Le Califat omeyyade (en ) est un califat fondé par la dynastie arabe des Omeyyades, qui gouverne le monde musulman de 661 à 750. Les Omeyyades sont originaires de la tribu de Quraych, qui domine la Mecque au temps du prophète Mahomet.

À la suite de la guerre civile ayant opposé principalement Muʿāwiya ibn ʾAbī Sufyān, gouverneur de Syrie, au calife Ali ibn Abi Talib, et après l'assassinat de ce dernier, Muʿāwiya fonde le Califat omeyyade en prenant Damas comme capitale, faisant de la Syrie la base d'un Califat qui fait suite au Califat bien guidé et qui devient, au fil des conquêtes, le plus grand État musulman de l'Histoire. Ainsi, les successeurs de étendent les frontières du Califat de l'Indus jusqu'à la péninsule Ibérique, entrant en guerre à plusieurs reprises notamment avec l'Empire romain d'Orient et l'Empire khazar, et faisant disparaître le Royaume wisigoth. Le Califat omeyyade s'étend même au-delà des Pyrénées avant d'être arrêté par Charles Martel à la bataille de Poitiers en 732.

Devant une expansion aussi importante et l'incorporation de populations non musulmanes toujours de plus en plus nombreuses, des problèmes d'assimilation, mais aussi de financement, ne tardent pas à se manifester. Les non musulmans (chrétiens, juifs, zoroastriens) jouissent d'une liberté de culte et d'une large autonomie judiciaire, mais ils sont soumis à l'impôt de la Djizîa en compensation de leur exemption du service militaire. Étant donné l'expansion rapide, la plupart des fonctionnaires romains sont reconduits à leur poste après l'incorporation au Califat. Cette relative tolérance religieuse permet d'assurer une stabilité dans la Syrie, majoritairement chrétienne et fief des Omeyyades, mais d'autres provinces connaissent des troubles récurrents qui poussent à bout les finances de l'État afin de pacifier des régions souvent éloignées, mettant en danger une stabilité politique difficile sur un aussi vaste territoire. Ces troubles sont souvent dus à une inégalité sociale entre les musulmans arabes et les populations conquises, mais également entre tribus arabes rivales.

Vers 746 sort du silence au Khorassan un mouvement assez hétéroclite, dirigé par les Abbassides, qui finit par faire chuter et remplacer le Califat omeyyade après la bataille du Grand Zab, en 750. À la suite de cette bataille, la plupart des membres de la dynastie omeyyade sont tués, mais l'un de leurs survivants s’installe en Al-Andalus et fonde un nouvel État à Cordoue, cinq ans plus tard.

Sous le Califat omeyyade, l'aire de répartition de l'arabe se voit multipliée. De célèbres bâtiments, comme le dôme du Rocher ou la Grande mosquée des Omeyyades, sont construits pendant cette période. Cependant, les califes omeyyades, à l'exception notable de , souffrent d'une mauvaise réputation dans l'historiographie musulmane, principalement chiite. Les adversaires des Omeyyades leur reprochent principalement d'avoir transformé le califat d'une institution religieuse en une institution dynastique et héréditaire, mais aussi d'avoir versé le sang de la famille du Prophète. Le nationalisme arabe considère la période omeyyade comme une partie de l'âge d'or arabe, qu'il aspire à restaurer. Cette nostalgie de la période omeyyade est surtout vive en Syrie, noyau du Califat omeyyade.

Histoire Origines

Les Omeyyades sont issus de la tribu arabe de Quraych. Vers la deuxième moitié du , ʿAbd Manāf ibn Quṣayy des Quraych est chargé de la maintenance et de la protection de la Kaaba et de ses pèlerins à la Mecque. Cette responsabilité est héritée par ses fils Abd Shams, Hachim (à l'origine du clan des Banū Hachim dont est issu le prophète Mahomet) et d'autres. Umayya, à l'origine du clan des Banū ʾUmayyah, ou Omeyyades, est le fils de ʿAbd Šams. Il succède à son père en tant que commandant de la Mecque en temps de guerre, ce qui s'avère instructif plus tard pour les Banū ʾUmayyah, qui acquièrent des compétences organisationnelles politiques et militaires importantes. Ainsi, vers la fin du , le clan des Banū ʾUmayyah domine le commerce prospère de Quraych en tissant un réseau de routes commerciales, notamment avec la Syrie, et en nouant des alliances économiques et militaires avec les tribus arabes nomades qui contrôlent le désert d'Arabie, augmentant encore plus sa puissance politique.

Avec à leur tête Abu Sufyan ibn Harb, les Banū ʾUmayyah font partie des principaux opposants de Mahomet lorsqu'il commence à prêcher l'islam, mais ils finissent par se convertir après la conquête de la Mecque par les musulmans en 630. Afin de s'assurer la loyauté des Banū ʾUmayyah, le Prophète leur accorde des postes importants dans l'État naissant. Médine devenant le centre politique des musulmans, Abu Sufyan et de nombreux Banū ʾUmayyah s'y installent afin de maintenir leur influence croissante.

Après la mort du Prophète en 632 surgit une crise de succession. Abou Bakr As-Siddiq, un des tout premiers compagnons du Prophète, finit par faire consensus et est élu calife, ayant la confiance aussi bien des premiers musulmans que des nouveaux convertis. Il accorde aux Banū ʾUmayyah un rôle important dans la conquête musulmane de la Syrie : il nomme d'abord Ḫālid ibn Saʿīd en tant que commandant de l'expédition, avant de le remplacer par quatre commandants, dont Yazid, fils d'Abu Sufyan qui a des propriétés en Syrie et maintient un réseau commercial.

Le successeur de ʾAbū Bakr, Omar ibn al-Khattâb (634-644), même s'il diminue l'influence de l'élite de Quraych en faveur des premiers compagnons du Prophète sur les plans politique et militaire, n'affecte pas l'ancrage grandissant des fils d'Abu Sufyan en Syrie, qui était déjà en grande partie conquise en 638. Après la mort du gouverneur de Syrie Abu Ubayda ibn al-Djarrah en 639, Yazid est nommé à sa place (districts de Damas, de Palestine et du Jourdain). Il meurt peu après et ʿUmar nomme alors son frère Muʿāwiya ibn Abi Sufyan gouverneur de Syrie. Le traitement de faveur de ʿUmar envers les fils de ʾAbū Sufyān pourrait venir de son respect envers cette famille, leur alliance bourgeonnante avec les puissants Banū Kalb pour contrebalancer l'influence des tribus himyarites, déjà entrées dans le district de Homs pendant la conquête, ou simplement par manque de candidat convenable, la peste d'Emmaüs ayant déjà emporté de nombreux hommes, dont ʾAbū ʿUbaydah et Yazīd. Sous l'administration de Muʿāwiya, la Syrie demeure pacifiée, organisée et bien défendue face à ses puissants voisins et anciens dirigeants, les Romains.

À la mort du deuxième calife bien guidé ʿUmar en 644, Othmân ibn Affân, un des tout premiers compagnons du Prophète et membre des Banū ʾUmayyah, lui succède. Initialement, il maintient les différents gouverneurs nommés par son prédécesseur à leur poste, mais, progressivement, commence à les remplacer par des Banū ʾUmayyah ou des membres du clan plus large des Banū ʿAbd Šams. Ainsi, Muʿāwiya reste gouverneur de Syrie et d'autres membres du clan sont nommés gouverneurs de territoires conquis en Irak et en Iran. Marwān ibn al-Ḥakam, cousin de ʿUṯmān, devient son conseiller principal. En 645-646, Othmân ajoute la Djézireh aux territoires gouvernés par Muʿāwiya et accède favorablement à sa demande de prendre possession de toutes les terres romaines en Syrie afin de financer ses troupes. Même s'il est un membre important du clan des Banū ʾUmayyah, Othmân n'est généralement pas considéré comme faisant partie de la dynastie omeyyade car élu par consensus parmi le cercle restreint des dirigeants musulmans ; d'ailleurs, il n'essaie jamais de nommer un membre de son clan à sa succession. Néanmoins, à la suite de sa politique, les Banū ʾUmayyah retrouvent la puissance qu'ils avaient perdue après la conquête de la Mecque. Cette politique finit par provoquer l'ire de l'élite musulmane ne faisant pas partie des Banū ʾUmayyah. Othmân est assassiné à la suite de protestations en 656, déclenchant la Grande discorde ou Première Fitna. Selon l'historien Hugh N. Kennedy, l'assassinat d'Othmân est expliqué par sa détermination à centraliser le pouvoir de l'État entre les mains de l'élite de Quraych, particulièrement son clan qu'il estime avoir la compétence et l'expérience nécessaires pour gouverner, aux dépens de nombreux premiers musulmans.

Ali ibn Abi Talib, cousin et gendre de Mahomet, est élu pour succéder à Othmân, mais une partie de l'élite de Quraych s'oppose à cette succession, vu les circonstances de la mort d'Othmân, sans tenir Ali pour responsable de son assassinat pour autant. Parmi les principaux opposants à l'élection d'Ali figurent les compagnons du Prophète Talha ibn Ubayd Allah et Zubayr ibn al-Awwam, qui, après avoir été réfractaires à la politique d'Othmân en faveur des Banū ʾUmayyah, craignent de voir avec Ali le pouvoir échapper des mains de Quraych. Cette opposition finit par dégénérer en guerre civile. Après la défaite des opposants de ʿAlī à la bataille du Chameau, qui voit la mort de leurs principaux chefs Talha et Zubayr, tous deux potentiels candidats au califat, Muʿāwiya se voit propulsé à la tête de l'opposition. ʿAlī est désormais largement reconnu en Irak (où il établit sa capitale à Koufa) et en Égypte. S'il arrive à remplacer les gouverneurs de ces régions sans mal, il en va autrement pour la Syrie, que Muʿāwiya gouverne depuis plus de seize ans et qui constitue une base politique et militaire (grâce aux tribus arabes syriennes aguerries par les combats contre les Romains) puissante. Initialement, Muʿāwiya se garde de revendiquer le califat, préférant plutôt saper l'autorité d'Ali et consolider sa position en Syrie, le tout au nom de la vengeance de l'assassinat de Othmân, dont il accuse ʿAlī. Les deux camps, avec le gros de leurs partisans respectivement d'Irak et de Syrie, finissent par se rencontrer à la bataille de Siffin au début de 657. L'issue de la bataille est indécise et les deux partis décident de recourir à un arbitrage. Cette décision finit par affaiblir l'autorité de ʿAlī sur ses partisans, contraint de négocier avec Muʿāwiya d'égal à égal. Ceux qui sont contre l'arbitrage, arguant que ʿAlī est choisi par Dieu pour être calife et qu'il ne doit pas lui désobéir, se séparent de son camp et deviennent les kharidjites. La coalition de ʿAlī se désagrège progressivement, de nombreux chefs de tribus d'Irak rejoignant secrètement le camp de Muʿāwiya, dont l'allié Amr ibn al-As finit par chasser en le gouverneur que ʿAlī avait nommé en Égypte. Pendant que ʿAlī est embourbé dans sa lutte contre les kharidjites, Muʿāwiya est acclamé par ses partisans en Syrie, dont le noyau dur, les tribus arabes syriennes, le reconnaît comme calife en 659 ou 660. Ali est assassiné par un kharidjite en . Muʿāwiya saisit alors l'opportunité pour marcher sur Koufa, contraint Al-Hassan, fils d'Ali, à lui céder l'autorité califale et obtient la reconnaissance de la noblesse tribale arabe de la région. Désormais, Muʿāwiya est largement accepté comme calife, marquant ainsi le début du Califat omeyyade, bien que l'opposition des kharidjites et de quelques loyalistes d'Ali persiste à un degré moindre.

Soufyanides Règne de