Georges Clemenceau (Prononciation en français de France standard retranscrite phonémiquement selon la norme API.), né le à Mouilleron-en-Pareds (Vendée). et mort le à Paris (Seine), est un homme d'État français, président du Conseil de 1906 à 1909 puis de 1917 à 1920.
Fils de médecin et médecin lui-même, il est maire du de Paris puis président du conseil municipal de Paris au début de la Troisième République. Il est député entre 1871 et 1893, siégeant en tant que républicain radical. Il défend l'amnistie des communards et milite en faveur de la restitution de l'Alsace-Moselle.
Anticlérical et athée, il prône la séparation des Églises et de l'État. Il s'oppose par ailleurs à la colonisation, faisant tomber le gouvernement Jules Ferry sur cette question. Fondateur du journal La Justice, il travaille ensuite à L'Aurore et prend une part active dans la défense du capitaine Dreyfus. En 1899, il publie le livre L'Iniquité sur l'affaire Dreyfus. En 1902, il est élu sénateur dans le Var, mandat qu'il occupe jusqu'en 1920, bien qu'il eût précédemment critiqué l'institution du Sénat, tout comme la présidence de la République.
Nommé ministre de l'Intérieur en , surnommé « Le Tigre » dû à sa férocité et sa ténacité dans ses luttes, et se désignant lui-même comme « le premier flic de France », il réprime durement les grèves et met un terme à la querelle des Inventaires. À la fin de l'année 1906, il devient président du Conseil, fonction qu'il occupe pendant près de trois ans et qu'il cumule avec celle de ministre de l'Intérieur.
En 1913, il fonde le journal L'Homme libre, qu'il rebaptise L'Homme enchaîné après avoir essuyé la censure ; fervent opposant à l'Empire allemand, il se montre en effet critique envers l'action des gouvernements français en place lors de la Première Guerre mondiale.
En , il est de nouveau nommé président du Conseil et forme un gouvernement consacré à la poursuite de la guerre. Partisan farouche d'une victoire totale sur l'Empire allemand, il poursuit la guerre et se voit attribuer le surnom de « Père la Victoire » à l'issue du conflit. Il négocie ensuite à la conférence de la paix de Paris, où il affiche une forte hostilité envers l'Allemagne. Par la suite, en 1919, il fait promulguer la loi des huit heures et remporte les élections législatives à la tête du Bloc national, une coalition rassemblant la droite et le centre.
Bien que très populaire dans l'opinion publique, il refuse de se présenter à l'élection présidentielle de janvier 1920 après avoir été mis en minorité lors du vote préparatoire du groupe républicain à l'Assemblée nationale. Il quitte alors la tête du gouvernement et se retire de la vie politique.
Biographie
Orthographe du nom de famille À l'état civil (acte ), son nom est , avec un accent aigu sur le premier « e ». Lors de sa naissance et dans sa jeunesse, l'écriture de son nom de famille est variable, avec ou sans accent, ce qui était une erreur courante pour les noms propres dont l'orthographe n'était pas stabilisée jusqu'à la seconde moitié du . D'après l'historien Jean-Baptiste Duroselle, c'est Georges Clemenceau lui-même qui a imposé en , dans les colonnes de son journal La Justice, l'écriture « Clemenceau », sans qu'il puisse donner une explication précise à cette attention soudainement portée à l'orthographe de son nom.. La correction est pourtant préférable : sans accent, la prononciation « clé » est impossible et la prononciation « cleu » s'impose. La prononciation [klemãso:] (« Clémenceau ») est d'ailleurs préférée à [kləmãso:] (« Clemenceau »). Cependant, les deux orthographes se retrouvent pour le nom des membres de sa famille.
Origines familiales vignette|redresse|gauche|Maison natale de Georges Clemenceau à Mouilleron-en-Pareds. Georges Benjamin Clemenceau naît le à Mouilleron-en-Pareds, à du matin, au 19 rue de la ChapelleRebaptisée depuis rue Georges-Clemenceau., dans la maison de ses grands-parents maternels. Il est le deuxième des six enfantsAprès Emma, l'aînée, et Georges, quatre autres enfants naissent : Adrienne, Sophie, Paul et Albert (voir Winock 2010 pages 37 à 40). de Benjamin Clemenceau (-), établi comme médecin à Nantes mais qui vit principalement du revenu de ses fermages en Vendée, et de Sophie Gautreau (-). Le couple s'est marié deux ans plus tôt au temple de Mouilleron-en-Pareds, commune dont François Gautreau, le père de Sophie, républicain et protestant, a été le maire entre 1832 et 1834.. Comme sa sœur aînée, Georges Clemenceau n'est pas baptisé.
Sa famille paternelle, une lignée de médecins, appartient à la bourgeoisie vendéenne et habite au logis du Colombier, à Mouchamps, une propriété acquise au . Pierre-Paul Clemenceau, l'arrière-grand-père de Georges, est médecin des armées de l'Ouest pendant la guerre de Vendée, maire de Mouchamps puis sous-préfet de Montaigu et député du Corps législatif en 1805, au début du Premier Empire., et anime également un des foyers du groupe républicain en Vendée, les « Bleus de Montaigu ».. Paul, le grand-père, épouse en 1809 Thérèse Joubert, propriétaire du domaine de l'Aubraie, une gentilhommière située sur la commune de La Réorthe, dans le Bocage vendéen, que son père, intendant, a hérité d'un noble, monsieur de Marcillac, incapable de rembourser les qu'il lui avait empruntées.
Benjamin Clemenceau, le père de Georges, est lui aussi un républicain engagé. Athée, passionné d'art, de dessin, de lettres et de philosophie, il transmet à son fils les idéaux révolutionnaires et la haine de toute monarchie. En 1830, il prend part aux Trois Glorieuses et constitue plus tard une « Commission démocratique nantaise » avec quelques amis. Après le coup d'État du 2 décembre 1851, il est arrêté et détenu quelque temps à Nantes. Farouche opposant du Second Empire, il est étroitement surveillé et de nouveau arrêté en 1858 dans le cadre de la loi de sûreté générale. Comme il le confie à son secrétaire Jean Martet, l'influence paternelle laisse une empreinte indélébile sur Georges Clemenceau, qui, selon l'expression de Michel Winock, , au sein d'une famille qui .
La famille maternelle de Georges est d'origine plus modeste, ce qui a longtemps poussé les Clemenceau à refuser l'union de Benjamin et Sophie. Républicains convaincus et protestants, les Gautreau sont issus d'une famille de cultivateurs devenus de petits bourgeois.
Enfance Jusqu'à l'âge de , Georges Clemenceau est éduqué par sa mère mais à partir du collège, contrairement à ses sœurs qui sont toutes instruites à la maison, il entre en pension rue du Chapeau-Rouge, à Nantes. Femme moderne, Sophie Gautreau inculque des valeurs intellectuelles et morales à ses enfants. Elle apprend le latin pour le leur enseigner, et s'attache à leur transmettre le goût de la lecture. Aimante et attentive, elle fait l'admiration de Georges qui lui témoigne tout au long de sa vie une tendresse indéfectible. Son père est peu présent au quotidien, mais il lui transmet sa passion pour la chasse, l'équitation et l'escrime. Surtout, il instruit son fils dans la vénération de la Révolution française, comme en témoigne le buste de Robespierre qui trône sur la cheminée de leur maison.
L'entrée au pensionnat est un déchirement pour Georges qui souffre de l'éloignement de la maison familiale. Il s'y montre pourtant bon élève et reçoit, à la distribution des prix en , le prix de version grecque et le prix d'histoire ancienne, puis cinq accessits en thème latin, version latine, géographie, orthographe et mémoire.
Études et formation (1852-1865) vignette|gauche|redresse|alt=Portrait photographique en noir et blanc.|Georges Clemenceau vers l'âge de seize ans (musée Clemenceau). En 1852, Georges Clemenceau entre en classe de au lycée impérial de Nantes, où son professeur de lettres est Louis Vallez, le père de l'écrivain Jules Vallès. Il y effectue une scolarité convenable, obtenant chaque année quelques accessits, sauf en , et seulement trois prix.À partir de 1883, Georges Clemenceau est un membre fondateur actif de l'Association des anciens élèves du lycée de Nantes (section parisienne), où il rencontre Boulanger, son condisciple en 1852-1853, mais beaucoup plus âgé (élève de classe préparatoire à Saint-Cyr). Son nom sera donné au lycée dès 1919.. En 1858, Georges Clemenceau achève ses études secondaires et obtient son baccalauréat ès lettres. Il s'inscrit à l'École préparatoire de médecine de Nantes, un choix guidé non seulement par mimétisme familial mais aussi par son goût pour les sciences et le positivisme. En 1861, après trois années pendant lesquelles il se révèle un étudiant médiocre, indocile et dissipé, au point de passer en conseil de discipline, il poursuit ses études à l'École de médecine de Paris, où il fréquente également la faculté de droit.
vignette|redresse|gauche|Le Travail, journal littéraire et scientifique, .
Dans la capitale, Clemenceau fréquente les cercles artistiques et républicains du Quartier latin, où il rencontre notamment Claude Monet en 1863.. Entouré de quelques amis, il adopte le principe d'une association anticléricale, « Agis comme tu penses », puis il fonde l'hebdomadaire Le Travail, dont le premier numéro paraît le , avec ses camarades Germain Casse, Jules Méline, Ferdinand Taule, Pierre Denis et Louis Andrieux. Soutenu par Émile Zola contre la censure, le groupe présente son journal comme une feuille littéraire et scientifique, dans laquelle Clemenceau fait ses débuts de polémiste en fustigeant les œuvres de l'écrivain Edmond About, rallié au régime impérial.
La publication prend fin au bout de huit numéros : Clemenceau et quelques-uns de ses camarades sont arrêtés et incarcérés à la prison Mazas après avoir lancé un appel à une manifestation sur la place de la Bastille afin de commémorer la journée révolutionnaire du 24 février 1848. Le , il est condamné par le tribunal correctionnel à un mois de prison ferme, ce qui porte sa durée d'emprisonnement à en comptant les semaines de détention provisoire. Libéré, il rend visite à son ami Ferdinand Taule, détenu à Sainte-Pélagie, où il rencontre deux hommes avec qui il se lie d'amitié : le républicain Auguste Scheurer-Kestner et le révolutionnaire Auguste Blanqui, dont il apprécie les discours et à qui il rend un vibrant hommage en 1896, évoquant .
En 1862, Clemenceau fonde un nouveau journal, Le Matin, dont la publication court sur huit numéros du au . Il poursuit toutefois ses études de médecine. Après avoir réussi l'externat en 1861, il échoue les deux années suivantes au concours de l'internat. Reçu néanmoins comme interne provisoire, il effectue des stages à l'hôpital psychiatrique de Bicêtre, puis à La Pitié. Dès 1864, il renonce à l'internat et décide de préparer une thèse de doctorat intitulée De la génération des éléments anatomiques, qu'il soutient le sous la direction de Charles Robin, un matérialiste ami d'Auguste Comte et adversaire du catholique bonapartiste Louis Pasteur. Cette thèse est ensuite éditée chez Germer-Baillière, en échange de la traduction par Clemenceau d'un ouvrage de John Stuart Mill, .
Séjour aux États-Unis et mariage (1865-1869) vignette|redresse|alt=Portrait photographie en pied.|Georges Clemenceau vers 1865 (musée Clemenceau).