Nick Drake est un auteur-compositeur-interprète et musicien britannique né le à Rangoun, en Birmanie, et mort le à Tanworth-in-Arden, dans le Warwickshire.

Issu d'une famille de la classe moyenne supérieure, Drake commence à jouer de la musique à un jeune âge, d'abord du piano, puis de la clarinette, du saxophone et de la guitare, qui devient son instrument de prédilection à l'adolescence. Il signe un contrat avec la maison de disques Island Records en 1968, alors qu'il est encore étudiant à l'université de Cambridge. Il enregistre trois albums dans les années qui suivent, (1969), (1970) et (1972). Leurs ventes sont médiocres, d'autant que Drake répugne à donner des interviews et à se produire en public. Souffrant de dépression et d'insomnie, il abandonne sa carrière musicale et retourne vivre chez ses parents. Le , il meurt d'une surdose d'amitriptyline, un antidépresseur, à l'âge de 26 ans, sans que l'on sache s'il s'agit d'un suicide ou d'un accident.

La musique de Nick Drake commence à être découverte par le grand public dans les années 1980, lorsque des artistes comme Robert Smith des Cure ou Peter Buck de R.E.M. la citent comme une influence. Le groupe The Dream Academy lui dédie sa chanson Life in a Northern Town, qui se classe dans le Top-15 des ventes au Royaume-Uni et aux États-Unis en 1985. Devenu l'archétype du musicien romantique maudit, Drake fait l'objet d'une première biographie en 1997 et d'un documentaire télévisé l'année suivante. En 1999, sa chanson est utilisée dans une publicité de Volkswagen, ce qui donne un coup de fouet significatif aux ventes de ses albums. À la suite de cette popularisation de son œuvre, ses chansons apparaissent dans de nombreux films et connaissent des reprises par des artistes très divers.

Biographie Enfance Nicholas Rodney Drake naît le à Rangoun, en Birmanie britannique, dans une famille de la classe moyenne supérieure. Son père Rodney (1908-1988) est arrivé en Birmanie dans les années 1930 pour rejoindre la Bombay Burmah Trading Corporation en tant qu'ingénieur. En 1934, il rencontre la fille d'un vétéran de l'Indian Civil Service, Mary Lloyd (1916-1993), surnommée « Molly » pour sa famille. Rodney la demande en mariage en 1936, mais ils doivent attendre un an l'accord de la famille de Molly. Les Drake rentrent au Royaume-Uni en 1951 et s'installent dans le domaine de Far Leys, près de Tanworth-in-Arden, dans le Warwickshire. Outre Nick, ils ont également une fille, de quatre ans son aînée, Gabrielle, née en 1944.

Rodney et Molly Drake sont tous deux mélomanes, qu'il s'agisse de musique classique ou populaire. Les chansons écrites par Molly au piano, qui font surface après sa mort, présentent des points communs avec la musique de son fils, notamment une voix fragile et un certain fatalisme. Encouragé par sa mère, Nick apprend à jouer du piano très jeune et compose ses premières chansons. Il les enregistre sur un magnétophone à bandes conservé dans le salon familial..

vignette|gauche|Nick Drake étudie au Marlborough College de 1962 à 1966.

En 1957, Nick Drake entre à l'internat d', dans le Berkshire. Cinq ans plus tard, il entre au Marlborough College, où ont étudié son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui. Il développe un intérêt pour le sport, notamment le sprint, et devient brièvement capitaine de l'équipe de rugby de l'école. Ses camarades de classe se souviennent de lui comme d'un élève confiant mais parfois distant. Son père Rodney se souvient : .

Drake joue du piano au sein de l'orchestre de l'école et apprend la clarinette et le saxophone. Avec quatre camarades, il monte un groupe, « The Perfumed Gardeners », en 1964 ou 1965. Ils reprennent des chansons de rhythm and blues et des standards du jazz, ainsi que des titres des Yardbirds ou de Manfred Mann ; Drake joue du piano, et à l'occasion chante ou joue du saxophone. Chris de Burgh fait brièvement partie du groupe avant d'être exclu par les autres membres, qui jugent ses goûts « trop pop ». Les résultats scolaires de Drake se détériorent : alors qu'il avait sauté une classe à Eagle House, il commence à négliger ses études en faveur de la musique. En 1963, il passe sept de niveau ordinaire, moins que ce à quoi s'attendaient ses professeurs, et il échoue en physique-chimie. En 1965, il achète pour 13 livres sa première guitare acoustique, une , et apprend l'accord ouvert et le picking..

Cambridge En 1966, Nick Drake obtient une bourse pour étudier la littérature anglaise au Fitzwilliam College de l'université de Cambridge. Il retarde son inscription pour passer six mois à l'université d'Aix-Marseille à partir de . Il commence à pratiquer sérieusement la guitare à Aix-en-Provence et joue souvent en public dans le centre-ville avec des amis pour gagner de l'argent. Drake commence également à fumer du cannabis ; il se rend au Maroc au printemps parce que, d'après son compagnon de voyage Richard Charkin, . C'est probablement à Aix que Drake découvre le LSD, et les paroles qu'il écrit à cette époque (notamment celles de ) suggèrent un intérêt pour les hallucinogènes.

vignette|The Roundhouse en 2007.

À son retour en Angleterre, il emménage chez sa sœur Gabrielle à Hampstead avant d'entrer à Cambridge en octobre. Ses professeurs le considèrent comme un étudiant brillant mais dépourvu d'enthousiasme, voire paresseux. Il peine à nouer des liens avec ses condisciples ou le corps enseignant. Son biographe Trevor Dann note que ses photos officielles présentent un étudiant à l'air maussade et détaché. Cambridge attache une grande importance à ses équipes de rugby et de cricket, mais Drake ne s'intéresse plus du tout au sport : il préfère rester dans sa chambre à fumer du cannabis, écouter des disques et jouer de la guitare. Il s'intéresse aux scènes folk britannique et américaine et tombe sous l'influence de Bob Dylan, Josh White et Phil Ochs. Il commence à se produire dans les clubs locaux et les cafés londoniens. En , lors d'un concert avec Country Joe and the Fish au Roundhouse de Camden Town, il est remarqué par Ashley Hutchings, le bassiste du groupe de folk Fairport Convention. Hutchings se souvient avoir été impressionné par le talent de guitariste de Drake, mais surtout par son apparence :

Hutchings présente Drake à Joe Boyd, un producteur américain de 25 ans propriétaire de Witchseason Productions, une filiale d'Island Records.. Boyd, qui a découvert Fairport Convention et popularisé John Martyn et The Incredible String Band, possède une solide réputation dans le monde du folk britannique. Il noue rapidement une relation étroite avec Drake et devient son mentor. Après avoir écouté une démo de quatre titres enregistrée par Drake dans sa chambre universitaire, Boyd lui offre un contrat de management, de publication et de production et le pousse à travailler sur un premier album. Le chanteur avait d'ores et déjà décidé de ne pas terminer sa troisième année à Cambridge.

Five Leaves Left Nick Drake commence à enregistrer Five Leaves Left, son premier album, à la fin de l'année 1968, avec Joe Boyd comme producteur. Les séances se déroulent aux studios Sound Techniques de Londres ; le chanteur sèche les cours pour se rendre à la capitale en train. Inspiré par la production de Songs of Leonard Cohen, le premier album de Leonard Cohen, Boyd souhaite mettre en évidence la voix de Drake et inclure des instruments à cordes. Il recrute des musiciens de studio dans la scène folk londonienne, parmi lesquels Richard Thompson (guitariste de Fairport Convention) et Danny Thompson (contrebassiste de Pentangle). Il embauche comme ingénieur du son, et choisit Richard A. Hewson pour les arrangements des instruments à cordes.

Les premières séances sont irrégulières en raison de l'emploi du temps des différents musiciens et du studio, où Fairport Convention enregistre au même moment son album . Le chanteur et le producteur ne sont pas d'accord sur la direction que doit prendre le disque : Boyd préconise l'approche de George Martin selon laquelle le studio doit être un instrument à part entière, tandis que Drake préfère un son plus organique. Dann observe que Drake paraît sur les enregistrements pirates de ces séances, tandis que Boyd doit s'y reprendre à plusieurs fois pour obtenir un accompagnement satisfaisant. Les deux hommes s'accordent cependant sur un point : les arrangements de Hewson sont trop banals et ne conviennent pas. Drake propose de faire appel à son ami de Cambridge , qui lui a déjà proposé des arrangements pour ses chansons. L'idée d'embaucher un étudiant en musique sans expérience ne séduit guère Boyd, mais l'assurance inhabituelle dont fait preuve Drake à cet égard l'impressionne et il accepte un essai sur . La musique de chambre élaborée par Kirby pour accompagner les chansons de Drake devient partie intégrante du son de l'album final. Cependant, il n'ose pas s'occuper de la pièce maîtresse de l'album, , avec sa mesure inhabituelle en 5/4. Boyd se voit contraint d'allonger le budget de Witchseason pour embaucher Harry Robinson, un arrangeur expérimenté qui reçoit pour consigne de s'inspirer de Frederick Delius.

sort le , avec plusieurs mois de retard dus à des problèmes de postproduction. Les démarches promotionnelles sont limitées, les critiques dans la presse musicale rares et peu enthousiastes. En juillet, Melody Maker le décrit comme et ; en octobre, NME trouve qu'il manque de variété. Les stations de radio ne le diffusent quasiment pas, hormis John Peel sur la BBC. Drake est mécontent de la pochette intérieure, qui présente les chansons dans le mauvais ordre, avec des paroles qui ne figurent plus dans les versions enregistrées. Sa déception est palpable dans le témoignage de sa sœur Gabrielle :

Bryter Layter Nick Drake met un terme à ses études à Cambridge neuf mois avant les examens et part à Londres à l'automne 1969 pour se concentrer sur sa carrière musicale. Son père se souvient lui avoir écrit dans l'espoir de le faire changer d'avis, en vain. Le jeune homme passe ses premiers mois dans la capitale sans domicile fixe, dormant parfois dans l'appartement de sa sœur à Kensington, mais le plus souvent chez des amis, parfois à même le sol. Afin d'apporter un peu de stabilité (et un téléphone) dans la vie de Drake, Joe Boyd lui loue une chambre à Belsize Park, dans le borough de Camden.

En août, Drake enregistre seul trois chansons pour l'émission de John Peel sur Radio 1. Deux mois plus tard, il joue en première partie de Fairport Convention au Royal Festival Hall de Londres, puis fait des apparitions dans des clubs folk de Birmingham et Hull. Ces concerts sont difficiles pour le jeune homme, qui n'interagit pas avec le public et passe de longs moments à accorder sa guitare entre les chansons. Il décide rapidement d'abandonner toute idée de performance en public.

Même si n'a pas suscité un grand intérêt, Boyd souhaite poursuivre sur cet élan. Le deuxième album de Nick Drake, , toujours produit par Boyd avec Wood comme ingénieur du son, propose un son plus enjoué et jazzy.. Déçu par les faibles ventes de , Drake cherche à s'éloigner de son image pastorale, et accepte la suggestion de son producteur d'inclure basse et batterie sur ses chansons. Des musiciens de Fairport Convention participent encore à l'enregistrement, ainsi que John Cale sur les titres et . Boyd et Wood sont persuadés que l'album sera un succès commercial Nick Drake — Singer and Songwriter, BBC, 2002., mais il se vend à moins de trois mille exemplaires. Une nouvelle fois, les critiques sont mitigées : l'hebdomadaire britannique Record Mirror loue le qu'est Drake, , alors que décrit l'album comme .