allen, Stories of the Roses, ne voulait pas employer ce terme, qui évoquait pour lui le paganisme, et lui préférait celui de Psautier de Notre-Dame.

À partir du les ouvrages sur le Rosaire se multiplient, avec notamment en 1526 le Rosaire de Notre-Seigneur, en 1533 la Mystique du doux Rosaire pour les âmes croyantes et plus tard, le Rosier mystique du frère Antonin-ThomasHistoire générale du Rosaire, Marcelin Mery..

Le rosaire des Dominicains vignette|redresse=0.8|Dominique de Guzman et Marie. Un chapelet est tenu par la Vierge, avec les dizaines marquées par des grains rouges, symbole des Pater Noster ; un second chapelet, dans la main du saint, est formé de simples grains de corail, sans les dizaines. vignette|redresse=0.8|Psautier d'Alain de La Roche, 1492. Chaque mystère est un médaillon entouré de cinq fleurs à cinq pétales. D'après des révélations privées qu'aurait reçues Alain de La Roche, le rosaire des Dominicains serait à l'origine du rosaire et daterait du . Au terme de trois jours de prière dans la forêt de Bouconne, aux portes de Toulouse, Dominique de Guzmán aurait reçu le rosaire comme moyen de convertir les populations adeptes du catharisme. Puis Dominique aurait rédigé une série de trois fois 50 clausules, en parallèle avec les 150 Psaumes de la Bible.

Le double principe du rosaire, à la fois marial et christocentré, est dès lors posé. Au et durant les siècles suivants, sont apportées différentes modifications qui touchent plus à la forme qu'au fond.

C'est à Alain de La Roche que l'on doit sa diffusion : il prêche en Flandre puis à Lille, où, en contact avec des monastères chartreux, il découvre les clausules de Dominique de Prusse. Il devient alors l'apôtre du rosaire, qu'il appelle « Psautier du Christ et de la bienheureuse Vierge Marie ». On lui doit également la division des trois cinquantaines (mystères joyeux, douloureux et glorieux) en quinze mystères précis.

Les clausules des Chartreux La division du chapelet en quinze dizaines séparées chacune par la récitation d'un Pater Noster est attribuée à Henri Eger de Calcar[http///www.musicologie.org/Biographies/h/heinrich_eger_von_kalkar.html Biographie de Henry of Kalkar] (mort en 1408), chartreux de Cologne, berceau de la première confrérie du Rosaire.

Vers 1398, Adolphe d'Essen, moine de la chartreuse Saint-Alban de Trèves, écrit le premier texte recommandant la récitation des 50 Ave sous une forme brève soutenue par la méditation sur la naissance et la vie de Jésus. Cette dévotion est ensuite introduite à la cour de Lorraine par son amie et disciple, la bienheureuse Marguerite de Bavière, épouse du duc Charles II de Lorraine en résidence à Marienfloss.