, né le à Reims (Marne), est un philosophe et sociologue français.
D'abord critique littéraire pour Libération et Le Le Nouvel Observateur dans les années 1980 et 1990 et biographe de Michel Foucault, il fait paraître ensuite des ouvrages sur la question gay puis co-dirige le séminaire « Sociologie des homosexualités » à l'École des hautes études en sciences sociales de 1999 à 2004.
Dans son ouvrage Retour à Reims publié en 2009, il analyse le basculement progressif des milieux populaires vers un vote d'extrême droite, et, de façon plus autobiographique, la notion de transfuge de classe.
Biographie Origines Didier Eribon naît à Reims dans un milieu pauvre, d'un père ouvrier (« manœuvre », métier qu'il mentionnera peu dans ses écrits) et d'une mère femme de ménage« Homo, fils de prolo : le dilemme de Didier Eribon », barbieturix.com, 3 mars 2015. puis ouvrière dans une verrerie. Dans son récit Retour à Reims, il décrit sa famille comme marquée et fragilisée, à l'instar de nombreuses autres familles rémoises, par les deux guerres mondiales qui ont énormément affecté cette ville. Il décrit son environnement familial et social comme marqué par l'homophobie.. Il décrit sa mère comme raciste dans Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple..
Il passe son enfance dans un petit logement ouvrier du quartier Verrerie, puis dans un immeuble HLM du quartier Jamin. Il fréquente alors l'église Sainte-Jeanne-d'Arc où il fait son catéchisme (par tradition, bien que ses parents soient athées et même anticléricaux) tandis que se construit, à quelques dizaines de mètres de chez lui, la chapelle Foujita.
La famille déménage en 1967 dans une cité HLM périphérique de la ville. Il passe également du temps à la cité-jardin du Chemin Vert où vivent ses grands-parents paternels, tandis que ses grands-parents maternels, ouvriers eux aussi, vivent à Paris. Didier Eribon est le second d'une fratrie de quatre garçons et, à la différence de ses frères, le seul à suivre des études après l'âge obligatoire : études secondaires au lycée Clemenceau à Reims, puis universitaires à Reims et Paris. Le parcours de ses frères est pour lui emblématique de la sélection sociale qu'opère le système scolaire à l'égard des enfants d'ouvriers..
Durant son adolescence, il milite un temps dans une organisation trotskiste qu'il abandonne ensuite jugeant alors que la politisation des questions sexuelles passe Il restera cependant toujours attaché à l'idée qu'il existe bel et bien une classe sociale dominée, dont il est issu, et que celle-ci doit lutter pour son émancipation.
Formation Il fait des études de philosophie, après avoir réussi le concours de l'Institut de préparation aux enseignements de second degré qui lui permet d'être rémunéré pendant trois années d'études. Comme il le raconte de manière détaillée dans Retour à Reims, il échoue aux concours de l'agrégation et du Capes, ce qui l'amène à se réorienter professionnellement.
Journalisme Il commence sa carrière comme critique littéraire à Libération de 1979 à 1983, puis, à partir de 1984, et jusqu'au milieu des années 1990, au Nouvel Observateur...
Carrière universitaire Il organise au Centre Georges Pompidou, en , un colloque consacré aux études gays et lesbiennes et à la théorie queer, auquel participent notamment Monique Wittig, Eve Kosofsky Sedgwick et Pierre Bourdieu.. Il publie l'année suivante les actes de ce colloque, sous le titre Les Études gays et lesbiennesÉditions du centre Georges-Pompidou, 1998..
Il co-dirige de 1998 à 2004 le séminaire , avec Françoise Gaspard, alors maîtresse de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales... Ce séminaire, consacré aux études gays, lesbiennes et queer menées en France comme à l'étranger, participe à la diffusion de ce champ de recherche en France. Des chercheurs américains (comme Judith Butler, George Chauncey, Leo Bersani, Michael Warner, Michael Lucey, Carolyn Dinshaw) ou français (comme Pierre Bourdieu, Michel Tort, etc.) y sont invités.
Au début des années 2000, il est à l'université de Californie à Berkeley aux États-Unis, y donnant un séminaire de recherche pour étudiants doctorants ; puis à l'Institute for Advanced Study de l'université de Princeton, Visiting Fellow au King's College de l'université de Cambridge (GB). et Montgomery Fellow à Dartmouth College (USA)..
Dans Retour à Reims, il explique avoir commencé une thèse en Sorbonne sur la philosophie de l'histoire, mais avoir dû y renoncer faute de moyens de subsistance pour la mener à bien. En 2007, il obtient une habilitation à diriger des recherches à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne sur la base de travaux dont la synthèse est intitulée « Histoire des idées et théorie du sujet »..
En 2009, il est recruté comme professeur des universités en sciences sociales à l'université d'Amiens...
Ses enseignements portent principalement sur la théorie politique et la sociologie des classes sociales et tout particulièrement des classes populaires, ou encore sur les et sur les mouvements sociaux et les mobilisations politiques..
Travail théorique Didier Eribon est l'auteur d'une quinzaine de livres, ses travaux articulent philosophie, sociologie et théorie critique pour interroger les rapports entre identité, domination et émancipation, parmi lesquels une biographie qui fait date de Michel Foucault en 1989 (vingt traductions) suivie en 1994 de Michel Foucault et ses contemporains et, en 1999, de Réflexions sur la question gay (Insult and the Making of the Gay Self, dans sa version anglaise), devenu une référence des études de genre, des et de la théorie Queer, et, plus généralement, de ce qu'on appelle dans le monde anglo-saxon la .
Ses travaux portent également sur la question des classes sociales, sur les rapports entre classes sociales et politique, sur les trajectoires des transfuges de classe et, plus récemment sur la vieillesse.
Ces travaux lui valent d'être le lauréat 2008 du prestigieux , décerné chaque année par l'université Yale pour couronner une . C'est la première fois qu'un auteur non américain obtient cette récompenseParmi les lauréats des années précédentes figurent Eve Kosofsky Sedgwick, Judith Butler…. Il renvoie cependant le prix en pour protester contre son attribution pour l'année 2011-2012 à un auteur américain qu'il accuse d'avoir ses livres, et notamment Une morale du minoritaire...
Autres distinctions L'université de Buenos Aires lui décerne en 2014 un doctorat honoris causa pour l'ensemble de ses travaux et notamment pour sa contribution aux études sur le genre et les identitésCf. la présentation de son œuvre lors de la remise de cette distinction...
1989 : prix Aujourd'hui 2019 : Jake Ryan Book Award, Working-Class Studies Association 2024 : Prix de l'Académie de Berlin..
Rapport à la psychanalyse Son livre Échapper à la psychanalyse (2005) a suscité de nombreux débats. Il a poursuivi son dialogue critique avec la psychanalyse lors de colloques ou conférences devant des associations psychanalytiques, comme ce fut le cas à l'École de la cause freudienne, où il eut un échange avec Judith Miller, fille de Lacan..
Ce recueil rassemble plusieurs essais consacrés à , sur la question des , sur la sociologie des mouvements sociaux et politiques et sur la constitution des . Selon Les Inrocks,
Réception et influence Les travaux de Didier Eribon ont exercé une influence notable sur la sociologie critique française contemporaine, en particulier dans l'analyse des classes populaires et des trajectoires sociales. Son concept de « transfuge de classe », popularisé par Retour à Reims (2009), a nourri de nombreux débats sur la reproduction sociale, la honte et la mobilité ascendante.
Plusieurs auteurs, dont Annie Ernaux et Édouard Louis, ont souligné l'importance de son approche autobiographique comme outil d'analyse sociologique.
À l'étranger, ses ouvrages ont suscité un intérêt marqué dans les champs des queer studies et des working-class studies.
Certains chercheurs ont néanmoins critiqué une dimension jugée trop introspective de son oeuvre ou une tendance à surinterpréter les expériences individuelles comme représentatives de processus collectifs.
Intellectuel engagé Avec Daniel Borillo il est à l'origine du Manifeste pour l'égalité des droits publié le 16 mars 2004 dans un contexte français marqué par l'affaire Sébastien Nouchet. La publication de ce manifeste est analysée comme étant une des premières actions vers l'organisation du premier mariage homosexuel en France, le 5 juin 2004.
En , à Buenos Aires puis, en , à Valencia, en Espagne, il prononce des conférences sur les , dans lesquelles il réfléchit sur l'avenir de la gauche. Il y engage une discussion critique avec les notions élaborées par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, dont les écrits fournissent au parti espagnol Podemos ses références théoriques...
Depuis plusieurs années, il est l'un des principaux intellectuels qui apportent leur soutien à Jean-Luc Mélenchon.. Il est également proche de l'ancien député EELV, puis France insoumise, Sergio Coronado.
Retour à Reims et publications ultérieures En 2009, il publie Retour à Reims, qu'il décrit comme une auto-analyse, dans lequel il évoque le milieu ouvrier de son enfance et s’interroge sur les identités sociales et sur les trajectoires des transfuges de classe. Le livre est salué notamment par Annie Ernaux dans un compte rendu chaleureux paru dans Le Nouvel Observateur. et marque un tournant dans le travail d'Eribon, sur lequel il s'explique dans un recueil d'entretiens Retours sur Retour à Reims.
Interrogé par le mensuel littéraire Le Matricule des anges sur le rapport de Retour à Reims à la littérature, il répond qu'il s'agit avant tout à ses yeux d'un livre de réflexion théorique :
Suit en 2013 La Société comme verdict qui présente la de son ouvrage précédent comme l'écrit le critique de PolitisChristophe Kantcheff, « La Société comme verdict, de Didier Eribon : Écrire le monde des ouvriers », le 18 juillet 2013..
En 2023 paraît Vie, vieillesse et mort d'une femme du peuple. Selon Philosophie Magazine,
Selon le journal Le Devoir, cet essai s'inscrit dans la suite de Retour à Reims.
Apparitions au cinéma
En 2026, Didier Eribon apparaît dans le film documentaire La Conscience politique, réalisé par Léolo Victor-Pujebet et consacré au philosophe Geoffroy de Lagasnerie. Le film revient notamment sur leur relation intellectuelle et amicaleLa Conscience politique, film documentaire réalisé par Léolo Victor-Pujebet, 2026..
Vie privée Didier Eribon est pacsé depuis 2003 à Geoffroy de Lagasnerie dont il est le compagnon depuis 2001.. Il entretient des relations intellectuelles et amicales avec l'écrivain Édouard Louis depuis les années 2010..
Décoration 2013 : Arrêté du 9 juillet 2013 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres.
Adaptations de l'œuvre Retour à Reims Au cinéma Jean-Gabriel Périot signe en 2021 un long métrage intitulé Retour à Reims (Fragments) d'après l'ouvrage d'Eribon et avec la voix d’Adèle Haenel. Le film est sélectionné au Festival de Cannes 2021 (Quinzaine des cinéastes).. Le film est composé d'images d’archives de diverses origines. Cherchant à élargir le propos du livre, le réalisateur associe une variété de représentations de l’histoire ouvrière du courant des années 1950 à nos jours.. Le film obtient le César du meilleur documentaire en 2023.
Au théâtre Retour à Reims fait l'objet d'une adaptation théâtrale par le metteur en scène Laurent Hatat, créée au festival d'Avignon, en , avec Antoine Mathieu dans le rôle du fils, et Sylvie Debrun dans le rôle de la mère. Le spectacle est ensuite repris à Lille au Théâtre de la Verrière, en , puis à Paris, à la Maison des Métallos, en ., puis dans le cadre d'une tournée, de à , à travers la France.